‹ De la liberté et du gouvernementChapitre 48 sur 59 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Do libre arbitre dans les événement*

Tout est organisé dans le monde , depuis le brin d'herbe jusqu'aux astres, depuis cette fourmi qui travaille jusqu'à l'homme qui pense.

Cette organisation a ses lois qui constituent la nature de chaque être : d'où il suit

que tout ce qui est a été créé dépendant des lois de son organisation.

Si l'homme ne dépendait pas, en effet, des lois de son organisation, il ne serait pas une créature; et s'il savait à quel point il en dépend , il ne serait pas une créature libre, c'est-à-dire animée et agissante.

Le phénomène de la mort n'est-il pas une preuve frappante de cette vérité ? car l'homme est dépendant de la mort et libre, c'esi-à-dire ignorant l'heure et le mode , d'où il résulte qu'il agit comme s'il ne devait pas mourir.

Il en est ainsi dans les événements. Il n'y a pas un seul , même le plus imperceptible des mouvements de l'homme, qui ne soit dépendant d'une cause, partie du plan, et concourant au but final; mais il n'est donné à aucune créature de connaître le plan du Créateur, et chacun doit agir dans toute la plénitude de sa volonté.

L'esprit de gouvernement , qui tend à

transformer le maître en homme du destin, admet naturellement la nécessité de ses actes; l'esprit de liberté ne reconnaît pas celte nécessité. Il avoue que tout événement passé a sa raison d'être dans son existence même ; mais il affirme par exemple que jamais le 18 brumaire ne se serait produit si la nation avait reçu de meilleurs enseignements de la révolution.

Il y a beau jeu à la fatalité dans toutes ces révolutions, acclamées et repoussées tour à tour, que tout le monde subit et qu'on a laissées venir ; un* cercle de feu nous entoure, l'équation est parfaite, la reproduction des mêmes erreurs et des mêmes punitions complète, ^lais c'est un avertissement et non un jugement. Dans ces naufrages successifs cherchons les écueils et les bancs de sable ; et si nous les voyons, c'est une leçon pour les éviter à l'avenir et non une fascination pour s'y briser toujours.

Rien ici-bas ne peut se mouvoir sans

doute en dehors de la sphère tracée de son organisation, et chaque être a ses contours. Mais qui connaît cette sphère et ces contours?

Lavater, un profond penseur, disait :

« L'homme est libre, comme l'oiseau dans sa « cage. » Mais qui connaît cette cage ?

Dans le plan général les événements se produisent par le mécanisme le plus simple, qui est celui de l'enchaînement des causes et des effets, c'est-à-dire que tout effet engendré par une cause devient à son tour une cause qui engendre un effet. Ainsi tout ce qui arrive n'est que la suite ininterrompue d'une même série : d'où il suit que les événements futurs sont contenus dans les événements présents, et que s'il était donné à l'homme de savoir quelle est la véritable nature de ceux-ci, il prévoirait ceux-là. Cette faculté ne lui appartient pas, et c'est précisément de son absence que résulte la liberté de F homme.

Il s'ensuit que l'homme au milieu des événements doit marcher la tête haute, et que le devoir de l'historien est de lui montrer partout le destin aux pieds de la volonté, comme le mauvais ange des légendes aux pieds du bon ange.

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