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CHAPITRE XIII

Des différentes sortes de Messes. — Messe publique et solennelle, nommée aussi générale, légitime. — Que la Messe, dans l'origine, a été établie pour que le peuple pût y assister, y offrir et y communier. — Pourquoi les Messes publiques furent défendues dans les monastères. — Différence entre la Messe privée et la Messe solitaire. — Origine de la Messe solitaire venant des Moines. — Par qui et à quelle époque elle fut prohibée. — Est-elle permise aujourd'hui ? — Dans quelles circonstances ?

Qu'il y ait eu, qu'il y ait encore aujourd'hui différentes sortes de Messes, comme nous avons vu qu'il y a différentes sortes de rites, c'est une chose manifeste. Il y eut, en effet, des Messes solennelles et quotidiennes, des Messes publiques et privées, légitimes et solitaires, générales et particulières, du temps et des saints, fériales et votives, pour les vivants et pour les morts.

1 Les conjectures, que le savant cardinal apporte avec tant de modestie, ont été admirablement confirmées par les divers manuscrits qu'on a découverts depuis, et surtout par une exposition de la Messe composée par saint Germain de Paris que don Martène a publiée en entier, et dont le P. Lebrun a inséré de longs extraits dans son Explication de la Messe. (Voir la Dissert. IV; art. 2 et suiv.)

Il y a encore la Messe des Présanctifiés, et celle qu'on appelle Messe sèche, dont nous parlerons plus loin.

La Messe solennelle, que nous appelons aujourd'hui conventuelle, canonique, capitulaire, principale, grande, est, à proprement parler, celle qui se célèbre avec appareil de chant et de cérémonies, à laquelle les ministres et le clergé assistent en exerçant les fonctions de leur ordre. Autrefois le grand nombre • le fidèles qui venaient y faire leurs offrandes et y communier en augmentait encore la pompe. Elle a reçu le nom de Messe publique, parce qu'elle se célèbre publiquement dans l'église, et elle est opposée à la Messe privée. C'est en ce sens qu'Anastase, dans la Vie du pape Agathon, dit que la Messe publique fut célébrée, en latin à Constantinople. Cependant des écrivains, qui ne sont pas sans mérite, prétendent qu'il y a cette différence entre la Messe solennelle et la Messe publique, que celle-là se célèbre avec appareil de chant et de cérémonies, tandis que

celle-ci se dit publiquement dans l'église, en présence des fidèles, mais sans qu'on y chante et sans aucun appareil. Elle est appelé par Walfrid Strabon *, légitime, parce que c'est >urtoul celle-là que les canons ecclésiastiques ont établie et approuvée. A malaire la nomme générale, dénomination dont se servent aussi les anciens Rituels des monastères, parce qu'ordinairement toute la communauté y assistait. On doit donc considérer comme une seule et même sorte de Messe, celle qui est appelée par les uns solennelle, par d'autres publique, légi- . time, générale, et nous nous servirons indifféremment de ces mots, en parlant de celle qui se célèbre solennellement devant l'assemblée des fidèles avec les rites et les cérémonies prescrites par l'Eglise.

Le texte môme de la Messe et la* pratique de l'ancienne Eglise démontrent que, dans l'origine, le saint sacrifice fut surtout institué pour être célébré publiquement et solennellement en présence du clergé et du peuple, qui venaient offrir et communier. Toutes les prières, les paroles même du Canon, étant au

1 Chap. 22.

pluriel, sont censées dites au nom de plusieurs. Ainsi le prêtre invite le peuple à prier, quand il dit : Orernus, et quand il le salue, il dit : Dominus vobiscum. Et les fidèles, avertis de tenir leurs cœurs élevés vers Dieu, répondent : Habemus ad Dominum. Egalement dans le Canon, il prie toujours au nom du peuple réuni : Supplices rogamus ac peiimus. Hanc oblationem ounctœ familix tux offerimus prœclari majestati tuœ : ut quoiquot ex hac altaris partxcipatione sacrosanctum Filii tui corpus et sanguinem sumpserïmus. Nobis quoque peccatoribus, et plusieurs autres paroles dites également au pluriel. D'où il suit que la Messe n'est autre chose qu'un acte du prêtre et de toute l'assistance, auquel plusieurs personnes devaient être présentes, comme l'indiquent ces mots : Et omnium circwmstantium quorum tibi fides cognita est et nota devotio, qui ne sauraient être entendus dans un autre sens ; c'est aussi à la communion de ceux qui assistent, que se rapportent ces paroles, par lesquelles le prêtre demande à Dieu que le corps et le sang du Sauveur soit, pour tous ceux qui le prennent, un gage de vie éternelle. Et après la Communion, il dit : Quod ore sumpsimus pura mente capiamus. Satiasti familiam muneribus sacris. Presque toutes les Oraisons qu'il récite après la communion sont du même genre, sans doute parce que ceux-là seulement assistaient à la Messe, qui pouvaient offrir et participer aux sacrements. De là ces témoignages que nous ont laissés saint Cyprien i et saint Léon 2 sur la communion du peuple; de là cette prescription des Canons Apostoliques 3 et du concile d'Antioche 4, tenu sous Jules Ier, ordonnant que tous les fidèles qui se réunissent àl'Eglise communient, et que ceux qui refuseront soient chassés du temple et excommuniés. « 11 faut savoir, dit le Micrologue, que ceux-là seuls qui communiaient avaient coutume d'assister au saint sacrifice. Avant l'offrande on faisait, suivant les canons, sortir les Catéchumènes et les Pénitents, c'est-à-dire ceux qui n'étaient pas encore préparés à communier. C'est ce que prouve le texte du sacrifice, dans lequel le prêtre ne.prie pas seulement

1 Serm. de Lapsis. — 2 Serm. 4, de Quad. — * Can. 10. — * Can. 2.

pour son oilrande et pour sa communion, mais aussi pour celle des autres ; surtout dans l'Oraison après la Communion il paraît ne prier que pour ceux-là seulement qui ont communié. Au reste il n'y a, à proprement parler, Communion que quand plusieurs ont participé au môme sacrifice. » Telle était la coutume des premiers fidèles, encore en vigueur à Rome du temps de saint Jérôme, comme nous l'apprend ce Père dans sa Lettre contre Jovinien. Mais l'ancienne ferveur des fidèles diminuant de jour en jour, on ne conserva que la communion du clergé, qui ensuite fut réduite à la communion du diacre et du sousdiacre, comme nous le montrerons plus au long, quand nous parlerons de la communion. Relativement à cette Messe publique ou solennelle, il y eut différents usages suivant la diversité des temps et des lieux. Saint Justin i assure que de son temps on ne se réunissait que le Dimanche, que l'Eucharistie était distribuée à ceux qui s'y trouvaient, et que les diacres la portaient aux absents. Nous lisons dans le Pré spirituel 2 qu'un saint prêtre fut tiré de sa prison par un ange pour célébrer le Dimanche. Palladius écrit, dans la Vie de l'abbé Arcisius, que les moines du mont Ni trie se réunissaient à l'Eglise seulement le Samedi et le Dimanche, sans doute d'après l'usage de leur province. Socrate dit 3 que toutes les Eglises, excepté celles de Rome et d'Alexandrie, avaient ajouté le Samedi au Dimanche. Un ange commanda à l'abbé PachOme, au rapport de Sozomène 4, de réunir ses moines le premier et le dernier jour de la semaine pour la réception des divins mystères. Enfin, la Messe solennelle commença à être célébrée tous les jours ; ce que Saint Augustin témoigne avoir été en usage de son temps, non pas partout, mais dans quelques Eglises 5. Nous en parlerons plus longuement au chapitre XVIII.

Or; cette Messe fut nommée publique, non à cause du lieu, car autrefois on la célébrait dans les souterrains, dans les endroits les plus secrets et les plus, reculés, mais à cause de la réunion des fidèles qui venaient y assister, offrir et communier.

àpol. - - Cap. 108. - » Lib. 5, cap. 21. - Lib. 3, cap. 13; - ■> Ep. 118.

C'est pour cela que saint Grégoire, écrivant à Castorius, évoque de Rîmini, défend de célébrer des Messes publiques dans les monastères f, et Afin de ne pas donner lieu aux rassemblements de peuple dans la retraite des serviteurs de Dieu, et pour ne pas fournir par là une occasion de chute aux âmes simples. Que les femmes aussi n'y entrent que le moins possible. » Ailleurs 2 il reprend Félix, évèque de Pésaro, de ce qu'il avait placé sa chaire dans un monastère qu'il avait fait construire, et y avait célébré des Messes publiques ; il lui commande de faire enlever cette chaire au plus tôt 3 et lui défend d'y célébrer des Messes publiques. Le même pape commanda à l'évêque de Lune 4, à à celui de Firmo et à celui de Naples 5, de consacrer, sans célébrer de Messe publique, l'oratoire d'un monastère. En eflet, la vie religieuse, par sa nature, doit être étrangère à tout bruit extérieur, entièrement vouée aux exercices de la solitude et de la contemplation. C'est pourquoi les églises de monastères demeurèrent longtemps sans titre et sans station, et, encore qu'elles fussent très- vastes et très-belles, on ne les désignait que sous le nom d'oratoire ou de chapelle, comme il appert par le titre même des Décrétâtes sur les chapelles des religieuses. Il est défendu d'administrer aux fidèles dans ces chapelles les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, d'y tenir des assemblées et d'y célébrer des Messes publiques. Cette coutume s'observa jusqu'au temps de saint Bernard, comme l'atteste l'abbé Philippe 6. Le concile de Latran, tenu sous Calixte II, défendit également de célébrer des Messes publiques dans les monastères7. Voici ses paroles : « Nous défendons aux abbés et aux moines d'administrer publiquement le sacrement de Pénitence, de visiter les malades, de leur faire les onctions et de chanter des Messes publiques. » Innocent III, marchant sur les traces de ses prédécesseurs 8, défend à l'évêque du diocèse de chanter des Messes publiques dans le monastère de Carofla, dont il confirme

' Lib. 4, ep. 43. - 2 Lib. 5, ep. 46. — 5 Lib. 7, Indict. i, ep. G. — i Indict. 3, ep. 72. — 5 Lib. 8, ep. 3. — 6 De continentia r.leiïcorum, cap. 83. — 7 Cap. 17. - 8 Lib. 2, Reg. 14, ep. 18.

les privilèges. De tout ceei on ne doit point conclure que, comme quelques-uns le pensent à tort, la Messe solennelle, avec chant et assistance de ministres, était autrefois défendue dans les monastères. Non, celle-là seulement y était prohibée à laquelle les fidèles assistent indistinctement, et que les évoques célèbrent avec le concours de tout le peuple, dans la crainte que l'affiuence des séculiers ne vînt distraire les moines et troubler leur recueillement intérieur. Mais qu'il ait toujours été permis aux religieux de chanter des Messes solennelles, dont les gens du monde étaient exclus, comme le font encore aujourd'hui les Chartreux, ces gardiens de la plus sévère solitude, c'est ce que nous apprennent les anciens Rituels, qui prescrivent les rites et les cérémonies de la Messe solennelle, observant de point en point tout ce qui concourt à la pompe et à l'appareii du sacrifice. Vous le voyons également par la règle de saint Benoît * qui, parlant du lecteur de semaine, ordonne que le Dimanche, après la Messe et la communion, il se recommande aux prières de tous les frères, et qu'après avoir répété trois fois le verset : Domine, labia mea aperies. il reçoive à l'église la bénédiction, coutume qui s'observe encore chez les religieux.

Aux Messes publiques, solennelles ou générales sont opposées tes Messes privées, solitaires ou particulières, qui sont dites en particulier sans chant et avec un seul clerc pour la* servir, soit dans I église, soit dans un oratoire privé. Il en est qui veulent qu'il y ait cette différence entre les Messes privées et les Messes solitaires, que les unes sont celles où le prêtre seul communie, alors même que plusieurs y assistent, tandis que les Messes prisont celles qui sont dites soit dans les maisons particulières, soit en dehors d'un grand concours de peuple, mais auxquelles communient ceux qui y sont présents. D'autres, arec plus de raison et conformément cà une pratique autrefois eo usage dans l'Eglise, appellent Messe solitaire celle qui jadis dans les monastères était dite par le prêtre seul, sans servant • •I <;in< assistants, n privée oelïe qui se <lil sans dianv. ni

1 Cap. 38.

Sous-diacre, sans chant et avec un seul ministre pour répondre, soit que quelques fidèles y assistent, soit qu'il n'y ait personne, soit que le célébrant seul communie, soit qu'il y ait d'autres communions. On lui donne encore le nom de quotidienne, parce que le prêtre a coutume de la dire tous les jours. « Gassius, évoque de Narni, dit saint Grégoire *, offrait à Dieu le sacrifice chaque jour, et il s'immolait lui-môme avec beaucoup de larmes au milieu du silence des saints mystères. » Elle fut appelée privée, pour la distinguer de la Messe solennelle qui se célèbre publiquement; car autrement toutes les Messes pourraient se nommer publiques, en ce sens qu'elles ne sont dites ni en secret, ni en cachette. En effet, le saint sacrifice est un acte public, offert publiquement au nom de toute l'Eglise en souvenir de la mort de Jésus-Christ, qui est un bienfait public. Le prêtre qui l'offre remplit une fonction publique et prie pour tous; il ne refuse la communion à personne de ceux qui la désirent et qui en sont dignes, et il n'y a point de Messes secrètes et dites à la dérobée, comme l'a blasphémé Luther. Odon, de Cambrai, dans son Exposition du Canon, au sujet de ces mots : Et omnium circwmstantium , dit : « Dans l'origine, on ne célébrait point de Messe sans l'assemblée des fidèles ; mais dans la suite s'établit dans l'Eglise, et surtout dans les monastères,, l'usage des Messes solitaires. Comme il n'y a pas de réunion qu'on puisse saluer au pluriel, et comme aussi il n'est pas permis de changer les salutations faites au pluriel, ils se tournent vers l'église et disent que dans l'église ils saluent les fidèles qui composent l'église; » et peu après il ajoute : « Selon ce sens qu'ici, par le mot circumstantes, on entend tous les fidèles de n'importe quel pays, qui, unis entre eux et au Chef suprême , forment un seul et même corps. » Etienne , évoque d'Autun, dit à peu près la même chose dans son livre du Sacrement de l'autel 2 : « Il est bon de savoir, écrit-il, que s'il n'y a qu'un assistant, ou même s'il n'y en a pas, comme dans les Messes solitaires, on ne change rien pour cela aux

1 Dial., lib 4, cap. 56. - 2 Cap. 13.

- loi -

prières qui se font au pluriel ; car dans l'origine les Messes n'étaient célébrées que devant l'assemblée des fidèles ; mais dans la suite l'usage s'introduisit que ceux qui étaient seuls, comme les moines, célébrassent des Messes solitaires, ce qui leur fut accordé par tolérance ; et de là aussi les prêtres séculiers commencèrent adiré des Messes privées; alors les salutations s'adressent à tous les fidèles, qui sont censés être présents par la foi et communier aux sacrements par la charité. » 11 résulte clairement de ces paroles que quelquefois dans les monastères on disait la Messe sans que personne y assistât, et également sans ministre pour répondre, que pour cela ces Messes furent appelées Messes solitaires, et que c'est de là que les prêtres séculiers prirent l'habitude de dire des Messes privées telles que nous les avons définies. Pourtant l'usage des Messes privées ne vient point des moines, mais bien des Pères de la primitive Eglise, comme je le ferai voir au Chapitre suivant. Quant aux Messes solitaires, qu'elles aient été dites dans les monastères, ou par tolérance, comme parle l'évoque d'Autun, ou par privilège, c'est ce que démontrent les décrets canoniques qui, abolissant tout privilège de ce genre, défendent absolument qu'aucun prêtre dise la Messe étant seul, et sans quelqu'un qui lui réponde.

Le concile de Mayence, tenu sous Léon 111, dit : « Il nous semble juste qu'aucun prêtre ne puisse dire licitement la Messe, s'il est seul; car comment pourrait-il dire : Le Seigneur soit avec vous, avertir d'élever les mains au ciel et plusieurs autres choses semblables, puisqu'il n'y a personne avec lui. » Paroles que Benoist Lévite a transcrites dans les Gapitulaires des rois de France l. Le concile de Paris, sous Grégoire IV 2, dit : « Il s'est glissé dans plusieurs endroits, partie par négligence, partie par avarice, un usage blâmable et qui mérite d'être réformé : c'est que quelques prêtres disent la Messe sans ministre; nous demandons a ce consécrateur solitaire du corps et du sang du Seigneur, à qui adresse-t-il la salutation : Dominas vobiscum?

1 Lih. 5, pap. 93. - 2 Lib. I, cap. 48.

Qui lui répond : Et cum spiritu tuo ? Pour qui supplie- t-il quand il dit au Mémento : Et omnium circumstantium, puisque personne ne l'environne ? Cet usage est contraire à la tradition apostolique, à l'autorité de l'Eglise; il semble déroger au respect dû à ce grand mystère. Tous nous avons pensé qu'il devait être désormais interdit, et que chaque évoque devait veiller à ce qu'aucun prêtre ne se permît, étant seul, de dire la Messe dans sa paroisse. » Ives rapporte * ce décret du concile de Nantes qui contient la même défense : « Le saint concile a ordonné qu'aucun prêtre n'eût la hardiesse de célébrer étant seul ; car puisque personne n'est présent pour répondre, à qui dit-il : Dominus vobiscum, Sursum corda ou Grattas agamus Domino Deo nostro ? De qui parle-t-il dans le Canon, quand il dit : Et omnium circumstantium ., puisqu'il est seul? Qui invite-t-il à la prière en disant : Or émus, si personne n'est là pour prier avec lui? Ou toutes ces choses devraient être passées sous silence, et alors non-seulement le sacrifice ne sera pas parfait, mais aussi, quel que soit celui-là, il encourt cette terrible sentence : Si quelqu'un en retranche une partie, Dieu le retranchera du livre de vie ; ou s'il murmure ces paroles aux piliers et aux murailles, ne sera-t-il pas ridicule? C'est pourquoi cette dévotion extravagante et dangereuse doit être absolument détruite, surtout dans les monastères des religieux. Que les évoques veillent donc à ce que, dans les couvents et dans les autres Eglises, les prêtres aient des ministres lorsqu'ils diront la Messe. Si quelqu'un transgresse cette loi, qu'il soit suspens de ses fonctions. » Pareillement Théodulfe d'Orléans, dans son Capitulaire à son clergé, chapitre VII, dit : « Que le prêtre ne célèbre jamais la Messe étant seul, car il doit y avoir des fidèles qui assistent, qu'il salue, qui lui répondent ; il doit se souvenir de cette parole du Seigneur : Où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. » Et Ratherius, évêque de Vérone, édité par Luc d'Achery , au tome II du Spicilége, écrit dans sa lettre synodale à ses prêtres : « Qu'aucun de vous ne chante la Messe

1 Page 3, chap. 70.

étant seul. » Or, chanter la Messe, dans la manière de parler des anciens, signifie aussi célébrer sans chant et sans appareil. Ainsi s'expriment les abbés de Gluny dans leurs règlements, écrits il y a plus de six cents ans et édités dans le Spicilége l : « Les prêtres peuvent sans permission chanter des Messes pri- 5. » Le livre des usages de Cîteaux, composé il y a plus de cinq cents ans, s'exprime de même 2 : « Pendant toute l'année, les Frères peuvent chanter la Messe en particulier pendant le temps de la leçon et après l'oblalion de la Messe commune, » c'est-à-dire après l'offertoire de la Messe conventuelle. Et plus bas : a Ceux qui chantent des Messes privées et ceux qui leur répondent, doivent baisser leurjvoix pour ne pas troubler les autres. » Les Messes solitaires, dites par le prêtre seul sans ministre pour répondre et sans assistant, furent donc prohibées et condamnées, surtout par cette raison qu'il semblait absurde que le prêtre dît : Dominus vobiscum, Sursum corda, Grattas a.fjarmis, quand personne n'était là pour répondre; qu'il invitât les autres à prier en disant : Oremics, quand il ne se trouvait personne pour prier avec lui; qu'il fit au Canon mention de ceux qui l'environnaient, tandis qu'il était seul. 11 s'en est aussi rencontré qui, poussant trop loin le scrupule, craignaient, s'ils n'adressaient les salutations au pluriel qu'à une seule personne, elles ne fussent pas vraies et qui, en conséquence, s'abstenaient d 'offrir le saint sacrifice s'ils n'avaient au moins un assistant outre le clerc qui répondait, de telle sorte que, s'adressant à deux, ils pussent dire avec plus de vérité : Dominus vobiscum et Orate fratres. On trouve dans Gratien un décret sur ce point :î : « Il fut aussi statué, dit-il, qu'aucun prêtre ne s'ingérât à célébrer la Messe, sinon devant deux assistants, lui faisant le troisième, paire que lorsqu'il dit au pluriel : Dominus vobiscum, nu qu'à la Secrète il dit : Orate pro me, il est extrêmement convenable qu'on réponde à cette salutation. » Le concile de Cologne porta la même ordonnance *-, et le livre des usages de Ûteaux s exprime ainsi : « Que celui qui veut dire la Messe ait

1 Tout. i. - Cap. 59. - « De Consecrat., dfst. I, cap. ï\. - * Pars2, cap. 18,

au moins deux assistants. » Gratien tire le canon, que nous avons cité, des Constitutions du pape Sotère ; d'autres l'attribuent à Anaclet, dans la première Epître duquel se lisent ces paroles : « Lorsque les prêtres sacrifient, ils doivent avoir des témoins, pour montrer qu'ils offrent à Dieu le saint sacr fice d'une manière convenable, dans les lieux qui lui sont consacrés. » Le chapitre II du Micrologue l'attribue à tous deux; mais il est certain qu'il ne vient d'aucun de ces pontifes. En effet, rien de plus éloigné de la pratique et de l'esprit de ce siècle que l'usage des Messes solitaires, et je ne pense pas que ces saints papes aient voulu, par une loi, porter remède à des abus qui ne se montrèrent que longtemps après dans les monastères. On connaît le mot du diacre saint Laurent au pape Sixte qu'on menait au martyre : « Vous n'aviez pas coutume d'offrir le saint sacrifice sans ministre. » Ainsi le voulaient les usages de ce temps. On sait d'ailleurs que la lettre d'Anaclet est apocryphe et composée de différents lambeaux mal coordonnés d'auteurs plus récents ; mais l'usage de célébrer le saint sacrifice sans avoir personne pour répondre, est-il aujourd'hui prohibé d'une manière absolue? J'avoue que je n'en sais rien ; je me rappelle toutefois avoir lu que, dans certaines circonstances, les souverains Pontifes avaient accordé des induits à des moines ou à des ermites reclus pour le reste de leur vie, qui leur permettaient de dire la Messe seuls et sans ministre pour répondre ; c'est ce que confirme la Glose de Gratien sur le canon cité. Et, du reste, il ne doit point paraître absurde que, tout en étant seul , le célébrant dise : Dominus vobiscum-, car par ces paroles on salue l'Eglise qui est une dans plusieurs et toute dans chacun, ainsi que le prouve savamment Pierre Damien dans son Opuscule à Léon-le-Reclus, qui lui avait demandé une réponse à cette question, à savoir : S'il était permis aux ermites demeurant seuls de dire : Dominus vobiscum; c'est pourquoi le saint docteur intitula sa réponse : Dominus vobiscum. Pour montrer que cet usage est permis, Pierre Damien apporte une foule de raisons qu'on peut voir dans son ouvrage même. Que si le prêtre, quand il récite seul les

offices, soit du jour, soit de la nuit, dit au pluriel ce qui se trouve marqué à ce nombre, il dit en effet : Venite adoremus, Vernie eœultemus, Orcmus, Benedicamus, bien qu'il n'y ait personne qui puisse avec lui adorer, se réjouir, prier et bénir ; pourquoi ne le ferait-il pas lorsqu'il offre le saint sacrifice, puisqu'il l'offre comme représentant de toute l'Eglise, qui ne forme qu'un corps uni par les liens indissolubles d'une môme foi et vivifié par les grâces d'un seul et même Esprit. Il n'y a donc rien d'absurde à répéter les salutations au pluriel lorsqu'il dit la Messe solitaire, bien qu'aujourd'hui, que cette coutume autrefois en vigueur est abolie par un usage contraire et abrogée par des lois ecclésiastiques, on ne puisse le faire sans une dispense spéciale du Siège apostolique.

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