‹ De la liturgie (volume 2)Chapitre 12 sur 35 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

I><* In ilcase Ambrosienne; quel en est l'auteur. — Ordre de. cette messe. — Quelques rites particuliers à l'Ë^lise de Milan.

Joseph Visconti, docteur du collège ambrosien, dans son ouvrage De liltibus ccclesiœ, livre II, a écrit sur les rites de L'Eglise de Milan plusieurs choses, qu'il n'est point dans notre intention d'approuver ou de réfuter. Il prétend que saint Barnabe en est l'auteur, que saint Miroclet y ajouta des développements. Saint Ambroise y ayant également fait quelques additions, après sa mort, ils furent nommés Ambrosiens. Lorsqu'il fut question de les abolir, des miracles, assure-t-il, vinrent confirmer leur autorité. Pour prouver ces assertions il a, dit-il, une foule d'autorités; cependant il n'en cite aucune, sinon Galvanée et

Bcrold, dont les manuscrits, suivant lui, sont gardés dans la belle bibliothèque ambrosienne et dans les archives de l'Eglise métropolitaine ; mais ce sont là des écrivains sans nom, et je laisse à d'autres le soin de discuter de quelle valeur est leur autorité. J'ignore à quelle époque ils ont vécu, et sur quel fondement ils ont écrit ce que rapporte Visconti. Quant à l'établissement de la Messe ambrosienne, ce qui est le point dont il s'agit, il y a plus de huit cents ans que Walafrid Strabon 1 l'attribuait à saint Ambroise. « Saint Ambroise, évêque de Milan, dit-il, régla la disposition, l'ordre de la Messe et des autres offices dans son Eglise et dans celles de Ligurie. C'est cet ordre qu'observe jusqu'à ce jour l'Eglise de Milan. » Ce témoignage de Strabon est confirmé par la tradition de cette Eglise et de toute l'Italie, dont nous ne pensons pas qu'on doive s'écarter sans de bonnes raisons. Mais que l'auteur de cette liturgie soit saint Ambroise ou quelque autre plus ancien, un fait certain c'est que, pas plus que les autres, elle ne fut à l'abri des variations dont nous avons parlé. Bien souvent, en effet, les archevêques y firent des additions et certains changements, comme le montre d'une manière évidente la comparaison des anciens Missels avec les nouveaux.

Voici quel est l'ordre et la distribution de la Messe ambrosienne. Le prêtre qui va célébrer la Messe, debout sur le degré le plus bas de l'autel, fait le signe de la -croix, et, après avoir récité alternativement le psaume Judlca me avec l'Antienne, il dit le verset : Confitemini Domino quoniam bonus ; les ministres répondent : Quoniamin sœculum miser icordiaej us. Puis vient la Confession, comme dans le rite romain, après laquelle il dit les versets: Adjutorium nostncm, etc., et SU nomen Domini, etc., à la suite desquels il récite à voix basse cette prière : « Je vous en supplie, jouissant Dieu des armées, Père saint, que je puisse intercéder pour mes péchés, mériter à ceux qui m'environnent le pardon de leurs fautes, et immoler les Jiosties pacifiqtces de chacun deux. » S'approchant ensuite

i De reb. Eccl., cap. 1%,

de l'autel, il dit l'oraison : Oramus te, Domine, comme au romain, et lit du côté de L'épltre YIngressa, qui est à peu près comme Y Introït de la Messe romaine, sans psaume toutefois, sans Gloria et sans reprise. L'Ingressa finie, il dit: Dominus vobiscum, sans se tourner vers le peuple; puis viennent le Gloria in excclsis, si on doit le dire, le Kyrie eleison qu'on répète trois fois, et un second Dominus vobiscum. Suit alors une oraison sur le peuple ou plusieurs, si la rubrique le permet, et il répète encore: Dominus vobiscum. Il récite ensuite l'Epîlre, YAlleluiu, le Verset ou le Trait sans Alléluia, suivant le temps. Les dimanches et les fêtes solennelles on lit avant l'Epître une leçon de l'Ancien Testament avec un Psahnelle, comme ils disent, ce qui ressemble assez au Graduel de la Messe romaine. Après l'Epître et le Munda cor meum, il dit: Dominus vobiscum, puis faisant le signe de la croix sur son front, sur sa bouche et sa poitrine, il commence: Lectio sancti Evangelii, etc., et, pendant qu'on répond : Gloria tibi Domine, il s'incline vers la croix, demande la bénédiction qui est la môme que celle du Missel romain, puis il lit l'Evangile. Après cette lecture il revient au milieu de l'autel, dit: Dominus vobiscum et trois fois Kyrie eleison, puis répète encore : Dominus vobiscum. Il lit ensuite l'antienne qui suit l'Evangile et dit une troisième fois : Dominus vobiscum, il ajoute : Pacem habete. On lui répond: Ad te Domine. Ayant répété pour la quatrième fois : Dominus vobiscum, il récite à haute voix une ou plusieurs Collectes, qu'ils appellent Super sindonem K II prend alors la patène et l'hostie qu'il offre, fait également l'offrande du calice dans lequel il a versé du vin et de l'eau, récite quelques prières sur les oblats, lit l'Offertoire, après lequel il ajoute : Dominus vobiscum : c'est alors que se dit le Credo, s'il doit être dit. Après avoir dit de nouveau : Dominus vobiscum, il récite d'une voix haute une ou plusieurs oraisons semblables à nos Secrètes ; suit

1 C'est-à-dire sur le Corporal. En effet, avant de réciter cette oraison, on étend le Corporal sur l'autel, et c'est alors qu'a lieu, aux Messes solennelles, cette présentation du pain et du vin par deux vieillards, dont il est parlé à la fin de ce chapitre, (N">ez le 1\ Lebrun, t. 2, p. 206.)

la Préface qui est propre à chaque fête et à chaque férié. Vient ensuite le Canon, conforme à celui de la Messe romaine, à part quelques légères différences dont nous parlerons plus loin. Immédiatement avant la Consécration, sur le point de dire : Qui pridie, le célébrant va du côté de l'Epître, lave l'extrémité de ses doigts et les essuie sans rien dire. Lorsqu'il a récité le Canon jusqu'à l'Oraison dominicale exclusivement, il rompt l'hostie, en met un fragment dans le calice, et lit le Confraotoire; c'est une antienne particulière à chaque Messe, après quoi il continue: Oremus, Prœceptis salutaribus, etc., avec l'Oraison Dominicale et l'oraison Libéra nos, Domine, qu'il récite à haute voix. Cette prière étant terminée, il dit : Pax et communicatio D. N. J. C. sit semper vobiscum : on lui répond : Et cum spiritu tuo. Offerte vobis pacem, continue-t-il ; on répond Deo gratias ; alors il récite les trois oraisons qui précédent la Communion, dit le Domine, non sum dignus, prend le corps et le sang de Notre Seigneur et, après avoir purifié le calice, il passe au côté de l'Epître où il récite le Transitoire, antienne analogue à la communion de la Messe romaine, dit Dominus vobiscum et une ou plusieurs oraisons qui suivent la Communion. Il répète de nouveau : Dominus vobiscum, dit trois fois: Kyrie Eleison et se signe au milieu de l'autel en disant: Benedicat et exaudiat nos Deus; on répond : Amen, il ajoute : Procedamus in pace; on répond: In nomine Christi. Il dit ensuite : Benedicamus Domino, et, après qu'on lui a répondu : Deo gratias, il récite la prière Placeat tibi, bénit le peuple et lit l'Evangile selon saint Jean. Ensuite il s'en retourne en disant le cantique Benedicite, comme dans la liturgie romaine. Dans les Messes solennelles on encense l'autel et les oblats, comme cela se pratique au rite romain.

Dans la liturgie ambrosienne on ne dit jamais l'Agnus Dei, si ce n'est aux Messes des morts. Le texte des Ecritures quon y lit n'est pas toujours d'accord avec la Vulgate. Ils se servent, surtout dans les Psaumes, d'une ancienne version qu'on nomme Italique, dont nous parlerons au chapitre IIIe du second livre.

Les dimanches de Carême, après le Dominas vobiscum qui suit ['Ingressa, ils récitent des prières pour l'Eglise, pour le pontife et tout le clergé, pour l'empereur et le roi, pour les hommes de toute condition, pour les différents besoins ; à chaque oraison le chœur ou le ministre répondent : Domine miserere, ou bien Kyrie eleison. Le saint jour de Pâques et pendant l'octave, on chante deux messes dans les collégiales, une pour les nouveaux baptisés, l'autre de la fête. Pendant tout le Carême, ils n'ont point île Messe marquée pour le vendredi et ils n'en disent pas ce jour-là. Saint Charles en a fait une défense expresse dans son troisième synode * qui les interdit même à l'occasion des funérailles ou de toute autre circonstance. Dans le onzième synode, il donne pour raison de cette ancienne coutume, que le vendredi est un jour de deuil à cause de la tant cruelle Passion du Sauveur, tandis que le sacrifice spirituel doit par lui-même causer de l'allégresse aux fidèles. Il ordonne que dans ces jours la croix soit solennellement exposée sur l'autel pour y être adorée, et qu'on y fasse une instruction sur la Passion du Seigneur. L'Eglise métropolitaine observe, en autres usages particuliers, celui-ci : après avoir récité l'oraison Super sindnnem, le célébrant, ayant à ses côtés le diacre et sous-diacre, précédé de deux acolytes qui portent deux vases d'argent, descend à l'entrée du presbyterium où il reçoit, suivant l'ancienne coutume, les offrandes de pain et de vin. Elles sont présentées par deux vieillards de l'école de saint Ambroise, revêtus d'une écharpe blanche, la tête couverte d'un capuce noir, et environnés des autres vieillards. Ils offrent chacun trois hosties et un petit vase d'argent rempli de vin blanc. Descendant ensuite à l'entrée du chœur inférieur, il y reçoit les offrandes des femmes que deux des plus âgées lui présentent avec les mêmes cérémonies. Il se trouve encore beaucoup d'autres usages particuliers qu'observe cette illustre Eglise, mais le peu que nous en avons rapporté suffit à notre dessein.

1 De«:ret. 20.

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