CHAPITRE XVII
Lie pardon refusé autrefois à certains péeliés, et ensuite accordé a tous. — Quatre classes de pénitents: Pleurants, Ecoutants, Prosternés, Consistants. — Origine, durée, discipline de chaque classe. — De la pénitence des femmes. — Qu'était-ce que les Hiémants? — Dans quel ordre étaient renvoyés les pénitents et les autres, qui ne pouvaient assister à la Messe des tidèlesV — De ransolul ion sacramentelle.
Tel était, au commencement de la religion chrétienne, le zèle de la piété, telle était l'horreur du vice, qu'on refusait toute pénitence, tout espoir de pardon à certains crimes, qui semblaient plus énormes, en sorte que celui qui s'en était rendu
' Hom. 3 et 4, De Dei nat.
coupable, bien qu'il pût, par une véritable douleur, obtenir son pardon de la divine miséricorde, ne pouvait cependant jamais être réconcilié avec l'Eglise. Ces crimes étaient: l'idolâtrie, l'homicide, l'adultère. On le voit par Tertullien qui, déjà montaniste, dans son livre de Pudicitia déclame aigrement contre le décret du pape Zéphirin, qui ordonnait d'admettre les adultères à la pénitence. On le prouve également par les canons du concile d'Elvire et par la lettre d'Innocent Ier à Exupère *, dans laquelle il est dit qu'autrefois, dans les temps de persécution, la discipline était plus sévère, de peur que la facilité avec laquelle on eût accordé la communion, n'eût pas détourné d'une chute des chrétiens sûrs d'être facilement réconciliés. La paix ayant été rendue à l'Eglise, cette sévérité a cédé la place à la miséricorde ; mais sous l'empire de cette première et si rigoureuse discipline, accordait-on aux coupables, à la fin de leur vie ou en danger de mort, la réconciliation de ces crimes ? C'est une question douteuse. Le concile d'Elvire commanda de leur refuser la communion, même à la mort, et certaines Epîtres de saint Gyprien nous apprennent que cette coutume était en vigueur, de son temps, dans l'Eglise d'Afrique. D'autres, au contraire, s'efforcent de justifier l'Eglise, même dans ses premiers temps, d'une rigueur aussi barbare, et ils affirment que jamais le pardon et la réconciliation ne furent refusés au moment de la mort à un véritable pénitent. Et, à dire vrai, si sous ce nom de pardon ils entendent seulement l'absolution sacramentelle, leur opinion est assez probable ; mais si, par ce mot, ils désignent une réconciliation entière, donnant le droit de participer aux prières, de présenter des offrandes au sacrifice et d'y communier, je nie qu'un tel pardon ait toujours été accordé. Tel est au moins le sens des anciens canons, qui commandent de refuser à ces coupables la communion, même à la fin de leur vie ; que si quelqu'un, après avoir reçu l'absolution étant en danger de mort, recouvrait la santé, il n'était admis dans l'assemblée des fidèles, que lorsqu'il s en était rendu digne par l'accomplissement de sa pénitence.
< Cap. 2. -
Mais, lorsque la sévérité de cette discipline si rigoureuse se fut adoucie, les portes de l'indulgence et de la miséricorde furent ouvertes, même pour les trois crimes que nous avons énumérés. Pourtant, on n'avait pas coutume d'accorder indistinctement, à tous ceux qui le demandaient, la faculté de faire pénitence dans l'église. Il fallait auparavant qu'il fût constant qu'on détestait sérieusement les crimes commis, qu'on désirait véritablement faire de dignes fruits de pénitence et réformer sa vie. C'est pourquoi ils demeuraient longtemps devant le portail, sur la place, en dehors du vestibule, revêtus de cilices, la tête couverte de cendres ; ils se prosternaient aux pieds des fidèles qui entraient à l'église, et les conjuraient d'intercéder pour eux auprès de l'évoque, ■ des prêtres, de toute l'assemblée et de leur obtenir le droit de faire pénitence. Tertullien fait allusion à cet usage quand il dit * : « Elle attend, elle désire, elle demande la pénitence pour ceux qui commencent leur salut. » Et ailleurs 2 : « Elle se tient devant les portes de l'église, avertit les autres de ses chutes, invoque pour elle les larmes des frères, et revient ayant plutôt demandé le droit de confesser son crime, que celui de communiquer avec l'assemblée ; elle ne perd pas, mais elle prépare le fruit de ses peines. » Saint Cyprien, parlant de la pénitence de Gastus et d'Emilius, qui étaient tombés au milieu des tortures 3, dit : « C'est ainsi que Dieu a pardonné à Castus et à Emilius; c'est ainsi qu'il les a rendus vainqueurs dans leur second combat, eux qui avaient été vaincus dans le premier; ceux que les flammes avaient fait reculer ont été plus forts que les flammes, et ce qui avait causé leur défaite est devenu la cause de leur triomphe. Or, ceux-là avaient demandé la pénitence, nonseulement par leurs larmes, mais aussi par leurs blessures ; à leurs gémissements se joignait la voix de leurs meurtrissures et de leurs souffrances. » Eusôbe, à la fin du Ve livre de son Histoire, raconte également comment la pénitence fut demandée et obtenue par le confesseur Natalis, qui, trompé par les héré-
• De Patientia, cap. 12. — 2 De Pœnitent., cap. 3. — 3 De lapsis.
tiques, avait consenti à en recevoir 1 episcopat. Il nous le montre revêtu d'un cilice et couvert de cendres, se jetant aux pieds de l'évêque Zéphirin en versant des pleurs, se prosternant, nonseulement devant les clercs, mais devant les laïques, les suppliant, les conjurant leur montrant les cicatrices des blessures qu'il avait reçues pour la foi, et touchant enfin, par ses gémissements, le cœur de l'assemblée. Tèrtullien décrit admirablement les œuvres de pénitence *, quand il dit:«L'Exomologèse est un exercice pour abattre l'homme et l'humilier; elle lui prescrit un genre de vie propre à attirer la miséricorde ; elle règle même son vêtement et sa nourriture, l'oblige à se revêtir d'un cilice, à coucher sur la cendre, à négliger son corps, affliger son esprit, et à effacer par sa douleur les crimes qu'il a commis. Elle lui commande de ne boire et de ne manger que des choses simples, non point pour satisfaire le goût, mais pour soutenir la vie, de fortifier le plus souvent ses prières par des jeûnes, de pleurer, de gémir, de crier jour et nuit vers le Seigneur son Dieu, de se prosterner devant les prêtres et les amis de Dieu, et de charger tous les frères d'intercéder pour lui par leurs prières. » Le même auteur 2 nous représente le pénitent vêtu d'un cilice, couvert de cendres, dans un extérieur sale et négligé, s'attachant aux vêtements, baisant les pas, embrassant les genoux de tous les frères. Saint Cyprien 3 dit également, que les exercices des pénitents étaient de prier longuement, de passer les jours dans la tristesse, les nuits dans les veilles et les gémissements, de coucher sur la cendre, de se revêtir d'un cilice et d'habits sales et négligés. Saint Pacien dit de même 4 que les pénitents doivent nourrir leurs esprits de tristesse, se revêtir d'un sac, se couvrir de cendres, jeûner, pleurer et se recommander aux prières des fidèles.
Les savants remarquent qu'on ne trouve aucune mention de la distinction des pénitents en différentes classes dans les ouvrages de Tèrtullien, de saint Cyprien et des autres Pères, qui
1 De Pœnitentia', caput 9. — - Dr Pudieitia, cap. 13. — •" De LapsU. — i Parœnesi de Pœnitentia.
vécurent jusqu'à l'année 250; soit qu "alors cette division fût abandonnée à la discrétion des évoques, soit qu'elle n'ait réellement commencé qu'après Novat, ce qui me paraît plus probable. Comme les disciples de cet hérésiarque prétendaient que l'Eglise n'avait point le pouvoir de remettre les péchés commis après le baptême, car en cela, suivant saint Pacien, consistait leur hérésie, cl non pas en ce qu'ils refusaient seulement la pénitence à ceux qui étaient tombés dans la persécution, les Pères jugèrent à propos de soumettre la manière de faire la pénitence à certaines règles. C'est pourquoi ils établirent quatre classes de pénitents, a savoir: Les Pleurants, • les Auditeurs, les Prosternés et les Consistants. A ces quatre catégories, les Grecs ont donné les noms suivants tirés de leur langue : Proclausin, Acroasin, Upoptosin et Sustasin.
La première classe était donc celle des Pleurants. Une fois admis à faire pénitence, ils demeuraient hors de l'église, devant la porte, pleurant et confessant publiquement leurs péchés, vêtus d'un cilice, couverts de cendres, et dans l'état Je plus capable d'exciter la compassion. La Messe des catéchumènes ne les concernait point, on ne leur imposait point les mains, on ne récitait aucune prière publique sur eux ; mais les fidèles priaient Dieu en particulier de leur accorder la grâce d'une véritable pénitence; c'était là comme l'anneau, suivant l'expression de saint Pacien, qui les rattachait à l'Eglise ; repoussés du vestibule du temple, ils ne pouvaient entendre les instructions ; ils conjuraient seulementceux quientraient d'avoir compassion d'eux, et d'être leurs intercesseurs auprès de l'évêque et du clergé. Ouelquos-uns demeuraient une année dans cette classe, d'autres deux et d'autres davantage, suivant leurs fautes ou suivant la ferveur de leur pénitence.
Le second ordre était celui des Ecoutants. Après avoir cessé ces gémissements, qu'ils faisaient entendre à la porte de l'église, les pénitents admis parmi les Écoulants, se tenaientdàns 1<> vestibule à l'intérieur du portique <>•> dan la partie appelée -,on ils entendaient lire et expliquer l'Ecriture sainte et
assistaient aux instructions ; mais on ne leur imposait pas encore les mains, et on ne faisait point de prières publiques sur eux, parce qu'ils n'en étaient pas encore jugés dignes. Le lieu où ils étaient admis recevait encore cinq autres sortes de personnes, savoir: les païens, les Juifs, les hérétiques, les schismatiques et les catéchumènes de la première classe. Ils passaient plus ou moins promptement, selon la vivacité de leur douleur et de leurs regrets, de cette classe dans la troisième.
Les Prosternés qui la composaient se plaçaient à l'intérieur de l'église jusqu'à YAmbon, au-delà duquel il ne leur était pas permis de pénétrer. Ils jeûnaient, priaient, couchaient sur la dure, pratiquaient d'autres mortifications. A chaque assemblée, ils se prosternaient pendant qu'on leur imposait les mains et qu'on récitait des prières sur eux. Ils restaient longtemps, et quelquefois pendant plusieurs années, dans cette classe. Pendant ce temps, on s'informait soigneusement de la vivacité de leurs regrets et de la sincérité de leur conversion. Avec eux se trouvaient les catéchumènes du second et du troisième ordre, ainsi que les énergumènes. Ces derniers, bien que séparés des pénitents, parce que leur corps était sous la puissance du démon, étaient cependant regardés comme impurs et ne pouvaient se mêler avec les fidèles ; hors le temps de la Messe, les exorcistes faisaient sur eux des exorcismes pour les délivrer, et pendant la Messe l'évoque ou le prêtre faisaient sur eux, à cette même intention, une imposition des mains toujours accompagnée de prières.
La quatrième classe était celle des Consistants. Ceux qui en faisaient partie assistaient aux prières des fidèles et au sacrifice jusqu'à la fin, mais ils ne pouvaient présenter leur offrande â l'autel, ni par conséquent communier, car le droit d'offrir était uni à celui de communier, et c'était surtout ce qui distinguait les fidèles du reste de l'assistance. La place des consistants était en deçà de l'Ambon du côté du sanctuaire, soit qu'ils aient été mêlés aux fidèles, soit- qu'ils en aient été séparés, ce qui n'est pas certain. Toutefois, ce qui me porte à juger assez
probable qu'ils étaient séparés, c'est qu'autrement ils auraient pu s'approcher des barreaux du sanctuaire, ce qui était interdit à quiconque n'était point admis à présenter son offrande et à communier. On plaçait assez souvent dans cette catégorie ceux qui, pour quelques fautes légères, étaient privés de la communion pendant un temps sans encourir d'autre peine, ce que montre le concile d'Elvire * : « Si quelqu'un, demeurant à la ville, a passé trois dimanches sans assister à l'église, qu'il s'abstienne de la communion pendant quelque temps pour donner un signe d'amendement. » Et ailleurs 2 : « Si un clerc ou un fidèle mange avec un juif, nous ordonnons qu'il s abstienne de communier. » Il y a encore du même concile d'autres canons qui reviennent à ce sujet, et desquels il résulte que ceux à qui on commande ainsi de s'abstenir, n'encouraient que cette seule peine, et communiquaient avec les fidèles dans tout le reste. Il en est qui, à ces quatre degrés de pénitents, en ajoutent un cinquième, celui des Parfaits, mais c'est à tort; car la perfection n'était point une classe, mais la fin et le fruit de la pénitence, pénitence qui, une fois terminée, donnait à ceux qui s'en étaient acquittés, le droit de recevoir ce qui est parfait, c'est-à-dire le corps et le sang de Jésus-Christ.
Jamais, au moins dans les premiers temps de l'Église, on n'imposait la pénitence publique aux femmes ; mais elles pleuraient, jeûnaient et faisaient en particulier les autres exercices de pénitence. On la permit dans la suite aux veuves, parce qu'on n'avait point à craindre qu'elles fussent tourmentées par leurs époux. Une noble matrone, Fabiola, nous en fournit un exemple : ayant, pour cause d'adultère, répudié son premier mari, elle en avait, sans défiance, épousé un second; rentrée en elic-mème, après la mort de celui-ci, elle confessa publiquement sa faute; « Et, à la vue de toute la ville de Rome, » écrit saint Jérôme dans son Épitaphe 3 , « avant le jour de Pâques, elle se plaça parmi les pénitents dans la basilique de Latran. L évoque, les prêtres et tout le peuple fondirent en larmes, quand ils la
I <:*[>. l\. a Cap. 50. - * Epist. 30.
virent les cheveux en désordre, le front pâle, les mains sales, la face négligée, se prosternera terre. » Il y avait aussi un genre de pénitents, qu'on nommait Hiémants, car le concile d'Ancyre J, ordonne aux lépreux et à ceux qui se sont rendus coupables de bestialité, de prier avec les Hiémants; mais qu'était-ce que les Hiémants? C'est ce dont on n'est pas certain. Quelquesuns pensent que c'était les Arreptices que saint Maxime, dans ses Scholies 2, pense être ainsi appelés, parce que, tourmentés comme par des tempêtes, ils étaient pour ainsi dire dans un hiver continuel. Zonaras combat cette opinion dans ses Notes sur le canon cité du concile d'Ancyre : « Mais, ajoute-t-il, il est difficile de dire ceux qu'on désignait sous ce nom. » D'autres les placent dans le premier ordre des pénitents, et ne reconnaissent aucune différence entre les Hiémants et les Pleurants. 11 en est qui entendent par là ceux qui restaient en plein air, en dehors même du vestibule, tels que ceux qui étaient frappés d'une excommunication majeure et entièrement retranchés de l'Église. C'est dans ce même lieu, c'est-à-dire sur la place, loin du portique, qu'on voulut refouler les lépreux pour qu'ils n'infectassent point les autres, et ceux qui auraient eu avec les brutes un commerce contre nature, qu'on appelait monstres et furies, membres funestes à la société qui les admettait. Ce dernier sentiment me semble plus probable, car Tertullien paraît le confirmer dans son livre De Pwdicitia, où il établit une différence entre être éloigné du portique de l'église, et être éloigné de toute couverture de l'église. 11 dit, en effet, que les fornicateurs et les adultères étaient reçus parmi les pénitents au seuil ou devant les portes de l'église 3, quoique cela eût été sans objet, comme l'observe avec justesse Pamélius, si l'Église ne pouvait leur accorder le pardon, ainsi qu'il ose le soutenir : « Quant aux autres monstres de lubricité, ajoute-t-il, violant de différentes manières les droits de la nature, nous les chassons, non-seulement hors des portes, mais en dehors de tout ce que recouvre le toit de l'église ; car ce ne sont pas des crimes, mais
■ Can. 17. — * In cap. 6, Eeeles. Hierareh. — 5 Cap. 3.
des abominations. » Ceux-ci donc, qui étaient sur la place, et les Pleurants, qui étaient sous le portique, ne participaient en rien au saint' sacrifice ; quant aux autres, qui entraient à l'église sans assister à la Messe des fidèles, voici l'ordre dans lequel ils étaient congédiés par la voix du diacre.
Les païens, après l'Évangile et le sermon, sortaient les premiers, «à l'admonition du diacre. Après eux, les catéchumènes du premier ordre et les pénitents du second ; ceux-ci congédiés, le diacre avertissait le peuple fidèle de ce qu il devait demander à Dieu- pour les catéchumènes du second ordre nommés Prosternés; il invitait ces derniers à incliner leurs têtes, pendant que les prêtres priaient sur eux, et les congédiait lorsque cette cérémonie était terminée. On observait le même rite a l'égard des énergumènes ; ceux-ci renvoyés, on appelait les compétents et les élus, et quand, après la prière faite sur eux, ils s'étaient retirés, le diacre appelait les pénitents de la troisième classe. Pendant qu'ils étaient prosternés, l'évêque et les prêtres leur imposaient les mains en récitant sur eux des oraisons. Les formules des prières, qu'on récitait sur tous ceux qu'on renvoyait de l'église, se trouvent rapportées tout au long au livre VIII des Constitutions apostoliques. Enfin, ces derniers étant également congédiés, on fermait les portes que les ministres gardaient, pour empêcher qu'aucun de ceux qui avaient été exclus ne pût rentrer, et aussi pour veiller à ce qu'aucun fidèle ne vînt à s'absenter. Alors commençait la Messe des fidèles, qu'Ives de Chartres appelle la Messe des Sacrements. Cet ordre. pour l'expulsion de ceux qui ne devaient point assister aux mystères, fut décrété par le concile de Laodicée ', et Théodore d'Anlioche en parle au Ve canon du concile de Néocésarée. Quant aux pénitents du quatrième ordre, nous avons dit qu'ils demeuraient avec les fidèles, mais sans participer à la communion. Pour ce qui est de savoir si les évoques ou les prêtres donnaient l'absolution sacramentelle seulement a la Gn de la consistance, ou bien aux Prosternés, dans le moment où ils quittaient le
' Can. 19.
troisième ordre pour passer au quatrième, les savants se partagent en diverses opinions, que nous n'avons pas à examiner ici. Que si l'on veut parler seulement de l'Église romaine, Sozomène1 et Nicéphore 2 nous apprennent, d'une manière formelle, que sa coutume était de ne donner l'absolution qu'à la fin du quatrième degré. En effet, traitant de cette Église, ils parlent des pénitents qui assistaient à la Messe sans pouvoir y communier, et disent qu'après le saint Sacrifice, ils se prosternaient jusqu'à terre. Le Pontife, s'approchant d'eux, se prosternait aussi en versant des larmes, les encourageait, priait pour eux et les congédiait ensuite. Ils affligeaient en particulier leurs corps par des jeûnes et par d'autres mortifications, et, lorsque le temps fixé par l'évêque était écoulé, ils recevaient l'absolution de leurs péchés. Ce n'est donc pas aux Prosternés, qui sortaient avec les catéchumènes, mais aux Consistants, qui demeuraient avec les fidèles jusqu'à la fin de la Messe, qu'on donnait l'absolution. Saint Optât de Milève nous montre 3 que l'usage de l'Église d'Afrique était également d'absoudre les pénitents, pendant la sainte Messe, immédiatement avant l'Oraison dominicale. « Dans les moments rapprochés (ceux qui suivent la consécration), dit-il, vous imposez les mains, vous remettez les péchés, et bientôt, retournés vers l'autel, vous ne pouvez vous dispenser de réciter l'Oraison dominicale. » L'imposition des mains, qui avait lieu sur les Prosternés, était une certaine prière et une bénédiction qu'ils recevaient des prêtres, pendant qu'ils étaient étendus à terre. C'est saus doute cette prostration, qui a donné lieu à la calomnie des païens rapportée dans Minutius Félix : Eos antistitis et sacerdotis colère genitalia, et quasi parentis sui adorare naturam, parce que les pénitents avaient coutume de se prosterner aux genoux des prêtres et des amis de Dieu, comme parle Tertullien.
1 Lib. 7, cap. 16. - - Lib. 12, cap. 28. - 5 Lib. 2.