CHAPITRE V
La France ei les Etats-Unis en 1789.
En ce moment-là, de l'autre côté de l'Océan, la guerre de l'indépendance américaine s'achevait ; et la liberté démocratique en sortait, comme une autre Minerve du cerveau de Jupiter, armée de pied en cap.
C'est qu'aux États-Unis les esprits étaient depuis de longues année? préparés à la pra-
tique du gouvernement personnel par la réforme, qui avait enseigné à cette nation qu'il fallait marcher avec ses jambes et voir avec ses yeux, et jeter au loin les béquilles du gouvernement. Ces simples notions ont élevé ce peuple à une remarquable grandeur de la puissance individuelle, c'est-à-dire de la liberté.
Le 30 avril 1789 Washington, type nouveau du grand homme dans les pays libres, inaugurait la première présidence des Étatsl'nis.
Quarante-trois ans plus tard, c'était en 182i , le général Lafayetle allait dire un dernier adieu à ce noble pays, dont il avait défendu les libertés naissantes dans sa jeunesse. Jefferson , Madison, Adams, ces glorieux sénateurs du premier congrès, vivaient encore; et, trouvant ce pays si heureux, si prospère, si libre, Lafayette leur disait à chaque pas : « Voilà ce que nous vou- « lions pour la France en 89. »