‹ De la liberté politique dans l'état moderneChapitre 11 sur 50 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

nous sommes les plus forts et que notre force prime votre prétendue liberté civile. C'est ici qu'apparaît la liberté politique, dont nous parlerons au corps même de l'ouvrage. Celle-ci, comme on le verra bientôt, organise la résistance à la force ; mais nous ne puisons que dans notre nature morale, c'est-à-dire dans la conscience de notre libre arbitre, le droit d'organiser la résistance à la force, sur quelque partie de nous-mêmes qu'elle veuille s'exercer. Il n'y a pas de droits, à proprement parler, dans l'hypothèse déterministe, mais seulement un certain nombre de déductions géométriques à tirer des lois biologiques. Si la société paraît légitimement sur la scène pour contenir et refouler l'oppresseur, c'est parce qu'elle a la pleine conviction d'avoir à défendre des droits. Or « il faut posséder une volonté pour avoir le droit de faire respecter sa volonté (1) ».

Si l'on supprime cette origine logique de la liberté politique, il faut en inventer une autre. Dérive-t-elle uniquement de l'intérêt général? Mais chacun met ce qu'il veut dans cet idéal : le bien de l'humanité. Par exemple. Comte et ses élèves traitent la société comme un grand corps vivant auquel il faut un cerveau; comment s'y prendrontils pour former le cerveau social? Ils aboutiront sans doute à la répartition scientifique des fonctions, les plus habiles pensant, ordonnant, jouissant pour les autres, qui travailleront pour eux, et la liberté figurera d'autant moins au programme qu'elle pourrait bien déranger cette combinaison. C'est que les intérêts de chacun restent, malgré les séductions des hypothèses sociologiques, chose plus claire [)Our l'esprit que les intérêts de l'humanité.

(1) J, Simon.

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