CHAPITRE II
Suite.
C'est aussi l'industrie qui enseigne aux classes ouvrières des villes et des campagnes que le premier souci de l'homme libre doit être celui de l'existence matérielle. Elle leur dit : « L'ami du peuple, ce ne sont point les « révolutions ; c'est la charrue qui lui donne « du pain , c'est la ferme et l'atelier qui lui
((donnent des salaires, c'est la machine à « vapeur qui amène la baisse des prix. Le « travail est le marchepied de la liberté du « peuple , et dans les révolutions le peuple « n'est que le marchepied de l'ambition des « partis.
« Êtes-vous capables, instruits dans l'exer- « cice de votre profession , aptes à courir les « chances d'une entreprise commerciale, imi- « tez à votre tour les associations des capi- « talistes, formez des compagnies, entrepre- <( nez à voire compte des travaux ; mais « n'espérez réussir que si la personnalité de « chacun de vous se déploie dans ces nou- « velles combinaisons.
« Vous verrez alors que la liberté des en- « treprises a des risques que le salariat n'a « pas; car toute liberté a les siens, la liberté « de la presse, la liberté électorale, la liberté « parlementaire, la liberté commerciale : ils « sont l'épreuve du courage et de la capacité, et c'est le sublime de la liberté que
« riiomme même qui échoue dans celle « épreuve en sort plus viril que s'il ne l'avait « pas subie.
a Fermez donc vos oreilles à tous ces en- « seignements d'une révolution qui, sous « prétexte d'organiser le travail et d'amélio- « rer votre sort, avait imaginé une espèce « de société où l'homme était réduit à l'état «d'une hèle nourrie, logée, vêtue par le ;< gouvernement, le seul être vivant dans ce « cimetière d'êtres humains. »
Ainsi depuis 1789 la France cherche à travers les révolutions la liberté qu'elle ne trouve pas , tandis qu'à petit bruit l'industrie travaille incessamment, et fil par fil tisse cette liberté qu'un jour nous tiendrons d'elle.
Beaumarchais dit quelque part: « Le ha- « sard a mieux fait que nous tous, ma pe- « tite. Ainsi va le monde : on travaille, on « projette, on arrange d'un coté; la fortune « accom plit de l'an tre . »