PREFACE. XV
Placerons-nous donc le fondement de la liberté politique dans l'intérêt individuel? Mais celui-ci varie avec nos appétits et nos besoins ; chacun le cherche à sa guise et le prend où il le trouve. On ne peut pas même la rattacher à l'hypothèse négative de Lucchini, c'est-à-dire au sentiment purement conjectural de la liberté philosophique. Est-ce la thèse du sentiment conjectural qu'on opposera, par exemple, à Karl Marx et à ses disciples, enseignant que le communisme est « le produit nécessaire « du développement économique de la race humaine « , et que la transformation de la propriété privée en propriété collective doit s'accomplir en vertu d'une évolution fatale sans qu'aucun effort individuel ou général puisse l'arrêter? De quel front irait-on fonder la liberté pohtique sur une fiction? S'il apparaît aux hommes qu'ils sont le jouet d'une chimère, comment leur demander le désintéressement et la persévérance sans lesquels cette liberté ne peut pas être fondée? Nous ne disons pas : Les hommes agiront comme s'ils étaient libres! Notre thèse est bien autrement rigoureuse et, qu'on me passe le mot, « scientifique » : nous disons : Moralement libres, nous agissons en êtres libres et nous développons dans la vie sociale les conséquences de cette liberté. S'il en était autrement, la liberté politique ne serait, elle aussi, qu'une concession faite aux vanités humaines, par conséquent un pis aller, tout au plus un simple lest qu'on pourlait jeter sans scrupule à la première occasion. Notre droit repose, au contraire, sur la certitude morale, issue de la réalité psychologique. Ija liberté politique n'est pas seulement utile, elle devient légitime.