CHAPITRE XVI
Deux sortes de Messes. — Messe des cathécumènes. — Messe des fidèles. — Raison et origine de chacune. — Ceux qui assistaient à la Messe des cathécumènes. — Ancienne discipline de l'Église à l'égard des cathécumènes. — Silence absolu gardé en leur présence sur les Mystères. En combien de classes ils étaient divisés. — Durée du cathécuménat. — A. quelle époque a cessé leur expulsion de de l'Église? — Que les pénitents et les énergumènes sortaient avec eux.
Lorsqu'une discipline plus sévère était en vigueur dans l'Église, les anciens Pères veillaient avec grand soin à n'avoir aucun commerce avec les impies, les profanes et les hommes impurs. Ils les éloignaient, non-seulement de la participation, mais même de la vue des saints mystères. C'est pourquoi les sanctuaires étaient fermés de toutes parts par des cloisons et des rideaux, afin qu'aucun de ceux, qui n'étaient pas encore chré-
liens, ou qui l étant se trouvaient souillés de quelque crime, ne pût voir ce qui se passait à l'intérieur. Quand commençait la partie solennelle des mystères, les diacres chassaient tous les indignes jusqu'à ce qu'ils eussent, par les pénitences prescrites, lavé leurs souillures. C'est de là qu'est venue la distinction de deux Messes, à savoir : des deux renvois, l'un des catéchumènes, l'autre des fidèles ; la première, pendant les deux ou trois premiers siècles , consistait dans quelques prières ou quelques psaumes, après lesquels les catéchumènes et autres, qui ne pouvaient assister à la Messe des fidèles, étaient renvoyés par les diacres. Mais, dans la suite, les saints Pères et évêques ayant remarqué que les sermons et l'exposition des Écritures pouvaient contribuer à la conversion des païens et à l'édification des autres, on les admit dans l'église jusqu'après l'instruction qui se faisait à la suite de l'Évangile. On les renvoyait alors, et à cet endroit commençait la Messe des fidèles. Le quatrième concile de Garthage ordonna * : « Que l'évêque ne défendît à personne, soit païen, soit hérétique, soit juif, de venir à l'église et d'y entendre la parole de Dieu jusqu'au renvoi des catéchumènes. » Le concile de Valence, en Espagne, rend raison de cette prescription, quand il dit 2 : « Nous avons pensé qu'entre autres choses on devait observer de lire les saints Évangiles avant d'apporter les offrandes et de renvoyer les catéchumènes, et immédiatement après les Épîtres de l'Apôtre, afin que nonseulement les fidèles, mais les catéchumènes, les pénitents et ceux qui ne sont point chrétiens, puissent entendre les salutaires enseignements de Notre-Seigneur Jésus-Christ et l'instruction que fait le prêtre. Nous savons avec certitude que quelques-uns ont été gagnés à la foi en entendant la prédication des évoques. » C'est pourquoi saint Augustin et les autres Pères, dans leurs exhortations, pressent et apostrophent tantôt les païens, tantôt les hérétiques et même souvent les Juifs, parce que tous ces hommes avaient coutume de se mêler à la multitude des fidèles. Encore que les pénitents et les énergu mènes
1 Can. 84. - 2 Cap. 1.
fussent renvoyés avec les catéchumènes, la Messe ou renvoi a conservé le nom de ceux-ci, parce qu'alors ils étaient en plus grand nombre, et qu'il pouvait arriver qu'il n'y eût ni pénitents, ni énergumènes. Le vénérable Bède, dans son Commentaire sur Esdras1, appelle les catéchumènes, auditeurs de la vie nouvelle, parce que le mot grec d'où leur nom vient a la même signification que le mot latin auditor. Avant lui, saint Isidore avait dit 2 : « On nomme catéchumène celui qui écoute la doctrine de la foi et n'est point encore baptisé ; car catéchumène en grec veut dire auditeur. » — « Que personne, dit Tertullien 3, ne se flatte parce qu'il est compté parmi les auditeurs. » Et peu après il ajoute : « C'est pourquoi les auditeurs doivent demander le don d'intelligence et ne point s'enorgueillir. » Saint Cyprien écrit 4 : « Que votre sollicitude ne manque pas aux catéchumènes (audientibus) , si quelqu'un d'entre eux se trouve en péril et en danger de mort. » Et ailleurs 5 : « Nous avons établi parmi les lecteurs Optât pour instruire les auditeurs ; » c'est-àdire maître des catéchumènes ou catéchiste, fonction que remplirent à Alexandrie les célèbres docteurs Pantenus, Clément et Origène. Les catéchumènes étaient comme les apprentis de la foi chrétienne, et Tertullien en parle ainsi : « Tout ce que notre insuffisance a pu dire pour engager à embrasser la pénitence et à la pratiquer toute la vie, s'adresse à tous ceux qui appartiennent au Seigneur ; mais il regarde surtout ces jeunes novices, dont les oreilles commencent à recueillir les premières gouttes de la doctrine divine. » Personne n'était admis au baptême, sinon après une épreuve suffisante, et, si l'on baptisait quelque enfant, ses parrains s'engageaient à l'instruire lorsqu'il serait en âge.
Toutefois, on n'exposait pas aux catéchumènes tous les mystères de notre foi, ni même le symbole des Apôtres ; mais on réservait certaines choses pour la fin de leur noviciat, ou quand ils auraient reçu le baptême. Saint Isidore nous apprend 6 que le Symbole n'était enseigné aux catéchumènes, que lorsqu'ils étaient
1 Lib. 2. - 2 Lib. 7, Orig., cap. 14. - 3 De Pœnitent., cap. 6. - * Ep. 13. « Epist. 24. - « Lib. 2, de Off. Eccl., cap. 21.
sur Je point d'être baptisés, et on les appelait alors compétents. Saint Ambroise écrit à sa sœur Marcelline * : « Après les leçons et le sermon, les catéchumènes étant sortis, j'enseignais dans le baptistère le Symbole à linéiques compétents. » Sozomène 2, racontant l'histoire du concile de Nicée , omet le Symbole, « Parce que, dit-il, il est vraisemblable que quelques-uns de ceux qui ne sont point initiés aux mystères, parcourront le livre que j'écris. » b'Ordo romain, dans la dénonciation du scrutin aux élus, décrit exactement la manière dont le Symbole était transmis aux catéchumènes. Après les exorcismes et la lecture du commencement des quatre Évangiles, on leur récitait le Symbole d'abord en grec, pliis en latin ; on ajoutait une préface pour les exhorter et un appendice à la louange du Symbole. Il était également défendu d'apprendre ou de réciter aux catéchumènes l'Oraison dominicale. Ils ne l'entendaient qu'après avoir reçu le Symbole, et on ajoutait après chaque demande une exposition courte et solide, que nous donnerons plus loin, livre II, chapitre XV. Cette prière leur était interdite avant le baptême, parce que, comme 1 écrit saint Gyprien à Pompéius 3 : « C'est par le baptême qu'a lieu la naissance des chrétiens ; » et que celui-là ne peut avoir Dieu pour père qui n'a pas l'Église pour mère. Ceux donc qui n'avaient pas été régénérés par l'eau, n'étaient point considérés comme enfants de Dieu et comme frères des fidèles, et en conséquence ils n'osaient avant leur renaissance dire : Notre Père qui êtes aux deux. C'est cette môme raison qui les empêchait de prier avec les fidèles, au témoignage de saint Chrysostôme qui4, parlant de la force et de l'efficacité de la prière faite au sein de l'Eglise, dit : « Cela n'est point encore permis aux catéchumènes, car ils ne sauraient avoir cette confiance. Quant à vous, il vous est recommandé de prier pour tout le monde, pour l'Église et pour ceux qui la gouvernent. » Il leur avait été défendu par le premier concile d'Orange5 de recevoir ia bénédiction avec les tideles, et ils devaient la recevoir
1 Ep. 33. - ■ Lib. I, cap. 19. - * Epis. 74. - ' Hom. 79, ad pop. Ant. -^ 3 Can. 20.
séparément. Les évoques ne pouvaient en leur présence imposer les mains aux ordinands, d'après le IVe canon du concile de Laodicée, ni conférer le baptême, d'après le canon XIXe du concile d'Orange déjà cité ; en sorte que la vue même de cette piscine, après laquelle ils soupiraient si vivement, leur était interdite. Innocent 1er, dans sa lettre à Décentius, parlant du sacrement de confirmation et de sa forme, écrit : « Je ne puis dire les paroles, de peur de paraître plutôt trahir le secret que répondre à une consultation. » Saint Cyrille d'Alexandrie, dans son VIP livre contre Julien, s'exprime ainsi : « Je traiterais de ces matières, •> c'est-à-dire des mystères du baptême, « si je ne craignais les oreilles de ceux qui ne sont point initiés. » Saint Ambroise, devant exposer les mystères du baptême dans son livre De initiandis, commence ainsi : <« Maintenant il faut vous parler des mystères et vous exposer la nature même des sacrements ; si nous l'avions expliquée avant le baptême, lorsque vous n'étiez point initiés, nous aurions plutôt passé pour trahir les mystères que pour les exposer. » C'est de cette discipline, à ce qu'il me semble, que vient le canon XXXVIIe du concile d'Elvire, que Baronius regarde comme supposé ; d'autres se tourmentent pour l'expliquer d'une manière convenable et dans un sens orthodoxe ; le voici : « Il nous a paru bon qu'il n'y eût point dans l'église de peintures, afin que ce qu'on vénère et qu'on adore ne soit pas représenté sur des murailles. » Paroles dont les hérétiques essaient en vain d'abuser pour attaquer, par l'autorité de ce concile, l'usage et le culte des saintes images. Bien différente fut l'intention de ces Pères -, on doit la juger d'après la coutume de ce siècle, si attentif à ce que les mystères de notre sainte religion ne fussent point découverts aux infidèles. Ils défendirent donc de peindre sur les murs ce que les chrétiens vénèrent et adorent, et ils désignèrent confusément ce qui ne devait pas être peint par ces mots : ce qu'on vénère et qu'on adore, afin que les iidèles seuls comprissent que par ce canon étaient défendues les images de Dieu et de Jésus-Christ, dans la crainte qu'elles ne fussent outragées par les païens
qui souvent se ruaient sur les églises, et qu'ils ne vinssent à rallier les chrétiens en leur reprochant d'adorer un homme comme un Dieu, et de peur aussi que les catéchumènes, qui entendaient parler d'un Dieu incommensurable, immense et spirituel , le voyant représenté sous la forme d'un homme, n'en conçussent des idées indignes de sa majesté souveraine. Enfin, il faut observer qu'ils ne défendirent point de le peindre sur des tableaux, qui peuvent facilement être enlevés ou soustraits par des voiles à tout regard profane.
Mais le Sacrement qu'on cachait avec le plus d'attention, c'était l'Eucharistie ; c'est pour cela que les anciens Pères en ont écrit peu de choses, et n'en ont parlé qu'obscurément, soit parce qu'à leurs sermons assistaient des gens qui n'étaient point initiés, soit qu'ils aient craint que leurs livres ou leurs traités ne tombassent entre des mains profanes. Saint Basile observe avec justesse 1 ; « Qu'il ne convenait point d'exposer dans un écrit public ce que ceux qui ne sont pas initiés ne doivent pas même apercevoir. » Saint Grégoire de Nazianze dit que la plupart de nos mystères ne peuvent pas même être indiqués à ceux qui sont hors de la communion des fidèles. Saint Ambroise 2 dit : « Tous ne voient pas la grandeur de nos mystères; ils sont cachés par les lévites, afin que ceux qui ne doivent point les voir ne les aperçoivent pas. » Que si quelquefois il était nécessaire d'en parler, on se servait de cette périphrase: Les fidèles savent, « Le sacrifice que les fidèles savent n'existait pas encore, » dit saint Augustin 3, et ailleurs 4 : « Le sacrifice véritable que les fidèles connaissent, » et plus bas : « Ce corps que vous connaissez, que tous ne connaissent pas et qu'il serait à souhaiter que ceux qui le connaissent, ne le connussent pas pour leur condamnation. » Et sur ces paroles du psaume 109 : Vous êtes prêtre pour toujours ;' « Je parle aux fidèles, dit-il; si les catéchumènes ne comprennent pas, qu'ils secouent leur nonchalance et se hâtent d'arriver à la connaissance. » Saint
1 Lib. de Spir. Sancl. ad Amph., cap. 27. — a Lib., 1 OfT. cap. 50. — " In Psalm. 33. - • In Psalm. 39.
Chrysostôme dit { : « Les initiés seuls savent combien le mystère de l'Eucharistie est rempli de miséricorde. » Et dans l'Homélie sur la trahison de Judas : « Les initiés savent ce que nous disons. » Et ailleurs ?: « Je voudrais, dit-il, parler clairement, mais je n'ose à cause de ceux qui ne sont pas initiés. » Saint Augustin dit encore 3 : « C'est là le sacrifice des chrétiens que l'Eglise célèbre par le sacrement de l'autel, que les fidèles connaissent. » Dans le 1er Dialogue de Théocloret, l'orthodoxe, voyant qu'il a été question de l'Eucharistie, avertit de parler obscurément et à mots couverts, de peur que quelque profane n'entende. Toujours les anciens Pères usèrent de cette circonspection, soit qu'ils eussent pensé diminuer en quelque sorte la majesté des mystères. S'il les eussent ouvertement exposés aux catéchumènes et aux profanes, soit qu'ils voulussent par là exciter dans l'âme de ceux qui n'étaient pas initiés un plus vif désir de les connaître. Saint Cyrille de Jérusalem s'exprime ainsi dans la préface de ses Catéchèses : « Lorsque la Catéchèse est récitée, si quelque catéchumène vient te demander : Que disaient les docteurs ? Ne dis rien à cet homme du dehors. » Et plus bas : « Et toi aussi tu fus catéchumène, et alors on ne t'exposait pas les mystères qu'on te développe aujourd'hui ; quand tu sauras par expérience la sublimité des choses qu'on te révèle, tu comprendras alors que les catéchumènes ne sont pas dignes de les entendre. » Saint Augustin atteste 4 que la raison pour laquelle on ne communique point les Sacrements aux catéchumènes, « C'est afin qu'ils les désirent avec d'autant plus d'ardeur, qu'on les leur cache avec plus de respect. » Les Marcionites, méprisant cette discipline, admettaient indistinctement à leurs mystères les catéchumènes avec les fidèles, au rapport de saint Epiphane 5 et de saint Jérôme 6. Je pense aussi que c'est d'eux que Tertullien parle dans ses Prescriptions 1, quand il dit : « Je ne veux point oublier de décrire la coutume
1 Homel. 72, in Matt. — 2 Hom. 40, in 1 Ep. ad Gorint. — 3 Lib. 18, de civit. Dei, cap. 6. — * Tract. 96, in Joan. — 5 Hœres. 42. — ° In cap. 6, epist. ad Galat. - 7 Gap. 41.
des hérétiques, combien elle est vaine, terrestre et basse, sans majesté, sans autorité, sans discipline, comme leur foi. On ne sait d'abord quels sont les catéchumènes, ni quels sont les fidèles ? tous sont réunis, tous écoutent, tous prient pêle-môle. » Mais les catholiques observaient si religieusement cette distinction, que saint Athanase i convainct de fausseté ses adversaires qui, prétendant que Macaire avait renversé le saint autel pendant le sacrifice, produisaient pour témoins des catéchumènes, par cette seule réponse : « Si les catéchumènes se trouvaient présents, on ne célébrait donc pas le sacrifice. » Théophane, dans sa Chronographie, se sert de la même raison pour démontrer que l'empereur Constantin fut baptisé à Rome par le pape Silvestre, et non à Nicomédie par Eusèbe. « S'il eût assisté au concile de Nicée, dit-il, sans être baptisé, il n'aurait pu être présent aux divins mystères, ni participer aux prières qu'adressaient à Dieu les saints pontifes, ce qui répugne à dire et bien plus encore à croire.» Pallade parle en ce sens dans la vie de saint Chrysostôme, où il rapporte comme un crime énorme que, dans le tumulte excité contre ce saint évêque, quelques profanes, faisant irruption dans le temple, aient vu ce qu'il ne leur était point permis d'apercevoir. Saint Gaudence de Brescia, dans son second sermon adressé aux néophytes à leur retour des fonts, dit : « Nous devons exposer seulement aux néophytes les choses qu'il n'est pas permis d'expliquer aux catéchumènes. » Enfin, pour ne point parler des autres, saint Epiphane 2 exposant le mystère de l'Eucharistie et craignant, lui aussi, la présence des catéchumènes, en parle ainsi en mots couverts : « Nous savons ce que Notre Sauveur prit dans ses mains et sur lequel, après avoir rendu grâces, il dit : Ceci est telle ou telle chose. » Que si quelque catéchumène avait, sans le savoir, reçu l'Eucharistie, on le baptisait aussitôt, comme nous rapprennent les Constitutions apostoliques 3 et Timothée d'Alexandrie. On refusait môme aux catéchumènes les eulogies, c'est-à-dire le pain qui restait sans avoir été consacré, et qu'on distribuait ordinairement après
1 Apol., 2. - a In Anch. - 5 Lifo. 7, cap. 26.
la Messe. C'est ce que nous apprend également Théophile d'Alexandrie *, ainsi que l'explication qu'en a faite Balsamon. En effet, les fidèles dont, au rapport de Tertullien, la piété était affligée lorsque, par accident, du pain ordinaire venait à tomber à terre, parce que c'était la matière de l'Eucharistie, devaient, à bien plus forte raison, considérer comme inconvenant de donner ces fragments de pain sanctifiés par les bénédictions de l'Eglise, à des profanes et à ceux qui n'étaient point initiés. Toutefois on leur donnait du sel, non-seulement au baptême, mais môme pendant le catéchuménat. C'est à cet usage, et non aux eulogies, que fait allusion saint Augustin, quand il dit2: « Ce que reçoivent les catéchumènes, bien que ce ne soit pas le corps du Sauveur, est cependant saint, plus saint que la nourriture ordinaire, car c'est un sacrement. » Et ailleurs 3, parlant de son catéchuménat : « Encore enfant, dit-il, j'avais entendu parier de cette vie éternelle que la miséricorde de votre Fils, Notre-Seigneur Jésus- Christ, nous a promise ; déjà je me signais du signe de la croix, et je recevais le sel. » C'était l'unique sacrement des catéchumènes ; le troisième concile de Carthage 4 en parle, quand il dit : « Il a semblé bon que, même pendant la solennité de Pâques, aucun sacrement ne fût donné aux catéchumènes, sinon le sel accoutumé. » L'usage dont parle ce canon existait en France du temps de Charlemagne, car ses Capitulaires 5 prescrivent de ne point donner à Pâques le sacrement aux catéchumènes, « Mais seulement qu'au lieu de communion, on leur donne du sel béni par les prêtres. » Après le baptême, au sortir des fonts, on leur faisait goûter du lait et du miel, comme des symboles de l'enfance mystique. Tertullien 6 cite cet usage parmi les anciennes traditions. « Sortis de là, dit-il, » c'est-à-dire des fonts sacrés, « nous goûtons la douceur du lait et du miel. » Saint Jérôme parle dans le même sens, quand il dit7 : « Plusieurs observances pratiquées dans l'Eglise d'après la tradition, ont acquis l'autorité
1 Cap. 7. — 2 Lib. 2, de Peccat. mer. et remis1, cap. 26. — 3 Lib. 1, conf., eap. 2. — * Can. 5. — 5 Lib. 7, cap. 190. — 6 Lib. de Corona, cap. 8. — ' Adversus Luciferianos.
de lois écrites, comme de plonger trois fois la tête dans l'onde baptismale, de goûter, au sortir de cette fontaine sacrée, la douceur du lait et du miel pour symbolyser l'enfance. » Et Tertullien encore 1 : « Jusqu'ici, dit-il, il n'a rejeté ni l'eau du Sauveur, dans laquelle les siens sont encore lavés, ni l'huile sainte dont ils sont oints, ni le miel et le lait par lesquels il leur symbolise l'enfance. » La vierge sainte Agnès rappelle également ce rite quand elle dit : « J'ai reçu de sa bouche (de Jésus-Christ) le lait et le miel. »
Je trouve qu'autrefois les catéchumènes étaient partagés en différentes classes. En effet, d'abord les infidèles déclaraient qu'ils voulaient embrasser la foi chrétienne, et alors on les réunissait en particulier dans quelque maison particulière, pour leur montrer la fausseté du paganisme. Ils étaient ensuite admis à l'église, pour y entendre les instructions; après, ils pouvaient s'agenouiller à l'église et participer aux prières des fidèles. Enfin, ceux qui bientôt devaient recevoir le baptême étaient inscrits sur un registre. Le canon Vil du premier concile de Constantinople exprime ainsi l'ordre et le nom de ces différentes catégories : « Le premier jour, nous les faisons chrétiens ; le second, catéchumènes, et le troisième nous les exorcisons, leur soufflant trois fois sur la face et dans les oreilles, et ainsi nous les catéchisons et leur donnons la première initiation, puis nous avons soin que pendant un long temps ils assistent à l'église, entendent les écritures, et alors nous les baptisons. » Le canon XCV du concile in tndlo, indique le môme ordre. D'autres se servent de noms différents. Mais, dans l'Eglise latine, on les partageait en quatre classes, dont les noms se rencontrent ça et là chez les Pères. Quelquesuns, désirant quitter le paganisme pour embrasser la foi chrétienne, écoutaient à l'église la parole de Dieu, mais ne demandaient pas encore le baptême ; on les nommait audientes, Ecoutants. D'autres, après avoir entendu l'instruction, se prosternaient et s'unissaient en quelque sorte aux prières des fidèles, êl on les nommait Prosternés, substroti, ou bien gewua fteclcntes,
1 A'Iv.'is. Marc, lib. 1, cap. l'i.
D'autres, suffisamment instruits, demandaient le baptême, et ils étaient appelés Compétents, compétentes. Enfin on donnait le titre d'Élus, Electi, à ceux dont les noms avaient été inscrits sur le registre pour être prochainement baptisés. Saint Augustin i fait venir la dénomination de compétents de ce que ceux de cette classe demandaient ensemble le baptême. » Et d'abord, dit-il, ces compétents, pourquoi s'appellent-ils ainsi? Qu'ils le sachent, on nomme compétents ceux qui demandent ensemble, de même que les consêdents sont ceux qui sont assis ensemble, colloquents ceux qui parlent ensemble, et concurrents ceux qui courent ensemble. Ainsi le titre de Compétents ne peut s'entendre que de ceux qui demandent ensemble. » Saint Isidore parle dans ce même sens 2 : « Les Compétents, dit-il, sont ceux qui, après une connaissance suffisante de la foi, après une vie réglée, sont sur le point de recevoir la grâce du Seigneur ; c'est pourquoi on les appelle compétents, c'està-dire demandant la grâce du baptême, car les catéchumènes écoutent seulement, mais ne demandent point encore. »
Cette division en catéchumènes et en compétents est celle que les Pères emploient plus fréquemment. Sous le nom des premiers, ils comprennent les Écoutants et les Prosternés, et sous le nom des seconds ils désignent les Compétents et les Élus, entre lesquels souvent ils ne font aucune distinction. Dans un manuscrit de la reine de Suède, n° 914, on trouve une très-ancienne collection de canons, à la suite de laquelle on voit un sermon à des époux, sans nom d'auteur, dans lequel l'orateur, s'adressant aux fidèles et aux pénitents qui assistaient, sans distinction de classe, aux instructions, désigne séparément les catéchumènes et les compétents. « Ecoutez, dit-il, mes bien-aimés, écoutez, membres du Christ, enfants de la mère catholique. Que les fidèles écoutent ce que je dis aux Compétents ; que les Compétents entendent ce que j'adresse aux fidèles; que les Pénitents entendent ce que je dis aux fidèles et aux Compétents, et ce que je dis aux Compétents, aux fidèles et aux Pénitents, que les cathécu-
« Serin. 116, de tempore. — 2 Lib. 2, de off. Eccl., cap. 21.
mènes l'entendent ; que tous écoutent, que tous craignent ; que personne ne méprise. »
Dans les premiers temps de l'Eglise, et quand la nécessité le demandait, il n'y avait point de temps déterminé pour le catcchuménat; mais les Apôtres et leurs disciples baptisaient tous ceux qui, s'occupant activement de leur salut, étaient suffisamment instruits. Dans la suite, les Pères crurent que les catéchumènes devaient, pendant assez longtemps, apprendre leséléments de notre foi, et qu'il fallait fixer un temps pendant lequel ils seraient instruits. Toutefois, ce temps variait suivant la diversité des lieux, ou suivant que la condition des personnes l'exigeait. Le concile d' El vire prescrivit trois ans pour les flamines *, cinq années pour les femmes qui avaient abandonné leur mari sans motif 2, et deux années pour les autres3. Le concile d'Agde commande 4 de garder les Juifs huit mois parmi les catéchumènes ; et le concile de Nicée décida 5 que les catéchumènes qui seraient tombés, demeureraient trois ans parmi les Écoutants. Comme, pendant la persécution, on avait cru devoir abréger cette durée, le même concile défendit 6 qu'on agît ainsi désormais et ordonna d'observer le temps marqué. Enfin, après quelques siècles, la durée du catéchuménat fut réduite à quarante jours, c'est-à-dire au temps du Carême, pendant lequel il y avait ordinairement six scrutins et le septième la veille de Pâques; mais ce n'est pas ici le lieu d'en parler. Les évoques et les prêtres s'informaient des mœurs, de la conduite, de la piété des catéchumènes, et s'il s'en trouvait qui fussent indignes, on les soumettait à une discipline plus sévère jusqu'à leur renvoi, ainsi que nous l'apprend le Y' canon du concile de Néocésaréc. « Tous ceux, dit saint Justin martyr7, qui sont persuadés, et qui croient que les choses que nous enseignons et que nous disons sont vraies, et qui promettent d'y conformer leur vie, nous prions, nous jeûnons avec eux pour leur apprendre à jeûner, à prier, à demander pardon à Dieu des péchés de leur vie passée ; nous les conduisons ensuite où est l'eau sainte,
1 Can. 4. - '■ Gan. 11. - " Can. 42. - ' Can. 34. - ' Can. 14. -- G Can. %. - ' Apol. 2.
et ils y sont régénérés de la même manière que nous l'avons été nous-mêmes. » Arnobe fait allusion à cette discipline, quand il dit i que « les âmes, quittant leur cruauté et leur inhumanité, prennent des mœurs plus douces, afin de pouvoir être préparées à recevoir ce qu'on doit leur donner ; » c'est-à-dire au Baptême et à l'Eucharistie, qu'il désigne obscurément et à demi-mot à cause des infidèles. Ils étaient donc d'abord instruits, puis ils professaient la foi chrétienne, ensuite ils s'appliquaient au jeûne, à la prière et aux autres œuvres de pénitence, quittant leur cruauté et leur inhumanité, comme dit Arnobe, se servant d'une locution appropriée aux mystères des païens, c'est-à-dire, pour me servir d'une phrase chrétienne, renonçant à leur ancienne vie et demandant pardon de leurs péchés. Alors, régénérés par le Baptême, ils assistaient à la Messe et participaient au corps du Sauveur. Tout ceci avait lieu par degrés et dans l'ordre que nous avons indiqué, jusqu'à ce qu'ayant été purifiés dans l'onde salutaire, tous nos saints mystères leur fussent révélés. Cette coutume d'éloigner les profanes des mystères était autrefois observée même par des sectes impies. Au livre IIe de la vie de Pythagore, chapitre XXXII, Jamblique nous apprend que « si quelquefois l'usage voulait qu'on se réunît avec des étrangers, ou, pour parler ainsi, avec des profanes, ils (les disciples de Pythagore) n'énonçaient point leurs mystères, mais qu'ils se communiquaient leurs pensées par des symboles, par des formules secrètes et obscures et, pour ainsi dire, par énigmes. » Et Plutarque, dans son livre de Garrulitate : « Les hommes, dit-il, nous apprennent à parler, les dieux à nous taire, puisque dans leurs sacrifices et au sujet de leurs mystères ils nous obligent au silence. « Apulée2, après avoir raconté que le prêtre le conduisit loin des profanes, dans le sanctuaire le plus reculé du temple, ajoute : « Vous demandez peut-être avec anxiété ce qu'on y prononça, ce qu'on y fit. Je le dirais, s'il était permis de le dire ; vous le sauriez, s'il vous était permis de l'entendre; mais et la langue assez téméraire pour le dire, et les oreilles assez curieuses pour l'écouter, seraient cou-
1 Lib. 2, adv. Gent. - a Lib. 2, fabul. Mil.
pables d'un même crime, i 11 continue ensuite à mot? couverts : « J'ai approché des frontières de la mort porté par tous les éléments; je suis revenu du seuil de Proserpine que mes pas ont foulé ; j'ai vu, au milieu de la nuit, le soleil resplendir de tout son éclat ; j'ai vu les dieux inférieurs, les dieux supérieurs ; je m'en suis approché et je les ai adorés de près. Je vous rapporte ce que j'ai vu, et, encore que vous l'entendiez, il est nécessaire que vous ne le sachiez pas. » Suétone écrit que la voix d'un héraut chassait également des mystères de Gérés les impies et les coupables, et que Néron en fut tellement effrayé qu'il n'osa y assister.
Mais revenons à la Messe. Après l'instruction qui suivait l'Evangile, les diacres commandaient non-seulement aux catéchumènes, mais aussi aux infidèles et à tous ceux qui n'étaient point purs de ne pas rester et de sortir hors du temple ; des ministres en gardaient les portes et avaient soin de les fermer après la sortie des profanes. Cette fonction appartenait autrefois aux diacres, comme l'observent Maxime et Pachimère 1 :« Remarquez, dit Maxime, que c'était les diacres qui alors gardaient les portes, maintenant ce sont les sous-diacres. » Saint Clément 2 dit qu'alors les diacres gardaient la porte des hommes ; celle par laquelle entraient les femmes était gardée par les sous-diacres. Le concile de Laodicée ordonne que le ministre, c'est-à-dire le sous-diacre, ainsi que l'expliquent Zonaras, Balsamon et d'autres, ne doit point abandonner les portes. Enfin, des sous-diacres cette charge passa aux portiers, parce que, suivant la remarque de saint Thomas 3, dans les anciens temps, à cause du petit nombre de ministres, toutes les fonctions inférieures étaient confiées aux diacres; mais, le culte divin s'étant développé dans la suite, l'Eglise institua d'autres- ordres. Cette pratique est maintenant loin bée en désuétude : les portiers ont cessé de garder les portes de l'église, et tous, franchissant indistinctement les barrières, se ruent, pour ainsi parler, jusque sur l'autel duquel autrefois les prêtres et leurs ministres pouyaient seuls approcher. On ignore
1 Cap 5, Hierarch. eccles— 2 Lib. 8, Const.— 3 Supplem. 3 pars, quaest. 37, art. 2.
à quelle époque ceci a commencé. Il en est qui pensent, d'après ce que dit saint Thomas dans la Question précitée, que cet usage avait cessé avant son temps. Cette conjecture devient encore plus certaine par le témoignage de Jean Zonaras, qui, dans ses Annotations sur le concile de Laodicée, dit que de son temps, c'est-à-dire environ cent cinquante ans avant saint Thomas, les ministres avaient cessé de garder les portes. Il me semble assez probable que les portes furent ouvertes à tous, alors qu'il n'y eut plus ni infidèles, ni catéchumènes, ni pénitents, qu'on dût éloigner des saints mystères et renvoyer aussitôt après l'instruction. Or, plusieurs choses peuvent prouver que, dans l'Eglise latine, ceci est arrivé vers l'an 700 après Notre-Seigneur Jésus-Christ. D'abord les anciens Missels et Rituels ne font aucune mention de ce renvoi, et on n'en trouve aucun vestige dans les anciens auteurs liturgiques, tels que Strabon, le Micrologue, Raban, Amalaire, Alcuin, bien que leur coutume soit d'expliquer chaque rite avec le plus grand détail. Les Pères et les conciles postérieurs à l'an 700 n'en font point mention, quoique, d'après l'ancienne manière de parler, ils distinguent quelquefois la Messe des catéchumènes de celle des fidèles. Et qu'on n'objecte point ce qu'écrit Amalaire 1 : « Nous avons la coutume de faire sortir les catéchumènes avant l'Evangile; » car il parle ici d'un autre rite usité de son temps depuis le milieu du Carême jusqu'au Samedi- Saint, et qui fut encore en vigueur quelques siècles après lui. C'est de ce rite que parle Jean Beleth, qui vivait l'an 1190 2. Comme il ne se trouvait plus de païens ou de Juifs qui demandassent le Baptême, et que ceux qui devaient recevoir ce Sacrement étaient nés de parents chrétiens et encore dans l'enfance, on en réservait quelques-uns pour le Baptême solennel de la veille de Pâques. Ceux-ci restaient à l'église jusqu'après l'Epi tre, et quand le Graduel était chanté, le diacre criait à haute voix : « Que les catéchumènes se retirent; s'il y a quelque catéchumène, qu'il sorte ; que tous les catéchumènes sortent hors du temple. » Ils sortaient et demeuraient devant l'église jusqu'à la
« Lib. 1, cap. 36. - 2 Lib. de div. off., cap. 34.
lin de la Messe et un diacre venait à la porte leur lire l'Evangile. C'était là l'usage du premier et du second scrutin 1 ; au troisième, qu'on appelait scrutin de l'ouverture des oreilles, après leur avoir transmis le Symbole et expliqué l'Oraison dominicale, le diacre avertissait de se retirer. Les parents sortaient avec leurs enfants confiés à leur garde pendant qu'on terminait la Messe. Puis les parents et les parrains rentraient à l'église avec des offrandes qu'ils présentaient pour ces enfants, cérémonies qui sont longuement décrites dans YOrdo romain. C'est de ce renvoi qu'il faut entendre ce que disent Amalaire et Beleth et non du renvoi solennel et quotidien, qui avait lieu autrefois, et d'où la Messe des catéchumènes a tiré son nom, encore que cet usage plus récent ait découlé du premier. Saint Augustin dit 2 : « Voici après le sermon le renvoi des catéchumènes ; les fidèles resteront; on se rendra au lieu de la prière. »
Les Grecs conservent encore l'ancienne coutume, et quoiqu'il n'y ait dans leurs églises ni catéchumènes, ni pénitents, cependant dans toutes leurs Liturgies le diacre dit cette formule consacrée : « Tous, tant que vous êtes, catéchumènes, retirezvous ; qu'aucun catéchumène ne reste. Nous tous, fidèles, prions le Seigneur dans la paix ; » ou, suivant la formule de la Liturgie de saint Basile : « Qu'aucun catéchumène, qu'aucun profane, qu'aucun de ceux qui ne peuvent prier avec nous, ne reste dans cette enceinte ; reconnaissez-vous, gardez les portes, que tous soient purs. »On ne trouve cependant pas la distinction de la Messe des fidèles et de celle des catéchumènes chez les Grecs, quoique dans leurs églises l'action du sacrifice ait toujours été la même que chez les Latins, et qu'ils aient observé la même discipline à l'égard des catéchumènes et des pénitents. Saint Denys 3 décrit pompeusement et fort au long ce rite. J'en extrairai ce qu'il y a
1 On appelait scrutins certaines initiations partielles des catéchumènes. Il sconsistaient surtout dans les exorcismes, la récitation, l'explication du symbole et de l'oraison dominicale, et dans d'autres cérémonies, dont le rituel romain a conservé Itt plus importantes. Grancolas en donne la description d'après l\Ordo romain dans son ancien Sacramentaire, tom. 2, pag. 12. — 2 Serm. 237, de Temp. — " Cap. 3, Hierarch. Eccles.
de plus important. « On lit ensuite, dit-il, les saintes Ecritures ; après cette lecture, on chasse de l'assemblée les catéchumènes et avec eux les énergumènes et les pénitents ; ceux-là seuls demeurent qui sont dignes d'assister et de participer aux mystères. Or, la coutume de la sacro-sainte hiérarchie permet aux catéchumènes, aux énergumènes et à ceux qui font pénitence, d'entendre la psalmodie sacrée et la lecture des divines Ecritures ; mais elle ne les admet aucunement aux sacrifices et et aux pompes qui suivent. Elle n'y reçoit que les regards purs des parfaits. Les catéchumènes occupent le dernier rang parce qu'ils sont étrangers, ignorant entièrement la hiérarchie de laperfection, et qu'ils n'ont pas encore été associés à la famille divine par une divine naissance. On les instruit par des discours paternels, et on les prépare par de vivifiantes exhortations à cette bienheureuse perfection de lumière et de vie produite par la régénération divine. La troupe des énergumènes, elle aussi, est impure : cependant elle obtient une place supérieure à celle qu'occupent les catéchumènes. Du reste, je soupçonne, que dis-je? je suis certain que la véritable opinion des saints ordres, c'est que, plus encore que les énergumènes proprement dits, ceux-là sont sous le joug de cette détestable possession de Satan, qui, menant une vie honteuse, par leurs maximes perverses et la corruption de leurs mœurs se livrent aux démons, et auxquels une folie également funeste et incompréhensible fait rejeter les biens véritables, immortels, qui réjouiront pendant l'éternité, pour rechercher avec ardeur et poursuivre des choses incertaines, mobiles et terrestres, des plaisirs honteux et coupables, des joies fugitives, extérieures et sans réalité ; ceux-ci donc aussi, et peut-être plus justement encore que ceux-là, sont éloignés du sacrifice par la voix du ministre, et il ne leur est point permis de participer à aucune des choses saintes, sinon aux enseignements sacrés de la parole de Dieu, qui peuvent les ramener à une vie meilleure. » Ainsi parle saint Denys, par lequel on voit que la coutume de renvoyer les énergumènes et les pénitents avec les catéchumènes est fort
ancienne. Saint Uenys étend le nom denergu menés à ceux qui, livrés aux impudicités par leurs mœurs corrompues, servent le démon ; ce que je ne me souviens pas avoir rencontré nulle part ailleurs, et je ne crois pas que jamais l'ancienne Eglise ait, sous le nom denergu mènes, voulu désigner les hommes charnels et livrés à leurs penchants vicieux, mais seulement ceux dont les corps étaient possédés ou obsédés par le démon. Saint Chrysostome 1 parie des énergumènes, et de l'oraison qu'on disait sur eux dans l'église avant de les renvoyer. Du reste, en congédiant ces différentes sortes de profanes, on gardait un certain ordre. Il serait assez difficile de comprendre et d'expliquer cet ordre, si nous ne disions d'abord quelques mots des pénitents, de leurs différents degrés et de leurs diverses classes, d'après les indications que nous fournira l'ancienne discipline de l'Eglise.