‹ De la littérature Néerlandaise à ses différentes époquesChapitre 19 sur 24 · LA POÉSIE LYBIQUE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE LYBIQUE RELIGIEUSE

Après sa floraison luxuriante, à l'époque de transition du moyen âge à la renaissance, la poésie lyrique et lyrico-épique tomba dans une déplorable décadence. A la mort des chevaliers et des châtelaines, dans Tère de la dévastation des manoirs, de la sécularisation des bien» ecclésiastiques, delà suspension des travaux de fabrique d'églises, dans l'ère des grandes révolutions religieuses, politiques et artistiques, le génie lyrique s'enfuit à tired'aile vers des régions plus paisibles, plus dignes de ses chants; il alla rejoindre ces chantres et ces choraux d'autrefois, pour entonner, de concert avec eux, l'hymne évangélique Qlofia in excelsis Deo, et in terra pa^ Aominibus bona voluntatis. Ni le cri des peuples en révolte, ni l'enthousiasme des sectaires de Luther et de Calvin à leurs premiers succès, ni la philosophie froide des moralistes de l'an 1580, ne se ressentirent plus du

mouvement lyrique qui, pendant le siècle écoulé^ venait de faire frémir l'Europe d'une tendre mélancolie ou des transports d'une joie confiante. Cependant nous avons fait connaître à nos lecteurs Anna Bijns, » la . SapAo brabançonne \ Cette femme remarquable lutta victorieusement^ siuon contre la nouvelle doctrine des hommes d'église, du moins contre les entraves dont les rhétoriciens avaient chargé la pauvre poésie. Les lyriques qui, après Anna Bijns, réussirent le mieux à asservir à leur pensée la forme baroque des » refrain^^ rhétoricaux^ furent les auteurs anonymes des pièces de vers politiques, lancées par les deux partis (le parti de Philippe II et celui du prince d'Orange) dans les camps opposa. Il est vrai que les chansons semi-épiques de l'époque précédente restèrent pendant longtemps conservées au sein des basses classes de la population; maia elles étaient déuaturées» tant par la forme que par le caractière qu'on prêtait aux personnages. H n'y avait que la seule poésie lyrique religieuse qui échappa, comme par miracle (au seizième et au dix-septième siècle) à l'abâtardissement général des lettres nationales et à leur reconstruction savante et impopulaire^ La part que les dames ont prise au maintien du bon sens et d'une firaftohe vitalité dans le lyrisme rdigieux, est importante:. Nous avond mmr tionné la sœur Berthe, âme dévote et élevée, qui passa une grande partie de sa vie dans, une cellule au JBtmirkerk, à Utrecht. Catherine Boudewijns, qui mourut vers la fin du seisdème siècle, composa des odes et des chai^aosts qui ont un grand mérite au point de vue du sentin^nt et de l'harmonie des vers. MM. Aia^lis et van Ev^, littérateurs distingués du Brabant-méridional, ont entrepdff

la pfaUkation des poésies des femmes belges qui ont éefrik en flamand. Cetle âtition sera composée de dix Tûlomea, qui renfermeront entre autres les poésies de Josine des Plancques, Aima Bijns, Soséane Coleners^ C^dibexine Bondewijnary Madelaine Tan den IMessche (entièrement inédite jusqu'à ee jour), Catherine yan der Meuleiiy Elisabeth van Wouwe, et de deux franmes ancniTmesL Ce que nous avons vu de ee reoieil, lequel en grande partie esi tiré d'éditions devenues furt rares, nous fidt ppévoîr que notre poésie Ijn'ique aura bientôt à se Confier de plusieurs pièces remarquables oublîéèa depuis deixx siècles.

Catherine Boudevijns ne se soumit pas, comme Anna Bîjns^ aux exigences des rhétoriciens ; la nature était seule son guide dans la &cture des vers; elle ne connaissait pas même les r^les que le génie d'Anna BLjns avait eu à subjuguer, avant de pouvoir faire des vers qui fussent goûtés par le» gens de lettres, comme par le peupite. Catherine fut un des esprits qui concoururent à la conservatiom du naturel dans le genre lyrique. Elle fut un des poëtes qui remirent aux intelligences catholiques du XYH. siècle le dépôt des secrets de la poésie lyrique religieuse, dans ses formes les plus har^ monieuses et soutenue par ks traditions populaires du moyen âge par rappoart à l'histoire de J. C. et des Saints» Le bon Dieu n'a pas voulu qu'à côté du superbe paganisme, qui se pavanait à loisir dans les immenses volumes ktins et hollandais du XVII. siècle, il fût Tine disette totale de poésie chrâdaine sacrée. Panmi les po^s lyriques qui célébrèrent les mystères divins et Taction de l'Être suprême avec les hommes.

nous devons, en premier lien, mentionner Joste Har^ dewijn {Hardouin, connn sons les noms de Hardninns et de Hardujn), et Jean Stalpaert van der Wiele; le premier, curé à Andeghem, en Flandre, et le second, issu d'ane famille noble hollandaise, archiprêtre de Delfland. Le sort qn'enrent les poésies de Jean Stalpaert nous montre jusqu'où peut aller l'esprit de parti. Le nom de Stalpaert, il 7 a dix ou dooze ans, n'était connu d'aucun de nos littérateurs, et ses écrits ne l'étaient guère davantage. M. Hermans, de Bois-le-Dac, qui n'avait nul intérêt à coopérer à la suppression d'une catégorie notable d'auteurs et d'ouvrages néerlandais, a été le premier qui un moment fixa l'attention des gens de lettres sur le poëte Stalpaert, à propos d'un poëme en l'honneur de S'^. Agnès, dont un exemplaire lui était tombé entre les mains. Depuis, M. de Jager en a parlé, à propos d'une pièce de Vondel publiée en forme à*encomiifm avec le poëme susdit. Après il n'en a plus été question. Cependant un certain cantique, traitant du martyre de la vierge romaine que nous venons de nommer, faisait les délices des lecteurs d'une anthologie de M. Lejeune^ qui n'en connaissait pas l'auteur. Nous avons été assez heureux de découvrir non-seulement le nom de ce dernier, mais, une fois sur ses traces, nous Tavons atteint corps et esprit, nous lui avons mis la main sur l'épaule, et son regard nous a dit qu'il était le grand poëte que le cantique nous avait fidt soupçonner. C'était Jean Stalpaert van der Wiele, Pour se former une juste idée de la vie et des œuvres de l'archiprêtre de Delfland, pour comprendre comment un homme, qui a composé peut-être plus de deux mille cantiques, parmi lesquels il y a des chefe-

tfœavre, et des livres en prose pleins d'érudition, de sel et de style, ait pu rester inconnu aux littérateurs néerlandais pendant nombre d'années, — il faut se tracer un tableau fidèle de la situation des catholiques de la Hollande au XVII. siècle. Leur religion avait été prohibée, leurs prêtres proscrits, par de nombreuses sentences du gouvernement républicain. Cependant on fit plus tard de légères concessions, et, quoique entravée de toute manière, la religion catholique fat tolérée en de certains endroits, sous la condition de Ëdre tout ce qui serait en elle pour ne pas paraître en dehors, pour dissimuler autant que possible son existence. C'est ainsi qu'au milieu de la Hollande protestantisée, il s'est conservé un noyau catholique qui, sans se développer aux yeux du monde, a gagné en intensité ce qu'on lui disputait en ampleur. Les catholiques ne formaient aux siècles de l'oppression républicaine qu'une seule et même famille, qui avait son langage à elle, ses mœurs, son caractère propre, ses traditions d'histoire, de politique, de littérature. De nombreux poètes, à la première moitié du XVII. siècle, n'ont chanté que pour cette famille, ne sont connus que d'elle; ils n'ont pas aspiré à d'autre gloire — et les descendants de ces anciens catholiques ont oublié les noms des poëtes qui embellirent le coin du feu de leurs ancêtres. Mais Jean Stalpaert n'était pas un homme à rester inconnu de la majorité de ses contemporains. Il est vrai que ses cantiques, quoique tirés à grand nombre d'exemplaires dans différentes éditions, n'allèrent pas loin au delà du cercle de la famille catholique ; mais ses livres de controverse ne pouvaient rester sans influence sur ses alentours réformés. H a composé

une aétit de dklogiies sur ks pointa tn dispute, sous k titre de Voyage à jRome, par Pierre le voftipeur ; et tm volume de chansons, intitula EMractum eaiAolieump est voué à la discussion thëologique de Tépoqùe. Toutes les fêtes de l'église, tous les saints de l'année, tous les évangiles des dimanches ont été illustrés de la paît de Stalpeert par un ou plusieurs cantiques» Il s'y manijEeste, comme dans les poésies analogues de ses contem* porains co-religionnaires, le natuiel, la naïveté, la franchise et le sentiment de la couleur, qui paraissent être inhé* rmts au caractère néerlandais; ces qualités s'unirent ^ dans Stalpaert, à un esprit satirique, à une grande érudition, à une grande clarté dans les idées, et à tuie souplesse de versification qui ne se dément que quand il veut dire en vers ce qui ne se dit qu'en prose. Malheureusement , bien que le digne atchiprêtre eût pris la précaution de joindre les mélodies à ses textes nom* breux, plusieurs de ces mélodies tombèrent eu oubli auprès du peujde; il y en avait d'autres que le docte théologien avait importées de l'Italie, oii il passa quelques années de sa jeunesse studieuse, et ces mâodies ne s'apurent que difficilement. Ceci fut cause qu'on adapta à ses poésies des mélodies plus populaires, et^ quand il y eut désaccord entre le rhythme des vers et les exigences de la musique, c'étaient toujours les vers qu'on sacrifia à celle-ci. On réimprima à l'infini quelques cantiques de Stalpaert dans les receuils de chansons, qui étai^t en usage dans toutes les familles catholiques, surtout vers le temps de Noël; mais on oublia l'auteur, et ce n'est que depuis peu qu'un efibrt a été fait pouf rendre à Stalpaert la place qui lui est due parmi les

Uttéiateuis de la Néerlande ^). On peut convenablement rappeler le fondateur de la poésie lyrique religieuse des Pays-Bas au XVII. siècle. Il ne représente pas à moins juste titre ce genre de poésie, que Hooft et Starter ne représentent la poésie lyrique profane du temps. Stalpaert eut, comme nous Tavons remarqué, des collaborateurs^ anonymes comme lui — tant en Belgique qu'en Hollande. Entre les catholiques de la Hollande et les populations des Pays-Bas autrichiens, il s*est maintenu depuis les temps de Charles-Quint un Uen de fraternité, qui n*est pas encore dissous. Tous les Néerlandais étaient placés de droit sous la primauté de Tarchevêque de Malines ; le catéchisme de Malines était seul en usage en Hollande ; les livres catholiques s'imprimèrent communément à Anvers et y obtinrent Tappro* batibn du censor librorum; on ne cessa de prier ici pour la prospérité du saint Empire romain, et on chanta la louange de l'Empereur; beaucoup de prêtres nous vinrent de la Belgique et les nôtres firent leurs études à Louvain. C'est ainsi qu'au centre des catholiques hollandais, flamands et brabançons, par un appui mutuel et une résistance assidue contre les exigences des éléments étrangers à la nationalité flamande et des éléments ennemis des anciennes traditions catholiques de la Hollande, les mœurs et le langage des aïeux se sont le mieux conservés. Après Stalpaert viennent les Jésuites et d'autres ecclésiastiques missionnaires (le père Poirters et Jean van Sambéeck sont du nombre) qui introdiiisireijit dans la poésie religieuse néerlandaise^

*) Oau le folks-almanak tfoor Nederli^ KathoHeken, 1853.

comme dans celle de TAIlemagiie, on genre, qui d^à depuis quelque temps avait ea la vogue dans le rnoode*. C'était 1a pastorale. Et comme cette forme se piétait à merveille à la câ^raiion des événements qui accompagnèrent la Naissance de N. S. J. C, on composa un grand nombre de chansons de Noël, qui rendirent de différentes manières Timpiession que la Bonne Nouvelle produisit sur les habitants des champs» D'ailleiirs on considérait Jésus-Christ comme le bon pasteur, et Ton trouva dans cette matière de riches antithèses et des analogies frappantes, autant qu'on en voulait. Le nombre des différents recueils, oil toutes ces poésies anonymes se trouvent et se retrouvent, dépassera peut-être les deux ou trois cents; sans parler des éditions innombrables du même livre, ni des copies manuscrites, lesquelles dans la grande famille^ qui n'était pas riche, étaient imbriquées avec un zèle qui aurait &it honneur à un copiste d'Oxford au XIV. siècle.

Le genre des chansons proprement dites n'était pas resté sans secours de la part des protestants, pendant la première moitié de ce siècle. Thierry Camphuysen était poëte par le cœur, comme par le talent. Sa poésie se fit jour, en dépit d'un système théolôgique qui était ennemi de toute peinture animée. Ses successeurs n'eurent pas son génie, et parmi les nombreux recueils sortis des presses reformées, il n'y a que ceux de Pers, Sluister et Lodestein, qui méritent quelque distinction. Le secours des dames fut ici sans ^et: de nombreuses poé«> tesses surgirent dans la Nord-HoUande, mais ne réussirent qu'à prouver qu'avec certain degré de dévotion, quelques noms propres empruntés aux Saints Livrés et

quelques phrases stéréotypées, on ne fait pas encore des poésies lyriques. Même la savante Anna Maria a Schurman échoua dans ce genre. Au lieu de nous arrêter à ces eflforts, oii il n'y a de bon que l'intention, nous aimons mieux finir notre appréciation par nommer encore une femme, dont les poésies sont inédites jusqu'à ce jour, mais qui peutêtre va bientôt prendre une place distinguée parmi nos poètes dans le genre lyrique — Susanna Wes; une petite béguine du couvent de Grave; c'est tout ce que nous pouvons en dire pour aujourd'hui.

Dès la fin du XVII. siècle la poésie lyrique religieuse commença à dépérir, comme la poésie en général. Van Milst, Welleken^, Nanning, voilà les noms des poètes^ qui pendant quelque temps soutinrent la dévotion des fidèles par leurs chants. Heureusement les anciens poètes n'étaient pas tous oubliés, et en l'an de grâce 1790 (d'orageuse mémoire) les diapelles des catholiques néerlandais réBomiè]%Qt encore souvent des douces romances de la période de 1450 à 15$&«

PERIODE DITE DE LA RENAISSANCE

vm.

LA PROSE BU XVn. SIÊCLS.

En abordant ce sujet, nous prenons la liberté de renvoyer le lecteur au chapitre où nous avons Tendu compte de notre manière de voir par .rapport à la différence réelle ou imaginaire existant entre la poésie et la prose. Ici nous nous bornons à dire que nous n'envisageons la prose, que comme de la poésie dépourvue de la rime et de la cadence symétrique qui font le vers. Avant qu'on ne crie au sacrilège, il sera utile, comme nous l'avons dit, qu'on relise ce que nous avons dit ailleurs touchant ce sujet. La vivacité d'imagination et le sentiment chaleureux des poètes du moyen âge semblaient ne leur permettre que par exception de se servir de la forme prosaïque pour leurs compositions. Ruysbroec» le grand prédicateur et docteur, ne pouvait même souvent se défendre de la tentation de recourir à la forme

rhythmiquey sQrtout vers la fin de ses sermons ou discours Il existe iin petit traité en néerlandais du célèbre Thomas a Kempis, dans lequel on remarque le même mouvement. Cependant les ouvrages en prose néerlandaise du moyen ftge sont nombreux, et ne cousissent pas seulement en compositions didactiques, traitant de la religion, de la morale, de l'histoire, de la géographie, de la physique, du droit, etc. ; mais il y a dans le nombre de délicieuses légendes, des contes profanes, des itinéraires et des biographies admirablement bien racontés. Aussi il serait absurde de croire que dans la vie journalière les communications par écrit, les descriptions de scènes auxquelles on avait assisté, les correspondances de toute espèce qui relevaient de la catégorie des narrations, n'auraient pas été faites en prose — de la prose bonne et grammaticale, comme feu M. Jourdain se sentait heureux d'en faire. Il y a bientôt trente ans qu'on s'imaginait, à la vérité, que dans » l'âge des ténèbres" (les siècles des Hildebrand, des St. Bernard et des Philippe-Auguste) la langue que parlait le peuple ne correspondait qu'imparfaitement àleurs besoins et d'aucune manière n'aurait pu prêter des formes aux exigences d'une civilisation ultérieure. On a vu depuis que les plus sensés d'entre les savants, parmi lesquels cette opinion était générale, se sont énormément mépris quant à la manière dont les peuples ont été dotés de leurs idiomes. Pendant les derniers siècles on a soutenu à outrance la thèse prétentieuse, qu'il fallait la manipulation des savants, pour la création des différentes formes d'expression, pour la formation des mots, pour la composition des déclinaisons et des conjugaisons. On a vu depuis qu'il n'a fallu que le souifle

de Dieu ^). Oa a ëoooié les diantsdesftorisarMdiiIX* X. et Xli. sièctes «ffc on a tioavé uhe grammaîte.plms complète^ plss i»il]Jmte de richesëe qa'aacQne de celles qui règlent le& langues d'aujonid'hui. S'il fiedlait une preuve de oe quâ nous venons d'ayancer plus haut, nous pourrions eiter h fragment d*an journal en prose da milieu du XIII. siède» écrit pa^ Jan Goessen, prêtre à Oerte dans le Nord-Brabant, né en ISIS, où, oomme témoin oculaîrey.il fait mention de la construction do la nouvelle é^se dé St. Barthélémy à Delft, en des termes d'une simplicité pittoresque. Toutefois ce n'est qu'à mesure que l'élément artistique dans l'âme da peuple céda le pas à des. éléments d'une nature plus matérielle, que la prose reçût une.plûs large part dans le terrain de la littérature, occupé ; jusqu'ici en grande partie par des compositions, rhjthmiques. Les épopées du moyen âge. forent loonverties eu romans. en prose; les écrits didac^tiques en prose se multiplièrent; et quand on compare lé style des ouviages eii.prosq du XVL siècle mt produite riméi dea rhétoiiçieds ^e laméme époque, la balance penche fortement en faveur des premiers, omsidérés tant au point de vue du contenu que de la langue. Dans la prose on retrouve presque partout l'écho du moyen

*) Grimm soutient, il est vrai, dans son petit traite récemment publie Ueber d&n Urspnmg der Sprachôy qu'il a existe une langue antërieure h celles parlées dans les temps dont rhistoire rend témoignage, une langue qui se rapporte à celles-ci, comme une peinture sans ombres à des tableaux à Thuile pleins d'effet et de râleur des tons. C'est une espëce de terme moyen, offert à ceux qui acceptent le récit de Moïse et aux naturalistes qui partout veulent reconnaître Tapplication du système de la cellule-mère.

âge ; dans les poéisiea riéimcate^ en entekid les froids laisonnements. de la monde du temps, et le langage fiBmirfrBRçàîs qui était de mode dans ces Ohainhres ^origine étEangèie*

Oomme nous Tavons dit ailleuis, la Chambre In Ziefiie d'Amstiszdàm eatrepiit réparation de la langue, c'est-àdire de la langue littéraire; car le peuple n'avait pas fléchi levant la bâtardise, comme le monde savant. C'était dans les livres sans prétention litténdie que la langue du peufde s'était le mieux conservée, et la différence n'est pas très^grande entre le style d'nn légendaire de FBQon^ l'450 et d^une chronique du commencement du Xyil« siècle* Mais la difiérenee entre la langue na* torelle et la langue artificielle commençait journellement à se fidre sentir davantage, et fiit une des causes que bon nombre de produits de notre littérature du XVII. èîèele restèrent sans influence aucune sur les bourgeois illettrés.

Le conseiller Jean van Heemsketck, poëte ârotique distingué, assin)ila avec grand talent comme prosateur les exigencels du »bon goût,^' qui s'opposait au langage naturel du peuple, et celles du génie de la langue nationale^ Sous le nom de Baùavische Arcadia, il écrivit, vers l'année 16S7, un livre charmant, voué au^ antiquités et à l'histoire de la Néerlande, encadrées dans la peinture animée d'un iour de voyage entr^ris par quelques jeunes gens, de sexe différent, qui se font la cour. La grande vogue^ échue en partage aux différentes éditions de la Baiamsche Arcadia, engagea les auteurs néerlandais jusque vers la fin du siècle dernier à donner des imitations de l'ouvrage du conseiller poétique et à api^iquer sa mé-

ihode à d'autres contrées de notre pays; mais il n'y en eut aucun qui pût rivaliser avec leur modèle.

L'historien et poëte P. Scriverius jouit d'une répn* tation acquise à juste titre parmi nos prosateurs de la première moitié du XVII. siècle: il est peintre autant que savant. Cependant, comme auteurs d'histoires des Pays-Bas, Van Eeydt, Bor et Van Meteren ont leur mérite; mais ils l'empruntent plutôt à leur zèle qu'à leur talent littéraire. Tous les trois, ils avaient embrassé le parti du Stathouder, et comme contemporains de la lutte engagée entre le souverain et ses sujets, ils plaidaient chaudement la cause des derniers; mais l'éloquence de leur conviction, qui était en même temps l'éloquence de leur intérêt, ne réussit pas à détruire complètement rimpression faite par un exposé très-simple, dont Adrien van Meerbeeck, sujet fidèle du comte abjuré, était auteur. Du moins Scriverius, tout protestant qu'il était, Scriverius, qui avait l'habitude de voir et de comprendre les faits de l'histoire, . se plaignit énergiquement de l'incertitude continuelle à laquelle les es^ts droits étaient en proie quand il s'agissait de décider entre «Orange et TEspagne": ; -i; .

«Dit kîJTen lieeft geduart tôt slaans toe lange jat^èû.^^ (Pendant de longues annëes on s'est quereUë, on s*est battu à ce

[sujet.)

jusqu'à ce que Bor, dit-il, eût éclairci nos doutes mieux que les autres. Notez que la plainte de Scriverius fait le sujet principal de son poëme et que ce n'(E»t qu'^ forme de compliment que dans le dernier vers il rend hommage à la sagacité de son ami Bor.

Deux auteurs du nom de De Brune, ainsi que le

pèie A. iPoirteiSy jouissent à bon droit d'une grande réputation comme moralistes en prose, qoi savaient readre leurs leçons agréables et attachantes par un mélange judicieux de matières empruntées à l'éthique, à l'histoire et aux sphères de l'imagination, traitées quelquefois alternativement en vers et en prose. Us ont eu de nombreux imitateurs, tant en Hollande qu'en Belgique: nous distinguons parmi le nombre, nmtaUa mutantUêf Fr. Heerman, Jaoobus Moons, Gabriel a St. Joanne- Baptista, de l'ordre des Frères de If. D. du Mont Carmel), Laurentius Van der Lepe, de l'ordre des BécoUets, J. Yan der Borcht (ou A Castro) et Corneille de Bie. Le dernier est encore auteur d'un grand nombre d'ouvrages dramatiques, tant en vers qu'en prose.

Jacob Cats maniait la plume de la prose avec la même facilité et de la même manière que la Ijie du poëte.

Grotius, Simon Stevin, et Jean van Beverwijdc tndtaient noblement de leurs spécialitât différentes (jurisprudence^ mathématiques et médecine) dans leur langue maternelle, en suivant les traces de Coomhert. Le travail de Jean van Beverwijck surtout mérite tout notre intérêt; car il y a de la couleur et l'on sent battre un cœur national sous les phrases candides du médecin dordrechtois.

Mais la palme de la prose, comme de Isl poésie, revient de droit au grand Yondel, quoique les pièces qui rendent témoignage de son style énergique ne soient ni d'une grande étendue ni les fruits d'un travail prémédité. Ce sont, si l'on excepte ses traductions de Virgile et d'Ovide, de courts exposés, des préfaces, des prologues, etc.

Nos historiens littéraires assignent unanimement à

Hooft la premièta ^lace parmi nos prosatears. En .tteitimt dn cercle dès beaiix<^i»îts réuniB au oh&teau de M nyde» noôs KYona dit notre opinion par rapport aa oélèbfe drossart. li est sans contredit «un de nos ptoisateurs les phiâ habiles;'' aucun de ses contemporains ne le surpassa dans le talent d'exposer avec énergie et vivacité un ftetît historique; il sut faire des discours admirables» et les préta^ avec vraisemblance comme avec hârâieBse) aux personnages qu'il mettait en scène; son style était concis et colorié et se distinguait foiiiement ^de toutes les compositîcins en prose néerlandaise connues jusqu'ici. .. /mais» c'est ^'aussi le drossart Hooft n'écrivait pas» proprement. dit, ^n nélB)> landais. Ses Htétoires néerlandaièes, son . chef-d'œuvre» est un outrage continuel fait au génie de notre langue. Hooft se vantait d'avoir lu Tacite Qmquaàte fois. La conséquence en iut que le stylede Hooft eât entièrement ânprégné du génie de la langm latine et n'est f ién moins qu'un modèle de ôompositi(Hi néerlandaise. Même iwas ses lettres familières/ qhi du reste pétillent de grftâe et d'esprit^ il n'y a souvent de hollandais que les mots. Le tour de phrase «st en opposition radicale avec toutes nos traditions linguistiques. C'e»t une âme latine, où du moins étrangère, dans un corps hollandais. C'est nn stjrle artificiel, incompréhensible pour celui qui n'a pas l'habitude de le lire. Et cependant l'auteur ^ puriste à un degré extraorâinaire; il ne soufi&e pas un seul mot d'origine romane dans ses écrits, et ses traductions bizarres des termes techniques touchent au ridicule. Étrange aberration de Tesprit! On ne pense pas se rendre coupable envers sa langue maternelle, en lui isubstituant un mode de vie contraire à ses tendances

et habitades natorelles; et pour taut au monde on ne iroudiait pas etùprnnter à une langiie étiiangère un mot isolé, qui n'est d'aucune influence dur lé caractère du style. Les professeurs en littératurie . néerlandaise de l'ancien régime, qui ont étudié. Hooft, ne cessent de l'élever au-dessus des nues, parce qu'ils croient inspirer du respect en déclarant trouver de la prose méeriandaise , là oii un homme ordinaire en cherche ■Viainement. Hooft étaife : tout, aussi obscur aux jreux de ses odnt^Bporains qu'aux nôtres; mais il y avait tant de formes factices danb le monde littérsnre de ee siècle, que lé manque de naturel et de vérité n^était pas ^fondement senti par ceux qui eux-mêmes tiraient quelque vanité de donner dans tous les excès dé. rafCèctetion. . Tandis que dans les sphères aristocratiques de l'intelligence et des études on sfisokit dans une admifiation mutuelle, la petite bourgeoisie et les basses clashs étaient abandonnées à leur sort. Les résultats, de cette n%ligence de la part de&UUérateurstoùm^ent au profit. delà natiesKibté et des vertus chrââ^mes et domestiques de ces classes ieUes-mêmès. Elles restèrent étrangères à la morale de l'Olympe et au beaurdire des fils d'Apollon. Là nation est de sa nature religieuse et fidèle aux bonnes rndgurs; A côté des chansons populaires, parmi leac^oidleB, il est vïai, il y en a de bien salés, se maintinrent, se lurent et se relurent à l'infini les grandes histoires, piques du moyen âge. La littérature et la librairie comme il faut avaient depuis longtemps rompu avec ces antécédents; mais dans les arrièrequartiers des grandes villes des Pays-Bas de petits libraires débitèrent des milliers d'exemplaires des Qiiatre

fils Àymon '^), du Chevalier au Cygne ^ da Benart, de Flore et Blaneheflewr, de Fausû, de Tàyl Ulen^^el, de Geneviève deBrabant, etc. On entreprit même une édition complète de tout Y Amodie de Gaule, oavrage qui forme une série énorme de gros in 4o.

Les littérateurs comme il faut du XVII. siècle ne tentèrent pas le roman. Il existe^ outre les livres de Poirters, des De Brune et des autres que nous avons nommés, quelques recueils d'anecdotes historico-romantiques en petit format, dont les meilleurs sont de Jacobus Yiverius et de Franciscus Sidderus. Boëtius a Bolswart écrivit un roman populaire religieux, intitulé Jhiyfiens en WUlemynkens pelgrimaedje. Cet ouvrage eut parmi la petite bourgeoisie un succès immense. Nos historiens littéraires n'en ont jamais entendu parler, quoique le nombre des exemplaires qui en ont été tirés se comptent par milliers. Le même écrivain illustra, comme graveur, une histoire du célèbre miracle d'Amsterdam, dans laquelle l'auteur (Leonardus Marins, prédicateur renommé et confesseur de Yondel) attribue la prospérité de cette capitale à la grâce dont Dieu l'honora par l'événement susdit.

La dévotion des fidèles trouva de la nourriture spirituelle en abondance, grâce aux travaux d'un grand nombre d'écrivains religieux, parmi lesquels figurent sur le premier plan les pères Jésuites. Héribert Eosweyde, fondateur des œuvres des BoUandistes, écrivit De Gène-

*) Sous ce titre ëtait connu le roman de Benaut de MontaJbcm, Le poëme des qua^e fila AymoUy tel qu*il existe en français, n*est pas connu dans la littérature néerlandaise.

raie Légende der Heyligen, un grand in-fol. qui est surtout remarquable pour les particularités oonœmant les Saints des Pays-Bas. Si le style de Kosweyde ne se caractérise pas fortement par une individualité saillante — le caractère national néerlandais ne s'y dément pas. Bosweyde a pourvu d'une biographie de Thomas a Kempis la réimpression de Ylmilaêio, traduite par Nicolas van Winghe. Ce van Winghe avait été le traducteur de la bible au XVI. siècle^ dont nous avons fait mention. Qu'on nous permette à cette occasion de faire remarquer que le livre de Vlmitation en latin paraît avoir été composé de matériaux dont une partie, rédigée en néerlandais, est antérieure aux éditions connues de l'ouvrage. Ce fragment néerlandais repose à Tétat de manuscrit au grand séminaire de Warmond.

Parmi les auteurs prosateurs du XVII. siècle nous avons encore à rappeler à nos lecteurs l'archiprétre Jean Stalpaert et à faire mention du célèbre vicaire apostolique Phil. Kovenius (Bôveen), qui a composé un livre de prières, intitulé Gulden Wieroackvat, dont le style est pur, noble et édifiant. Nous pouvons en dire autant des petits livres ascétiques de Michel Zachmoorter, doyen du chapitre de S'*. Pharailde à Gand, et de Jean de San^ere, curé de Thielt en Flandre. Zachmoorter surtout est dans ses expansions ascétiques d'une ferveur qui donne beaucoup de charme à son style. ^) Nous ne

*) Nous prenons la liberté de donner ici encore qudques noms d'auteurs ecdësiastiqnes néerlandais, qui méritent, à nos yenz, quelque étude et qaelqne mention, de la part de nos histodens littéraires:

' Le rév. përe Matthias Wensen, de Dordrecht. 1560.

pouvons passer sous sileuce un écrit découlé d'une souice moins pure: c'est une imitation de la fameuse RucAe de

Le r^r. përe Adrîaen Adrîaenssens, s. J. 1566.

„ doet. François Costenis, s. J. AnTera, 1587.

„ doct. Samuel Lojaerts, cure de LouTain. 1599.

„ rev. përe Jean David, s. J. Anvers, 1607.

„ „ „ Augustin van Teylinghen, s. J. cure d* Amsterdam. . Le rér. père Jean rÉvangëliste de Bois-le-duc, gardien et maître

des* novices, à Louvaiii et' dëfinîteur de Tordre des

capucins dans les provinces néerlandaises. 1638,

„ „ „ Andréas de Boeye, s. J. Anvers, 1631.

„ „ 9 Bumoldus Costerus, de l'ordre des rëcollets. Gkmd,

„ chan. Josse Kegelius. 1644.

„ rer. përe Gkorgius Salomons, Augustin. Dendermonde, 1667,

„ „ „ Franciscus a Padua. Ruremondt, 1669.

„ „ „-• GkUllaame 6choeiiîus, Hollandais. 1676.

„ corë Jean Bittékelius ' de Helmond. Bois-le^diiCy 1614.

„ „ He^ric1:^l Adrianus^ de rhôpital de Ste Elisabeth, à Anvers. 1628.

„ chan. reg. Matthieu Guill. van Drunen. Tongerloo, 1631.

,, rev. pkw T. de S'midt, s. J. 1633.

„ '„ I) • Franci^aufl âchitteler. 1651.

„ „ „ Félix Camp. 1674»

» » »t *^o<3* ^^ 3* Barbe, carmélite déchausse. Anvers, 1666.

, curé Al. Hôeman. Louyaîn, 170Ï.

OômAiGi auteurs aéerlandiiis ecclésiastiques du XYII. sîëdte sont encore c^na^s les. pères Jé^và^ Kievit de Rotterdam, Itaudaheore, Makebl^de, G. de Placker, Gr. de Pretere et surtout lepèvreUwens de Nimëgue, grand orateur.

Mais un des plus zélés, des plus érudits, et certainement le plus £éoond des pëtes Jésuites qui oat écrit en nëerlandâls, est lé "pëTd Corneille Hasart, qm appartient à >Ia seocukde) meitië du XYIL siëcle, et qui jvsqu'iei / autant que nous sachions, n'a ^té nommé par aucun de nos auteurs d'histoires littéraires;'

Augustin yaa Teylinghen, qui « écrit sotts le pseudonyme de

Mamix ; elle est intitulée Defn, BoomseAen Uylenspiegel. C'est un amas d'injures contre les institutions et les attributs de la religion catholique; mais, quoique Tauteur^ Jacobus Lydius, ministre réformé de Dordrecht, soit moins spirituel que Mamix, il y a dans son livre de la coxdeur et un talent indisputable pour la satire. Nous pouvons en dire autant du ministre réformé Abrahamus Magyrus, natif de Medemblik (1680).

Quand nous né nous arrêtons pas aux autres écrits, voués à l'histoire de la patrie, à l'histoire générale, aux descriptions des villes, aux questions théologiques, à la jurisprudence, etc. parmi lesqu^s figurent avec plus ou moins de talent les livres cle Schrevelius, Montanus^ Velius, vftn Baal^, Dapper, Swinnas, W. Meèrman, Jean van PaffiMirode, Oudaen, v. Midddgeest, Vollenhove, last-not-leoêt^ et bien d'autres encorcy c'est que, toot en les appréciant dans leur valeur scientifiqtte, l'on

Een Uefhébher der WaerJieydt ende der sîelen saUglieydt un) ameOeu/r de la vérité et du saliit des âmes) sous le nom de Peregrmua Amatelius, Theologvsy est atiteor d*an petit txaité cuf les eaoses des troubles et des guerres des Pays-Bius, daas le^ quel la question est considërëe sous un point de vue entièrement différent de Topinion reçue. Pendant cinquante ans il a trayaîllë dans une 4es painyisses d* Amsterdam, et Yondel a cousine quelques beaux vers ^ sa méqu^ûre.

Plusieurs des ëcriTains mentionnes ci-dessus se sont distûigués dans la lice de la controverse du temps. Il n^y avait pas jusqu^aux gens de la campagne qui ne prissent une part active à la polémique théologique, et le paysan flamand Amout van GHieluwe se battit, la plume à 1^ main, en cft|an|» cl09 avec le zélé prédioadit calviniste Hermannus Tegularius.

Nous passons sous silence la longue liste d^écrivaîns qui ont traduit du latin, du j&ançais, de l'allemand, de l'espagnol, etc.

ne peut pas (sauf l'une ou l'autre exception peut-être) les ranger parmi les produits de l'art littéraire dans un sens plus restreint, et ils ont été suffisamment remarquai par nos professeurs en littérature pour que nous n'ayons pas besoin d'en parler en faveur de ceux-ci. L'on ne peut pas en dire autant par rapport à d'autres anciens auteurs. C'est surtout par les travaux assidus de M. le doct. Van Yloten que bien des endroits négligés dans l'histoire littéraire de la Néerlande vont être éclairais, surtout en ce qui regarde les sommités des partis belligérants dans la théologie gommariste et arminienne du XVII. siècle. Les figures d'Uytenbogaert et de Paschier de Fijne, de Bogerman et de Trigland, attendent le pinceau de l'historien pour être connues et reconnues, comme écrivains et orateurs caractéristiques.

Nous terminons cet article par un nom justement honoré dans les fastes de la littérature néerlandaise; c'est celui du ministre remontrant Gérard Brandt, homme de cœur autant qu'homme de lettres, bon poëte, historien excellent. En fait d'ouvrages en prose il a doté notre littérature d'une histoire de la réforme, qui ne respire pas autant d'animosité contre l'ancienne Eglise que la plupart des ouvrages de ce genre émanant de ses adversaires; il a donné une vie de De Euyter^ une vie de Hooft, ainsi que son panégyrique, et un aperçu de la vie de Vondel. Brandt a eu trois fils, qui, tous les trois, ont écrit, mais n'ont pas hérité le talent de leur père. Q^rard Brandt est un des auteurs qui forment le point de ralliement du XVIEI. siècle au XVII. Déjà la froideur et la roideur de la vieillesse d'une littérature

sur son âédin se &it pressentir dans la gravité disgradense qni défigure tant soit pea le noble port de notre historien. Brandt était un des seuls amis littéraires, dont les visites venaient consoler Yondel octogénaire, quand les médecins loi avaient défendu dç continuer à Boccaper de poâde. 4"

PÉRIODE DITE DE LA RENAISSANCE

LES DISCIPLES DE VOin>EL.

Nous avons dit^ en traitant des écoles de poésie néerlandaise^ existant dans la première moitié du XVJLl. siècle, que Vondel, n'ayant pas encore atteint son apogée, ne se trouva pas à la tête d'une des tendances littéraires prédominantes à cette époque, mais que bientôt nous remarquerions qu'il ne tarderait pas à faire sentir, dans ses contemporains et successeurs, l'influence de son art magique. Cependant Vondel n'a jamais fondé une école proprement dite. La nature de son génie, les exigences du siècle s'y opposèrent. Le génie de Vondel était trop multiforme, tel qu'il se manifestait dans ses nombreuses productions ; le poëte n'était pas sufiSsamment un homme de Bon temjps^ pour qu'il eût pu réussir à créer une école qui perpétuerait avec un certain degré de complet la vie de l'âme, les grands mouvements poétiques de toute nature, les maximes, les vertus et les

fices littéraires da grand artiste, La faculté de fonder une éoole suppose qu'on soit compris, qu'on soit s^précié instinotiVement^ mais en entier, par une portion no< table de la nation; et qu'il se trouve dans cette portion des éléments acti&^ propres à continuer la iAche entre* prise par le maître. C'est ce qui manqua à YondeL U n'a pas été suffisamment approfondi par son siècle. Plusieurs de ses poëmes ont eu de la vogue; plus d'un auteur a réussi à imiter jusqu'à un certain point l'allure, la méthode du poète admiré; on lui a demandé des Donseils; il s^est intéressé à plusieurs j^en&nts d'Apollon" qui en étaient encore à leurs débuts quand il avait déjà fourni nne belle carrière: mais son individualité d'artiste n'a jamais procréé de ces type» frappants, fortement empreints de tous les traits qui caractérisent celui qui paraît leur avoir donné la vie et qui paraît en avoir tracé les conditions sur le modèle de son propre être.

Les disciples de Rabens semblent être autant de nouveaux organes du même esprit, modelés sur un même original ; si on les appelle Tombre du maître, on devra convenir que sa silhouette s'y trouve rendue avec une grande justesse; il n'y pas jusqu'aux moindres détails de contour qu'on n'y reconnaisse, quoique la couleur n'y soit pas. C'est pour cela que, selon nous, les historiens de l'art sont en droit de parler de Pécole de Bubens^ Le contemporain de l'illustre peintre, Yondcl, né comme lui à Cologne de parents anversois, avait encore d'autres rappotts avec lui ; mais notis croyons qu'cm pourrait facilement démontrer que le talent du poëte ne pouvait pas, comme celui du peintre, renaître dans ses disciples, et faite surgir une école ^ui paraissait vivre de la vie tnême du

maître dans ses phases difféientes. C'est que toutes les qualités de Bubens peuvent être. résumées sans effort et définies avec simplicité; Bubens n'avait point de ces vertus artistiques qui ont l'air de s'exclure mutuellement; la conséquence en est, que son caractère comme peintre n'a rien de compliqué aux yeux de Tobservateur, et œ n'est qu'un caractère pareil qu'un maître peut communiquer à son école. Pour Vondel, c'est le contraire. Yondel n'a pas seulement traité tous les genres; mais on n'est pas bien sûr jusqu'à présent, si, dans son individualité de poëte, la tendresse exquise du sentiment l'emporte sur Ténergie et la grandeur d'âme, s'il a plus de force dans l'intelligence, plus de profondeur et de clarté dans les conceptions de Tentendement, ou plus . de foi soumise et d'humilité au cœur; l'on ne sait pas laquelle de ses facultés est la plus brillante, ou de la fantaisie, ou de l'esprit, ou de l'enthousiasme; si la palme revient au fond ou à la forme du poëte; si son coloris dépasse en vigueur et en naturel son dessin, ou si les lignes sont plus hardies et plus justes que les t(»is. Voilà un ensemble, qui peut constituer un homme» mais qui n'est pas le partage des disciples qui forment une école. C'est pour cela que^ malgré l'influence que Vondel ne pouvait manquer d'exercer, il n'a pas eu mécole.

On peut dire cependant qu'il a eu des dtad:^lea. Les meilleurs poètes, qui sont venus après lui, ceux qui ont pu s'inspirer sur ses œuvres, relèvent visiblement dans leurs écrits du grand modèle^ surtout des qualités qui étaient le plus appropriées au XVII. siècle.

Vondel n'avait pas, comme ses contemporains les plus

célèbres, rompu complètement avec le passé, avec les ancieimes traditions de la Néerlande. Il ne résumait pas seulement en lui la poésie entière quant à ses genres théoriques, mais encore on pouvait retrouver dans ses ouvrages les traces de tous les genres de la poésie aux difTérentes époques. Il était le point de rapport entre le moyen âge et la renaissance. Il étudiait les anciennes histoires du pays, les anciens contes populaires; il allait trouver les grands flots de la langue néerlandaise à leurs véritables sources. La vie active était Tobjet continuel de ses études; il écoutait les entretiens des gens du peuple pour attraper les expresi^ons les plus pittoresques et souvent à moitié perdues des objets qu'il faisait entrer dans ses poésies. Il s'inspirait âe ia dévotion des Jacopone et d'autres anciens poètes catbo-» liques, pour accorder sa harpe religieuse, conformément à ce sentiment vrai et chaleureux éprouvé par les siècles. Et le XVn. siècle ne comprenait rien à tout cela. Les accords chrétiens qu'exhalait la harpe de Vondel se perdaient dans l'atmosphère glacée du temps et ne réveillait pas d'écho dans la plupart des âmes, pas même dans celles des disciples de Yondel. Aussi ils ne ressem* folent à leur modèle que d'un côté, du côté oii ceux de Rnbens ressemblent à leur maître, c'est-à-dire par la hardiesse de la composition pittoresque, par la touche vigoureuse et par la richesse du coloris. On respire dans les travaux des disciples de Vondel l'atmosphère du siècle de Rubens^ de Rembrandt et de Jordaens.

H est difiRcile de dire lequel des poètes, qui subirent visiblement l'influence de l'illustre écrivain, se rapprocha le plus du maître. A deux d'entre eux Vondel conféra

le doux nom de tnes fils dans Part; c'étaient Joannes Yollenhove et Joannes Antonides van der Goes. De Beinier Anslo et de Jérémie de Decker, Yondel a parlé comme de «poètes d'une élégance correcte {sier^ lyte netieil)" On ne saurait contester que tous les deux ne se soient élancés dans les voies qu'avait ouvertes le prince des poëtes néerlandais^ quoique l'exactitude consciencieuse du pinceau de De Decker, unie à son antipathie i) contre Téglise catholique, tournât au profit de son originalité et l'empêchât d'être entraîné aussi absolument par le génie de Yondel que la plupart de ses contemporains.

De Decker ^) et Yollenhove ») se sont tous les deux occupés de la Passion du Seigneur comme sujet de poésie. Selon nous^ la palme revient à De Decker, quoique le Kruis'iriomf de Yollenhove (qui était ministre protestant) ait de grands mérites. Les protestants religieux du XYH. siècle avaient au fond du cœur une foi sincère; l'haleine catholique de leurs aïeux n'était pas encore étouffée dans le sein de la majorité de la population. L'esprit de critique éveillé auprès d'eux n'était pas compatible, cependant, avec de douces extases^ des élans chaleureux, de tendres émotions, comme ceux des poëtes religieux du moyen âge, comme ceux qu'on reconnaît encore dans les œuvres de Yondel. C'est ainsi qu'il s'explique facilement comment les deux poëtes sus*

') Le Merx tarta/rea, une satire TÎmlente dirigée contre le pape, peut en rendre tëmoignage.

2) Né à Dordrecht, en 1609 ou 1610; mort au mois de décembre 1666.

') Né à Vollenhove, en 1631; mort à La Haye, en 1708.

mentionnés travaillent dans leur poésie plutôt en peintres qu'en chantres lyriques. Nos auteurs d'histoires littéraires font un reproche d'intolérance à Vondel, de ce qu'en parlant de Yollenhove^ il a dit: «c'est un beau génie; il est grandement dommage que ce soit un prédicant/' Nous n'avons nul intérêt à insinuer que Vondel eût un penchant quelconque pour les ministres calvinistes; toute une série de ses satires est là pour prouver le contraire : mais néanmoins nous croyons que quand il regretta que » sou fils" Yollenhove fût prédicant, il existait pour cela un motif spécial et indépendant de son antipathie contre les collègues du jeune poëte. Vondel avait pu remarquer que, parmi les ministres orthodoxes de son temps, il n'en était pas un seul qui excella dans la poésie; il avait compris de là que les formules de Dordrecht étaient autant d'entraves pour le génie poétique, et si » son fils" avait pu se soustraire à leur pression, il comprenait que sa poésie aurait pris un bien plus grand essor. Du reste, quoique Brandt fût du parti des Bemontrants et que Vondel l'aim&t beaucoup, la différence de religion amena un refroidissement entre les deux amis, qui ne fut remplacé par une franche cordialité que vers la fin de la vie du grand poëte.

Beinier Anslo *) se caractérise encore, avant tout, par ses peintures animées dans le genre vondélien. U a de la couleur, de Ténergie dans la composUion, un heureux choix de mots, et souvent, par des expressions hardies, il établit de beaux contrastes avec les passages où les affections du cœur sont exprimées avec tendresse. En

") Ne en 1626 à Amsterdam; mort à Perugia, en Italie, en 1669.

cela il approche peut-éfcre un peu plus du maître que ses condisciples^ quoique sa versification ne soit pas en général aussi harmonieuse que celle de De Decker. Anslo, issu d'une famille distinguée i), était d'origine Scandinave» et» comme Yondel au commencement de sa carrière^ il faisait partie de la communion des Mennonites; mais à Kome» où il chanta la reine Christine 2) de Suède convertie au catholicisme» et le jubilé de 1650» il retourna lui-même dans le giron de l'Église. Son chef-d'œuvre est intitulé la Peste de Naplea, Quoiqu'il eût étudié les poètes latins» l'on ne peut pas dire qu'Anslo ait toujours obéi aux prescriptions du bon goût» et que quelquefois ses tableaux ne soient chargés et n'outragent la sensibilité du lecteur par des peintures que de nos jours on appdlerait hyper-romantiques^

Jean Antonides van der Ooes» le plus connu sous le nom d' Antonides 3)» relevait plus directement du • père" Vondel. La pièce qui lui valut principalement sa grande réputation est un poème d'un genre mixte, où l'élément didactique» dans son caractère descriptif»

*) Son përe a fonde nn de ces hospices à Amsterdam connus sons le nom de hofjena, Ba mëre était de la famiUe des Rodenborghen, que notre grand Bilderd^k comptait également en droite ligne parmi ses aïenx.

^ Les ancêtres de notre poëte demenrërent à Anslo, la ville norvégienne qui emprunta à Tillastre fille de Unstave Adolphe son nom de Christiania.

*) Son nom véritable était Jan Tennissen (Jean» fils d* Antoine) mais un ami savant lui fit entrevoir que ce nom n^avait rien de poétique, et se rendant à ses conseils, il se nomma dorénavant Antonides van der Ooes, Il était né dans cette ville (Goes en Z^ànde) en Tannée 1647; il est mort en 1684.

tient le dessus. Les muses de rhistoiie, de la poésie proprement dite, et les génies qui président aux travaux industriels, au commerce et à la navigation, semblent tour à tour avoir inspiré le poëte. Le plan de l'ouvrage, qui est divisé en quatre livres, est tracé avec un tact admirable d'économie littéraire, et quand il s'agit de poëmes achevés, de travaux auxquels l'entendement et la science technique ont eu autant de part que la fantaisie et le sentiment, le IJ-ètroom occupe une première place parmi les poésies du XVII. siècle. . Le fleuve de YIJ sur les bords duquel la ville: d'Amsterdam est bâtie, ouvre un vaste champ au poëte pour considérer la ville dans son être et son action en rapport avec la société et le monde. De main de maître l'auteur a vaincu la plupart des difficultés qui se présentèrent sous son pinceau, quand il s'agissait de traiter poétiquement des sujets, qu'au premier coup d'oeil on ne croirait pas susceptibles d'être anoblis à ce point. Four animer sa vaste composition, l'auteur a eu recours à la mythologie ancienne et il a créé plusieurs scènes qui se passent entre les dieux de la Fable et les personnifications mythologiques des fleuves qu'il y introduit. Ces scènes sont écrites avec talent, mais comme les Hollandais d'aujourd'hui et les Hollandais de 1650 ne croient pas plus aux dieux du paganisme que les Grecs du temps de Constantin^ elles ne font qu'une impression vague, qui n'est pas toujours exempte de quelque chose qui fait rire. Vondel n'a pas non plus dédaigné de se servir de la mythologie grecque ou romaine dans quelques-uns de ses poëmes; mais Vondel savait tout assujétir à sa puissante volonté d'artiste et ménager les eflets

aa point que presque jamais le {«gtiiiisme n'etitie àved des prétentions choquantes dans la partie intime de ses créations. L'on Wnt qne Yondel manie àet^ formée quand il dte les héros de la mythdogîe; il he s'en sert que comme des symboles de vérités étemelles; ce n'est jamais toute sa harpe db poëte qu'il accorde sut les mélodied de l'Olympe ou de l'Hélicon, et l'on peut dire qu'une grande partie de l'abus qu'on a fait de la mythologie a l'époque suivante retombe sur la tesponsabilitéd'Atitonides« Âûtonides est mort jeutie. Dirck Buysero, un Mécène du temps^ poëte lui*méme> lui avait fiût donner une éducation académique^ à laquelle ses patents^ de petits bourgeois^ n'avaient pas osé aspirer pour leur fils. Qui sait, si la Providence avait accordé une ^us longue carrière au jeune auteur, s'il ne si^cuit pas revenu de l'erreur que l'académie d'Utrecht lui avait inculquée et si de toute la force de son génie naturd il n'aurait pas poursuivi la tâche de Yondel^ en s'écriant près de la crÀ^he^du Christ:

Àugnstns^ B^k yerliest z^n eer;

De Itoomsclie scepter reîkt nîet yeer; Het Oost Tersmaet Lat^nsche namen.

Maer àeea beheencht het al te Eamen,

Ook daer de zonne neemt haer keer.

(L*em|>ire d'Atignste perd sa gloire; le sceptre romain ne s'ëtend pas bien loin. L^Orient mëprise les noms latins : mais celui-ci règne sur tout ce qui est, même dans les régions où le soleil retourne sur ses pas.)

Certes, il n'aurait fallu rien moins, à l'aurore nébuleuse du XVin. siècle, rien moins que l'esprit supérieur d'Antonîdes, éclairé par les notions académiques, ëpUréoB

avec le temps, pour arrêter dana son cours la poésie ^éerla^daise, qui, soi^s Tinflaence d'un paga^uisme de plus en plus exigeant, allait périr ignoblement,

Pour opérer une pareille réaction, i\ n'aurait pas aoffi du taleut et de la bonqe volonté de Jean Vos, autre ém^l^ de Yondel, qui était sou imitateur» tout eu étant son ennemi. Vos était un homme de basse extraction; il professfait le métier de vitrier; mais la nature l'avait ftit naître avec uu talent poétique, auquel ne manquait qu'uu peu de tempérance. Vos était uu autodidacte; il ne savait pas même écrire correctement sa langue, et il avait une confiance illimitée en son propre talent. Il a composé deux tragédies, qui, malgré leur turbulence, révèlent un grand poëte dans leur auteur. C'est un diamant brut; il ne lui manque que le poli; mais^ sans poli, quelle valeur peut-il avoir pour celui qui veut en jouir? A force de charger ses expressions, à force d'exagération et d'inversions. Vos est quelquefois ridicule quand il veut être touchant, et il se laisse souvent entraîner par son aveugle présomption à dire des choses qu'il a l'air de ne pas trop bien comprendre lui-même. Sa poésie donne dans tous les excès^ et quelquefois il est trivial et obscène. Vos avait été nommé un des chefs du théâtre d'Amsterdam, ce qui impliquait pour lui la charge de régent des hospices et ce qui lui donna de la considération. Il fut reçu dans le cercle réuni au château de Muyde, après que Vondel en eût été banni, et nous sommes portés à croire que l'inimitié de notre vitrier contre Vondel n'était pas précisément fondée sur une jalousie de poëte fort peu généreuse,mais qu'elle tirait plutôt sa source de la circonstance que Vos, qui était catholique aussi, s'ac-

commodait des conditions tacites auxquelles on Itii conféra les distinctions que nous venons de nommer^ conditions qni sans doute n'auront pas été de nature à ce qu'un catholique eût raison de s'en glorifier. Comme régent du théâtre^ Vos, au dire de Gérard Brandt, sut faire tomber les pièces de Vondel, au moyen d'une mauvaise distribution des rôles, et, en d'autres circonstances encore, Vos se conduisit d'une manière fort déloyale envers le génie dont il avait emprunté l'allure majestueuse, autant que le permettait son individualité quelque peu grossière.

PÉRIODE DITE DE LA RENAISSANCE

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