FIG
Les pieds de derrière, au contraire, sont mobiles et se reploient sous le lit, comme on le voit dans la fig. 2; de telle sorte que la longue portion du triangle d d est tout-à-fait horizontale et repose sur le sol. L’on peut voir en f le trou qui reçoit la traverse par laquelle ces pieds sont unis. Lorsque le lit est redresse , il est maintenu dans cette position par une barre de bois g , que l’aide peut enlever avec le pied pour faire basculer le lit. h h est un petit matelas de crin dont l'extrémité ante'ricure a plus d’ épaisseur que le reste , afin d’èlevcr le bassin. Ce matelas est supporté par des traverses en bois; un pupitre i , que l’on peut reculer on rapprocher à volonté, relève la tête du malade. k k est une sangle rembourrée que l’on passe sur les épaules du malade, et dont les extrémités se Tixent sur les côtés du lit ; elle a pour objet d’empêcher le malade de glisser lorsque , dans certaines circonstances , pour saisir les pierres avec plus de facilité , l’on bascule le lit , comme on le voit dans la fig. 2. Deux manches ou poignées en fer II , dont une seule peut être aperçue dans la planche , donnent plus de prise à l’aide pour abaisser et relever le lit. A la partie antérieure du lit sont deux morceaux de bois m m , glissant dans deux menotes en fer o o , dans lesquelles ils sont à volonté maintenus par des vis de pression. Ces morceaux de bois portent des sandales pp , dans lesquelles sont reçus les pieds du malade. La pièce de bois épaisse qui forme le bord antérieur du lit présente une mortaise dans laquelle est reçue une tige de fer qui sert à fixer l’instrument lorsque l’on agit sur le calcul avec l’archet. Nous reviendrons tout à l’heure sur cette partie de l’appareil.
Pour tout homme qui voudra voir les choses sans prévention , il demeurera constant que le lit opératoire deM. Heurteloup place de prime abord , et sans tâtonnement , le malade dans la position la plus favorable à la généralité des cas ; qu’il donne à l’opérateur plus d’aisance et de sûreté , et que , par conséquent , il ajoute aux chances de l’opération. Que M. Civiale blâme cet utile accessoire de la lithotritie, personne n’en sera surpris , car ce chirurgien n’a jamais trouvé d’éloge que pour ce qu’il a, pendant quelque temps, donné comme de lui.
« J’ai été consulté , dit-il , par plusieurs malades , entre autres » le malheureux De'saugier , qui avaient été attachés sur cette espèce » de mécanique à bascule: ils ont tous déclaré qu’ils avaient hoiri- » blement souffert. » Il est inutile de faire remarquer combien il y a . dans cette critique, de malveillance et d’exagération. A qui pense-t-on
faire eroire , en effet , que les douleurs des malades provenaient moins de l’action des instrumens dans la vessie, que de la position du malade sur le lit ? M. Civiale sait très-bien que les personnes dont il parle auraient tout autant souffert entre ses mains qu’entre celles de M. Heurtcloup , car il y a des malades pour lesquels l’operation du broiement est exempte de douleurs, tandis que d’autres chez, lesquels le séjour prolongé de la pierre a déterminé l’altération de la vessie , éprouvent des souffrances très-vives , quel que soit le lit sur lequel se fait l’opération. Quant à l’expression attachés , elle est complètement inexacte et destinée à donner une fausse idée du procédé opératoire de M. Heurteloup.
Le seul inconvénient que l’on peut reprocher à l’emploi du lit rectangle , c’est qu’il faut avoir autant de ces appareils que l’on a de malades à opérer j car, tels que M. Heurteloup les a fait construire , ils sont assez volumineux et embarrassons pour ne pouvoir être transportés à chaque séance. Mais cet inconvénient est bien peu grave , et ne saurait , pour le chirurgien qui se trouvera en position de se livrer d’une manière suivie à la lithotritie , balancer les avantages qu’il trouvera à s’en servir. Pour obvier à cet inconvénient, j’avais, dans le but de transformer une table ordinaire en un lit opératoire , imaginé trois étaux s’adaptant sur le bout d’une table longue. Deux de ces étaux remplissaient les fonctions de porte-semelle, et le troisième était destiné à recevoir le point fixe. J’ai fait plusieurs fois usage de ces supports lorsque j’ai été appelé loin de la capitale pour pratiquer l’opération du broiement sur des malades qui ne voulaient pas ou qui ne pouvaient pas absolument faire le voyage de Paris. Ainsi M. Champion, àBar-le-Duc; MM. Pigeotte, Bedor, Quartron , à Troyes; MM. Boucher et Gensoul , à Lyon, m’ont vu opérer de la sorte et transformer une table ordinaire eu un lit à opération qui présentait les conditions du lit rectangle , si l’on en excepte toutefois la possibilité d’exécuter le mouvement de bascule. Pour arriver à ce même but et obtenir les avantages du lit de M. Heurteloup, au moyen d’un appareil plus transportable , mon ami, le docteur Rigal, de Gaillac, a imagine une espèce de pupitre qui se pose sur une table. Yoici comme il en parle dans la brochure qu’il a publiée sous ce titre : De la destruction i/iécaniijue de la pierre dans la vessie , p. 7^* “ Déjà M. Leroy a depuis long- » temps fait construire un étau et des porte-semelles susceptibles d’être
» adaptés à uuc table ordinaire. Apres avoir fait subir quelques modi- » lîcations à ces divers objets , mais surtout aux porte - semelles mobi- » les , je songeai à les loger dans une boîte , et compris au même ins- » tant que l’on pouvait profiter de cette dernière pour trouver à la fois » un plan incliné sur lequel porterait le bassin , et un second plan in- » cliné capable de soutenir les épaules. Cette boîte forme aujourd’hui » ce que je nomme le lit pupitre. » M. Rigal n’a atteint qu’une partie du résultat qu’il se proposait, car sa boîte, ingénieusement conçue, comme tous les instrumens qui lui sont dus , n’est cependant guère moins lourde et guère moins embarrassante que le lit de M. Heurteloup, sans en avoir la solidité.
Pour diminuer l’espace qu’occupe le lit rectangle , le rendre d’un transport plus facile , et surtout le faii’e passer aux portes , ce qui parfois ne peut avoir lieu , il suffit des légères modifications que je viens de lui faire subir. J’ai placé une brisure aux pieds de devant, dans le point r, fig. ire; une autre brisure à la longue poition du triangle , près de son union avec la portion horizontale , et j’ai fait joindre cette longue branche à la branche verticale dans le point e par une mortaise en fer et un crampon. Par ce moyen les pieds de devant et la pièce formant la diagonale peuvent se reployer comme les pieds de derrière et se redresser comme eux.
D’autres lits ont été construits d’après celui de M. Heurteloup pour l’opération du broiement. Celui que M. Bancal appelle lilhotriteur , nom qu’il avait déjà donné à l’opérateur et au foret , me semble en opposition avec toutes les idées que fournit l’observation : le bassin du malade n’est point relevé ; les jambes pendantes et fléchies tiennent dans un état de tension les muscles du bassin et de la cuisse , etc. Le lit de M. Tancliou présente ceci de particulier que le pupitre qui supporte la tête du malade peut se relever assez pour devenir le dossier d’une sorte de fauteuil. M. Tancliou a également ajoute un second étau à celui que M. Heurteloup a imaginé pour fixer l’instrument ; nous reviendrons tout à l’heure sur ce point. Quant à la position assise qu’il a jugé utile de donner parfois à son malade , elle est la conséquence de la manière d’agir des instrumens dont il fait usage , et n’a d’application que dans les procédés imités de celui de Meyricux , dont nous aurons dans un autre mémoire l’occasion de nous occuper. M. Tanchou n’a pas dans son ouvrage donné la figure de son lit , il a préféré consacrer une plan-
che à représenter des pinces brisées ou faussées, accidens qu’il ne dit pas être arrivés , mais dont il imagine la possibilité.
Le lit de M. Heurteloup est donc, je le pense, celui qui place le malade dans la position la plus favorable , et la plus commode pour l’opération. Il n’est certainement pas indispensable à la lithrotritie , mais il en est un accessoire utile , considéré même, comme je viens de le faire , dans son état de simplicité et abstraction faite de l’étau immobile et de la bascule qui en font partie , et sur lesquels nous reviendrons ailleurs.