‹ De la lithotripsieChapitre 32 sur 43 · Mort · texte numérisé non relu

Mort

Malgré toutes nos instances , nous n’avons pu obtenir que l’autopsie fût faite, mais d’après ce que j’ai observé sur d’autres malades dont les cadavres ont été examinés, je ne doute en aucune manière qu’un néphrite double n’ait causé la mort.

II n’estpas toujourafacile de pressentir , comme je l’ai fait daus ces deux cas et dans quelques autres, la gravité du mal. Sur d’autres malades , j’ai vu les signes de la néphrite apparaître tout d’un coup avec un caractère mortel, au moment où je croyais le succès certain. Eu voici un exemple.

XGV« OBSERVATION. — Pierre de plus de deux pouces de diamètre ; lithotripsie par percussion ; néphrite avec destruction

du rein; dysseulerie; mort.

M. Duval, de Laval, officier supérieur d’artillerie, âgé de 5(5 ans , d’un tempérament pléthorique, éprouva les premières douleurs de la pierre en 1801. Les symptômes de celte maladie se montrèrent tous réunis , ils allèrent en s'accroissant jusqu'en 1 834, époque à laquelle M. Duval s’étant fait sonder, acquit la certitude qu’il portait une pierre dans la vessie. II vint à Paris se confier à mes soins , au mois de septembre i834- Je reconnus l’existence d’un calcul de deux pouces de diamètre qui me parut devoir être fort dur ; la vessie n’était nullement hypertrophiée, sans admettre une grande quantité de liquide elle était souple et permettait ù la sonde de sc mouvoir librement autour de la

pierre; la lithotripsie semblait donc praticable malgré le volume considérable du calcul. Une circonstance pourtant m’inquiétait, M. Du val m’apprit que depuis trois mois il avait eu plusieurs accès de fièvre avec des redoublemens ; que depuis la même époque il avait été pris deux fois d’une diarrhée violente dont il avait eu grande peine à se débarrasser. Son embonpoint pourtant quoique moindre, à son dire, était encore fort satisfaisant, son teint était coloré et u’annonçait nullement une affection organique, seulement il y avait une fréquence du pouls qui me semblait exagnrée malgré l’assurance du contraire que me donnait le malade. Après quelques jours d’attente et d’observations ne voyant rien survenir, l’appétit même étant très bon, je me déterminai à pratiquer la lithotripsie.

Le volume et la dureté de la pierre me faisaient penser que la percussion serait indispensable pour la rompre, et que peut-être une forte élévation du bassin serait nécessaire pour la saisir, eu conséquence je fis porter chez le malade un lit rectangle.

ha vessie , dont la sensibilité était peu développée, reçut et conserva cinq à six onces de liquide; la sonde pourtant, dont la courbure était fort courte, avait peine à exécuter un mouvement de rotation pour porter le bec en bas et apprécier de nouveau Je diamètre antèro - postérieur du calcul qui me parut être au moins aussi considérable que dans la première exploration. Je pris un brise-pierre de trois lignes un quart, etdès qu’il eut franchi le col de la vessie, je fis exécuter le mouvement de bascule pour déloger la pierre, la porter vers la région postérieure, et engager au dessous d’elle la branche femelle; cette manœuvre s exécuta heureusement et la pierre saisie donnait aux branches do percuteur un écartement de 27 lignes; cependant en augrnentont graduellement avec la main la pression de la branche fee’ a(Pierrc exécuta ce mouvement de glissement dont j’ai déjà pnr.e p. 16.4. L ecartement des branches fut alors réduit à dix-ueui ligues; je fixai l’instrument avec l’étau , et je fis la percussion; après une minute environ la rupture de la pierre eut beu Trois fragmens furent ensuite saisis et sur chacun d’eux .1 fallut frapperavec le marteau aussi long-temps que sur la pierre entière, M. Durai supporta très bien cette séance, la douleur fut egere, il n’y eut point do. fièvre, point de malaise ensuite et irois jours après, je pus faire une seconde application dans’laqUe C ClrifJ ln'£mens furent écrasés par percussion. Une troi-

eièmc, une quatrième séance, eurent lieu de la même manière; elles eurent pour témoins MM. Récamier, Dieffenbach, Cantoni, Regnoli , Cocteau, etc. Je m’applaudissais de ne m’être point laissé arrêter par mes appréheusions et d’avoir surmonté les plus grandes difficultés de l’opération, lorsqu’après la cinquième séance qui avait été plus simple encore et plus exempte de douleur que les précédentes, il survint un violent accès de fièvre qui débuta par un frisson de deux heures : la langue devint tout d’un coup d’une extrême sécheresse, les papilles étaient droites et plus longues que je ne les avais jamais vues; lise manifesta de la diarrhée sanguinolente ; je fis appliquer 25 sangsues à l’anus 9 et dès que la rémission de la fièvre eut lieu , j’administrai le sulfate de quinine ; le surlendemain les symptômes avaient perdu leur gravité, mais il resta une fièvre continue avec un redoublement quotidien marqué p-ar du frisson ; la diarrhée avait cédé aux quarts de Iavemens opiacés. Cel état dura quinae jours, elt pendant ce temps l’uvine qui jusqu’alors ne contenait qu’un dépôt muqueux peu abondant devint rare et bourbeuse. M. Duval tomba dans un état d’accablement et d:oppression des forcesqui l'obligea de rester au lit. Pour assouplir la peau et remplacer les bains qui jusqu’alors avaient produit de bons effets et qui ne pouvaient plus être pris à cause de la faiblesse , je fis couvrir tout le corps de flanelle que l’otï entretenait chaude et humide. Le hoquet commença à se montrer rare et isolé d’abord, puis plus tard fort et persistant pendant une heure ou deux pour cesser pendant un temps égal. Une dyssenterie violente vint tout d’un coup se joindre aux autres symptômes; les Iavemens opiacés et astringens furent inutiles, aussi bien que les tisanes de ratahnia, et huit jours après I’apparrition de ce dernier phénomène M. Duval mourut. M. Louis voulut bien m’assister de ses conseils, dès que la maladie sembla prendre des caractères graves.

L’autopsie fut faite devant moi par deux jeunes médecins de Laval. Nous trouvâmes la vessie d’une couleur un peu violacée, sans que la muqueuse fût ramollie; elle contenait quatre grosfragmens de calcul cl une vingtaine de plus petits. Dans toute la longueur du colon la muqueuse était ramollie , elle était nlcerée en beaucoup d’endroits. L’un des reins était sain, mais l’autre était complètement détruit; il était réduit à l’étal d'une poche remplie de pus.

RÉFLEXIONS

Le calcul de M. Duval est un des plus volumineux que je sois parvenu à briser dans la vessie, car son diamètre moyen était comme je l'ai dit de 27 lignes, mais son grand diamètre, d’après la configuration des fragmens, devait avoir 32 ou 33 lignes. Il est certain, au point où en était l’opération , que sans les altérations organiques profondes, qui ont empêché de la continuer, la destruction complète de la pierre était certaine. L’état de désorganisation du rein ne permet guère de supposer que le commencement de son altération remontât seulement à quelques semaines ; il me parait certain au contraire qu’il avait fallu plusieurs mois pour faire disparaître aussi complètement, par une lente pression, la substauce corticale et réduire le rein à l’état d’une poche rempliede pus; pourtant aucun signe, si c e n’est quelques indices fugitifs, ne pouvait le faire soupçonne r.

Ladisposition apoplectique est quelquefois manife ste, et l’ondoitla craindre surtout s’il y a eu des attaques antérieure :s; mais cette disposition, fût-elle même portéetrès loin, ne devrai t point empêcher lalithotritie; peut-être même serait-ce une raisor i pourla préférer, seulement il faudrait la faire précéder d’évacua tions sanguines, et faire en sorte que les séances fussent de coi irte durée. Mais chacun sait que dans la moitié des cas peut-êtr e, la disposition apoplectique n’est en aucune manière signalée par la constitution à laquelle on a donné ce nom ; dans ce ci is le chirurgien peut voir la mort venir frapper son malade au î nilieu d’un traitement dont le succès lui semblait certain. En v oici un exemple que j’extrais de l’ouvrage de M. Dubowiski, int jtulé : Reproduction des discussions qui ont eu lieu sur ta lithot ritie et la taille , p. 236. Ce jeune médecin dont nous avons eu déjà l’occasion de parler avec distinction , a suivi cette opération. . MM. les docteurs Lherminicr et Moynier, médecins du malad< j, m’assistaient de leurs conseils.

XCVL OBSERVATION.

M. 1 abbé Landry, âgé de 77 ans, éta jt d'une constitution robuste et d un grand embonpoint. Depu .fs deux ans, il accusait les douleurs de la vessie et éprouvait des symptômes de calcul.

M. Leroy constata l’èxistencc de plusieurs calculs, mais un

accès de goutte obligea de remettre l’opération pendant plus d’une semaine et demie. Cet accès passé, on procéda à l’opération.

La première séance eut lieu le 7 août , elle dura quatre minutes; les pierres et les fragmens furent brisés dans les diamètres de 6, 10, 6, 8 et trois lignes. Après cette séance, le malade rendit beaucoup de fragmens; il sentait de l’allégement dans la vessie, et souffrait peu.

La seconde séance eut lieu le 10 août, elle dura cinq minutes; les calculs étaient broyés dans les diamètres de 7, 6, 4? 9> 6,

5 et 3 lignes.

Le i3 août , le malade éprouva des douleurs dans l’oreille gauche; son médecin lui conseilla des sangsues, mais il ne voulut pas les faire mettre.

Le i5 il survint une attaque d’apoplexie, qui fut suivie de frisson et de tremblement; le côté droit du malade fut privé de mouvement, et il ne pouvait plus parler distinctement. On lui appliqua des sangsues aux parois mastcïdes, et on employa d’autres moyens, mais tout fut inutile , le malade s’affaissait de jour en jour, et il est mort le 22 août, probablement par un épanchement dans le cerveau.

RÉFLEXIONS

La lithotrilie n’a point causé la mort de ce malade ; car 1 apoplexie est bien suffisante pour expliquer la cause de son décès.

Les offections des reins et de la vessie produisent souvent des accès de fièvre intermittente qui ne sont pas toujours un empêchement à la lithotrilie, comme le prouvent les observations 66, p. 179, et 67, p. 201. Mais lorsqu’elles sont plus tenaces, elles peuvent détourner de l’entreprendre ou forcer de la discontinuer; en voici un exemple : je prends le commencement de la narration dans la seconde lettre de M. Civiale, p. 111.

XCVIIe OBSERVATION.

« ill. de Laframboisière , de Dieuze , souffrait de la pierre depuis plus de deux ans, lorsqu’il vint me consulter, le 3 juillet 1827 ; la santé de cc malade, d’une constitution naturellement robuste, me parut être fortement ébranlée ; frequens accès de

fièvre, appétit irrégulier, sommeil troublé, faiblesse, abattement physique et moral, plusieurs calculs, catarrhe vésical, commencement de paralysie de la vessie , état maladif de la prostate, telles étaient les circonstances qui se présentaient, et qui m’inspiraient quelques craintes sur le résultat de l’opération. Cependant je n’avais pas de données suffisantes pour prendre une décision. Un traitement approprié fut prescrit et suivi pendant long-temps ; des explorations et deux tentatives d’opérations eurent lieu ; le nombre et la grosseur des pierres, et l’état de la vessie, mieux apprécies, in ont fait renoncer à l’espérance de guérir ce malade ; comme il ne se trouvait pas dans des conditions é pouvoir être opéré par la taille, il est retourné chez lui, et conserve sa pierre. » Ici se terminent la part et le récit de M. Civiale.

Au printemps de l’année 1828, M. de Laframboisière, non suffisamment convaincu del’impuissance de la lithotritie, me fit offrir d’aller à Dieuze (en Lorraine), pour l’opérer. Je m’y rendis, et je le trouvai dans l’état que M. Civiale a dépeint plus haut. L’opération de la taille semblait offrir des chances moins défavorables encore que la lithotritie, mais le malade montrait pour elle une répugnance invincible : je fis donc de nouveau l’essai du broiement; les calculs étaient nombreux et volumineux, leur destruction devait nécessairement être longue , cependant l’évidement et l’éclatement que j’avais imaginés, et que MM. Hcurte- Joup et Kigal avaient perfectionnés, rendaient le procédé dont je faisais usage, plus rapide que celui des perforations successives employées par M. Civiale. Plusieurs calculs du diamètre de un pouce, de dix lignes environ, furent saisis et facilement écrasés; je fis trois séances dans ce voyage à deux ou trois jours d’intervalle , après quoi je revins à Paris. Quinze jours plus tard, je retournai à Dieuze et je fis encore trois séances qui donnèrent les mêmes résultats. Chaque pierre qui était prise était évidée , puis écrasée; car elles avaient peu de dureté; mais la présence des inslrumens dans la vessie produisait des douleurs très vives, et plusieurs fois les opérations furent suivies d’un violent accès’ de fièvre débutant par un frisson des plus intenses, et durant une liouie ou deux. Cependant la quantité des pierres était encore considérable ; je déclarai que l’opération devant se prolonger as3ez long-temps il m’était impossible de la continuer à Dieuze, et que M, de Laframboisière devait revenir à Paris pour la termi-

ner. Il suivit ce conseil, supporta la route assez bien, et jouit d’une bonne santé pendant les premiers jours de son arrivée ; puis il eut une fièvre d’accès pour laquelle j’administrai le quinquina. La fièvre ayant cessé, je repris l’opération, mais je trouvai la vessie beaucoup plus contractée -, à peine avais-je eu le temps de saisir une pierre que le liquide fut chassé entre 1 instrument et le canal , des mouvemens nerveux se manifestèrent et le soir il y eut un accès de fièvre qui se renouvela trois juurs de suite j après huit jours de calme, je pratiquai une séance qui, cette fois , eut un résultat plus satisfaisant ; mais dans celle qui suivit trois jours après , la contraction irrésistible de la vessie et des mouvemens nerveux se reproduisirent ; la fièvre intermittente reparut encore plus violente et plus tenace. Je dus alors perdre tout espoir de réussir par le broiement, et comme M. de Laframboisière conservait pour la taille la même répugnance, il est retourné chez lui où après une année d’atroces douleurs il a sü'èconlbé.

RÉFLEXIONS

M. Civialeavait eu raison, comme l’on voit, de ne pas pousser plus loin qu’il ne l’a fait l’opération de M. de Laframboisière, cependant il n’y avait pas impossibilité matérielle de détruire la pierre, il aurait fallu rencontrer seulement une disposition générale meilleure. Ce serait à torique l’on prétendrait ranger des faits comme ceux-ci parmi les mécomptes de la lilhotritie, . puisque le chirurgien ne s'abuse pas sur le peu de chances qu elle présente, mais obéit à la nécessité et à la volonté impérieuse des malades qui, comme celui-ci, préfèrent endurer les souffrances atroces de la pierre, les douleurs non moins vives de la lithotritic lorsqu’elle est pratiquée sur des organes aussi» profondément altérés, subir enfin une mort aussi lente et aussi affreuse plutôt que de se soumettre ù la cyslhotomie.

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