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CHAPITRE XV

De quelques autres genres de Messe. — Origine et antiquité des Messes du Temps et des Saints. — Messes votives. — fJsage des Messes pour les défunts Tonde sur la tradition apostolique* — Messe des présanetifiés. — Quelques mots sur la Messe sèche. — Pratique abusive de quelques-uns qui réunissaient plusieurs Messes en une seule.

Après avoir ainsi exposé la véritable notion des Messes, tant publiques que privées, et démontré leur antiquité, il nous faut maintenant traiter de quelques autres sortes de Messes. En

premier lieu viennent celles qu'on appelle Messes du temps. De môme que l'année solaire est divisée en quatre saisons : l'hiver, le printemps, l'été et l'automne, ainsi l'année ecclésiastique a ses diverses parties dans lesquelles on honore la vie, la Passion de Notre-Seigneur, les mystères de sa doctrine et les dogmes de notre foi. Guillaume Durand, au livre VIe de son Ratinnal, expose longuement les rapports de l'année ecclésiastique avec l'année solaire. Il dit que le temps de la Septuagésime jusqu'à Pâques représente l'hiver ; celui qui s'écoule depuis le premier dimanche d'Avent jusqu'à la Septuagésime figure le printemps ; le temps pascal rappelle l'été, et l'automne est représentée par le temps qui sépare la Pentecôte de l'Avent. Une ancienne tradition nous apprend que ce furent les Apôtres, ou leurs successeurs immédiats, qui assignèrent des offices et des Messes propres à certains jours. L'institution des fêtes de Noël, de l'Epiphanie, de la Résurrection, de l'Ascension, de la Pentecôte et du jeûne qui précède les fêtes de Pâques, vient des Apôtres ainsi que la coutume de dire la Messe ces saints jours. C'est ce que nous attestent à la fois les Constitutions apostoliques, Tertullien1, Théophile d'Alexandrie dans ses Lettres paschales et saint ïrénée cité par Eusèbe 2. Toutes les Eglises s'accordaient à célébrer ces fêtes, bien qu'autrefois le jour dans lequel devait être célébrée la Nativité, l'Epiphanie et la fête de Pâques ait été le sujet d'interminables disputes. Il est parlé du temps de l'Avent, comme précédant la fête de Noël, dans le deuxième concile de Tours 3 et clans celui de Mâcon 4, qui furent tenus avant saint Grégoire le Grand. Les offices et les Messes particulières qui devaient être dits ces jours de fêtes, chaque dimanche, ainsi qu'à certaines fériés de l'année, se trouvent dans les plus anciens exemplaires des sacramentaires du pape Gelase et de saint Grégoire, dans le Lectionnaire de saint Jérôme, ainsi que dans Y Or do romain.

Il y a d'autres Messes que l'on célèbre en l'honneur des Saints, alors que chaque année le jour de leur fête vient nous

' l)e jejuniis. — 2 Lib. 5 Historiée. — 3 Cap. 17. — * Can. 9.

rappeler leur souvenir. Voici ce que dit à ce sujet saint Cyprien ' : « Toutes les fois que nous célébrons les tourments des martyrs et leurs fêtes anniversaires, nous offrons le saint sacrifice à leur intention ; » c'est-à-dire en leur honneur. Et dans l'Epitrc 37e adressée à son clergé, il recommande de noter avec soin le jour de la mort des martyrs et de le lui écrire, « Afin, dit-il, que ces jours-là nous célébrions le saint sacrifice en leur mémoire. » Paroles on ne peut plus explicites. On doit rapporter à ce même sujet ce qu'écrit Tertullien, le maître de saint Cyprien, quand il dit 2 : « Chaque année, nous faisons des sacrifices pour célébrer leur naissance. » Paroles que Rhénan us explique à tort du jour de la naissance temporelle à la manière des païens, ce qui est on ne peut plus opposé à l'esprit des chrétiens de cette époque et à l'inflexible sévérité de Tertullien. Les fidèles de l'Église de Smyrne confirment l'ancienneté de cet usage dans la lettre où ils racontent le martyre de saint Polycarpe, citée par Eusèbe ;*. Ils disent qu'ils ont ramassé ses reliques pour les placer dans un lieu convenable, et que chaque année ils se réuniront dans ce lieu pour célébrer la naissance du saint martyr par un concours joyeux, ce qui ne se faisait jamais sans sacrifice. Saint Augustin 4 est du même sentiment, quand il enseigne que ce n'est point aux martyrs, mais à Dieu, que les prêtres offrent le saint sacrifice, lorsqu'ils célèbrent en l'honneur de ces mêmes martyrs. « Qui donc, écrit-il, a jamais entendu un prêtre, devant l'autel, élevé en l'honneur et à la gloire de Dieu même sur le corps vénérable d'un saint martyr, dire : je vous offre le sacrifice adorable à vous, saint Pierre, saint Paul ou saint Cyprien, puisque c'est seulement en leur mémoire qu'on l'offre à Dieu, qui les a faits hommes et martyrs. » Il développe cette pensée plus au long dans son livre XXe contre Fauste, où il dit entre autres choses : « Le peuple chrétien célèbre la mémoire des martyrs par une solennité religieuse, pour s'exciter à les imiter, s'associer à leurs mérites et obtenir le secours de leurs prières.

1 Ep. 3i. — 2 De Gorona militis, cap. 3. — 3 Lit. 1, Hist. Eccl., cap. lu. 1 De cmt. Dei, lib. 8, cap. 27.

Toutefois, ce n'est à aucun des martyrs, mais au Dieu des martyrs, que nous offrons le saint sacrifice, quoique nous élevions des autels en l'honneur des martyrs. En effet, quel évoque debout à l'autel, près des corps saints, s'avisa jamais de dire : Je vous offre le saint sacrifice, à vous Pierre, Paul ou Cyprien ? Non, le sacrifice est offert à Dieu qui a couronné les martyrs, et en mémoire de ceux qu'il a couronnés. » Or, les Pères que nous venons de citer ne parlent que des martyrs, parce que les fêtes en l'honneur des confesseurs ne furent reçues dans l'Eglise que plus tard. Dans le calendrier de Fronton, écrit il y a plus de neuf cents ans, on n'en trouve que quatre d'inscrits : saint Martin de Tours, saint Grégoire le Grand, saint Léon pape, et saint Silvestre; saint Martin étant mort l'an 402, suivant le calcul de Baronius, nous pouvons ainsi savoir à quelle époque on a commencé à célébrer les fêtes des saints confesseurs ; car c'est à lui qu'on rendit le premier cet honneur, et saint Benoît fit construire en sa mémoire un oratoire sur le mont Cassin.

Il y a aussi des Messes qu'on célèbre parfois pour quelques causes spéciales, ou pour des besoins soit publics, soit particuliers : on les appelles votives. C'est à ce genre de Messes que se rapporte ce que dit saint Augustin *, quand il raconte que le saint sacrifice fut célébré dans une maison particulière pour la délivrer des troubles que le démon y excitait, et ce que rapporte Prosper 2 d'une Messe d'action de grâces célébrée à l'occasion de la délivrance d'une jeune fille possédée. La Messe pour les catéchumènes, dont Amalaire et l'Ordo romain font mention, la Messe pour détourner des idoles, qu'on célébrait autrefois pendant les calendes de janvier, Messe dont parle Ménard dans ses notes sur le Sacramentaire 3, doivent être comptées parmi les messes votives. Enfin, on doit également considérer comme telles toutes les Messes qu'on disait autrefois, ou qu'on dit aujourd'hui, pour une nécessité quelconque, ainsi que celles en l'honneur de la sainte Vierge ou des saints qui se disent en dehors des jours de leurs fêtes. L'ancienne Eglise priait et offrait

1 Lib. 11, Givit Dei, cap. 8. - 2 De Prœdict., cap. 9, - 3 P. 33.

non-seulement pour tous ses membres, mais aussi pour les infidèles, afin que Dieu daignât les convertir à la foi et leur accorder la paix et la prospérité. On connaît les paroles de Tertullien à Scapula : « Le chrétien n'est ennemi de personne et moins encore de l'empereur que de tout autre, car il sait qu'il est établi de Dieu et qu'il est nécessaire qu'il l'aime, le respecte, l'honore et qu'il désire son salut avec celui de tout l'empire. Nous offrons donc aussi des sacrifices pour le salut de l'empereur. » Et avant lui, l'Apôtre, dans l'Epître lre à Timothée, avait recommandé de faire des prières pour les rois, et pour tous ceux qui sont élevés en dignité. Cependant, comme l'observe sur ce passage saint Jean Chrysostôme, les rois d'alors n'adoraient point le vrai Dieu et demeurèrent longtemps encore dans l'infidélité. Dans un missel manuscrit de la reine de Suède, écrit il y a plus de neuf cents ans, on trouve plusieurs messes votives dont je vais citer les titres : Pour le salut des fidèles vivants, Pour les Voyageurs, Dans un temps de tribulation, Messe que doit dire un prêtre le jour da sa naissance, Dans un temps de mortalité, Contre la mortalité des animaux, Contre la stérilité, Pour demander la pluie, Pour demander le beau temps, Après les orages, Pour ceux qui communient, Messe des monastères, c est-à-dire pour les moines, Au jour de la naissance, c'est-à-dire pour célébrer l'anniversaire de la naissance de quelqu'un, Pour la stérilité des femmes, Pour la bénédiction d'une veuve qui a fait vœu de chasteté, Pour la consécration d'une vierge, En temps de guerre, Pour les rois, Contre les juges iniques, dans la discorde, Contre les médisants, Pour la conversion des impies, Pour un malade, Lorsqu'on a recouvré la santé, Pour la protection d'une maison ou d'une famille. Corneille Schulting, tome 3, page 1PC et 2e de sa Bibliothèque ecclésiastique, a réuni, de différents missels, les titres de cent quinze messes votives pour diverses nécessités et différents étals.

C'est également d'après la tradilion apostolique qu'on offre le

saint sacrifice pour les morts. Tertullien dit * : « Nous offrons pour les défunts le saint Sacrifice au jour anniversaire de leur mort. » Et ailleurs 2, parlant de l'épouse défunte « pour lame de laquelle, dit-il, vous priez, pour laquelle vous offrez des sacrifices annuels. » Ailleurs encore 3 : « Elle offre, dit-il, des sacrifices le jour anniversaire de son décès. » « Les évoques, nos prédécesseurs, dit saint Cyprien 4, ont voulu que, si quelque frère mourant choisissait un clerc pour tuteur de ses enfants ou pour gérant de ses biens, on n'en fît point mémoire au saint sacrifice, et qu'on ne célébrât point pour le repos de son âme ; car il ne mérite pas d'être nommé à l'autel du Seigneur, dans la prière du prêtre, celui qui a voulu détourner par des soins terrestres les prêtres de l'autel. » Saint Epiphane 5 compte parmi les erreurs d'Aétius qu'il niait qu'on dût offrir le sacrifice pour les morts. « Ce n'est point en vain, dit saint Jean Chrysostôme 6, que les Apôtres ont ordonné de faire mémoire des morts dans les redoutables mystères. » « Nous croyons, dit saint Isidore 7, puisque tout l'univers le pratique, que l'usage d'offrir le saint sacrifice pour le soulagement des morts et de prier pour eux, a été transmis par les Apôtres. » Saint Augustin, dans plusieurs endroits de ses ouvrages et surtout dans son livre De cura gerendapro mortuis, atteste la même vérité. Dans sa Hiérarchie ecclésiastique, saint Denys décrit, en termes pompeux, suivant sa coutume, la manière d'offrir pour les défunts, et saint Jean Damascène, dans son discours pour les morts, montre par le témoignage des Pères que cet usage vient des Apôtres. Mais il est superflu d'invoquer tant de témoins, puisque l'antiquité tout entière conspire à démontrer cette vérité. Et du reste, non-seulement les fidèles, mais les païens eux-mêmes honoraient leurs morts par une espèce de sacrifice , comme nous l'apprend Scœvoia 8, quand il dit qu'un testateur avait légué des vivres et des vêtements, ajoutant ensuite : « J'ordonne que mes affranchis

1 De corona mil., cap. 3. — 2 De exp. castit. — 3 De Monogamia cap. 10. — 4 Ep. 66, ad Furnit. — 5 Haeres., 75.— 6 Homil., 69, ad pop. Antioch. — Liber de off. Eccl., cap. 18. — 8 Lib. 34, Digest., tit. 1, de Alim. vel cib. légat., lib. 18, l ult.

demeurent là où mon corps sera déposé, aiin qu'en l'absence de mes filles, ils viennent chaque année célébrer ma mémoire sur mon tombeau. » Golhofred observe, à propos de cette loi, qu'il s'agit de sacrifices anniversaires.

Enfin, il y a encore la Messe des Présanctifiés, qui toutefois n'est appelée Messe qu'improprement, puisqu'il lui manque la consécration du corps et du sang du Sauveur. Léon Allacci a écrit sur ce sujet une dissertation très-savante et parfaite en tout point, qu'il adresse à Barthold Nihus. Elle a été imprimée à la fin de l'ouvrage sur le perpétuel accord de l'Eglise occidentale et de celle d'Orient. Le lecteur curieux pourra y trouver tout ce qui a trait à cette matière. Cette Messe est plus ancienne que saint Basile et que saint Chrysostôme, et son origine remonte au moins au concile de Laodicée, que Baronius dit antérieur à celui de Nicée et tenu l'an 314. Il y fut décrété i que dans le Carême on ne devait offrir le pain que le samedi et le dimanche. Quels jours se dit la Messe des Présanctifiés? C'est ce qu'indique le canon LU du concile m Trullo : « Tous les jours déjeune, dit-il, de la sainte Quadragésime, excepté le samedi, le dimanche et le jour de l'Annonciation, on doit offrir le saint sacrifice des Présanctifiés. » Cette coutume est encore aujourd'hui observée par l'Eglise d'Orient; l'Occident ne la suit point et ne l'a jamais suivie, sinon pour le Vendredi saint. Voici la manière dont les Grecs disent cette Messe. Le dimanche, outre l'offrande du jour, ils consacrent cinq autres pains pour les jours suivants jusqu'au samedi. Pendant ces jours, ils se réunissent vers le soir à l'Eglise et, dans l'office des vêpres, ils font l'élévation de l'hostie consacrée auparavant et la consomment, après avoir chanté des Psaumes et récité des cantiques, des leçons, des prières qu'on peut voir dans ÏEucologe publié et annoté par Goar 2; et parce que le pain qu'ils prennent a été sanctifié, consacré auparavant, ils appellent cet office Messe des Prcsancti/iës, c'est-à-dire des offrandes sanctifiées avant. Ils n'observent cet usage que le Carême et non les autres jours de jeûne, parce que, dit Théodore

1 Can., 49. - * P. 187 et suiv.

Balsamon dans ses Commentaires sur le Canon cité du concile in Trullo, ce jeûne est le plus grand, le plus solennel et d'institution divine.

Quelques écrivains confondent la Messe des Présanctifiés avec celle qu'ils appellent Messe sèche ou nautique; mais ils se trompent grossièrement. La première est légitimement établie, et le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ y est réellement présent et consommé, bien que la consécration ait eu lieu auparavant. L'autre vient de la dévotion indiscrète et particulière de quelques chrétiens, pour laquelle des prêtres se montrèrent trop faciles et trop faibles ; c'est un fantôme, un simulacre de la Messe véritable, sèche sans doute et vide, puisqu'elle manque non-seulement de la consécration, mais aussi de la communion, semblable à ces repas de cailloux ou de piçrres, qu'au rapport de Lampride et des autres historiens, Héliogabale servait souvent à ses convives. Cet abus cependant devint tellement fort que des hommes saints et instruits parurent l'approuver. Guillaume de Nangis, dans la Vie de saint Louis, raconte que ce religieux prince, quittant les régions d'outre-mer pour revenir en France, fit placer le plus décemment possible dans le vaisseau, le corps du Sauveur, et que chaque jour, dans la traversée, il fit réciter dans ce lieu le saint office et dire la Messe, excepté le Canon. Génébrard * recommande cette sorte de Messe à ceux qui , le matin, ne peuvent entendre la Messe entière, à ceux qui sont sur mer, aux malades et lorsqu'on doit faire des enterrements après midi, circonstance dans laquelle il assure que la Messe sèche était usitée de son temps, et il raconte qu'étant à Turin, en 1587, il assista à une Messe de ce genre, qui fut célébrée avec diacre et sous-diacre aux funérailles d'un gentilhomme, qui se firent le soir. Durand décrit, dans son Rational 2, la manière de la célébrer : « Si le prêtre, dit-il, par dévotion et non par superstition , veut dire la Messe sans offrir le sacrifice , qu'il prenne les vêtements sacerdotaux et qu'il célèbre la Messe, comme il est marqué, jusqu'à la fin de l'Offertoire, passant les

1 De Liturgia apostolica. — 2 Liber 4, cap. 1.

Secrètes qui appartiennent au sacrifice. Il peut dire la Préface, bien qu'on semble y invoquer les Anges pour assister à la consécration du corps et du sang de Jésus-Christ ; mais qu'il ne récite aucune prière du Canon; toutefois, il ne doit point omettre l'Oraison dominicale, mais il passera les prières qui viennent ensuite et qui se disent à voix basse; il ne doit avoir ni calice, ni hostie, et ne rien réciter ni faire de tout ce qui se fait ou récite sur le calice et sur l'hostie. Il pourra dire encore : Pcx Domini sit semper vobiscum, et ensuite terminer la Messe en observant pour les prières l'ordre marqué : il serait mieux néanmoins d'omettre le reste. » Cette Messe s'appelle nautique, dit Durand l, parce qu'on avait coutume de la célébrer sur la mer, où, à cause de la continuelle agitation des flots, il est difficile de célébrer sans qu'il y ait danger de répandre le calice. Guillaume Estius 2 et Laurent Laudmeter 3, s'élèvent vivement contre cette sorte de Messe. Us pensent qu'elle a commencé peu de temps avant Guido du mont Rocher, qui la loue et l'approuve dans son livre De manipulo curatorum 4, qu'il écrivit en 1333 ; mais ils se trompent, car nous avons vu qu'elle était en usage sous le règne de saint Louis, qui mourut en 1270. Durand, qui vivait à la même époque, l'a décrite, et Pierre le Chantre, qui florissait en 1200, en fait mention dans son Verbe abrégé 5, où il dit que la Messe sèche, privée de la grâce et de la sève que produit la consécration de la sainte Eucharistie, n'est d'aucune utilité pour les fidèles. Il me semble que maintenant la sage sollicitude des évoques a dû l'abolir dans tous les pays.

Du reste, outre la Messe sèche, un autre détestable abus s'était encore glissé, contre lequel Pierre le Chantre déclame avec force. Quelques prêtres de cette époque avaient l'habitude de réunir plusieurs Messes dans une seule; ils récitaient la Messe du jour ou une autre jusqu'à l'OfTertoire ; puis ils en recommençaient une seconde qu'ils disaient également jusqu'à l'Offrande; ils en faisaient autant de la troisième, de la quatrième. Ils récitaient

1 De ritibus Eccles., lib. 2, cap. 4. — 2 Orat. 13, theol. — 3 Lib. 2, de vit. cl. et mon., cap. 84.— *■ Tract. 4, cap. 7. — 5 Cap. 29.

ensuite autant d'oraisons secrètes qu'ils avaient commencé de Messes et achevaient le sacrifice en disant une seule fois le Canon, ajoutant à la fin autant de Collectes qu'ils en avaient dit au commencement. Pierre assigne pour principe à cet abus l'avarice des prêtres qui, sachant bien qu'il ne leur était point permis de célébrer plusieurs fois dans un jour, imaginèrent cette insertion de plusieurs Messes, afin de satisfaire à la dévotion de plusieurs personnes, qui demandaient qu'on célébrât pour elles, et de toucher ainsi plusieurs honoraires. Il donne à ces Messes les noms baroques de bifacées et trifacées, parce qu'elles avaient pour ainsi dire deux ou trois têtes, et il les réprouve et les condamne comme monstrueuses et contraires à l'institution et à la pratique de l'Eglise.

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