CHAPITRE ITI
De la presse en France et en Angleterre.
Passons à la seconde observation.
Nous croyons qu'on peut avancer qu'une nation qui sait manier ce puissant agent est inattaquable dans toutes ses libertés ; et si nous les avons perdues, c'est que nous avons pris le gouvernement de la presse pour la liberté de la presse.
Or il n'est rien qui diffère plus : car, si la presse veut gouverner, elle est tout ou elie n'est rien, selon que le gouvernement reste en ses mains ou en tombe ; mais si la presse est libre, elle est toujours ce qu'elle doit être, le secrétaire du public.
En Angleterre, par exemple, c'est le public qui fait le journal ; il y prend sa place en maître aux premières pages, et cette place s'appelle l'annonce. Il veut être tenu au courant de ses affaires, et exige l'enregistrement exact des débats du parlement, des cours de justice, des compagnies, des meetings, des assemblées de tous genres. Il veut plus encore : il exige que toutes les lettres des particuliers, de quelque nature qu'elles soient, griefs, réclamations, découvertes, perfectionnements, simples réponses, soient insérées telles quelles ; et si les faits sont erronés, les colonnes ne sont-elles pas ouvertes au débat contradictoire ? Cela fait, la personnalité de chaque citoyen garantie, il est
.mis au journaliste d'émettre sou opinion.
Voilà la liberté de la presse.
Voici maintenant ce qu'est le gouvernement de la presse : en Fiance, au temps où la presse gouvernait, le maître, c'était le journaliste; il prenait place aux premières pages , où chaque matin il exposait ses théories, ses systèmes, et donnait le ton à l'opinion. Il n'enregistrait presque aucuns débats, il en éditait une traduction libre, et l'impartial enregistrement cédait la place à la critique partiale. Artiste, il arrangeait, il dérangeait, il composait les événements, et se plaisait à exercer non contre les choses, mais contre les personnes, son droit de remontrance; de sorte que le public n'a vu dans la chute des journaux que la chute des journalistes;