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CHAPITRE XL

De la Messe mozarabe. — Pourquoi les Espagnols ont-ils été nommé» Mozarabes? — Établissement de ce rite. — Il est corrompu par les hérétiques. — II cesse en cédant la place au rite romain. — Époque à la quelle eut lieu ce changement. — Troubles qu'il excita. — Son rétablissement par Ximénès. — Ordre de la Messe mozarabe ; ses rites particuliers.

Le rite liturgique autrefois en usage en Espagne et dans les contrées voisines, s'appelait Gothique et Mozarabe ; Gothique, parce qu'il y fut établi sous la domination des Goths ; Mozarabe, parce que les Arabes ayant envahi presque tout le royaume, les Chrétiens, s'y trouvant mêlés aux Arabes, furent appelés Mixtarabes, d'où par corruption Mozarabes. Quelques-uns pensent que ce dernier nom vient de Muza, arabe qui s'empara de Tolède. Quelques chrétiens, étant restés dans la ville, furent appelés Muzarabes. La première étymologie nous semble préférable; c'est, du reste, celle que donnent les historiens espagnols. On ignore par qui et à quelle époque fut établie cette Liturgie. Baronius * pense que saint Isidore de Séville en est l'auteur. Les Pères du quatrième concile de Tolède, qu'il présida, ayant ordonné que l'Espagne et la Galicie suivraient un seul et même rite dans la Messe et dans les offices du matin et du soir, le soin de composer cette Liturgie, dont devrait désormais se servir toute l'Église d'Espagne, fut, suivant la conjecture de Baronius, confié à saint Isidore, que son savoir et ses vertus rendaient bien supérieur à ses collègues. L'inscription que portent les livres de ce rite vient étayer cette assertion de l'auteur des Annales ; car ils sont ordinairement intitulés : Office gothique ou disposé suivant l'ordonnance de saint Isidore et nommé Mozarabe. Mais

1 Ad ann. 633.

avant de me rendre à ce sentiment, je veux exposer certaines difficultés qui me paraissent mériter quelque attention ; et d'abord, dans la Messe de saint Martin, l'oraison Post nomina contient ces paroles : « Faites que ce saint, que notre époque a produit, aide par sbn intercession aux nécessités de notre temps. » Or. saint Martin mourut l'an 402, et, le premier parmi les confesseurs, il fut, peu de temps après sa mort, honoré d'un culte public ; donc cette Messe fut écrite longtemps avant saint Isidore. En second lieu, si le saint évoque de Séville est l'auteur de cette Liturgie, comment se fait-il que ni Braulion de Sarragosse, ni lldefonse de Tolède, qui furent ses amis, n'en disent rien, l'un dans son livre des Écrivains ecclésiastiques, l'autre dans l'Éloge de saint Isidore? Une pareille œuvre cependant ne pouvait être passée sous silence. Joignez à cela que le quatrième concile de Tolède ï rappelle différentes choses de ce rite comme déjà en usage, et que le troisième, antérieur de 44 ans au quatrième, commande 2 de réciter le symbole avant l'Oraison dominicale, ce qui est un usage propre au mozarabe. Du reste, saint Isidore luimême, dans son livre 3, nous apprend que Léandre, son frère et son prédécesseur sur le siège de Séville, avait travaillé avec beaucoup de soin aux offices de l'Église, et qu'il avait composé pour la Messe et l'office plusieurs morceaux d'une douce harmonie. Mariana 4 dit que l'usage a prévalu d'attribuer à saint Isidore la Liturgie mozarabe; que cependant saint Léandre en a composé une partie. Que si une partie doit être attribuée à saint Léandre, je serais assez disposé à croire que ce rite est antérieur au troisième concile de Tolède, dont Léandre faisait partie, et qu'il était en usage dans le Ve siècle, comme le montre ce que nous citions plus haut de la Messe de saint Martin. Le premier auteur en est inconnu. Léandre et saint Isidore y firent des additions; d'autres encore, dans la suite des temps, y ajoutèrent iefl développements; en particulier lldefonse, duquel Julien de Tolède, dans son Appendice, partage les ouvrages en quatre elasses. dont la troisième, suivant lui, renferme des Messes, des

n. 1 1 et suiv. - * Can. I.— 8 De scrip. Eccl. - ' Liv. 6, ch. 5 de son histoire,

Hymnes et des Sermons. Julien lui-même, qui mourut l'an 728 de l'ère espagnole (690 de Jésus-Christ), écrivit, au rapport de l'évêque Félix ' : « Un livre de Messes pour toute l'année, partagé en quatre parties. Parmi ces Messes, il en avait corrigé et complété quelques-unes dans lesquelles, avec le temps, des fautes s'étaient glissées ou qui étaient demeurées tronquées. Il s'en trouvait également qu'il avait composées tout entières. Il réunit aussi, dans un seul volume, les Oraisons des fêtes que l'Église de Tolède a coutume de célébrer dans le cours de l'année. Après avoir corrigé avec soin ce que la négligence des anciens y avait laissé pénétrer d'inexact et d'incorrect, et l'avoir enrichi de certains produits de son génie par amour pour notre sainte religion, il le laissa à l'Église de Dieu pour en faire usage. » Pierre, évêque de Lérida, composa aussi, dans un style élégant, des Messes appropriées aux différentes solennités, et Salvus, abbé du monastère d'Àbailden, avait, dit-on, écrit des Messes, des Oraisons et des Hymnes, qui excitaient une grande componction dans le cœur de ceux qui les lisaient ou qui les entendaient.

Bien que cette Liturgie fût l'œuvre de personnages saints et d'une foi pure, après que les infidèles eurent envahi l'Espage, elle était tellement remplie d'erreurs, qu'Élipand de Tolède tirait de ces mêmes offices corrompus une foule de témoignages en faveur de son hérésie, comme nous l'apprend Albin Flaccus dans son livre contre cet hérésiarque. Elle fut longtemps en usage en Espagne, dans la Gaule narbonnaise et dans d'autres provinces soumises aux Goths, jusqu'à ce que, par l'autorité de Grégoire VII, la Liturgie romaine lui eût été substituée. Il existe une lettre pressante de ce pape adressée à Alphonse, roi de Castille, et à Sanche, roi d'Aragon, ainsi qu'aux évêques de ces deux États, dans laquelle il affirme que l'Espagne, dans les premiers temps de sa conversion à la foi, concordait dans ses rites avec l'Église de Rome. « Mais, poursuit-il, après que l'Espagne eut été souillée par les infamies des Priscillianistes,

1 In eàdem appendice.

corrompue par la perfidie des Ariens et séparée de la Liturgie romaine ; après l'irruption des Goths, l'invasion des Sarrasins, non-seulement on vit la religion s'affaiblir, mais les affaires temporelles elles-mêmes allèrent en déclinant. » Il les exhorte ensuite à recevoir les rites et l'office romains : « C'est ce que, dit-il. vos évoques, venus dernièrement à Rome, nous ont promis par écrit et ont juré dans nos mains. » Ainsi s'exprime saint Grégoire VII dans son Épître 64e *. 11 envoya même un légat en Espagne pour presser les princes de prendre cette détermination. Pierre de Marca raconte, dans son Histoire du Béarn 2, que le royaume d'Aragon fut le premier à substituer la Liturgie romaine au rite mozarabe, vers l'an 1068, sous le pontificat d'Alexandre II, qui, pour ce sujet, envoya en Espagne le cardinal Hugues Candide, son légat. Il nous apprend aussi que ce changement se fit dans la Catalogne par les soins du comte Raymond Bérenger; dans le royaume de Navarre par ceux de Hanche, roi d'Aragon, lorsque, aidé de Grégoire VII, il eut obtenu la couronne de Navarre. Au reste, les historiens assurent que ce tut Sanche qui, le premier de tous, se rendit aux désirs du pontife. C'est pourquoi ce dernier, dans son Épître ()3e, en fait un bel éloge. Quant au roi Alphonse, il était encore indécis; il résistait même à l'instigation d'un moine de Cluni nommé Robert, que Grégoire 3 appelle homme pervers et séparé de l'Église. Mais enfin , cédant aux instances de Constance , sa femme, qui, née en France où, depuis Charlemagne, le rite romain était en usage, favorisait la Liturgie dans laquelle elle avait été élevée, Alphonse, se rendit et consentit à ce que le rite mozarabe cédât la place à la Liturgie romaine. Grégoire, dans L'Épltre 2e du livre VIe, le félicite en ces termes de cette détermination : « Que votre excellence sache, fils bien-aimé, que cela surtout a été agréable, non-seulement à nous, mais aussi à la clémence divine, que vous ayez fait recevoir et mettre en usage dans les Églises de votre royaume les offices de la sainte Église romaine, mère de toutes les autres, comme cela s'y pratiquait

1 Lib. 1. - - Lih. -1, cap. '•). - > Lib. s, ep. 3.

autrefois. Après tout, il est manifeste, comme nous l'avons appris d'hommes pieux et instruits, que quelques erreurs contre la foi catholique s'étaient glissées dans la Liturgie dont vous vous êtes servi jusqu'ici. Ayant résolu de l'abandonner et de revenir à l'ancienne coutume, qui est celle de cette Église, il n'est pas douteux que vous ayez par là mérité la protection de saint Pierre, et montré qu'avec la grâce de Dieu vous vous occupez du salut de vos sujets, comme il convient à un roi. »

Ceci se passait vers l'an 1080 ; on avait été obligé de lutter contre l'opiniâtreté de certains contradicteurs, qui n'abandonnaient qu'avec peine leur ancienne manière de prier et les rites de leurs pères. Or, il plut aux principaux du peuple de trancher la question par le fer plutôt que par des arguments, comme si tout le droit devait se décider par les armes. Deux champions furent choisis et durent se battre en duel, l'un pour le Romain, l'autre pour le Mozarabe. Ce fut, dit-on, ce dernier qui l'emporta; mais, l'ordre du roi étant formel et le peuple continuant à s'émeuter, il fut décidé que l'épreuve du feu terminerait la dispute. Deux livres, l'un romain, l'autre gothique, furent jetés dans un bûcher enflammé. Le volume mozarabe sortit intact du brasier, tandis que l'autre fut dévoré par les flammes. C'est Roderic, archevêque de Tolède, qui raconte l'issue de ces deux épreuves *, témoin unique 2 et solitaire, qui ne fut point, qui ne put être spectateur de ces débats, car Grégoire VII, aux injonctions duquel est dû ce changement de rite, mourut en 1055 et Roderic en 1245. Des auteurs plus récents ont copié ce dernier, seul et unique garant de la vérité de cette fable ou, si l'on veut, de cette histoire. Alors le rite romain remplaça dans l'Espagne le rite mozarabe ; cependant ce dernier fut encore conservé dans quelques monastères, au rapport de Roderic, qui assure même que de son temps une version du Psautier, propre à la Liturgie mozarabe, était encore en usage dans

1 De rébus Hisp., lib. 6, cap. 26. — 2 Le savant cardinal paraît avoir ignoré que l'épreuve du duel est racontée dans la Chronique de Saint-Maixent, antérieure d'un siècle à Roderic. — (V, Inst, Liturg., 1er vol., page 288.)

plusieurs cathédrales et monaslèies ; tant il est vrai que ee n'est qu'avec une peine extrême que les hommes abandonnent les ■sages qu'ils ont reçus de leurs ancêtres. Le célèbre Ximénès, archevêque de Tolède, s'occupa d'empêcher l'extinction totale du n rite si ancien ; voulant donc, pour ainsi dire, le faire sortir de sa tombe, il le fit réimprimer en caractères nouveaux, établit une communauté de prêtres, qui tous les jours réciteraient l'office et célébreraient la Messe, selon la Liturgie mozarabe dans une chapelle de la cathédrale de Tolède, ce qui s'est observé jusqu'à ce jour. On trouve encore dans la ville de Tolède quelques paroisses qui suivent ce rite, ainsi que la chapelle du docteur Talabrice à Salamanque. Alvar Gomere, dans son Histoire du cardinal Ximénès, raconte longuement, et en beau style, l'origine, la durée et la restauration de cette Liturgie l.

Voici maintenant la distribution de la Messe mozarabe. Le prêtre, s'étant revêtu des ornements sacrés, dit le Répons : Pater, peccuvi in cœlum et coram te. Kyrie eleison. Pater noster. Ab occidtis meis, avec l'oraison; Deus qui de indignas éignos facis. Il s'avance ensuite vers l'autel, et, après avoir récité la Salutation angélique, il dit : In nomme Domini nostri Jesu Chrxsti; Amen. Spiritus sancti adsit nobis gratia. hiiroïbo ad altare Dei. Judica me Deus.

Lorsqu'il a terminé ce Psaume et répété l'Antienne, il dit les versets: Dignare, Domine, die isto. Confitemini Domino quoniam bonus. Orapro nobis, sancta Dei genitrix. Vient ensuite la Confession, les Versets et l'Oraison : Au fer a nobis. Il monte alors à l'autel, sur lequel il trace un signe de croix en disant:

1 h propos de cette restauration du rite Mozarabe, qu'il prétend avoir faite par la seule autorité du cardinal Ximénès, sans aucune permission de Rome, (ce qui est faux, puisque ce cardinal obtint à ce sujet deux bulles de Jules II) le père Lebrun dit a qu'on ne doit pas désespérer de voir rétablir un jour, dans quelque église de France, l'ancienne Liturgie gallicane..., si quelque évêque a autant de zèle et d'autorité que le cardinal Ximénès pour l'entreprendre. » On voit combien il est difficile, même aux meilleurs esprits, de se débarrasser des préjugés de leur temps. Car quand même il n'y aurait pas eu de permission de Rome, outre que le tint ne prouve pas nécessairement le droit, les bulles des papes postérieurs au concile de Trente n'ont-élles pas établi, ou plutôt confirmé, en ce qni concerne la Liturgie, une discipline (pie personne ne peut ignorer ?

— iio —

In nomme Palris et Filii et Spiritus-Sancli. Puis, ayanl baisé l'autel, il récite l'Antienne delà Croix : Salve Crux pretiosa, avec quatre Collectes; après lesquelles il dit, la tête inclinée, la prière suivante: Per gloriam nominis tui, ChristeFili Deivivi,et per intercessionem Sanctœ Mariœ Virginiset beati Jacobi et omnium Sa?ictorum tuorum, auxiliare et miserere indignis servis tuis et esto in meclio nostrî, Deus noster, qui vivis et régnas in sœcula sœculorum. Passant ensuite au côté droit de l'autel, il lit l'Introït avec le Verset et la Doxologie conçue en ces termes: Gloria et honor Patri et Filio et Spiritui-Sancto in sœcula sœculorum. La dernière partie de l'Introït se répète, et après le Psaume, et après le Gloria. Ces répétitions faites, il dit : Per omnia sœcula sœculorum. On répond : Amen. Et le Gloria in excelsis suit immédiatement. Le célébrant redit ensuite: Per omnia, etc., et récite l'Oraison avant laquelle on ne dit point : Oremus, et qui n'est point conclue par la formule: Per Dominum nostrum, mais à la fin de laquelle on répond seulement : Amen. Lorsqu'il a récité l'oraison, le prêtre revient au milieu de l'autel en disant : Per misericordiam tuam, Deus noster, qui es benedictus et vivis et omnia régis in sœcula sœeulorum. On répond : Amen. Debout, au milieu dé l'autel, il dit: Dominus sit semper vobiscum: On répond : Et cum spiritu tuo. Il lit ensuite la prophétie : Lectio Isaiœ prophetœ. On répond : Deo gratias, et, à la fin de la leçon : Amen. 11 redit alors : Dominus sit semper vobiscum, et on chante un répons qui ressemble assez au Graduel romain. Lorsqu'il est chanté, le prêtre dit : Silentium facite, et lit l'Epître : Sequentia Epistolœ Pauli apostoli ad Romanos. On répond : Deo grattas, et, à la fin: Amen. Après la lecture de l'Epître, le célébrant demande la bénédiction, et ayant dit : Dominus sit semper vobiscum, il lii l'Evangile : Lectio sancli Evangelii secundum Joannem. On répond : Gloria tibi Domine ; et, à la fin : Amen. Il répète : Dominus sit semper vobiscum ; et on chante la Louange. C'est un verset précédé et suivi d'un Alléluia. 11 offre ensuite le calice et l'hostie avec des oraisons propres et fait les encensements, si

la Messe est solennelle; suit la Prière: In spintu humititatis, comme dans le Messe romaine ; puis il dit : Adjuvate me, fratrcs, in orationibus vestris et orale pro me ad Deum. On répond : Adjuvet te Pater et Filius et Spiritus Sanctus. On chante alors le Sacrifice; on appelle ainsi une antienne composée de certains versets correspondant à Y Offertoire romain. Le prêtre lave ses mains en disant : Lavabo inter innocentes maniis meas. Il bénit ensuite les oblats, puis s'inclinant devant l'autel, il dit tout bas celte prière : Accedam ad te in humilitate spiritus mei, toquar ad te, quia multam spem in f'ortitudine dedisti mihi, Tu ergo, fîti David, qui revelato mysterio, ad nos in carnem venisti, clavo crucis tuœ sécréta cordis mei adaperi, mittens unum de Scrapliiiii qui candenti carbone Mo, qui de allari tuu sublatus est. sordentia labia mea emundet, modem enubilet, docendique materiam subministret, ut lingua, quœ proximorum utilitate per charitatem servit, nec erroris insonet casa m, sed veritatis resultet sine fine prœconium. Per te, Deus meus, qui vivis et régnas in sœcula sœculorum. A mei}.

Après cette prière, on trouve ces mots dans le missel : Indpit Missa. Sans doute parce que les Catéchumènes avaient pu assister jusqu'à cette partie. Le célébrant dit: Do minus sit semper vobiscum, récite l'oraison du jour, à la fin de laquelle on répond : Per misericordiam tuarn, Deus noster, qui es benedictus et vivis et omnia régis in sœcula sœculorum ; et, lorsque l'on a répondu : Amen, il élève les mains en disant : Aqios, Agios, Agios, Domine Deus, tibi laudes et gratias. Ecclesiam sanctam catholicam in orationibus, in mente habeamus, ut eam Dominus fide et spe et charitate propitius ampliare digneiur. Omnes lapsos, captivos, infirmos atque peregrinos in mente habea/mus ut eos Dominus propitius respicere, redimere, sonore et confbrtare dignetur. Le chœur ou le ministre répond : Pnrsla, se ter ne, omnipotens Deus. Suit ensuite une courte allocution au peuple qui porte le titre de Messe, dans laquelle le prêtre exhorte les assistants à s'occuper des

mystères du jour ou de la fête qu'on célèbre. Voici la formule dont on se sert le jour de l'Ascension :

« Que nos cœurs, bien chers frères, déposant toute pensée basse et mondaine s'élèvent, vers le ciel. Suivons des yeux de l'âme et contemplons le mystère de cet Homme qui monte au faîte de la gloire ; c'est une lumière incomparable qui va frapper nos regards étonnés ; Jésus, notre Seigneur, échange notre basse terre contre la magnificence des cieux. Nous avons donc besoin d'être attentifs pour regarder où nous devons le suivre. En ce jour, notre Sauveur, après l'Assomption de sa chair, reprend le trône de sa divinité. En ce jour, il présente à son Père l'humanité qu'il lui offrit au jour de sa Passion ; il triomphe dans le ciel, cet Homme humilié dans ces bas lieux ; il jouit de la gloire, ce corps qui fut enseveli ; et celui qui nous a préservé de la mort par le bienfait de sa mort, nous donne, par sa résurrection, l'espérance de la vie. En ce jour, il retourne vers son Père, lui qui, égal en tout à son Père, n'était cependant venu qu'avec son consentement. En ce jour, il remonte dans les cieux, celui qui, même dans son abaissement, n'a point perdu les hommages et les respects des Esprits célestes, uni de nature avec son Père, de manière que, encore qu'il entre nouvel Homme au ciel, la nature divine cependant ne se confond point avec ce nouvel Homme. Prions donc le Père tout-puissant de nous accorder, au nom de son Fils notre Sauveur, l'entrée de la grâce spirituelle, le don du bonheur éternel, la possession du séjour bienheureux, l'augmentation de la foi catholique et la destruction des hérésies. 11 écoutera sans doute, dans leurs humbles prières, ceux qu'il a cherchés lorsqu'ils étaient égarés ; ils secourra ceux qui lui appartiennent, lui qui n'a pas abandonné ceux qui n'étaient point à lui ; il se montrera "propice à ceux qui le connaissent, lui qui fut si bon pour ceux qui l'ignoraient; il ne laissera point orphelins ceux qui, le servent, lui qui lorsqu'ils étaient ses ennemis, les a choisis pour ses enfants ; il nous accordera l'objet de nos prières, lui qui nous a promis l'Esprit de sainteté. Ainsi soit-ii. »

Après la lecture de cette instruction, qui est particulière dans chaque Messe, suit une oraison qui se termine par ces paroles : Per misericordia/m tuam, Deus noster, in cujus conspectu sanctorum Apostolorum et Martyr ion confessorum atque Virginwm un mina recitantur. Amen. Offerunt Deo Doinino oblationem sacerdoces nostri, Papa romensis et reliqui pro se et pro omni cJero et pleblbus Ecclesix sibimet consignatis, vel pro universa frcUemitate. Item offerunt universi Praesbyteri^ Diaconi, Clerici ar Populi circum adstantes in lionorem sanctorum pro se et suis. On répond : Offerunt pro se et pro universa fraternitate. Le prêtre continue : Facientes commemorationem Beatissimorum Apostolorum et Martyrum, gloriosx sanctœ Mariae Virginis, Zachariœ, Johannis, Infantium ; Pétri, Pauli, Joannis, ~bi, Andreir , Philippi, Tltomœ , Bartholomœi , Mattltxi, Jaœbi, Simonis et Judx, MattliLr, Marci et Lucx. Le chœur répond : Et omnium Martyrum. Le prêtre ajoute : Item pro spiritibus pausantium, Hilarii, Athanasii, Martini, Ambrosii, Augustini; et il énumère quarante-six noms dont la plupart furent des évêques de Tolède. On lui répond : Et omnium pausantium. J'expliquerai plus bas, livre II, chapitre XIV, comment on fait ici mémoire de quelques saints parmi les défunts. Vient ensuite l'Oraison qu'on appelle Après les noms, à la fin de laquelle on répond : Amen. Le célébrant dit ensuite : Quia tu es vite vivorum, sanitas infirmorum ac requies omnium fidelium defunctorum in œlerna spécula sœculorum; puis il lit une autre oraison, qu on appelle Pour ta paix, et qui se termine ainsi : Quia tu es vera pax nostra et charitas indisrupla, vivis tecum et régnas cum Spiritus Sancto, unus Deus in ssecula saeeuhrum. Amen. Il ajoute en élevant les mains : Gratia Dei P<d ris Omnipotentis, pax et dilectio Domini Nostri Jesu Christi i't C'iuiiiiunicatio Spiritu Sancti sit semper cum omnibus vobis. On lui répond : Et cum ho minibus bonde volunlatis. 11 dit ensuile : Quomodo astatis, pacem facile. Le chœur répond : Pacem meam do vobis. non sicut mundus dat pacem, do vobis. Lorsqu'on a redit ces dernières paroles avec le verset : Gloria

et honor Patri, le prêtre dit : Habete osculum dilectionis et pacis, ut apti sitis sacrosanctis mysteriis Dei; et il donne la paix au diacre ou ministre qui, à son tour, la donne au peuple. Ceci étant fait, le célébrant joint les mains et s'incline en disant : Introibo ad altare Dei. On répond : Ad Deum qui lœtifîcat juventutem meam. Le prêtre continue : Aures ad Dominum. Le ministre : Habemus ad Dominum. Le prêtre : Sursum corda. Le ministre : Habemus ad Dominum. Le prêtre : Deo ac Domino nostro Jesu Christo Filio Dei qui est in cœlis dignas laudes dignasque gratias referamus. Le ministre : Dignum et justum est. Le célébrant récite ensuite ce qu'ils nomment lllation, qui est souvent fort longue, particulière à chaque Messe, et correspond à la Préface romaine ; puis on chante le Sanctus, comme au romain, sinon qu'à la fin on le répète en grec : Agios, Agios, Agios, Kyrie o Theos. Le prêtre récite alors une oraison nommée Après le Sanctus; c'est comme une suite de la préface : Vere sanctus, vere benedictus Dominus Deus noster Jesu Christus jllius tuus, etc. Cette oraison finie, il commence ainsi le canon : Adesto, adeslo, Jesu bone ponlifex, in medio nostri sicut firisti in medio discipulorum tuorum et sancti fica hanc oblalionem, ut sanctificata sumamus per manus sancti Angeli tui, sancte Domine et Redemptor seterne. Après quoi il dit : Dominus noster Jesu Christus in qua nocte tradebatur, etc., puis la Consécration et l'Elévation. Vient ensuite une oraison appelée Après le Pridiè qui varie à toutes les Messes, après laquelle le célébrant dit : Te prœstante, sancte Domine, quia tu hœc omnia nobis indignis servis tuis valde bona créas, sancti ficas, vivificas, benedicis et prœstas nobis ut sint benedicta a te Deo nostro in sœcula sœculorum. Amen. Prenant ensuite sur la patène le corps du Seigneur, il le met sur le calice découvert et dit : Dominus sit semper vobiscum, le chœur répond : Et cum spiritu tuo. Le prêtre dit : F idem quam corde credimus, ore autem dicamus; et en même temps il élève le corps du Sauveur de manière à ce qu'il soit vu du peuple, puis tous disent le symbole : Credimus in unum Deum, Patrem omnipotentem, etc.

Pendant qu'on chante le Symbole, le célébrant rompt l'hostie en deux parties égales, et prenant une des moitiés, il en fait cinq fragments qu'il dépose en ligne droite sur la patène. Chacun de ces fragments a son nom, le 1er s'appelle Corporation c'est-àdire Incarnation, le 2e Nativitas, le 3e Circumcisio, le 4e Appantio, le 5e Passio; prenant de même l'autre moitié, il la rompt en quatre parties, qui se nomment : Mors, Resurrectio. Gloria, Regnum, et qu'il place sur la patène dans l'ordre marqué par le tableau qui suit.

11 purifie alors ses doigts, recouvre le calice et prie tout bas

pour les fidèles vivants, ou, pour me servir de l'expression dn Missel, il fait le Mémento des vivants. Tout ceci se fait pendant que le chœur chante le symbole. Le célébrant récite ensuite l'Oraison dominicale, précédée d'une courte préface, qui varie suivant les Messes. A chacune des demandes on répond : Amen. excepté à Panem nostrum quotidianum, où l'on répond : Quia Deus es. Suit alors cette oraison, toujours la môme : Liberati a malo, confirmati semper in bono, tibi servire mereamur Deo o.c Domino nostro. Pone, Domine, finem peccatis nostris, da (jaudium tribulatis, prœbe redemptionem captivis, sanitatem in/irmis requieua/ue dcfunctis. Concède pacem et securitatem in omnibus diebus nostris, frange audaciam inimicorum nostrorum et exaudi, Deus, orationes servorum tuorum, omnium fidelium C hrislianorum in hac die et in omni tempore; fer Dominum nostrum. Cette oraison terminée, il prend la particule nommée Regnum, la met dans le calice en disant à voix basse : Sancta sanctis et conjunctio corporis Domini nostri Jesu Christi sit sumentibus et potantibics nobis ad veniam, et defunctis prœstatur ad requiem. Il dit ensuite à haute voix : Humitiate vos ad benedictionem. Dominus sit semper vobiscmn. Et il donne la bénédiction par trois demandes séparées à chacune desquelles on répond : Amen. Après cette bénédiction il répète : Dominus sit semper vobiscum, et on chante le répons nommé : Ad accedentes, dans lequel les fidèles qui s'approchent de la sainte communion, sont avertis de considérer avec soin quelle nourriture ils vont prendre. Prenant ensuite le fragment appelé Gloria, il le tient sur le calice et fait le Mémento des Morts. Après l'avoir terminé et récité une courte prière, il prend la parcelle qu'il tient à la main, puis les autres, chacune par ordre. 11 prend alors le calice et lit cette antienne après l'ablution : Refecti Christi corpore et sanguine te laudamus, Domine, altehria, alléluia, alléluia. Suit une oraison analogue à la Postconiinunion romaine, après laquelle on dit : Dominus sit semper wbisctm. Le célébrant annonce alors la (in de la Messe en disant : Sokmnia c&ftiplekb sunt in nomine Domini nostri

Jesu Christi , votum nostrum sit acceptum cum pace. On répond : Deo gratias. Enfin le prêtre, à genoux devant l'autel, récite le Salve regina, avec l'oraison Concède quœsumus, et se retournant vers le peuple, il le bénit par ces paroles : In unitaie sancti Spiritus benedicat vos Pater et Filius. Amen, puis il quitte l'autel. Il laut remarquer que le célébrant ne se retourne jamais vers le peuple, sinon à la dernière bénédiction et quand il dit : Âdjuvate me, fratres, in orationibus vestris. Ce fut Ximénès qui ajouta à la Messe mozarabe la Confession comme au romain, et les autres prières qui précèdent Y Introït, ainsi que le Salve regina à la fin. On lui doit également les offices de quelques saints et de fêtes d'institution plus moderne. Ce furent sans doute ces additions qui le portèrent à donner au Missel qu'il fit éditer, le nom de Missel mixte (Missale miœtum).

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