VI PREFACE
rai, je n'attaque aucune forme de gouvernement, jn ne vise aucun régime.
Quoique je n'aie pas tenté d'écrire un livre de philosophie, je ne nie crois pas dispensé de faire connaître en quelques mots, avant d'entrer dans le cœur de mon sujet, mon opinion sur l'origine de la liberté politique.
Je place avec nos moralistes classiques la liberté de l'âme humaine, le « libre arbitre » , au sommet de toutes les libertés. Démontrez donc au préalable, me dira-t-on peut-être, ce prétendu libre arbitre.
Il me paraît incontestable qu'il faut, à l'heure actuelle, étayer par de nouveaux arguments une doctrine attaquée par de nouvelles armes. Il ne suffit plus aujourd'hui de répéter après les anciens philosophes : L'homme est libre parce qu'il se sent libre. Le libre arbitre , répondent plusieurs de nos contemporains, est une pure illusion : l'homme se sent libre! sa déclaration n'a pas plus de portée que s'il avait dit : « C'est le soleil qui se lève, car je le vois (1). »
L'homme, d'après le déterminisme, ne connaissant pas ou ne remarquant pas tous les motifs, toutes les causes qui le poussent à tel acte plutôt qu'à tel autre, est conduit à se figurer que sa « volition » est à elle-même sa propre cause, quoiqu'elle soit tout simplement « un effet (2) » , et croit en conséquence au libre arbitre : or,
(1) Réponse faite à M. Riylii par le professeur Molcscholt. (Congrès inlcriialioiiul (i'uiilliruj>ulu^iu criiaiiiellc. Ruine, 1885.) (î) Th. RiiiOT.