XCIV° OBSERVATION
M. Albert Bonnet , figé de 56 ans , d’une constitution robuste, avait eu depuis plusieurs années des coliques néphrétiques à la suite desquelles il avait rendu des graviers ; la crise une fois passée, la santé générale redevenait excellente. Le bicarbonate de soude avait été donné à l’intérieur d’une manière suivie sans que|la disposition à la gravelle eût été vaincue. Vers le mois dfoctobre 1835 les envies d'uriner devenant fréquentes, leur émission étant accompagnée d’efforts et d’un peu de douleur, M. Albert consulta M. Pasquier qui, ayant rencontré un rétrécissement à cinq pouces et demi passa des bougies dans l’urèthre et fit la dilatation temporaire. Après quelques applications , M. Pasquier partit pour l’expédition de Mascara, laissant forcémentle traitement inachevé. Peu de temps après une dureté de la grosseur d’une lentille se manifesta sur le trajet du canal entre l’anus et le scrotum, elle augmenta de volume et s’étendit eu haut et en bas-; elle devint le siège de quelques élancemens, mais le travail inflammatoire s’v faisait lentement. Le malade se rendit alors chez M. Civiale qui fit pénétrer uue bougie beaucoup plus forte que celle dont on avait fait précédemment usage, non sans causer de la douleur et même de la fièvre. M . Mancel, médecin de M. Albert, combattit cette inflammation par des saignées, des bains et tout l’ensemble des moyens antiphlogistiques. Le malade, persuadé que sa vessie devait contenir une pierre, était impatient de s’en assurer et d’en être débarrassé -, je fus appelé dans ce but. Lorsque je vis pour la première fois M. Albert, le mardi 10 novembre je le trouvai dans l’état suivant : l’urine était d’un jaune brun et contenait du sang ainsi que des inuçosités, l’émission de ce liquide avait lieu tou s les quarts d’heure avec de' grands efforts et des douleurs excessivement vives; le pouls un peu serré battait 92 pulsations, la langue était couverte d’un endtiit blanc épais , le ventre était un peu ballôné, cet état ne présentait rien de grave au premier aspect, cependant je ne voulus pas me rendre au désir du malade qui me pressait d’explorer sa vessie avec la sonde d’argent, et je fus confirmé dans cette résolution de m’abstenir, par un mouvement subit du diaphragme semblable à un hoquet; cette contraction n’avait point été jusque là remarquée par le malade, elle était isolée, fugace , mais je suis tellement persuadé que ce symptôme est
dans lus affections des voies urinaires un signe de mort, el que se montrât-il isolément il mo ferait différer d’agir. Je fis part de mes craintes àM. Mancel et nous continuâmes à suivre le traitement de concert. M. le docteur Honoré vint plus tard nous assister de ses conseils.
Le 11, l’aspect de l’urine est le même, le pouls est à 86 pulsations : même état de la langue, l’émission de l’urine est toujours fréquente, douloureuse et accompagnée d’efforts. Ces trois circonstances me firent penser que la vessie ne se vidait pas ; pour m’en assurer, je fis pénétrer une sonde de gomme à courbure fixe d’un petit calibre , ce qui cul lieu sans douleur , et je donnai issue à un verre d’urine, quantité qui aurait néoessité 8 ou 10 émissions spontanées. Je fixai la sonde au moyen d’un suspensoir, force de préférer la moins grave des deux causes d’irritation. Quelques rares hoquets s’étaient montrés durant cette journée. Nous prescrivîmes un bain et un lavement.
Le 12, le pouls est plus dur et plus fréquent, il y a un peu de ■sensibilité yers l’hypocondre droit , le ventre est généralement météorisé. Saignée de io onces. Fomentation sur le ventre. L urine coule parla sonde sans douleur; les besoins de la rendre ne se font plus sentir que. toutes les deux heures ; l’urine est moins muqueuse, mais elle est encore teinte en brun par du sang décomposé. Augmentation du hoquet qui persiste pendant plusieurs minutes, et cesse pour reparaître quelques heures plus tard.
13. — Moins de chaleur à la peau. Moins de fréquence et de dureté du pouls, du reste même état. L’enduit de la langue est le même, il n y a point eu de garde-robe depuis plus de trois jours. ^ Purgation avec l’huile de riccin.
14. Même état du pouls même aspect de l’urine ; le hoquet est pins rapproché, pl ns persistant, il cause beaucoup de fatigue. Le malade montre une vive inquiétude de son état. Vonïiturilion9 presque continuelles. — Un bain de deux heures, eau de Sellz.
15. — Le pouls est toujours régulier, il a du développement, il semble presque naturel. La langue est plus sèche, abattement plus grand, météorisme du ventre un peu moindre, le hoquet est presque; continuel, il se compose de secousses distinctes qui semblent partagées par un soupir. — Bain entier. Eau de Seltz.
16- Même état. Affaissement général. Somnolence qui n’est troublée que par le hoquet et les vomituritions.
17. — Les urines contiennent en abondance du pus fétide; le pouls est toujours à 96 ; il est régulier et développé.
18. — Même état, l’affaissement et la somnolence ont augmenté vers le soir; l’urine a cessé de contenir du pus.
19. — Un peu de moiteur à la peau , la langue est plus humide, le pouls est plus développé, l’urine est limpide mais brune.
20. — Une tache lie de vin existe vers la pointe de la langue. L’abcès du périné s’est ouvert spontanément et a donné issue à du pus mélé de sang, l’engorgement du tissu cellulaire persiste comme auparavant. Abattement toujours croissant, le hoquet est plus rare. Yomituritions verdâtres.
21. — La tache lie de vin s’est étendue sur toute la langue. Le pouls se maintient le même, mais l’affaissement augmente. L’urine ne contient plus ni sang ni pus. Plus de hoquet.