CHAPITRE PREMIER
Premier point de vue.
Revenons au courant de ce livre, et examinons le second agent de la personnalité, l'industrie, sous deux points de vue, dont l'un , spécial , se rapporte aux observations suivantes.
La transformation industrielle que subit en ce moment sous nos yeux notre société
±2$ TROISIEME l'AKTIE.
tout entière, n'est-elle pas un fait dont il importe d'apprécier les véritables causes? Un même anathème est tombé des lèvres du prêlre, du soldat et du révolutionnaire, et du fond de la cathédrale, du fond du cabinet de Napoléon, du fond de la Convention, ce même cri s'est échappé contre l'industrie : « A bas la matière ! à bas les boutiquiers ! »
C'est que le prêtre, le soldat et le révolutionnaire sont des êtres impersonnels qui obéissent aux commandements d'un gouvernement anonyme appelé Église , armée ou révolution , tandis que l'industriel , le fermier, le négociant, sont des êtres essentiellement personnels, c'est-à-dire libres.
Or, comme l'industrie a pour but de dégager la personnalité de la servitude de la vie matérielle, elle l'excite sans cesse aux entreprises; et comme dans les entreprises on ne peut compter que sur soi , elle met en jeu tous les ressorts de l'intérêt et du raisonnement individuels : d'où il suit qu'étant
une préparation au gouvernement de la personnalité , elle est un acheminement naturel à l'exercice de la liberté politique.
Rien en effet n'y prépare mieux que ladmiuislration d'une ferme, d'une fabrique ou d une maison de commerce qui requiert la connaissance d'une exacte comptabilité et un contrôle incessant. Or c'est la surveillance de l'emploi des deniers publics qui constitue une partie de la liberté politique.
Si maintenant nous passons au spectacle de ces individualités collectives qu'on nomme des sociétés industrielles, ce sont aussi de précieux germes de la liberté politique que toutes ces compagnies de banques, de chemins de fer, d'assurances, de crédit, que toutes ces associations diverses où Ton s'assemble en commun pour discuter ses propres affaires, pour voter des fonds et donner 1 impulsion à l'entreprise. On apprend ainsi à se servir de la parole et à manier les ressorts du gouvernement représentatif, dont
le conseil de surveillance forme le pouvoir parlementaire , la gérance le pouvoir exécutif, et dont les actionnaires sont le corps électoral.