OBSERVATION II
(Personnelle)
Calcul uratique de 4 centimètres. Lithotritie rapide : broiement en une seule séance de trois quarts d’heure. Pas de complications.
Pascal R., âgé de soixante-quatre ans, commissionnaire en vins à Puisserguier, entre dans le service de M. le professeur Tédenat, au n° 8 de la salle Saint-Jean, le 22 juin 1888.
Son père est mort d’une fluxion de poitrine; sa mère est morte de chagrin peu de temps après. Pas de rhumatismes, de migraines ni de névralsies, chez aucun des membres de la famille. Une sœur de vingtcinq ans est morte phthisique.
Jusqu'à dix-huit ans, il a joui d’une santé robuste ; à cette époque, il à été atteint de fièvres intermittentes et les a gardées deux ans. Pas de blennorrhagie.
Accidents dyspeptiques datant de plus de trente ans. Longtemps il a souffert seulement de l'estomac : les digestions étaient difficiles; il survenait après le repas des douleurs à l’épigastre, quelquefois il se produisait des vomissements. Jamais d’hématémèse ni de mélæna.
Tout le formulaire habituel du traitement de la dyspepsie a été épuisé sans résultat. Il y a dix ans, à ces symptômes gastriques se sont ajoutés des phénomènes intestinaux, qui ont cédé en peu de temps aux lavements et aux bains de siége.
Depuis cinq ou six ans, le malade urine anormalement. Lorsqu'il fait une course en voiture pour aller placer son vin, il est obligé de descendre trois ou quatre fois de son véhicule pour uriner. Néanmoins, au début, la souffrance était à peu près nulle, le jet était large et projeté avec force. Des hématuries se sont, depuis, manifestées à plusieurs reprises dans le cours des deux dernières années; la plus récente s’est produite vingt-jours avant son entrée.
Depuis deux ans également, des douleurs sont survenues pendant
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LACS la miction; elles atteignent leur maximum d'intensité au moment des contractions terminales; de plus, le jet d’urine est souvent brusquement interrompu.
Il y a quelque temps, le malade a rendu, en urinant, un petit gravier de la grosseur d’un pépin de raisin, mou et friablef A plusieurs reprises, il a constaté un dépôt de sable rouge au fond de son vase.
Cet homme entre à l'hôpital parce qu'il souffre beaucoup en urinant et en marchant. Dans la journée, il urine toutes les demi-heures, et la nuit il a huit à dix mictions.
M: Tédenat constate, à l’aide d’un explorateur de Guyon, la présence d’un calcul, dont la dimension, mesurée avec un peu lithotriteur, atteint 4 centimètres.
Le 27 juin, une lithotritie rapide est pratiquée. Les jours précédents, le malade a pris une potion avec deux grammes d’acide borique; la veille, il a été purgé et à absorbé du sulfate de quinine.
L'anesthésie est complète et facilement obtenue, grâce à Pemploi di mélange ACE, dont les proportions ont été indiquées dans l’observation précédente.
Le calcul, fort dur, est entièrement broyé dans le cours d’une seule séance, qui dure trois quarts d'heure. M. Tédenat introduit, à trois reprises, différents numéros du lithotriteur de Reliquet, et fait suivre chaque broiement d’une aspiration avec l’instrument de Guyon. On retire de l’aspirateur 20 grammes de sable très-finement pulvérisé, au milieu duquel on rencontre quelques débris assez volumineux.
Le soir, température : 37°.
Le lendemain, 28 juin, temp. : 37°. La nuit a été bonne; il n’y a eu ni fièvre, nifrisson; pas de vomissements chloroformiques ; peu de douleur. Diarrhée abondante. Les mictions ont été assez fréquentes, mais faciles et peu douloureuses. Il y a dans les urines une certaine quantité de sang, mais pas de débris.
Traitement : acide borique; sulfate de quinine; chaleur; alcool.
Le soir, temp.: 37°4.
Le 29, temp. : 37°3. Mictions faciles ; le malade n’a uriné que sept
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ou huit fois, au lieu des quinze ou seize mictions qu'il réalisait dans la
journée. Les urines ne sont plus sanguinolentes; elles ne renferment
aucun fragment de calcul. |
L’apyrexie est complète les jours suivants; aucune réaction. Les urines ne contiennent à aucun moment des parcelles de sable uratique, ce qui prouve que la totalité des fragments à été expulsée le jour de l'opération.
Le malade se lève au huitième jour et quitte l'hôpital le 18 juillet, en fort bon état; un examen pratiqué avant son départ permet d'affirmer qu'il ne reste aucun débris dans la vessie. Les urines sont claires et limpides ; les mictions ne sont plus douloureuses et ne dépassent pas le chiffre de cinq ou six dans la journée.