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CHAPITRE IX

Rites divers de l'Église d'Orient. — Pourquoi saint Basile a composé une Liturgie nouvelle. — Liturgie de saint Jean Chrysostôme. — Peuples qui célèbrent en langue esclavonne. — Des nations de Colcbide, des Ibériens, iUbanais, Melchites, Nestoriens, «Facobites, Cophtes, Ethiopiens, Maronites, et de leurs liturgies. — Hymne de saint Ephrem. — Plusieurs Liturgies en usage chez les Orientaux.

On trouve répandues en Orient différentes nations professant le christianisme, et qui sont séparées de nous, moins encore par la distance des lieux que par leur langue, leurs usages et la variété de leurs cérémonies. Disons quelques mots sur chacune. Bien que plusieurs soient retranchées de la communion de l'Eglise, cependant toutes s'accordent avec nous dans la substance du sacrifice, croient avec nous tout ce qui est de foi dans ce

1 De Sect., act. 3, et contre Nestorius, liv. 2. — 2 Hom., 34.

grand mystère, et ne diffèrent que dans le rite et la manière de l'offrir. Je commence par les Grecs, dont la domination autrefois s'éjendait au loin dans tout l'Orient. Ils ont la liturgie de saint Jacques, qui fut longtemps en usage parmi eux, jusqu'à ce que saint Basile-le-Grand, guidé par une inspiration divine, eût composé la sienne. Nous avons parlé plus haut de la première ; quant à la seconde, Proclus, dans son ouvrage de Traditione divinx Missœ, que nous citons si souvent, le concile in Trullo, Léonce 1 et une foule de Pères grecs en parlent avec éloge. Le motif qui détermina saint Basile à composer une nouvelle formule pour offrir le saint sacrifice fut, suivant Proclus, que les fidèles manquant de ferveur et embarrassés de soins extérieurs, reprochaient à la liturgie de saint Jacques d'être trop étendue, ce qui engagea cet évêque à en composer un abrégé, par une sage condescendance pour ces hommes. « Le grand saint Basile, dit-il, remarquant la tiédeur et le relâchement des fidèles qu'ennuyait la longueur de la Messe en usage, en composa une plus courte ; non qu'à son avis elle contînt rien de superflu ou de trop diffus, mais afin de remédier à la tiédeur que sa longueur produisait dans l'esprit des célébrants et de ceux qui assistaient. » La Vie de saint Basile, dans les œuvres d'Amphiloque, en donne une autre raison. On y lit : « Lorsqu'il eut été ordonné évêque, il conjura le Seigneur de faire descendre sur lui l'Esprit-Saint et de lui accorder la grâce, la sagesse et l'intelligence nécessaires pour offrir à Dieu, par ses propres paroles, le sacrifice non sanglant. Six jours s'étant écoulés, le Seigneur lui apparut avec ses ApOtres : du pain et du vin étaient déposés sur l'autel. Il éveilla Basile en lui disant : Que selon ta prière, ta bouche soit remplie de louanges, afin que tu puisses, par tes propres paroles, célébrer le saint sacrifice. Et lui, dont les yeux ne pouvaient soutenir l'éclat de cette vision, se lève en tremblant ; s'approchant de l'autel, il commence à dire, en même temps qu'il écrit: « Que ma bouche soit remplie de louanges pour que je chante votre gloire, Seigneur notre Dieu, qui nous avez créés et mis sur cette terre, »

1 Lib. 3, adv. Neitorium.

et les autres prières de la Liturgie sacrée. Ayant fini les Oraisons, il éleva le pain et, priant avec ferveur, il dit : « Jésus-Christ notre Dieu, écoutez-nous de votre sainte demeure, venez nous sanctifier, » et ce qui suit.

De ces deux raisons qui, suivant Proclus et l'auteur de la Vie de saint Basile, déterminèrent ce Père à composer une nouvelle Liturgie, Jacques Goar, écrivain savant et très-versé dans les rites sacrés, prétend dans son Eucologe grec *, qu'il en a écrit deux dans des temps différents : l'une plus longue, pour satisfaire sa piété envers Dieu, l'autre plus courte, pour éviter de causer de l'ennui au peuple et aux ministres sacrés. Il pense que c'est cette dernière qui nous est parvenue, et que tous reçoivent comme de ce Père. Quoi qu'il en soit de cette conjecture, il est certain qu'il existe deux Liturgies de saint Basile, l'une traduite du grec qui commence par ces mots : « Seigneur notre Dieu, qui avez daigné nous envoyer le pain céleste, la nourriture du monde, Jésus-Christ notre Sauveur, notre Rédempteur et notre bienfaiteur, pour nous bénir et nous sanctifier, bénissez cette offrande préparée et recevez-la sw^ votre autel céleste. » L'autre, traduite du syriaque en latin par André Masius, qui porte le titre d'Anaphore et commence par ces paroles : « Dieu éternel, qui au commencement avez créé les hommes pour l'immortalité. » Cette dernière est beaucoup plus courte que l'autre et en diffère en plusieurs points. Il en existe encore une troisième, différente de celles dont nous venons de parler, que Victor Scialach, maronite, a tirée d'un ancien manuscrit égyptien et traduite en latin : elle a été insérée dans la bibliothèque des Pères et commence par cette prière : « Seigneur qui connaissez le cœur de tous. » Goar reconnaît que les exemplaires grecs mêmes diffèrent entre eux ; au point qu'il est assez difficile de déterminer le véritable texte de saint Basile. Scialach avait remarqué cette diversité et il en donne pour raison que, comme les Latins, les évoques grecs changèrent ou ajoutèrent plusieurs choses dans les Liturgies qu'ils avaient reçues des Apôtres. Il est à croire que ceux

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d'Alexandrie et d'Egypte firent la même chose. Personne ne voulut rester dans les bornes fixées par les anciens, mais chacun se permit d'ajouter ce qui lui semblait plus propre à exciter sa piété ou celle des autres. Les Grecs donc se servent de la Liturgie de saint Basile, mais seulement à des jours déterminés, savoir : les Dimanches de Carême, excepté le jour des Rameaux, le jeudi et le samedi de la Semaine sainte, les vigiles de Noël et de l'Epiphanie et le jour de la fête de saint Basile.

Dans le reste de l'année, ils emploient la liturgie de saint Jean Chrysostôme. Ce fut le même motif, qui avait déterminé saint Basile, qui porta cet illustre docteur à composer une liturgie nouvelle ; c'est ce qu'atteste Proclus, son disciple et son successeur. Dans l'ouvrage dont nous avons parlé, il écrit : « Peu après saint Basile, notre père Jean, cet homme à la bouche d'or, plein de sollicitude pour le salut de ses ouailles, ainsi qu'il convient à un bon pasteur, considérant la paresse et la lâcheté de la nature humaine, voulut détruire, jusque dans ses plus profondes racines, ce prétexte inspiré par Satan. C'est dans cette vue qu'il retrancha plusieurs oraisons, et recommanda d'offrir le saint sacrifice dans un rite plus abrégé e't plus concis, de peur que les hommes qui, si facilement, se laissent aller à l'indolence et à l'inertie, trompés par les ruses de l'ennemi, n'abandonnassent cette divine tradition des Apôtres, et ne vinssent cà l'omettre, ainsi que nous le voyons faire à plusieurs dans différents lieux. » Cette liturgie de saint Jean Chrysostôme fut éditée par Goar dans son Eucologc. Ce savant avait comparé ensemble plusieurs exemplaires, tant imprimés que manuscrits ; il y ajouta des notes savantes et nombreuses, en sorte qu'on ne pourrait rien ajouter à son travail. Saint Chrysostôme a transporté dans sa liturgie certains passages de celle de saint Basile; d'autres y ont fait quelques additions, chacun suivant son caprice, ce qui a produit de grandes variétés dans les exemplaires.

Il est encore d'autres peuples qui, bien que parlant une langue différente, suivent cependant le rite des Grecs. Et d'abord de ce nombre sont les Roxolans ou Moscovites, qui, convertis à la foi

par un évêque grec schismatique, reçurent aussi de lui la liturgie grecque dont ils se servent encore en langue esclavonne. Jean Faber, évoque de Vienne, dans son Traité sur leur religion, écrit, j'ignore sur quel fondement, qu'ils offrent à la Messe et consacrent du pain d'orge. Les mêmes rites, traduits dans la môme langue, sont en usage chez les Tartares chrétiens de la Chersonèse Taurique, chez les Circassiens et parmi quelques tribus voisines du Bosphore. Il en est de même en Servie, en Mysie, dans la Bosnie, la Bulgarie, dans la portion de la Russie soumise à la Pologne, dans la Volnie, la Podolie, dans une partie de la Lithuanie et certaines autres provinces voisines. En Istrie, en Liburnie et dans la Dalmatie littorale, l'office se célèbre aussi en langue esclavonne, mais c'est le rite romain qu'on y suit. Cette langue commença à être en usage dans les saints mystères au ixe siècle, temps auquel, suivant Baronius *;, les Moscovites se convertirent à la foi sous le règne de Basile le Macédonien. D'autres cependant pensent que cette conversion ne fut véritablement consommée qu'au xe siècle, sous les empereurs Basile le Jeune et Constantin. En ce même ixe siècle vécut saint Méthode, l'apôtre de la Moravie, qui instruisit les peuples de ce pays dans les lettres esclavonnes, qu'un certain philosophe du nom de Constantin avait découvertes, et il leur apprit à chanter les louanges de Dieu dans cette langue. Ce fut alors aussi que le pape Jean VIII, dans une lettre à Sfentopulcre, comte de Moravie, écrite en 880, permit de célébrer la Messe en esclavon, pourvu que l'Evangile ne fût lu dans cette dernière langue qu'après avoir été lu d'abord en latin. Thomas, archidiacre de Spalatro, raconte, dans son Histoire des èvêques de Salonite, éditée par Jean Lucius, qu'au temps d'Alexandre II, un légat du Saint-Siège réunit un concile de tous les prélats de la Dalmatie, dans lequel il fut statué que personne désormais ne célébrerait les saints mystères en langue esclavonne, mais seulement en grec ou en latin. Grégoire VII, successeur d'Alexandre, ordonna la même chose 2. 11 écrit à Uralislas, duc de Bohême : « Votre Noblesse nous a prié de per-

1 Tome 7, Appendix. — 2 Lib. 7. ep. 2.

mettre que parmi vous l'office divin fût célébré en esclavon ; sachez que nous ne pouvons, en aucune façon, accéder à vos désirs ; » et peu après, il ajoute : « Nous prohibons donc cet usage par l'autorité de saint Pierre, et nous vous recommandons de résister de toutes vos forces, pour la gloire du Dieu toutpuissant, à cette vaine et téméraire coutume.» Cependant l'usage, enraciné depuis longtemps, a prévalu dans les pays que nous avons nommés.

Les peuples de Colchide et d'Ibérie, placés entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne, qui aujourd'hui s'appellent Mingreliens et Géorgiens, suivent aussi les rites grecs, chacun dans leur idiome propre. Clément Galanus, qui avait parcouru ces pays, décrit au long leurs usages et leurs hérésies l . Sur le môme isthme, entre l'Ibérie et la mer Caspienne, est l'Albanie, qui suit le rite des Arméniens. Il y a une autre Albanie en Europe, non loin de la mer Ionique, qui touche à la Dalmatie ; elle comprend l'Epire et possède une langue différente du grec et de l'esclavon, dans laquelle elle célèbre en suivant les rites grecs. Il se trouve en Orient un grand nombre de chrétiens nommés par quelques-uns Grecs-Arabes et plus communément Melchites ; ils parlent l'arabe, mais leur langue sacrée est le grec; ils suivent le rite et les errements de l'Eglise grecque. On les appelle Melchites ou Impériaux, parce qu'ils se sont soumis aux édits des empereurs qui ordonnaient de recevoir le concile de Chalcédoine, et en cela ils diffèrent des Nestoriens et des Jacobites. Ceux-ci, répandus en grand nombre dans la Syrie, l'Assyrie, la Perse, l'Inde et d'autres contrées de l'Asie, ont leurs liturgies propres écrites en chaldaïque, peu différentes de celle des Grecs, et dans lesquelles ils invoquent et vénèrent comme saints, les uns Nestorius et Théodore de Mopsueste, les autres Dioscore et Eutichès. Leurs erreurs sont connues et pas n'est besoin de les rappeler ici. Il y a d'autres Jacobites Egyptiens que nous nommons Cophtes ou Coptes ; peut-être ce nom leur vient-il de Copte, ville célèbre de la haute Egypte, dont parlent Strabon, Pline et Ptolémée. Leur

1 Concil. Eccl. Armen. cum Rom., pars l. cap. 12.

langue est le Cophte que Kircher, dans son Prodrome Copte, prétend être l'ancien égyptien, tandis que Jean Gravius, dans la Description des Pyramides, soutient que c'est la langue grecque défigurée.

Les Ethiopiens ou Abyssins ont leur liturgie semblable à celle des Coph tes; ces deux Eglises, autrefois administrées par le patriarche cophte d'Alexandrie, ont à peu près les mêmes cérémonies. Ils célèbrent les mystères en éthiopien, différent cependant de celui que parle le peuple. Dans le Dictionnaire éthiopien de Job Ludolphe, édité à Londres, après 1 epître préliminaire de Michel Wansleb, on trouve un catalogue de manuscrits éthiopiens. En tète, figure un livre de liturgies qui en renferme dix, dont voici les titres : Liturgie de saint Jean l'Evangéliste, Liturgie des trois cent dix-huit Pères orthodoxes, Liturgie de saint Epiphane, Liturgie de saint Jacques de Syra, Liturgie de saint Jean Chrysostôme, Liturgie d'un anonyme, Liturgie des saints Apôtres, Liturgie de saint Gyriace, Liturgie de saint Grégoire, Liturgie de saint Dioscore, patriarche d'Alexandrie, c'est-à-dire de cet impie blasphémateur condamné parle concile de Ghalcédoine ; les Ethiopiens, imbus des erreurs qu'il a enseignées, le vénèrent comme saint. On a imprimé, à la fin de ce dictionnaire, une Liturgie de Dioscore en langue éthiopienne avec la traduction latine de Wansleb; mais elle n'est pas complète ; plusieurs oraisons n'y sont indiquées que par les premiers mots. On les trouve en entier dans la Liturgie éthiopienne éditée à Rome avec le Nouveau Testament. Je pense que cette dernière elle-même est -incomplète, car elle est trèscourte et ne doit être qu'un fragment d'une Liturgie plus étendue, comme le sont ordinairement celles des Orientaux. Voici comment elle commence : « Le Seigneur est dans son royaume, le Seigneur est dans la Trinité sainte, le Seigneur est dans sa divinité de toute éternité ; avant ï aurore et le matin, avant qu'il y eût des joivrs et des nuits, avant que les Anges fussent créés, le Seigneur était dans son royaume; avant que les deux eussent développé leur voûte, avant que

ta (erre parût, que l'herbe commençai à poindre , le Seigneût était clans son royaume; avant le soleil, avant la lune, avant les étoiles, avant cette immense multitude d'astres, le Sei'jneur était dans son royaume ; avant qu'il y eût des reptiles, des oiseaux, des poissons, le Seigneur était dans son royaume ; avant que l'homme eût été créé à son image et à sa ressemblance, avant qu'il eût violé le précepte, le Seigneur était dans son royaume. Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit dans les siècles des siècles, >; Le diacre dit alors : « Pour le bienheureux, » etc. C'est une oraison pour les prêtres, les princes, les fidèles, qui manque ici, mais qui se trouve complète dans l'édition romaine. Le prêtre : « Que le ciel entende, que la terre écoute, et que les fondements des forts tremblent. Pour suivre la volonté de son

Père, il est descendu afin de » (Ici l'interprète dit qu'il

manque quelques mots dans le manuscrit). « Il a été étranger; Dieu, il est né d'une Vierge immaculée ; il a été dans une caverne d'animaux; il a reçu des présents poicr honorer sa royauté. » 11 raconte ainsi brièvement la vie du Sauveur. Arrivé à la dernière Gène, il prononce les paroles de la consécration et passe ensuite à la passion, la mort, la résurrection, l'ascension et la descente de l'Esprit-Saint. Après quoi, il dit : « Envoyez ce même Esprit-Saint sur ce pain et sur ce calice. Qu'il vienne l'Agneau, que nous le voyions au milieu de nous pour l'immoler et nous réjouir en lui. )> C'est ainsi qu'il prie, comme si la consécration n'était pas faite. On trouve une semblable oraison dans la Liturgie grecque; nous l'expliquerons au chapitre XIII du second livre. « Que personne ne pense que ce corps qu'il reçoit est un corps privé de sang et de vie, et que ce calice qu'il boit est un sang séparé du corps et de l'esprit. C'est le corps, c'est le sang, c'est l'esprit; de même que c'est sa Divinité qui ne fait qu'une même chose son humanité. » Ainsi l'affirmait ce blasphémateur qui ne reconnaissait en Jésus-Crist qu'une seule nature. On indique enfin quelques oraisons communes, que suivent encore

quelques courtes prières. C'est tout ce que contient ce fragment.

L'Arménie est une des provinces les plus peuplées de l'Asie- Mineure. Convertie à la foi par l'apôtre saint Barthélémy et plus tard par les prédications de saint Grégoire rilluminateur, elle conserva longtemps pure la doctrine qu'elle avait reçue. Mais, s 'étant laissé infecter des erreurs de l'Eglise grecque, elle brisa les liens qui l'unissaient à l'Eglise, et aujourd'hui encore elle en est séparée. Clément Galanus parle fort longuement delà religion et des erreurs des Arméniens, dans l'ouvrage qu'il a publié à Rome sur la conciliation de leur Eglise avec l'Eglise latine. Ils ont une Liturgie particulière écrite dans leur propre langue. La Congrégation de la Propagande l'a fait imprimer à Rome en latin et en arménien après en avoir fait retrancher les erreurs ; mais ces changements mêmes ont rendu l'édition suspecte à ces peuples. Contrairement à la pratique de tous les autres Orientaux, ils consacrent du pain azyme et ne mêlent point d'eau au vin, malgré la tradition divine et apostolique qui prescrit ce mélange. Il y eut entre eux et les Grecs des disputes acharnées, et aujourd'hui encore ils se détestent réciproquement; et pourtant, dans beaucoup de choses, la Liturgie arménienne est une imitation de celle de l'Eglise grecque, à tel point qu'elle a même conservé quelques expressions grecques. On trouve un abrégé des rites arméniens dans les Liturgies de Cassandre ^ J'en ai vu un exemplaire manuscrit traduit en latin par un prêtre arménien; il diffère peu de l'édition publiée à Rome et s'accorde en tout point avec celle dont Cassandre fait mention. C'est dans l'Arménie majeure que se trouve la province de Naxivan qui, sous le pontificat de Jean XXII, fut ramenée à la vraie foi par Barthélemi de Bologne, religieux dominicain. Il y établit les rites latins, dont ces peuples se servent encore aujourd'hui, bien qu'ils célèbrent en langue arménienne.

Parmi tous les peuples que nous avons énumérés , les Maronites, qui habitent le mont Liban et les plaines voisines, bien

1 Cap. 12.

que les moins nombreux, sont les plus dignes d'attention par leur foi et leur religion. Mais d'où leur vient ce nom ? Est-ce de Maronie, ville de Syrie, est-ce de saint Maron, abbé, ou plutôt ne leur vient-il pas d'un certain Maron monothélile ? C'est ce que nous ignorons. Ils prétendent que c'est du saint abbé qu'ils tirent leur dénomination. Cependant, la dernière supposition semble la plus probable, ainsi que le rapporte Guillaume de Tyr, témoin oculaire, qui ' raconte que de son temps ils abjurèrent les erreurs de Maron et embrassèrent la foi de l'Eglise romaine, dans laquelle ils ont constamment persévéré jusqu'à ce jour. Morin entre dans de plus longs détails sur cette nation 2, et nous-mème en avons dit quelques mots au livre de la Divine Psalmodie, chapitre XVIII, § 16. Ils parlent l'arabe, mais leur langue liturgique est le chaldaïque ou syrien; ils s'accordent avec les Grecs dans certains usages, pourtant ils en diffèrent ainsi que des autres Orientaux, excepté les Arméniens, en ce qu'ils consacrent du pain azyme. Ils ont une Liturgie particulière assez longue; j'en ai vu un exemplaire manuscrit traduit en latin au collège qu'ils ont à Rome. Gabriel Sionite, dans une lettre à Barthold Nihus, qui se trouve dans les Mélanges de Léon Allacci, dit, à propos de quelques rites maronites, que leur Liturgie contient à peu près les mêmes choses que la Liturgie latine, mais dans un ordre et avec des cérémonies différentes. Du reste, on rencontre dans toutes les Liturgies cet accord, cette uniformité, cette harmonie de langues diverses et discordantes, d'où il résulte évidemment que les parties essentielles du saint sacrifice ont été transmises par les Apôtres et par eux répandues chez tous les peuples. En effet, bien que les Liturgies des peuples divers diffèrent dans la réunion de leurs parties, dans les formules de prières, toutes néanmoins ont les mêmes parties, qui sont : la confession des péchés qui précède le sacrifice, puis l'introït qui est comme une introduction, enfin les psaumes, la lecture de l'Ecriture sainte et surtout de l'Evangile, la récitation du symbole, le lavement des mains, la commémoraison et

1 Liv. 22, ch. 8 de son histoire. — ' De sacris ordinat.

invocation des saints, les prières pour les vivants et les trépassés, l'action de grâces et la bénédiction, sans parler de ce qui constitue l'essence du sacrifice, comme l'oblation, la consécration et la communion. Or, cette union, ce concert constant et perpétuel de toutes les nations, ne peut venir que du Saint- Esprit, dont les saintes inspirations gardent et conservent l'Eglise de Jésus-Christ dans la paix et dans l'unité. Un usage particulier aux Maronites, c'est que pendant que le prêtre célèbre, le chœur chante des hymnes de saint Ephrem, trèsbelles et très-élégantes au jugement de ceux qui connaissent la langue. Je crois faire plaisir au lecteur en rapportant ici une de ces hymnes ; le texte syriaque est en vers de sept syllabes.

Hymne qui se chante pendant que le Prêtre encense.

Gloire à vous, Trinité

Perpétuelle et éternelle,

Sur cet encens de suavité,

Que nous offrons en votre honneur.

Par lui, Seigneur, remettez-nous nos fautes ;

PaY lui oubliez nos folles erreurs ;

Que par lui les morts goûtent le repos,

Et que les vivants jouissent de l'espérance et de la paix ;

Que par lui les Églises prospèrent,

Que par lui les monastères soient protégés ;

Par lui que la tranquillité s'accroisse sjir la terre,

Que la paix fleurisse dans les Etats.

Par lui, Seigneur, envoyez la santé

Et la guôrison à tous ceux qui languissent,

Et qu'ils se lèvent de leur couche

Les corps que les douleurs y retiennent.

Que celui qui du produit de son travail,

A fait aux indigents et aux pauvres

Les œuvres de votre miséricorde,

Soit accompagné dans sa demeure de bénédictions.

Et que de ceux qui ont apporté des offrandes

Et des prémices au temple saint,

Les oblations soient reçues

Et les péchés effacés.

Bénissez les récoltes de l'année ;

Que les semences et les fruits soient gardés

Et préservés de ce qui pourrait leur nuire ;

Que ceux qui ont faim soient rassasiés

Et qu'ils vous rendent grâces.

Pans notre prière, Seigneur,

Sur cet encens de suavité

Vous célébrons la mémoire de votre Annonciation, de votre Conception,

IV votre naissance, de votre éducation,

De votre crucifiement enduré pour nous,

De votre mort et de votre sépulture,

De votre réveil et de votre Résurrection,

De votre Ascension au ciel,

De la place que vous occupez à la droite,

Et de cette admirable dispension de grâces

Que votre volonté a opérée en nous.

Nous nous rappelons aussi le souvenir de nos parents et de nos maîtres,

Qui se sont fatigués, ont beaucoup travaillé, nous ont instruit

Kt montré le chemin de la vie,

Pour qu'en le suivant nous arrivions dans votre royaume;

Et des fidèles trépassés

Qui se sont revêtus de vous par le baptême,

Que dans votre bonté vous avez rendus participants de votre corps

Kt de votre sang divin.

Kt tous ceux qui nous ont dit : Souvenez-vous de nous

Dans votre prière à cause de notre Seigneur.

Daignez les visiter dans votre bonté,

Et par votre très-grande miséricorde,

Par les prières de la bénie Vierge Marie,

Votre mère,

Et par les prières des saints martyrs,

Qui ont été mis à mort à cause de vous,

Et par celles des saints et des justes,

Qui vous ont été agréables par l'odeur de leurs encens.

A vous Père, Fils et Saint-Esprit,

Seul vrai Dieu,

Soit la gloire et que votre miséricorde soit sur nous

A chaque instant et dans les siècles. Ainsi soit-il.

On rencontrera peut-être encore d'autres peuples qui aient des rites et des usages particuliers et différents des autres; mais, pour me servir des paroles de Nicéphore Calliste i : « Énumérer et décrire les usages différents qui peuvent exister dans toutes les villes et chez tous les peuples, aurait été pour moi chose trop longue et trop difficile ; car cela n'est guère possible. » Abraham Ecchellensis, dans ses Notes sur le catalogue d'Hebed-Jesu 2, dit qu'on compte chez les Orientaux plus de cinquante Liturgies, les unes communes, les autres propres à chacune des Églises de ces provinces. De ce grand nombre, il en connaît trente-et-une qu'il énumère : une de saint Jacques ; deux des douze Apôtres, l'une plus étendue, l'autre abrégée ; deux de saint Pierre, une de saint Jean l'Évangéliste, une de saint Marc, et en outre celles de saint Denys l'Aréopagite, de saint Sixte pape, de saint Jules, évoque de Rome, de saint Jean Chrysostôme, de saint Basile, de saint Cyrille d'Alexandrie, de saint Jacques de Nisibe, de saint Grégoire le Théologien, du divin Jean Maron, patriarche d'Antioche, d'un autre Jean, patriarche d'Antioche, d'Eusthate, patriarche de la même ville, de Moyse Barcephas, de Jacques cl 'Ed esse, de Philoxène, d'Éléazar, évêque de Babylone, de Marutas, évêque de Tagrite, de Thomas Giarmachite, de Mathieu Pastor, de Jean Barsusan, de Nestorius, de Théodoret, deDiodore, de Narsis, de Barsoma. Gabriel Sionite, dans la lettre que nous

> JJb. [î, cap. 34. - - Page 134.

avons citée plus haut, atteste qu'il possède un manuscrit renie rmaiit seize Liturgies attribuées: la lri> au pape Xyste, la 2e à saint Jean l'Évangéliste, la 3e à saint Pierre, prince des Apôtres, la V aux douze Apôtres, la 5e à saint Jacques, frère du Seigneur, la Ge à saint Marothas, la 7e à Denys Barselibée, la 8e à saint Jean Ghrysostôme, la 9e à Mathieu Pastor, la 10e au patriarche Jean surnommé Barsusan, la IIe à Eusthate, la 12e à l'Évangéliste saint Marc, la 13e a Proclus, évêque de Constantinople, disciple de saint Jean Ghrysostôme, la 14e à Moyse Barcephas, la 15e à Phillixene, la IC au pape Jules. Dans la dernière édition de la Bibliothèque des Pères} on en trouve deux attribuées : l'une à saint Grégoire de Nazianze, l'autre à saint Cyrille d'Alexandrie ; Victor Scialach les a traduites de l'arabe en latin. Dans ses Notes sur î Apologie de Gabriel Sévère, métropolite de Philadephie, Richard Simon traite longuement des anciennes Liturgies orientales. *

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