‹ De la liberté politique dans l'état moderneChapitre 21 sur 50 · DE LA LIBERTÉ POIJTIQUE · texte numérisé non relu

DE LA LIBERTÉ POIJTIQUE

la composition, Tesprit de la société contemporaine dissipent à ce sujet toute équivoque : il est presque aussi difficile de supprimer, dans la plupart des États civilisés, la liberté de la presse que d'emprisonner l'air et la lumière.

De ces prémisses quelques publicistes, au premier rang desquels il faut placer Emile de Girardin, ont tiré cette conclusion : la liberté de la presse doit être illimitée.

Penser, a dit le fameux journaliste, est plus qu'une liberté, c'est une nécessité. La nécessité de penser, conséquemment de satisfaire ce besoin par la parole, par l'écriture, par l'imprimerie, existe au même titre que la nécessité de manger, de boire, de dormir, de marcher. Cette nécessité porte avec elle ses limites. Limiter la nécessité que l'homme a de raisonner n'est pas moins abusif qu'il le serait de limiter la nécessité que l'homme a de manger. On ne rationne que ceux qui ne se nourrissent pas eux-mêmes ; on rationne l'enfant, le soldat, le serviteur.

La loi dérivant de la nature de l'homme, dit-il encore, c'est de soumettre en tout et partout la puissance de la force à la puissance de l'intelligence ; c'est qu'il y ait autant de souverains sur la terre qu'il y a d'hommes ; c'est

heures après la saisie, soumettre l'affaire à la chauibre du conseil et celle-ci prononcer dans le même délai sur le maintien ou la levce de la saisie, sans quoi la saisie est levée de plein droit. L'opposition contre l'ordonnance n'est permise qu'à l'éditeur de l'écrit saisi, et non au procureur du roi. 11 n'est permis qu'aux citoyens grecs d'être éditeurs de journaux. — Constitution roumaine, art. 24. La constitution {jarantit à chacun la liberté de communiquer et de publier ses idée» par la parole, l'écriture et la presse, chacun étant responsable de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par le code pénal, lequel sera, sous ce rapport, revisé et complété, sans restriction possible du droit lui-même et sans qu'il puisse être établi à cet égard aucune loi exceptionnelle. Les délits de presse sont justiciables du jury. La censure ni aucune autre mesure préventive pour l'apparition, la vente ou la distribution d'une publication quelconque, ne peut être rétablie. La publication d'un journal n'est soumise à aucune autorisation préalable. 11 ne sera exigé aucim cautionnement des journalistes, écrivains, éditeurs, typographes et lithographes. La presse ne sera jauiais soumise au régime des avertissements. Aucun journal (ou publication) ne pourra être suspendu ou supprinu's L'auteur est responsable dn ses écrits; à défaut de l'auteur, sont rcsponsaljles le gérant ou l'éditeur. Tout journal doit avoir un gérant responsable jouissant des droits civils et politiques.

que riiomme se gouverne uniquement par sa raison. Or la raison est à elle-même sa propre sanction. Dès lors pourquoi lui en chercher une autre hors d'elle-même, que le tribunal se nomme Aréopage, Caïplie, Peuple, Armée, Saint-Office, Justice exceptionnelle, Jury, Police correctionnelle, Cour d'assises ?

D'ailleurs le publiciste croit que la force matérielle, quand elle entre en lutte avec la force immatérielle, finit toujours par succomber. C'est ce que prouvent la condamnation de Socrate, quatre cents ans avant la naissance de Jésus-Christ, la condamnation de Jésus-Christ, quatre cents ans après la mort de Socrate, et seize cent trois ans après cette condamnation, celle de Galilée. Ne cherchez donc plus à vous vaincre, mais à vous convaincre; au raisonnement spécieux opposez le raisonnement irréfutable, mais non la force au raisonnement. Vous qui vous nommez Guizot, réfutez ou faites réfuter, si vous le croyez nécessaire, Lamennais, mais ne l'emprisonnez pas.

Je suis, poursuivait Girardin, pour la liberté naturelle' ment limitée contre la liberté légalement limitée. Toute liberté légalement limitée n'est plus la liberté, c'est la tolérance. On peut prétendre le contraire, mais le démontrer n'est point possible.

Enfin, « si la presse peut nuire, oh ! alors, je comprends « la nécessité d'une législation répressive ou préventive ; « car, après tout, si vous pouvez nuire à l'État, l'État a le « droit de se défendre... Mais la presse est impuissante « pour nuire aussi bien que pour servir. »

Écartons d'abord ce dernier paradoxe. Quoi ! la presse ne pourrait ni servir ni nuire ! Un écrivain ne peut pas communiquer à ses lecteurs les sentiments qui l'animent ! Il noircit du papier pour des gens qu'il ne doit jamais échauffer ni convaincre ! Toutes ses paroles se perdent en l'air et s'évanouissent en fumée ! La satire Ménippée n'a pas déconsidéré la Ligue ! Les livres de Voltaire n'ont pas ébranlé la foi chrétienne au dix-huitième siècle ! Le Contrat

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