‹ De la lithotripsieChapitre 9 sur 43 · DU BROIEMENT. AU BOUT DE DEUX ANNÉES TAILLE SUS-PUBIENNE. MORT · texte numérisé non relu

DU BROIEMENT. AU BOUT DE DEUX ANNÉES TAILLE SUS-PUBIENNE. MORT

Ors. V. — M. Baltz, âgé de 64 ans, était affecté depuis cinq ans de rétention d’urine, qui l’obligeait à se sonder. Peu à peu les envies d’uriner devinrent plus fréquentes, les urines se troublèrent et devinrent muqueuses, leur sortie Otait suivie de vives douleurs. M. le docteur Pillot, son médecin, soupçonna l’existence d’un calcul , et me fit appeler.

IVous rencontrâmes avec la sonde plusieurs pierres ; l’une d’elles mesurée donnait 13 lignes au lithomèlre. J’hésitai avant de tenter le broiement, la rétention d’urine me semblait ici une contrc-indication , cependant je cédai aux instances du malade. Je fis lisage de la pince a trois branches droite, muni de mon foret â développement double , afin de pulvériser les calculs autant que faire se pourrait. Je pratiquai l’opération en présence de M. le professeur Duméril, de M. Pillot et du docteur Rigal. Dans chaque séance une pierre était saisie facilement, largement excavée et brisée ; mais après la troisième séance l’instrument droit cessa de pouvoir cire introduit, malgré l’emploi du procédé de redressement que M. Rigal et moi nous appliquâmes à plusieurs reprises. Comme, d’un autre côté, les fragmens de la pierre ne sortaient qu’en très-petit nombre , et ne s’engageaient mente pas dans les yeux de la sonde, je ne voulus pas continuer le broiement, malgré les vives instances du malade , et je lui dis que la taille seule pouvait le guérir. Pendant deux ans M. Baltz resta dans cet état. A la fin, vaincu par la douleur, il se décida â se faire tailler par M. Souberbielle ; mais il était alors réduit à un tel état de faiblesse, que l’opération n’offrait que bien peu de chances. Le malade mourut huit jours après qu’elle eut été pratiquée. Les calculs extraits de la vessie étaient au nombre de 9; l’un d’eux, ayant un diamètre de 15 lignes, présentait une excavation de 10 lignes de diamètre, produite par l’action du foret. La prostate était très-volumineuse; son lobe moyen, trcs-développé , était manifestement la cause de la rétention d’urine. Celte disposition explique également la difficulté, puis l’impossibilité de l’introduction de l’instrument droit.

Parmi les observations déjà nombreuses de 1 itliolri lie qui ont etc publiées , je n’en trouve que trois dans lesquelles une rétention d’urine complète on incomplète fut jointe à l’existence de la pierre. Toutes trois se trouvent dans l’ouvrage de M. Civiale intitule cle la Lithotritie. Dans un cas, l’opération fut suivie d’un plein succès. ( P. 184. ) Le malade était sexagénaire. « Il y avait , dit le chirurgien que je viens de nommer, paralysie de la vessie, urines glaireuses et fétides , œdématié permanente des extrémités inférieures. Il n’y avait pas de préparation à faire quant à l’urètre , le malade portait habituellement des sondes depuis un an. La pierre, du volume d’une noix et d’une nature calcaire,

été saisie et attaquée sans peine. Le frottement exercé par les branches de la pince sur les parois de la vessie a paru ranimer la contractilité de ce viscère. Après la deuxième séance , le malade a commencé à uriner sans le secours de la sonde, et successivement le cours de 1’ urine s’est rétabli. Le détritus produit par le broiement du calcul a été retiré à chaque reprise de l’opération , et à la neuvième séance , l’extraction de la pierre a été complète. »

Nous voyons ici , comme dans l’observation de M. Fil itre, l’opération du broiement faire cesser la rétention d’urine; l’explication qu’en donne M. Giviale est en rapport avec les idées généralement admises jusqu’à ces dernières années sur la paralysie de la vessie et diffère de celles que je professe sur la nature de ce phénomène. Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dit plus haut à cet égard, et, laissant de côté l’explication, je me contente d’enregistrer le fait. Il n’est pas dit comment fut faite l’extraction du détritus , mais je suppose qu’elle eut lieu au moyen de la pince , car M. Civialc extrait assez fréquemment de la sorte des fragmens de pierre , lors même qu’il n’existe pas de rétention et que la vessie hyperthrophiée expulse avec énergie le détritus. Je ne comprends pas quels peuvent être ses motifs pour en agir ainsi, car l’on s’expose, en faisant l’extraction des fragmens, à déchirer le canal, tandis qu’un coup de foret donné à ce même fragment le réduirait en poudre ou en parcelles d’une expulsion facile. Nous voyous dans la relation précédente que cette extraction artificielle des débris de la pierre fut nécessaire jusqu’à la fin de l’opération , et cependant dès la troisième séance le malade a commencé à uriner sans le secours de la sonde. La contradiction que l’on croirait trouver dans ce passage n’est qu’apparente; cela se voit quelquefois, en effet, et je l’explique par la présence de la tumeur prostatique, cause de la rétention d’urine , laquelle , par l’introduction et le séjour momentané des instrumens, a été déplacée ou affaissée de manière à laisser passer l’urine, mais non pas 1rs fragmens de pierre : dans l’hypothèse de la paralysie de vessie, l’explication est moins facile. Cependant je dois ajouter que cette expulsion difficile du détritus de la pierre n’a pas lieu seulement dans la rétention d’urine , mais qu clic s observe quelquefois alors même que l’émission de ce liquide a lieu avec facilité. Cela tientil à une contraction spasmodique du col , à un gonflement de cette partie ou à toute autre cause? Je 11e prendrai pas sur moi de le décider, je dirai seulement que je crois dans ce cas avoir retiré de bons cllets de

l’introduction de grosses bougies laissées dans le canal pendant trois quarts d’heure ou une heure chaque jour pour dilater le col ou vaincre sa contraction. L’observation du docteur Héron, rapportée par M. Hcurteloup dans son ouvrage intitule Principles of Lithotritj -, p. 4 1 4? offre un exemple remarquable de l’issue difficile des fragmens , l’urine coulant spontane'menf.

Les deux autres cas de calculs existans avec des paralysies apparentes de la vessie sont rapportes par M. Civiale, pages 18 et 2 1 de l’ouvrage cite'. Dans l’un et l’autre la rétention d’urine était incomplète , la lithotritie fut tentée , mais l’on en cessa l’emploi à cause des circonstances fâcheuses dans lesquelles se trouvaient les malades qui moururent très-peu de temps après. Chez l’un d’eux , M. Faure d’Orléans , l’autopsie fit rencontrer un seul rein , lequel était en suppuration.

Il résulte du contenu de ce mémoire que la rétention d’urine n’apporte aucun obstacle à la manœuvre de l’opération du broiement ; que si la sortie spontanée du détritus est impossible , la vessie peut néanmoins être complètement débarrassée par des moyens artificiels. Nous voyons que la réunion de l’affection calculeusc et de la rétention d’urine favorise, il est vrai, la reproduction de la pierre, mais la taille n’empêcherait pas cette reproduction plus que la lithotritie. La dernière de ces deux opérations , lorsqu'elle n’est pas contre-indiquée par d’autres circonstances , me paraît donc devoir être tentée avant de recourir à l’autre. Enfin nous voyons dans les circonstances les plus favorables l’action des instrumens lithotribes faire cesser la rétention d’urine dès les premières séances, et procurer la guérison de la double affection dont le malade était tourmenté.

Page 1