‹ De la littérature Néerlandaise à ses différentes époquesChapitre 20 sur 24 · LE DIX HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE DIX HUITIÈME SIÈCLE

Déjà dans un chapitre précédent nous avons exprimé la préférence que nons donnions an gay sçavoir^ à la science du poëte narrateur, au-dessus de la science plus sérieuse^ de Tart moins amusant du statisticien, du chronologiste, du calculateur enfin. Loin de nous Tinjuste courage de blâmer ou de déprécier les travaux de ces hommes intelligents et industrieux, qui passent leur vie dans les chifires pour établir la vérité des nombres» et surtout des dates. Nous savons de quelle influence importante la précision d'une date historique peut être sur la véritable signification des faits. Mais nous ne pardonnerons jamais aux arithméticiens que pendant des sidcles ils se soient épuisés en de rudes travaux poumons fournir au bout de leur carrière, avec d'autres résultats moins désolants, la preuve victorieuse que »eeci tuerait eda!\ c'est-à-dire que le chif&e tuerait le tableau. Nos

ancêtres de «Tâge des ténèbres" (ce qui, en style ignoble^ veut dire moyen âge) avaient l'habitude, — nous Tavons vu, — de donner à leurs enfants des leçons d'histoire par tableaux, et non par chif&es. Les petits garçons des serfs du moyen âge en savaient plus long que vous, mes jeunes amis, vous qui, pour être assidus au collège, ou pour vouloir passer pour tels, penseriez avoir le droit de hausser les épaules, à l'instar de vos maîtres et sousmaîtres, quand on vous parlerait du savoir, des notions historiques fort étendues, de la philosophie et de la poésie de ces petits marmots qui couraient les champs, aux temps où l'on avait la simplicité d'attacher plus de prix à la pensée qui s'incarnait dans quelque fait ou dans quelque personnage, qu'à leur orthographe respective. Pour nous, tout en reconnaissant la nécessité de distinguer par chiffres quelques époques dana l'histoire, nous croyons qu'en général on ferait bien^ même dans nos temps hautement..., spi]:itaalistes, de se retremper un peu dans le système des couleurs et des , dessin», adopté au moyen âge, quand il s'agirait de donner des leçons d'histoire aux enfants; Certes, pour la d&igna-* tion et la description d'un fait, nous n'oserions pas aUei aussi loin qu^on en avait l'habitude aux temps héioïqueâ; car la critique d^aujourd'hui ne s'accommoderait pas de l'histoire idéalisée, qu'on appelait tradition, conte et chanson ; mais du moins nous ne. voudrions pas qa'^i rappelant quelque fait ou quelque personnage à un.en&nt, ce fût toujours ce malencontreux 15S0, 2795, â250, attmt ou après la naissa/nce de J>, (7,, avant, après ou pendant la eréaiion du monde (que sais-jeP) qui se présente à son esprit. Je voudrais que les chiffres de»

dates ne fussent que la carcasse de fer dont le statuaire pourvoit sa Diane ou son Saiini WilUbrord, pour étendre sur ses branches les couches de terre humide, qui, sous son souiHe créateur, ne tardent pas à être transformées en déesse ou en saint» Je veux des chiffres comme canevas oii les faits sont brodés; mais je ne veux pas ces chiffres, découpés en fer-blanc, se présentant avec ostentation aux regards et^ en brochant sur le tout, couvrant les tableaux des faits, au lieu de les soutenir et de les préciser modestement^ sans être vus et sentis dans toute leur lourdeur matérielle. Je veux qu'une jeune intelligence, en pensant à l'ordre chronologique des faits, ne se rappelle pas toujours quelque page d'un registre historique avec les nombres chronologiques qu'elle offire à l'œil du lecteur, mais qu'elle se souvienne de la physionomie des époques et qu'elle comprenne que, par exemple, la logique de l'histoire moderne n^aurait pas permis que le chignon de Marie Antoinette eût précédé le chaperon en cornet ^) de Marguerite d*York. On tâche d'exciter chez les enfents un enthousiasme artificiel pour les dates; on pense que oonnaitre l'histoire (pour un enfant) c'est savoir au juste si l'invention des caractères mobiles a été faite par Coster en l'année 1423 ou 1432; on néglige de lui donner la moindre notion pittoresque par rapport à cet événement. Cela fait que l'histoire est casée dans la mémoire, d'où elle peut s'échapper irréparablement à tout moment, tandis qu'on devrait Yimprimer dans l'imagi-

*) n ne faut pas confondre cette charmante coiffure avec les énormes bonnets en pain de sucre <im la prëcëdërent.

nation, qu'on devrait la fEÛre miêir par les tenailles dn bon sens, de la logique: de sorte qu'elle ne pût se perdre qu'au moyen d'une action expresse du temps ou de la volonté. Je parle toujours des enfants. H va sans dire que j'admets que ceux qui jouissent de la fonction de toutes leurs facultés intellectuelles^ ne donneront pas à la mémoire seule ce qui doit être assi^mile, pour ainsi dire, à leur intelligence.

C'est pour cela que je pense parler avec une entière clarté en faisant remarquer que, si la France pouvait se glorifier d'avoir vu se réunir autour du trône une rangée brillante d'écrivains célèbres, à l'époque oii la bonne société, à la cour, au théâtre, sur le champ d« bataille, ne se montrait qu^en grande perruque bouclée — la littérature hollandaise était au contraire visiblement à son dédin quand ses poëtes commencèrent à se montrer avec la susdite perruque. En rattachant mon histoire à la mode, qui, comme presque toutes les modes françaises, était à peine acceptée à Paris qu^elle l'était déjà à Amsterdam — je facilite pour moi-même, et, je crois aussi, pour mes lecteurs, des comparaisons entre nos situations littéraires, qui seraient moins claires, si nous nous cramponnions trop exclusivement aux dates.

Voyons les grands poëtes à grandes perruques de la France! J. Racine, Molière, Fénélon, Boileau, La Fontaine. Ne s6nt-ce pas eux, ne sont-ce pas AiAaUe, Les Femmes Savantes^ TéUmaque^ les Satires^ les Vcibles, qui forment une des époques les plus brillantes de la littérature française? J^espère que la grande perruque, évoquée par moi, n'empêchera aucun de mes lecteurs de s'écrier que bien certainement ce sont-là de grands

maîtres et des chefs-d'œuvre impérissables. Chez nous au contraiFe la grande perruque semble être le signal de la décadence. Je conviens que parmi les disciples de Vondd il en a été dont la frisure de tête présageait la susdite grande perruque; mais aussi nous avons dit qu'on pressentait dans leurs poésies que la littérature hollandaise allait périr.

Si la grande perruque de Louis XIV n'était réellement que ce que le matérialisme déraisonnable de nos jours pense y voir, il serait impossible qu'elle eût été un apanage d'un siècle illustré par tant de grands génies. On fait preuve d'une stupidité alarmante en admettant^ aux grandes époques et dans la manière générale de voir des hommes qui les ont caractérisées^ des stupidités aussi ^ossières que celles imputées par des historiens superficies et matérialistes à leurs mœurs, à leurs lois, à leurs modes. Je n'hésiterais pas à dire que tel personnage, qui aurait adopté tout d'un coup la perruque eomme on nous la dépeint aujourd'hui, n'aurait pu être ni un général de la taille de Turenne, ni un homme d'état de la force de Colbert, ni un grand poëte comme Molière.

Notez bien que je ne défends pas la perruque et l'époque qu'elle nous rappelle, mais que je vais seulement tâcher de l'expliquer.

De longs cheveux bouclés — personne ne songera à en discuter l'élégance. Voilà la première conditio vitœ de la perruque dont il s'agit. Pour avoir des cheveux d'une belle qualité luisante et soyeuse — on avait recours aux cheveux postiches. Les hommes du monde avaient l'habitude courtoise de ne pas se couvrir en pré-

sence des dames ^). La brutalité des plaisiis sensuels n'avait pas encore inventé le cigare, qui a chassé la femme à peu près de la même manière que le. chrSre a tué le tableau. Par conséquent, les cavaliers recherchaient et pouvaient convenablement rechercher la société des dames. La tête restait découverte (dans le aens ordinaire du mot), il n'y avait pas de raison dans la forme ou dans la pression des chapeaux pour qu'on fixât des limites à la profusion luxueuse des boucles ; et, en ootre» il faut avouer que Tusage des perruques polypiocames &cilitait le système adopté du chapeau bas. Maintenant qu'y a-t-il de si risible dans les motifs qui, au sm d'une société jalouse de plaire et de jouir avec autant de bon goût que possiUe, firent naître la perruque, telle que nous la connaissons? Je conviens que^ tMe que nous la connaissons, elle donne quelquefopis dans l'extravagant; mais nous ne sommes pas en. droit de mesurer cette extravagance au point de vue de nos coiffures mesquines, malpropres, ignobles au plus haut degré. Je le répète — on n'a pas accepté tout à, coup le dernier mot de la grande perrnque; ce n'est que peu à peu qu'elle a gagné en ampleur, et celui qui a porté la plus grande n'est personnellement responsable que des quelques Hgnes qu'il a, négligemment peut-être, ajoutées à sa circonférence, quand il a emprunté à son prédé* cesseur la mode d'en porter.

A quoi bon tout ce verbiage à propos de perruques auxquelles personne ne s'intéresse?

*) Louis XIV aUa pendant une heure par la pluie, le chapeau à la main, accompagnant Mad. de la Yalliëre, qui était boiteuse.

Ah, c'est justement, parce que je crois qu'on a tort de ne pas s'y intéresser que j'en parle. Je n'ai pas dit encore de quelle grande et magnifique tendance de l'esprit humain la perraqtie*i/^&itf XIF était l'expression. On sourit. C'est le matérialisme déraisonnable dont j'ai déjà parié» et que je pense ne pas plus convertir par mon apologie de la perruque de Jacques II, que je n'y parviendrais par un panégyrique des cheveux de Bérénice ou de la Toison d'or que les rois portent au cou.

Les grands mouvements intellectuels du XYI. et du XVII. siède, le réveil majestueux de la critique, autant qu'elle n'était pas allée, une torche à la main, mettre en cendre les parois du temple de la vérité qu'elle était chargée d^ëclairer, l'étude des classiques, l'individualisation de la seieâèe et la naissance d'un grand nombre, de spécialités, voflà^ ce qui avait imprimé à l'esprit humain le goût de V ampleur. Il> y avait quelque chose de. viril dans cet isolement* même de la république des lettres hors des sphères m<^ns aristocratiques des grands enfants qu'on appelle le peuple. Z^étûi, c^est moi y quoiqu'on en dise. est un mot plein de profondeur pour quiconque l'interroge et y cherche l'explication de bien des phénomènes du temps. Je ne nie pas qu'il n'y ait eu un^rand et condamnable orgueil au fond de cette pensée chez tous les personnages plus ou moins éminents qui se la répétaient. Tout le mouvement de la Renaissance (et nous en sommes encore toujours là) était pénétré de cet antique levain^ que nous avait pétri le serpent de l'Eden. Ce n'est pas moi qui soutiendrai le contraire. Je crois que je viens de dire des choses dont on aura lieu de me remercier. Cependant je ne pense pas qu'elles soient le

moins da monde en contradiction avec les pensées émises dans le cours de mon travail, touchant laré&rme et la renaissance des XYI. et XVII. siècles.

Vétatj c^eat mai. Comment voulez-vous que ce mot eût été prononcé par tout autre que par un personnage drapé largement d'un manteau royal, ou du moins d'une toge professorale; un personnage qui cherchât et qui trouvât dans Tampleur de ses formes extérieures, de sa coiffure, des revers de son habit, des manches de sa chemise, un équivalent convenable à la suffisance tranquille de son esprit?

L'esprit du siècle ne permettait pas de comparaison fréquente de Tart avec la nature. Le goût de Tart, et, comme une caricature de celui*ci, le goût du £su;tice, allèrent toujours croissant, de Henri III à Louis XV, ou, si mieux vous plait, de Charles-Quint à Ghiillaume IV. Les beaux génies de nos jours ne comprennent pas que jamais les jardins de Le Nôtre aient pu avoir du succès. Voyez plutôt nos jardins anglais, disent-ils. Mais de quel droit veulent-ils établir une comparaison entre un jardin de Le Nôtre et un autre jardin qui se pique d'imiter la nature? Est«on vraiment assez sot pour s'imaginer qu'un esprit aussi original, aussi fin, je dirais presque aussi sublime, que celui de l'horticulteur du grand Louis, aurait voulu /at>^ de la natwe en faisant de Part? La triste décomposition, l'entière confusion des idées, dont un pareil désir aurait rendu témoignage, n'était réservée que pour nos jours.

Je ne m'étonne pas le moins du monde d'entendre calomnier de la sorte l'architecte des jardins de Versailles, aujourd'hui que nombre d'esprit^ rusés se plai-

sent dans la déoonvertey aussi neuve que profonde, que Topém, la tragédie, la haute comédie pèchent par un dé&ut énorme 9 c'est-à-dire par le manqae de naturel , vu qu'on y parle en vers ou qu'on y chante ses pensées, n a fallu des siècles pour mettre les hommes sur les traces de cette découverte mirobolante. Je ne m'y arrêterai pas; qu'il me sufBse de remarquer que, pour être une œuvre d'art, un tableau ou un poëme est déjà par- Êdtement en droit de ne pas être de la nature toute simple. On ne peut pas être deux choses à la fois, à moins qu'une de ces choses ne soit comprise dans l'autre : et l'art et la nature sont réellement et distinctement deux. Les détracteurs de la grande perruque n'ont qu'un tort; c'est qu'ils la considèrent du point de vue de la nature, tandis qu'il faudrait la considérer du point de vue de l'art. Je pourrais faire une application satisfieûsante de cette vérité, de cette accusation, aux détracteurs de l'art du moyen âge. Revenons à la perruque.

Le costume, les exploits (en &it de guerre, de poésie, de galanterie même, et — par un heureux retour — en fait de sagesse et de religion), le roi, les grands poëtes et orateurs, les grands hommes d'état et de guerre de 1695 étaient français, à une seule exception près, peut-être.

Comment auriez-vous voulu que la France, étant pourvue de tels organes et prenant la parole, soit dans la tragédie, soit dans -d'autres genres de littérature propres à l'époque, — eût manqué de produire des che&-d'œuvre, se ressentant à l'envi et dans un accord harmonieux du grand esprit qui dominait son ciel d'un horizon à l'autre?

1695 n'était, au contraire^ lien moins qae hollandais. Nous venons de noter une exception en hvtar du. prince d'Orange; mais c'est la senle possible. Tont le reste de La HdJande de 1700 demeoiait an-dessous de ce que notre patrie avait produit en fait ^hommes politiques^ d'hommes de guerre et d'hommes de lettres., . dans le courant du Xyn. siècle. Cela était entièrement et néoessairem^t dans l'ordre des choseà. Ijes événements de la fin du XYI, siècle et du commencement du XYU.» la nouvelle période qui s'était ouverte par ce travail énergique d'hommes nouveaux, k révolution (radicale qui avait eu lieu, avaient donné une physionomie toute nouvelle à la, société de la Hollande et mis en évideneé et À l'œuvre des individualités^ qiiî puisèrent lecouragç €^ la fsHTce dé leors travaux dans la position inattendue et souvent avantageuse que le renversement nniversei leur avait faite. La Hollande éésit comme une ^telŒB &aîchament labourée acceptant avidemment les. se^ mencesy qui dans renthousiasme d'un peuple jeune et téméraire étaient confiées avec abondance au ïol lertile* Après un bouleversement radical comme celui de la révolution de ] 572 — 1581 y deux choses étaient possibles: les États-Unis auraient pu se perdre & jamais -^ comme réellement ils ont été à deux doigts de leur ruine; ou, ils pouvaient être sauvés, et ils ne manqueraient pas, dans Tefiervescence d'une vie ranimée, de célébrer le triom* phe des obstacles qui les entouraient par le spectacle d'un développement prodigieux , qui ferait leur gloire et l'admiration des nations voisines. Après des jours d'anxiété, après les résolutions du désespoir, acceptées et r^etées, la fortune se tourna du côté de la Hollande.

et son XVil. siècle en&nta la littérature que^ dans nos précédents atticles, nous avons tâché de faire connaître, d'après les béantes de ses productions isolées et les vices de son principe général.

Comme toutes les choses humaines, qui pèchent par une £siusseté évidente de leur pnncipe vivifiant, la position litt-éraire, ainsi que la position politique de la Hollande au XVII. siècle, eurent, après leur époque de développement et de maturité, leur époque de décadence immanquable et d'anâuitissement complet. A la mort de Guillaume m, qui suivit de près la paix de Byswick, qTiand la Hollande n'avait plus ni De Buyter, ni Tromp, ni Jean ni Corneille de Witt, c'était comme si la vie s'était éteinte dans la république des Sept Prov vinces. L'originalité qui caractérisait les différentes ma«^ nifestations de la Néerlande dans lé courani di; siècle de Maurice d'Orange, de Hugo Grotius, des grands amiraux, des grands diplomates, de Vondel et de Kem^ biandt, était l'originaUté d'une république qui avait pria le chapeau et la. lance comme symboles de sa liberté* Quand cette république commença à pressentir sa fin, elle crût qu'en: adoptant les allures des sociales qui m étai^it encore à l'époque de leur spl^ideur, elle réus* sirait à se sauver de la mort. La monarchie de Franôe avait atteint, sous Louis XEY, un degi^é de gloire et de grandeur qu^elle n'avait pas connu depuis le moyen âge. L'histoire de France s'était majestueusement déroulée sous les yeux de l'Europe émerveillée. Sans éprouver les secousses qui avaient agité profondément la Hollande, la France de François I. avait continué à se développer, et, sous Louis XIV, la monarchie atteignit son

apogée, comme notre république avait atteint la sienne, sous l'administration de Frédéric Henri et de ses successeurs au pouvoir.

Nos poètes de 1700 ne sentirent plus battre au cœur des Hollandais cette force juvénile, ce courage inné, qui restent, pour un peuple, garants de son originalité d'action. Un coup d'œil jeté autour d'eux leur fit voir la monarchie de France imposante et digne d'envie. La largeur du costume français, l'art de Lebrun et de Le Nôtre, la poésie de Bacine et de Boileau, la grande perruque sojease et parfumée, la majesté et l'esprit, un bon goût conventionnel, mais délicat et original, la magnificence et l'élégance, tout cela était le fruit de la grande monarchie et lui allait à merveille; mais par cette raison même cela ne pouvait pas se réaliser convenablement dans la république néerlandaise, riche quant à l'argent, mais épuisée et apathique quant à la vie de l'âme. Les poètes néerlandais s'imaginaieut, en voyant la grande perrnque de Louis XIY, qu'elle pourrait par&itement leur aller, maintenant que leurs mains n'avaient plus la Ibrce d'agiter en l'air Tantique chapeau national, et que ce chapeau leur pressait trop les tempes défaillantes : mais la perruque de Louis XIY n'était pas une coiffare de nécessité, c'était une coiffure de fantaisie, qui n'allait bien qu'à ceux pour qui elle avait été inventée.

Sijbrand Feitama se mit à écrire de gros volumes in 40. remplis de vers alexandrins à la Bacine,

Moins le [yoI du gënie] et la beaatë des formes.

Il travestit en hollandais la moitié de la poésie française du grand siècle. Pendant une grande partie de sa vie il a

travaillé à one traduction en vers dn Tétémaque; pen-» dant vingt ans il s'est occupé de la traduction de la Henriade. Dans ses moments de loisir il s'occupa de la traduction diligemment élaborée du Tite et Bérénice ^ et du Pertharitus, de P. Corneille, du Darius et du Stilico de Th. Corneille, des Machabées de La Motte, du Brutus et de YAlzire de Voltaire, du Pyrrhus de Crébillon, de Gabinia de De Brueys, du Marins de De Caux, et ànJonalAan de Duché.

Je n'en dirai pas davantage. L'on sent ce qu'une imimitation doit être quand l'imitateur n'a aucune des grandes qualités du modèle; aucune, car la passion idolâtre de l'hémistiche uniforme n'en est pas une. En attendant il n'y eut pas jusqu^au laboureur Poot, qui ne mit la perruque française, en tant que symbole d'un mythologisme excessivement froid. Si Poot avait vécu à une autre époque, nul doute qu'il n'eût étéunexcel» lent poëte paysagiste ; et même; au milieu des torts de son siècle, on apprécie en lui la fraîcheur du sentiment et du coloris. Ses meilleures pièces sont des couplets dans lesquels il chante Tamour, les champs et la douceur des liens et des vertus domestiques.

Lucas Kotgans, paré de la coiffure en question^ prit en main la trompette de Calliope et y souffla un poëme en X chants en l'honneur de Guillaume IIL II est d'un style empesé et ronflant, comme la plupart des productions du XYIII. siècle. Néanmoins Botgans a tracé le tableau en vers d'une kermesse de village avec une finesse et une vivacité de touche qui feraient honneur à Jean Steen ; il ne s'élève peut-être pas à la hauteur de Teniers, mais je le préfère à Ostade.

Certes, de Pieter Langendyk à Molière (dont l'immor-

talité est moins discutable que la moralité) il y a un bon bout de chemin ; et cependant je crois que Langendyk est celui des poètes du XVIII. siècle qui a le plus de droit à notre admiration: car» quoique l'unité d'action dans ses comédies laisse souvent à désirer , quoiqu'il pèche quelquefois coiltre la pudeur et les convenances, il ne laisse pas d'avoir conçu et dessiné avec originalité et hardiesse des caractères d'un grand naturel. Ses pièces nous représentent la société hollandaise de son temps ; il ne se garde pas toujours de tomber dans la caricature, mais souvent la vérité de ses tableaux est frappante, et ses bons-mots sont ingénieux. Après Bredero et Hooft, nous ne croyons pas qu'il y ait eu, à la période de la Renaissance, un auteur comique en Hollande qui ait surpassé Langendyk. Après lui, ses prédécesseurs Bernagie et Asselîjn ont conservé le mieux la réputation que le public de leur temps leur accordait.

L'erreur, dans laquelle était tombé Eeitama par rap-* port à l'origine et à l'emploi de la perruque française, s'était manifestée chez un de ses contemporains d'une manière toute particulière. C'était le poëte Jean Luiken. Ce brave homme, après une jeunesse quelque peu orageuse, qui lui avait fait écrire un recueil erotique, oii le gracieux et le dégoûtant se trouvent désagréablement confondus, s'était avisé de se jeter à tête perdue dans la poésie religieuse. H a iGEiit dans ce genre de fort gentils poèmes, des chants en couplets d'une grande beauté même, tant par le sentiment que par les effets pittoresques; mais on s'aperçoit dans la plupart de ses élucubrations que le poëte a un grand penchant à certaine coiffure plus compromettante encore que la perruque.

Luiken a ea le maUieui de méconnaître la perruque «a point qu'il a cru qu'il pouvait impunément (et à la plus grande satisfaction de lui et du public) la remplàr cer de temps en temps par — le bonnet de nuit. De là, dans ses poésies, souvent une sécheresse, une abondance de vérités et de moralités banales, qui justifient par trop l'oubli dans lequel les poésies de Luiken sont tombées, après avoir joui pendant de longues années d'une popularité trâs-explicable pour quiconque connait l'amour du didactisme et la patiente bienveillance des lecteurs néerlandais du XV m. siècle.

Je ne puis pas m'arrêter à des auteurs d'un rang inférieur. Tels seraient, dans le genre obscène, Guillaume de Focquenbroch, dans le genre sérieux, Schermer^ Jean de Haes (défenseur de la mémoire outragée de Vondel) et d'iautres. Les ouvrages du premier datent del'année 1674; mais nous le mentionnons ici, parce qu'il a eonsearvé sa popularité pendant un siècle entier, ce qui certes n'est pas à l'honneur de ce siècle. Van Milst, Nanning et Wellekens,les poëtes catholiques, ont été nommés plus haut. Nanning fot le traducteur de Prudence. Wellekens et son ami Vlaming (je crois qu'ils étaient plus pu moins attachés à la communion des jansénistes), avaient étudié l'italien, et ceci n'a pas été sans influence sur leurs œuvres littiéraires. Wellekens introduisit dans notre littérature, à côté de la pastorale, la poésie des pêcheurs {visseAerszang) .

Tout épris qu'ils étaient de leurs propres productions, les poëtes du XVIII. siècle ne se dissimulèrent pas entièrement que les Hooft, les Huygens et les Vondel n'abondaient pins de leur temps, et comme c'était une

devise favorite de la Hollande que l'unioa fait la force, ils tâchèrent de pourvoir par de nombreuses associatioiiB à une renaissance réelle de la poésie agonisante. Ils savaient que deux unités font une couple; mais ils ne comprenaient pas que -{- produit 0. De 1680 à 1718 on établit plus de trente sociétés poétiques. C'est là que tous les travaux des membres étaient lus^jug^, analysés, corrigés , refaits et souvent légalement mas<^ sacrés pour ainsi dire. La dernière étincelle de vie qui pouvait s'y trouver ne tarda pas à expirer sous le souffle de ces Mécènes impitoyables. Arnold Hoogvliet^ pénétré de resprit de son temps, ne réussit pas à se dégager des entraves que cet esprit lui imposait^ et, quoique dans le genre épique il soit un des meilleurs poëtes que le XVill. siècle ait produit, son chet-A*œxrneAbraAam le pahiarcAe, ne peut guère aspirer à une autre qualification qu'à celle de biographie rimée, quoique réellement il y ait des passages qui prouvent que leur auteur avait du talent et de la verve quand le sujet l'inspirait.

Vers le milieu du XVIII. siècle, les deux frères Van Haren, gentilshommes frisons, ont voulu composer des poëmes nationaux , qui un jour pussent prouver à la postérité que la petite perruque poudrée ne pressait pas d'un poids mortel Tesprit de ceux qui s'en parèrent. Je ne crois pas qu'ils aient réussi dans la tentative quejeleur attri" bue. En France, les petits marquis, les petits abbés, les petits-maitres de toute espèce pouvaient chanter des couplets de tourtereaux, pouvaient, s'ils avaient l'esprit et le talent de Gresset, produire de charmants badinages, mais l'allure de Vondel n^allait qu'à la taille et au costume de ce roi de la poésie néerlandaise. Le grand poëme du Jonk-

heer Willem van Haren Friso est écrit en alexandrins, qui, toat en n'étant pas aussi fatiguants à la lecture que lespoëmes académiques du temps, ne laissent pas de faire en sorte que le lecteur se demande souvent: A quoi bon de mettre de telles pensées en vers? Ce n*est, dans une infinité d'endroits, que de l'honnête et simple prose, qui gagnerait en harmonie si le poëte n'avait pas été enchaîné par le rhythme et la rime. Toutefois il y a des traits hardis et des tableaux pleins de verve dans le poëme, et pour la composition, pour l'invention, le Friso (cycle d'aventures du roi des Gangarides et des Prasiates, que la tradition proclame le premier roi et le législateur des Frisons) se distingue favorablement entre les autres poëmes du temps; l'auteur avait lu avec fruit Homère et Fénélon; mais pour nous c'est encore toujours une énigme indissoluble comment, connaissant les ouvrages de Vondel, ou même seulement ceux de ses disciples contemporains, on ait eu le courage d'écrire des poésies, qui, quant au fond comme quant à la forme, sont d'une infériorité aussi frappante que celles de tous les auteurs néerlandais du XVIII. siècle. Je crois que c'est la philosophie voltairienne qui donne ce courage. Quand on ose se moquer de Dieu et du démon, il n'y a pas de raison de se méfier de soi-même. H faut que la force réside quelque part. Et quand on se sent assez puissant pour se croire le premier de l'univers, il n'y a pas d'effort littéraire ou artistique auquel on ne veuille se prêter. Aussi on n'a qu'à consulter les grands mots, dont Willem van Haren assaisonne des vers qui du reste ne sont pas sans élévation ni sans mouvement, pour se douter de l'orgueil philosophique qui remplissait cet esprit su-

périeui; quoique nous ne voulions pas dire qu'il n'eût pas de religion du tout. Willem van Haien était un peu hâbleur» et ses fanfaronnades se ressentaient d'une espèce d'enthousiasme républicain à la manière des anciens Romains : il 7 avait plus de hautaur que de dévouement; il voi« lait un fond aristocratique sous les dehors de l'amour de la liberté. Pendant plusieuis années Willem van Haren a été ministre des ProviaoesHUnies près la cour du Prince Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas autri* chiens. Avant qu'il ne fût appelé à cette charge honorable, il était d^ en relation avec plusieurs sommités à l'étranger. U se donna la peine de traduire en prose française tout son Friso^ qui se compose d'environ 8600 vers* Un littérateur français, M. Clément, lui fit part de quelques observations judicieuses touchant la composition de son poëme; M. De Voltaire adressa à notre poëte les vers suivants:

Toltawe à Monsieur Taa Haren.

Dëmosthëne an Conseil, et Pindaxe an Parnasse, L^angnste Liberté marche derant tes pi^s;

Tyrtëe a dans ton sein répandu son andaee.

Et tu tiens sa trompette, organe des combats.

Je ne t^imite point, mais j^aime ton courage.

Né pour la liberté, tu penses en héros: Mais qui naquit sujet, ne doit penser qu*en sage,

Et TÎTre obscurément, s^il veut vivre en repos.

Notre esprit est conforme aux lieux qui Font vu naître.

Tout état a ses moeurs, tout homme a son lien: Ta gloire, ta vertu est de vivre sims midtre,

Et mon premier devoir est de chérir le mien *).

*) C^est là le texte copié de la main de Von Haren sur Toriginal •de Voltaire. L'auteur n*a pu composer qu'à lu hl^te 1q dernier cou-

Langendjk a fait deux tiadnctions en vers hoilan-' dai» de ces quatrains, et il en existe aussi nne traduction en latin.

Le chef-d'œuvre du frère du Jonkheer Willem van Haren, Jonkheer Onno Zwier^ se compose d'une série de vingt-quatre poèmes, qui ont la forme et quelquefois Tallure de l'ode strophique. L'auteur y chante les faits d'armes de ces hardis pirates connus sous le nom de Waûergeusen {Queux de mer). Comme les frères Yan ]l^a7en étalent de zélés partisans du stathoudérat, atnis de Guillaume IV, dont ils aidèrent à provoquer h nomination héréditaire, orangistes à tel point que JonMieer Onno Zwier tirait vanité de boire un verre de vin de plus »que la soif n'en demandait", à l'instar de Guillaume le l^itume *)j il va sans dire que l'autiÈiaï mit toute son ftme et tout son talent dans

plet, où il y a un hiatns et d* autres défauts techniques. Les éditions imprimées portent dans le second couplet, au Heu de ^Je ne t'imite point", „Je ne peux t'imiter*'. L'éditâon de 1743 ddime le quatrième couplet de cette mani^ :

Notre esprit est conforme aux lieux qui Pont vu naître.

A Bome, on est esclave; h, Londres, citoyen; La grandeur d^un Batave est de vivre sans maître :

La gloire d*un Fi^ançois est de eiervir le sien. Bians d^autres éditions le dernier vers porte :

Et mon premier devoir est de servir le mien.

*) jjVoor 't overige ontkend de Deducent niet, dat hy gewoon îs; over de maaltyd een goed glas wyn te dxinken, tôt vervrolyking toe, en meer als de dorst vereisclit, en hy verheugd sig, van ten minsten in iets gelyk te zyn, aan den stigter van de Republycq, Prins "Willem de Iste, die nooit volpreesen Vorst, aan wien elk regtsohapen Nederlander moet wenschen te gelyken." Tweede DedttcHe voor Jr. Ornio Zwier van ffareny etc. Leeuwarden , 1762 , p. 3&..

un sujet comme les Geusen, Aassi il y a des strophes vraiment belles, et où la plume du narrateur paraît s'animer d*un véritable entrain lyrique. Mais après tout je ne puis me défendre de croire, que quand Bilderdyk s'est mis à Touvrage pour remanier et purifier les strophes nombreuses de VanHaren, il s'y est décidé principalement en considération des sympathies politiques qu'il avait pour l'auteur.

Dans les Geuaen, Onno Zwier van Haren se montre de son côté le plus favorable. On voit qa'on a afikire à un poëte, qui, tout en ne connaissant pas la grammaire de sa langue maternelle, possède des connaissances solides dans les sciences historiques, physiques et sociales; il a un cœur national, quoique sa nationalité soit d'une nature aristocratique et ambitieuse ; il se pique d'impartialité et ne disculpe pas entièrement les Oeuzen des cruautés commises par eux. Dans l'ode on chant vingt- troisième, il adresse quelques vers à son épouse, qui font éprouver un sentiment de bonheur à quiconque s'est donné la peine de scruter une accusation formidable d'immoralité, qui pèse sur la mémoire du Jonkheer Onno Zwier. Oar^ quoique des investigations sérieuses et impartiales n'aient pu nous convaincre de l'innocence du célèbre frison, quoique nous comprenions parfaitement comment la cour de Frise, après que Van Haren eût voulu se purger du crime devant le procureur-général, n'a pas pu déclarer qu'il n'était pas coupable '^), nous admettons volontiers que vis-à-vis de son épouse il ait été fidèle à la vérité.

*) Jo. M. Kemper, O. Z. y. H. geschetst. in eene redevocrîng, etc. Tom. IV, pag. 2J des Werken publiés par Westerman.

Il est curieux d'observer comment nos historiens littéraires, MM. J®. De Vries, Kemper, Witsen Geysbeek, et leurs copistes, veulent à toute force insinuer à leurs lecteurs que VanHaren était la victime innocente 'd'un complot atroce de ses propres enfants, dont il n'a pas existé de trace et dont les moti& allégués par Van Haren nous semblent, après mûr examen, ne pas mériter d'arrêter un moment l'attention d'un homme raisonnable. Nous sentons parfaitement qu'en refusant, comme la cour de Frise, de constater l'innocence de l'accusé, il j aurait mauvaise grâce à élever Van Haren aux nues , comme on en a l'habitude; mais nous persistons àcroire que, quels que soient les droits qu'ait le parti orangiste de 1741 à notre sympathie, ils ne peuvent pas &ire excuser l'outrage qu'on fait à la vérité, en déclarant que Van Haren était dans son droit, et que ses propres filles, ainsi que MM. de Sandick et de Hogendorp, ses gendres, auxquels se joignit le Ueutenant-général Tiddinga, son ami et son protégé, se seraient ligués avec son beau-frère et sa belle-sœur, M. et M"*®. Van der Dussen, pour le couvrir d'un opprobre, qui retomberait infailliblement sur eux-mêmes et déshonorerait la famille entière. Je protesterai contre le chorus des admirateurs d'Onno Zwier, jusqu'au moment où l'on aura prouvé que l'apologie des sieurs Van Sandick et Van Hogendorp '^) et tous les serments jurés

*) Verdediging van de Heer&n Johwti Alexander van Safidichf en Mr, Willem vrni Hogendorp , tegens de verregaande heschuldi' gingerij Tien en hunne huievrouwen, benevens andereny ten laste gelegt, hy zehere volumineuse Deductie door Jr» Onno Zwier van Ha/ren^ etc. In 'sGravenhage, by Pieter van Cleef, en Pîeter Gosse Jr. 1761.

par les accoisateais de Van Haien sont un amas des faussetés les plus abominables et les plus insensées. Et encore, quoiqu'on parvînt à disculper racousé, on devrait conveidr'que sa défense, publiée en deux parties sous le titre de J>/^fM;^9^,fourmille d'arguments^dont la bassesse est incompatible avec le caractète noble et élevé qu'on lui attribue.

Pour nous -r- quant à la dévotion que Yan lïaren déclare avoir au fond du cœur» nous n'en sentons pas Thaleine chaleureuse dans ses ouvrages, pas plus que dans ceux de son frère.

On entend sou£9.er qudquefois le vent des passions politiques et même de l'amour de la patrie da^s leurs poésies; on y sent aussi quelquefois le vent dont la glouilie s'el q^d dla Lut se M« a^d^ro^ que le bœuf; mab '— le sdufSie dé Dieu, la condition de toute grande poésie, n'j est pas.

Sans être trop téménire^ je crois qu'on i^Ui dire q^i'avec les frères van Hiaren, k série des poètes néerlandais de l'iépoque de la Bènaissanoe ee ti^nve close. Je sais per&itement qu'il «xiste encore de nos jourà, tel respectable vieilhrd qaà, dans sa jef^^e, a entendu parler avec un enthousiasme épidémique de M. van Winter et d0 son épouse M°^^. Lucretia Wilhelmina van Merkeh ; auteurs d'un grand nombre de poëmes historico- et religiosodidactiques, descriptifs et tragico-dramatiques : mais je cherche vainement en eux les qualités qui les rendraient dignes d'être préférés aux peintres de leurs temps; et, quant à ceux-ci, l'on sait que, si Boucher et Watteau ont réussi, le style élevé n'a eu nulle part de dignes représentants. Aussi toutes nos tragédies de ces tempslà et même les fables de La Fontaine, traduites en vers

hollandais par les membres d'une des sociétés poétiques^ pèchent impardonnablement par une des vertus qu'on s'appliquait le plus à y introduire : cette vertu (ou ce dé&ut) s'appeUe en notre langue deftigheid: c'est un mot qui ne pourrait être rendu en français. Deféig est» dans ce sens^ une espèce de fausse dignité ou gravité, qui exclue la grâce, le naturel , la modestie, le dévouement, l'enthousiasme. Deftigheid est une espèce de morgue pédantesque, mais qui pourtant n'est pas en opposition absolue avec une certaine bonhomie. Yoilà ce qui a été la mort de notre poésie: cette deftigheid, qui craignait de déranger les boucles ou la queue de sa perruque.

Il va sans dire que les littérateurs, pour être à moitié engourdis, en faisant la chasse à la deftigheid, qualité qui faisait chérir démesurément la mythologie grecque et romaine, comme ornement du style, et les alexandrinsles plus eesquij^daux comme forme des vers, ne cessaient pas d'être hommes et de composer quelqurfois, comme par mégarde, des pièces excessivement jolies. Dirk Smits a composé trois ou quatre grands in 4*. pleins de poésie descriptive et historico-biblique, mais il n'y a qu'une petite pièce, vouée à la mémoire de son en&nt^ qui a sauvé son nom de l'oubli.

Vers la fin du siècle, après qu'on eût copié la France, après qu'on eût copié l'Angleterre (Pope, Thomson et les humoristes Steele et Swift), on se mit à copier la sentimentalité de l'Allemagne. Bellamy chanta au clair de la lune, et Feith creusa un Tombeau. C'est comme s'il avait eu un pressentiment de la mort prochaine de la poésie néerlandaise. Cependant nous aurons encore à nous occuper de Feith, homme d'un grand mérite, dans notre prochain et dernier article

Quand le nom de Steele s'est placé tout-à-l'heure sous notre plume, lious nous sommes rappelés que, pour être justes, nous avions à rendre hommage à quelques prosateurs, à des critiques et des romanciers, qui^ tout en empruntant aux littératures étrangères, produisirent des œuvres entièrement appropriées au sens néerlandais. Ce fut le critique et moraliste Van Effen, qui imita le Spectateur anglais. Ce furent les dames Wolffet Deken, qui ont écrit des romans de mœurs, lesquels, pour Tesprit, le naturel et le sens, peuvent rivaliser avec les meilleurs écrits de ce genre.

Nous terminons notre revue des écrivains néerlandais du XVIII. siècle, en mentionnant comme prosateur remarquable Simon Styl, qui est auteur d'un beau volume historique, d'un style pur, concis et bien colorié, dans lequel il décrit l'origine et les progrès de la république néerlandaise. Wagenaar est auteur de la première histoire générale de notre pays. U &ut admirer la patience^ le zèle et l'érudition d'un homme qui s'était formé luimême. Il écrivait d'un style égal et sans prétention. Il avait du jugement, vis-à-vis des faits, mais aussi de la docilité vis-à-vis de ses patrons, les bourgmestres d'Amsterdam. Quant au génie — même ses partisans les plus chaleureux ne songent pas à lui en accorder.

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