XCIII8 OBSERVATION
Je lus appelé a Auxerre, en 1833, pour voir M. Maure, âgé
de 60 ans, qui souffrait de la pierre, et qui avant d'entreprendre le voyage de Paris désirait savoir si la lilholripsie lui serait «applicable. Je le trouvai dans l’état suivant: Les extrémités inférieures étaient œdématiées, les battemens du cœur étaient tumultueux, et produisaient une forte impulsion ; il y avait un mouvement fébrile habituel, la vessie contenait une pierre de 20 lignes de diamètre, elle ne se vidait qu’au sixième, et l’urine altérée par son séjour était lactescente. Je déclarai aux parens de M. Maure qu’aucune opération n’était praticable : quant au malade je lui donnai quelque raison plus ou moins plausible pour différer son voyage; un mois après il avait cessé de vivre.
J’ai dit quelques mots à la page 59, de M. Jolivet, ancien procureur-général que je vis à Vannes en 1829, et que je refusai d’opérer à cause du volume de ia pierre et de l’altération de la santé. J’ai omis d’ajouter que M. Jolivet fut pris, quinze jours après mon départ, de symptômes de néphrite et qu’il mourut au bout d’un mois. Je pourrais citer un grand nombre d’exemples semblables dans lesquels l’altération de la santé était portée si loin que l’on ne pouvait raisonnablement songer à tenter une opération.
Mais une maladie organique ne met pas toujours l’existence dans un péril prochain, si la pierre est petite alors, si les conditions locales sont favorables , je pense qu’il serait convenable de pratiquer le broiement. Si la pierre avait plus de volume ou si d’autres circonstances devaient éloigner l’idée de cette opération, ce serait au praticien de voir, s’il vaut mieux s’abstenir, que de tenter la lithotomie ; les conseils que je pourrais donner, ne sauraient prévoir tous les cas, et ne sauraient tenir lieu de l’expérience et du discernement du chirurgien. Lors môme que des altérations d’organes sont manifestes, la lilhotripsie , disons-nous, . est encore quelquefois possible et indiquée; au contraire , dausd’autres circonstances plus nombreuses il convient de s’eu abstenir ou de la différer, bien que les symptômes se montrent au premier abord avec moins de gravité.
La néphrite est de toutes les affections organiques celle qui complique le plus souvent les calculs vésicaux , celle qui marche le plu9 insidieusement, et cause le plus souvent la mort. Tantôt la préseuce de calculs dans les reins est la cause de cette altération, tantôt c’est de la vessie vers les reins que l’inflammation remonte , et bien souvent alors elle est due à une rétention in--
complète d’urine long-temps méconnue : Dans ce dernier cas surtout la marche de la néphrite est trompeuse, quelquefois le tissu de l’organe est détruit, la substance corticale est transformée en une poche remplie de pus avant que cette altération profonde se déuote par aucun signe ; c’est seulement lorsque la mort est prochaine et inévitable qu’il survient une lièvre légère avec des redoublemens irréguliers ; un peu plus tard, le malade tombe dans un abattement extrême qui n’est pas en rapport avec le peu de gravité apparente des symptômes. L’état du pouls est variable suivant les cas ; tantôt il reste presque naturel, d’autres fois il bat, suivant un rythme particulier, deux coups pressés , un coup un peu moins pressé, puis un repos; cette mesure est celie du rappel, sa langue est tantôt sèche et rouge, plus souvent elle reste humide mais couverte d’un enduit blanc ; seulement vers les derniers jours de la vie, cet enduit prend une couleur lie de vin tout à fait remarquable; l’urine elle-même ne dénote pas toujours l’étendue du désordre, surtout lorsqu’un des reins seulement est pris; elle est fortement safranée comme huileuse, souvent plu3 muqueuse que purulente : lorsque les deux reins sont enflammés, elle est bourbeuse et rare, mais un symptôme que j ai toujours vu mortel, tnêmelorsqu’il se montre à une époque où le danger n’est nullement apparent, c’est le hoquet ; il se manifeste d’ordinaire une semaine ou deux avaut la mort, d’abord fugace et passager, ii augmente peu à peu d’iutensité, il dure une ou deux heures pour laisser le malade en repos pendant un temps égalj puis il reparaît; sa violence est extrême ; ii ressemble à de longs sanglots entrecoupés, la fatigue qu’il produit n'est pas cependant aussi grande qu’elle paraîtrait devoir l’être d’après sa violence et le malaise qu’il cause aux assistans.
3 ai rapporté p. 87 l’histoire du général Fournier, d’Albe, que je n ai pas voulu opérer même de la taille daus la prévision d une issue lunesle prochaine ; dans plusieurs autres circonstances, j’ai vu également mon pronostic se réaliser, et j’ai pu m’applaudir d’être resté dans l’expectative. Quelquefois même je me suis abstenu de toute exploration pour reconnaître la présence ou l’absence de la pierre, parce que j’avais pu saisir au passage quelques-uns des signes dont j’ai parlé tout à l’heure, c’est ce qui m’est arrivé cet hiver , dans le cas suivant que je rapporterai parce que la marche des symptômes s’y trouve bien tracée.