CHAPITRE II
Du journal quotidien.
Observons d'abord ce qu'est un journal ; nous observerons ensuite en quoi le journal, qui se développe sur le sol de la liberté, diffère de celui qui se développe sur le sol de la centralisation.
Un journal est, comme chacun sait, une simple feuille de papier imprimée qui, grâce à
un tirage quotidien, acquiert rapidement une influence notable sur les esprits. Il n'est rien de plus étonnant que cette puissance d'une feuille de papier, guide ou écho de l'opinion, conseillère de l'administration, vulgarisatrice des affaires générales, voix du parlement , publicité des griefs de chacun, la meilleure gardienne en un mot des libertés, car, la presse esclave, tout l'est, qui se glisse partout, creuse son terrier dans tous les cerveaux, goutte d'eau, mais qui tombe chaque jour à la même place.
Cette feuille de papier constitue donc une des plus grandes forces, sinon la plus grande, dont la personnalité puisse se servir pour se dégager de la servitude du gouvernement ; et l'usage de cette force est ce qu'on appelle la liberté de la presse.
D'où il suit que lois, réglementations, décrets, timbre, cautionnements n'ont ici aucune influence, car la liberté de la presse est, comme la vapeur, un agent qu'il faut savoir
manier, agent de destruction aux mains de l'inexpérience, agent de création en des mains expérimentées.