LE CHATEAU DE MUYDE
Sur les bords du Zuyderzée, à Tembouchure de la petite rivière du Vecht, s*âève un château fort, bâti vers l'an 1290 par le comte Florent V, pour défendre le pays environnant contre les invasions des West-Frisons, qui ne s'étaient soumis qu'à regret à la souveraineté du comte, et pour protéger cette partie des frontières orientales du pays contre les évêques d'Utrecht, qui, comme seigneurs temporels, n'étaient pas toujours en paix avec nos comtes belliqueux; quoiqu'au moment de la construction du château, Florent V fût l'ami et l'allié de Tévêque Jean de Zyric. Le comte pouvait, au moyen de ce château, prélever un péage sur les vaisseaux et marchandises qui par le Vecht entraient dans le pays épiscopal; et en outre, il avait par là un pied à terre dans le Goyland et dans le pays de TAmstel, ce qui le mettait à même de se prémunir contre les usurpations des seigneurs féodaux de
ces contrées. Ces superbes vassaux donnèrent bien affaire au comte, et à la fin ils se débarrassèrent de lui par un parricide , dont notre histoire conserve tous les détails, à la honte étemelle des aristocraties ambitieuses. Dans ce château, bâti par lui, les nobles conjurés emprisonnèrent le cointe^ cinq jours ^rmt qu^ils ne le mirent à mort; ils furent réduits à cette extrémité dans la crainte que leur proie ne fdt délivrée par les habitans du Goyland accourant au secours de leur bienfaiteur, et par ces West-Frisons eux-mêmes, qui jadis avaient refusé de se soumettre à leur seigue,; îégiL.
U est prouvé par une charte datée du château de Muyde que le fameux comte de Charolois, connu plus tard sous le nom de Charles le Téméraire, a résidé en 1462 dans le manoir de Florent V. En 1576, Thierry Sonoy, }'un ^es parfisifi^s les plos fpugu^^ de CriûUt^^imQ le Taciturne, attaqua, ^ 1^ tèi^ 4'we bfoiçte d'i^suig^, le çj^dr tei^fl deî|îuy4e, du côté 4u Zuyder^e, po^^r y p|épa??ftr à pK^ aisp upe pxxi^pw^ contre les Yi\\^ d'Am^t^F^am et iq n^x}m\ i^ pr^ièpre àp o^ vijles n'aiî^^ pa# m^n mmv^^ à la fo; qu'pU^ d^vc^it à son maître, le^ çpmte Philippe^ m, oom^u, dçm3 riûstpixe génér^p, §01^? ^e ^qw^ 4ft ?Wt lippe fl, icpiaift^ m d'E^gne. T^oi^ X^V^WIàmi aventpuriepT ae put ^^W^ ^ ^^^ ^ h ^Q^^^^ ^t fit ^e, r^t'sitt® hpnt^^; cft qi^i fut ç^jm fm'^n 1^ donna p^ raiUene le si^oia;! de Piirçjc ^an M^-^^^ (Thierry dç Mw4^)^ ^ <wxîntid dçj Leyo^tpç, ©ftvoy^ d^ns 1^ Néerlande p^ ss^ m^e§s$ s^.uqiei:[^, f^pr$$^ ]^ mort, 4û (î^i^lftvme d'Oç^i^g^ pouf ^AQQijiagei; ^% p^^t vinqes ijpévolté^ qui ^roi^yèreiçit. m^ Ee^ï ç^iSwtïne m 99 rojmt aeul^ et qui n*psèrçnt açoeptei? h^ ppiti^A d'^t
libre, que, dans un transport juvénile, elles s'étaient désirée, — le comte de Leycester faisait grand cas du château de Muyde; il l'appelait »la bride du grand cheval/' considérant Amsterdam comme le fidèle coursier que la faction révolutionnaire avait réussi à museler^ il est vrai, mais qui, d'un jour à l'autre, pouvait se souvenir de son devoir et de sa force, et» brisant les liens du despotisme aristocratique des insurgés, venir se ployer en hennissant ftux pieds de son noble ciivaliesr, le roi d'Espagne. En atta[idant, la discorde avait commenoé à régner dans le paarti soi-disant républicain « Lejcester, qui avait l'air de voubir travailler pour son propre compte et non pour càxà de la république, ne partit pour l'Angleterre qu'en se berçant du douï espoir qu^un }ùvx il ferait une entrée triomphale dans les villes de la HoUande, escorté d'une armée de ministres calvinistes qu'il avait rassemblés sous sa bannière, H avait confié la garde du château de Muyde à Jean Bax, qui lui était dévoué» Mais le psrti anti^leycestérien réussit bientôt à âoigner le diâtekin Bax^ et fit en sorte que désormais sa charge fât remplie pai^ un officier qtd repré^ seiLtesmt les intérêts politiques de Ist ville d'Amârlerdam, comme les magistrats les entendaient depuis que la ville avait subi le joug de ses soi-disant l9bérateurs« Il leur importait qu'il en ffti aisst^ p^orce que le châtelain de Muiyde accumulait les. charges de Balpm ott préfet de Naevde et du Goyland, de drossart de Muyde, d'officier en. daef do la vîHe de Weesp, Weesper-Carspel et Hoog^ Bylemer, et de colonel de la garde civique.
Qoaaaiâ, en Fannée 15>7 8,. «Amsterdam se fut fait gueux/'* selon rexpression de l'historiien Hooft, c'est-à«
dire lorsque le gouvernement de la ville eut été dissous, que les magistrats et les prêtres eurent été chassés de la ville, que les réformés se furent rendus maîtres des églises et eurent élu des échevins et un conseil protestant ou du moins anti-monarchique, bien des Ëimilles, qui jusqu'ici avaient été parfaitement inconnues, prirent place dans la magistrature. La famille Hooft était du nombre. L'historien que nous venons de nommer était fils d'un bourgmestre d'Amsterdam. C'est à ce jeune homme, poëte distingué, qu'on conféra en 1609 la charge de châtelain du château de Muyde et les ofQces qui y étaient attachés. H prêta serment, le 4 du mois de juin, qu'il serait fidèle au » comté (!) de Hollande et de Zélande, ainsi qu'à Son Excellence (le Prince Maurice) et à Messeigneurs les États de Hdlande;" qu'il garderait le château de Muyde à l'honneur et au service de ses supérieurs; qu'il maintiendrait les privilèges que les comtes (!) et comtesses avaient dans le cours des siècles accordés aux communes de sa juridiction; qu'il professerait la religion qui aujourd'hui était exercée en Hollande et en Zélande; qu'il défendrait les veuves et les oi^helins, et qu'en général il ferait tout ce qu'un bon châtelain de Muyde et Baïjuw du Goyland était tenu de faire.
Le jeune Hooft paraît s'être acquitté de ses devoirs avec zèle et ponctualité. Il ne tarda pas à se marier ; Christina van Erp, qui avait déjà inspiré des poëmes erotiques pleins de grâce et de tendresse au jeune poëte, avait fixé son choix.
Le nouveau drossart, quoique d'extraction plébéienne, avait reçu une bonne éducation. Dès sa vingtième
année il avait été reçu membre de la chambre de rhétorique d'Amsterdam , In liefâ! Uoeyende, En Tannée 1606 ou 1607^ il fit un voyage en Italie, qui contribua beaucoup à la formation de son caractère et de son goût. C'est ce voyage qui eut une heureuse influence isur sa disposition envers les partis reUgieux opprimés dans ces temps, les catholiques et les remontrants; car, quoique Hooft ne pût pas beaucoup en leur faveur, il reçut cependant à sa table Hugo Grotius avant sa condamnation; il continua de fréquenter Marie de Beygersbergh, l'épouse fidèle du célèbre arminien, après la fiiite de celui-ci. Hooft n'était membre d'aucune communion religieuse; il était lié d'amitié avec Spieghel, Soemer Visscher et Plemp, qui n'avaient pas embrassé le protestantisme, n est vrai qu'il n'y avait en cela aucun danger pour lui» car^ tout en étant catholique, Spieghel ne laissait pas d'être suffisamment républicain pour que des membres de cette familles eussent leurs fauteuils dans le conseil d'Amsterdam. Plemp n'avait chanté le martyr Musius qu'en latin; Visscher était d'un libéralisme qui touchait au libertinage, mais il n'avait aucune opinion politique. C'est encore à son voyage en Italie que Hooft est redevable de la tournure éminemment mélodieuse de ses chansons, genre de poésie dans lequel il excellait. Hooft aimait à rassembler autour de lui au château de Muyde les esprits les plus cultivés de son temps. Il avait le talent d'en rendre le séjour aussi agréable que possible. Il n'avait rien négligé pour embellir son manoir. Du côté de la mer s'étendait un bocage touffu ; de l'autre côté, un jardin potager et de nombreux parterres embellissaient les alentours du château. Dans
le veiger, qui touchait au fossé^ s'élevait une petite tour hexagone; elle servait à Hooft de cabinet d'étude durant Fêté. Pendant l'hiver il habitait Amsterdam.
La grande salle du château servait de lieu de réu* nion, quand la chambre de fimûlley qui se trouvait dans la tour orientale du château, était trop petite pour renfermer la nombreuse compagnie. Les murs de cette salle gardaient dans les tableaux, inscriptions et travaux de broderie, dans les armoires meublées de verreries où des mains de femme avaient tracé des chiffres db des devises ingénieuses, le témoignage irrécusable de la société qui avait rhabitude d'j passer les dimanches.
C'est surtout dans la période de 1627 — 1640, après que Hooft eût épousé en secondes noces Helionora Hellemans, veuve de Jean«Baptiste Bartalotti van den Heuvel, qui lui apportait en mariage trois aimables Mes qu'elle avait eaes de son premier mari, que le château fut un véritable lieu de plaisance, dont la belle nature, la cordialité la plus franche, et les arts, nommément la musique et la poésie, firent tous les frais. C'est au château de Muyde que le premier poëte du XVII siède, le grand Vondel, venait faire la lecture de son épopée (inachevée) la Oymkintinade. Constantin Hujgens, seigneur de ZojËchem, secrétaire du Prince, l'épigrammatiste le plus spirituel que nous ayons eu; yo6sius,qui jouit d'une réputation européenne; Barlseus, qui, en dehors de sa science classique, est un de nos poètes lea plus gracieux; Laurent Beael, qui, hd aussi, tout hou bourgeois et vice^amiral qu'il âait, âdsait de jolies ^logues; Coster, le dramaturge et le fondateur du nouveau théâtare d'Amsterdam; Daniel Mostartj homme d'esprit et de goût, secrétaire d'Am-
^tèrnu; Jean Mh&tt BAn^ itmtim et éiàiiteûr eieelleni^ ^y dôiinèrôni ieûdez-vtruâ; et, ce qrfî eontaSboà ^as que la ptéHetice de iôtite» 6éld É)mÉdté^ àcat^niiqûei^ et cûfti^ques k l'àgréMent âès fStéi» âa oMteatt, c- était là sùcàété de dettx dânî^, dé défix dœttts, qui,- par Icfttts Téiftus, léu^ tûmis et lèfàifer gtâees, se sositàiiiâie réputation si giâlidèy ^ue c?tfst à pèiÈiè é Vàn e» tibùvè ù'ïi âécottà e3twnï>i« daitô lés Itetéi^ de la vie nationale deàr Hollan- Aiis.' Ces soèùïs, éû- faVenr defsq'delles lea poëfces dû teinpi» ont épuisé h i/àc^hvléiré de là tendresse et de la gïâclè^ étaient les fiffieâ de ce Eôeiûél* Visscter, de ce rhétoridôii et négodant àxtâtérdéimi^ôi^,
itWîéns vloer betreden: Werdl, wiéns drémpel Wérdt gesleten, Door achilders, kuostcnaars^ door zkngers ea poëteor."
L'aâaée s'appelait Anna, »Aiiaia la sage" 6omme disait Htrfgeûs. Anna a pubHé uti' recuk^i à'Smblékés de son pâte, qu'dte a enrichi de quelques courtes explicatibns en ver» et en prose. Une douzaine de poèmes dfe sa imiinv la plupart pièces àe oirco&stance, qui dénotent un taleut remarquable, onft pai'u daius lès recueils po^iques du temps. Anna avait plusieurs aûûées de pbas que sa sceur. ËUe passa quelques môi^ en Zélande^ aik die cbnna- pour ainsi dire 1er âignal du réveil de la poérâs. Elle y tât célébrée C(Mnme uiie dées&e du temps antique. Ele â'attaclia particâlièrement à Jacôb Catâ, pôëte r^arquâble' dont nous parleronâ plus tard, qtii fut pensionna^ d'abord de la ville de Middelboui^g' et ensuite de lavifledeDôïdrecht. Ici,eU<esemàifiaà Dominique Booth vaa Wesel, qui n'était pas^catholiqûe co^me elle, mais qui lui pétrit d'élever ses enfants dans fe religion de leur mère. La cadets des demoiselles Visscher avait reçu le nom de
Marie, auquel son père avait ajouté celui de Tesselscbade, ce qui veut dire 9 avarie du TexeV*. Son père lui avait donné ce nom/ sous lequel elle est le plus connue^ en souvenance d'un nau&age, ou d'un grand dommage du moins, qui était arrivé à un de ses vaisseaux près de la rade du Texd, l'hiver de la naissance de cette en&ait. Tesselschade ou Tessela, comme les poètes latinisant l'appelèrent, £dsait tourner bien des têtes; cependant elle était modeste et réservée, autant que pouvait l'être une jeune fille dont le père se permettait des licences dans la conversation inusitées de nos jours, et qui, ayant perdu sa mère de bonne heure, n'avait reçu que vaguement les impressions religieuses, qui seules peuvent prémunir sujQSsamment contre les dangers du monde. Tesselschade possédait tous les talents désirables. Elle peignait et brodait habilement, elle gravait sur verre avec un talent exquis, elle s'exprimait comme sa sœur avec facilité dans plusieurs langues; elle faisait des vers charmants tant en hollandais qu'en français et en italien, et se consolait de la perte de son mari et de son enfant, en travaillant à la traduction de la Germalemme liberata^ Mais pour léchant elle avait une disposition tout à fait extraordinaire, et après que le château de Mujde eut répété ses mélodies délicieuses, qu'elle y fit entendre en s'accompagnant de la guitarre ou en chantant in duo avec Madame Françoise Duarte d'Alckmaer, qui était surnommée le rossignol français, ou bien soutenue par Thierry Zweling qui touchait merveilleusement de l'orgue et du clavecin, on fut d'avis qu'au passage de la reine « Marie de Médicis dans notre pays, rien de plus exquis ne pouvait être oiTert à Sa Majesté qu'un morceau de musi-
que dont Tessela et Françoise chanteraient les principales parties.
Tesselschade avait épousé un ofScier de marine, nommé AUart Krombalgh ; elle lai avait donné deux filles, dont l'aînée mourut en bas âge et fut suivie de près au tombeau par le père. A l'âge de quarante ans, elle était veuve. Barlseus (ou Van Baerle) qui était éperdument amoureux d'elle, se plaignait amèrement (en latin) qu'il n'y avait qu'un seul art auquel Tessela n'entendait goutte: c'était Yars amandi'
Huygens avait une autre manière de lui faire la cour. Hujgens était un homme de cœur, et, comme nous Tavons ditpluâ haut, d'un esprit peu commun; mais il avait une haine invétérée contre le catholicisme. Quand il écrivit de Londres un épître en vers aux sœurs Visscher, quelques mois après la mort de leur père, il commença par une tirade ignoble et de mauvais goût contre la religion papiste qu'eUes professaient. Il paraît que Hujgens ne s'est jamais évertué à convertir au calvinisme » la sage Anna," l'ainée des sœurs ; mais voir la belle Tessela , l'artiste consommée , la poétesse gracieuse, au sourire divin, à la voix d^ange, l'enchanteresse incomparable, la «merveille de son siècle" s'attachant de plus en plus à l'église catholique et enchevêtrée dans les joujoux papistes,
»In 'l poppegoet verwart," —
c'était plus qu'il ne pouvait supporter. Il ne cessait de l'importuner à ce sujet. Cependant nous devons à son zèle en cette matière quelques sonnets pleins de sel où son bon cœur vis-à-vis de la personne ne se dément pas, quoique son aveugle passion de sectaire y fasse assez
souvent fourvoyer son bon goût. Un joqi il ooblia la bienséance envers cette dame à tel point que Barls^us se crat autorisé à V&a. goormanâer.
Hooft, le châtelain hospitaliet, doit en grande partie sa réputation exagérée à son urbanité et à son indulgence ea matière de religion et de politique. Son nom (qui sigaifie cief) prêtait en otttre si &cileaiagit à un mot âaÉteur^ qu'il ne &!ûaài, je pense^ ^e quelques venres de son bon vin de la Moselle et une poignée des superbes prunes de son verger, pour qu'on lui eonfârftt le* tîfare de duei des poètes néerlandais. C'était mi homme de ssérite; personne ne songe à le contester^ mais il n'y avait pas à beaucoup près dans Fâme de Hooft de quoi &Êre un gâiie de premier ordre ou un chef d'école» H a écrit quelques pièces^ de théMre, qui prouvent qu'à n'avait nulle entenrte de la scène ; eQes sont dépomrviKS d'harmonie àma la distribution des effets^ elles donnent quelquefois d«i dinquant au Beu de formes et de couleurs, et se perdant dans le vague et dans l'ampouLié quand l'auteur veut produire du sublhne. Cependamt on teouve dians Granida^^ dans Baei& et dans Geerardt ^un Veliei^^ des endroits^ qui diarment par leur grâce ou par la véritable élévation de la pensée. Quant au Ware-iMT, ume imitation hollandaise de la comédie de Plante, VAvimtanay not» trouverons dans un prochain l'article l'occasion d'en dire un mot.
Il ne manquait au charmant amphitryon du château dé Muyde> pour que l'auréole qui entourait sa tête fât vraiment brillante, que la q:ualité de gentilhomme, à laquelle ses manières lui donnaient presque droit. La destinée se chargea de remplir cette lacune. Avant de commencei; son grand ouvrage, Histoires néerhu"
daiêeê {Histoire de la Hollande de 1555 à 1587), qui le fit connaître comme un de nos prosateurs les plus habiles, quoique son style soit imprégné du génie de la langue latine et ne soit rien moins qu'un modèle de composition néerlandaise, Hooft avait écrit la vie de Henri IV. Sur les instances de son cousin Joachim de Wicquefbrfc, il en fit, en 1639, hommage de deux exemplaires au rctt Louis XIII; et il en envoya également au chancelier de France et au surintendant des finances. Cela lui valut, par Fentremise d'Abraham de Wicquef(OTt, réaident du Brandebourg à la cour de France, des lettres de noblesse et le ccdlier de chevalier de S'. Michel. Hooft avait cinquante-huit ans quand cette distinction royale lui tomba en partage; distinction qui rétablit Téquilibre des rangs entre lui et Huygens, son cadet^ ei chevalier depuis une douzaine d'années. Celui-ci, qui éUât secrétaire du Prince d'Orange, ne s'est jamais occupé d'un travail bien sérieux en fait de belle littérature. Ses épigrammes innombrables et ses caractères (Zedeprinten) sont ce qu'il a fait de meilleur. Ses poésies religieuses ne sont pas dépourvues de sentiment, mais assez souvent elles pèchent par la qualité qui est dominante dans ses poëmes didacticodescriptife, FoorAout, Hofioych et Cluymerch, c'est-àdire par une longueur qui n'est motivée que par le désir insatiable du poète d'entretenir les autres de ce qui ne le concerne qu'en particulier. Le Voorhovit^ un de ses premiers essais poétiques, et le^ Œujêwerei, produit de sa vieillesse, sont assez jdis, mais il s'y manifeste une incontestable manie des petiôeê eiaseê.
Les noms de Doublet, parent de Huygens, de Jacques Van der Bui^h, de Brosterhnj^en se rencontrent feéquem-
ment dans le cercle du château de Muyde : comme poëtes, ces joyeux convives ne méritent pas une mention particulière dans un cadre aussi restreint que le nôtre.
A Yondel et au docteur Coster» nous vouerons des articles spéciaux.
Aujourd'hui le château de Mujde, quoique inoccupé -et à-peu-près dépouillé de tout ce qui rappelait plus particulièrement ses glorieux maîtres — soit le comte Florent, soit le chevalier Hooft — est toujours là, comme un monument précieux de deux époques des plus intéressantes dans notre histoire, la seconde moitié du treizième siècle et la première du dix-septième. Les châteaux du moyen âge n'abondent pas dans notre pays, et pourtant, le croirait-on.»* sous le règne du roi Guillaume I®^, les gazettes de juin et de juillet de l'année 1825 renfermaient l^annonce suivante :
»Le receveur des domaines à Weesp, en attendant l'approbation définitive de S. M. le Eoi, vendra^ à l'hôtel de ville de Muyde, en présence de M. le bourgmestre, samedi, 16 juillet 1825, pour être démoli, JjB CHATEAU DE MUYDE. On peut prendre lecturc des conditions au bureau du receveur susdit et dans les lieux mentionnés par les placards."
Par bonheur le gouvernement, tout vandale qu'il était, s'est laissé détourner de la consommation de ce crime contre la nation. Et le château existe toujours; il semble attendre tranquillement les temps, où il se lèvera parmi nous un prince, ami des arts, qui, pénétré de la haute importance historique du château de Muyde, l'acquerra pour lui et se fera une gloire de lui assigner une place parmi ses palais ou maisons de campagne.
PÉRIODE DITE DE LA RENAISSANCE