CHAPITRE PREMIER
Dé la liberté littéraire.
Comme les lettres jouent un grand rôle clans les affaires publiques, surtout en France, nous nous détournons un moment de notre route pour parler du romantisme.
Il v a ce lien entre le romantisme et le sujet de ce livre, qu'il est la liberté dans les lettres substituée à la règle et la personnalité
de l'auteur dégagée de la servitude des traditions.
Une même lutte s'engageait alors sur les bancs du parterre et sur les bancs de la chambre des députés, dans les ateliers des artistes et dans les vieilles cathédrales ; et ceux qui marchaient à l'avenir, la tête tournée vers le passé, comme ces ombres de l'enfer du Dante, disaient : « Où est maintenant « la poésie ? Où est l'art ? Où est Dieu ? »
C'est que poésie, art, politique, religion, tout se transformait, tout se personnalisait ; et de cette chrysalide, la personnalité, s'échappaient , comme d'un centre lumineux , des flots de liberté.
En effet, pour ne parler ici que de l'art, les œuvres des grands artistes de notre temps sont empreintes à un degré exceptionnel du cachet de leur individualité , c'est-àdire originales, pleines d'inspirations personnelles, d'élans d'amour, de cris d'espérance ou de désespoir, soit qu'ils sculptent leur
pensée en marbre ou en syllabes , suit qu'ils la peignent aux veux ou la notent en un rhythme musical. Ainsi, de quelque côté que les regards se tournent, l'artiste, le poète, l'écrivain ne consultent plus la tradition, mais leur moi : car l'inspiration n'est pas dans la tradition, elle est au cœur du poëte.