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CHAPITRE XVIII

Qu'il ne faut pas Juger les anciens usages «le l'Église par les usages modernes. — Pourquoi les rites ont quelquefois changé. — Des jours aliturgiques, ou sans liturgie. — Pourquoi autrefois le jeudi n'avait pas de Messe. — Les anciens moines célébraientils tous les jours. — Des jours liturgiques et de l'oblation quotidienne. — Quels jours étaient polyturgiques. — Plusieurs Messes quelquefois dites par un seul prêtre le même jour, et une seule dite par plusieurs.

Ceux-là, sans aucun doute, comprennent mal les rites sacrés et leur vénérable antiquité, qui, s'imaginant faussement qu'il n'y a jamais rien existé de différent des usages, qu'ils ont reçus de leurs pères, et dans lesquels ils ont été élevés, jugent des anciennes coutumes par celles de ce temps, et mesurent l'antique discipline sur la pratique actuelle. Que s'ils viennent à parcourir les écrits des anciens Pères, en comparant ainsi l'ancienne Eglise à celle de nos jours, ils rendent encore plus difficiles les passages obscurs qui s'y rencontrent. Si, par hasard, ils trouvent certaines choses, qui ne s'adaptent point aux usages d'aujourd'hui, ils les rejettent sans discrétion, ou ils les interprètent faussement; et cela parce que ces choses ne s'adaptent pas aux opinions qu'ils se sont formées d'avance. D'où il suif qu'ils sont tombés dans de très-graves erreurs, et qu'ils ont jeté le trouble et la confusion dans la science des rites sacrés, dont ils ignorent et les causes, et le principe, et même jusqu'à l;i définition ; chose que, du reste, personne ne saurait bien comprendre s'il ne se forme d'abord une idée vraie de l'antique discipline. Nous avons encore conservé un assez grand nombre de termes dont les Pères se sont également servi, mais le sens que nous \ attachons diffère autant de celui qu'ils y attachaient, que les premiers siècles du christianisme diffèrent du siècle

présent. C'est ce qu'on verra clairement, lorsqu'au second livre nous parlerons de l'Oblation, delà Communion et des autres parties du saint Sacrifice. Je pourrais rapporter ici une foule de dommages causés à la discipline de l'Eglise par l'ignorance, mère de l'erreur; mais autre est mon but, et j'aime mieux attribuer toutes les fautes, qui furent commises à ce sujet, plutôt à la corruption de la nature déchue, qui tend à tout pervertir, qu'à la négligence de ceux qui ne s'opposèrent point à ces abus dès leur naissance, ou qui en fournirent les occasions. 11 y a longtemps qu'on nous reproche d'avoir dégénéré de la piété, de la ferveur, du zèle brûlant de nos ancêtres, et qu'on se plaint qu'il reste à peine quelques vestiges de l'antique vertu chrétienne. Quoique la foi soit réellement la même, perpétuelle et invariable, toutefois, le nombre des vrais croyants diminue tellement de jour en jour, que, comme l'a prédit Notre-Seigneur Jésus-Christ, à peine trouvera-t-il de la foi parmi les hommes, quand il viendra les juger. « Lorsque paraîtra le Fils de l'homme, dit-il, pensezvous qu'il trouvera encore de la foi parmi les hommes ? » Les mœurs étant changées, les rites aussi durent, par conséquent, subir des changements. Et de fait, les conciles œcuméniques et les souverains Pontifes, qui ont toute puissance sur les fidèles, dont l'autorité est irréfragable et infaillible, firent plusieurs innovations suivant l'exigence des temps, qui demandaient à ce que la sévérité des anciens usages fût réformée. Pourtant, l'on doit aussi convenir que plusieurs abus s'introduisirent peu à peu, soit par une connivence coupable, soit par ignorance ; abus auxquels, une fois passés en coutume, il est très-difficile de s'opposer et d'apporter remède. Pour avoir une exacte connaissance des choses, il faut donc distinguer les temps, chercher la raison du changement et ramener tout à son principe. Il faut surtout prendre garde de confondre ce qui a été sagement et prudemment réglé, avec les abus et les singularités établis sans autorité légitime. Hugues de Saint-Victor dit fort à propos sur ce point ) : « Lors même qu'on a prouvé qu'au trefois il n'en était

' Lib. I, De saeramentis fidei, pars 2, cap. 12.

pas ainsi, et qu aujourd'hui ce n'est plus connue autrefois, noità ne devons cependant pas croire que c'est par légèreté que les usages sont changés, et diffèrent de ceux qui existèrent anciennement; mais nous devons penser qu'on pratiquait et qu'on ordonnait alors ce qui était bon et salutaire pour ces temps. Maintenant que les temps sont changés, autre chose est jugée plus convenable et plus efficace pour le salut des hommes. » Cette observation était nécessaire pour prémunir le lecteur au commencement de ce chapitre; car nous devons y traiter, ce qui nous arrivera encore dans la suite de cet ouvrage, de divers rites bien différents des usages actuels, et que certains auteurs ont condamnés avec trop de précipitation, niant avec opiniâtreté qu'on eût pratiqué autrefois ce qui ne se fait plus aujourd'hui, ou taisant des efforts désespérés pour les accommoder aux coutumes maintenant en vigueur. Mais il est temps de parler des jours aliturgiques, liturgiques et poly liturgiques à l'oecasion desquels nous avons fait ces réflexions.

Chez les Grecs, les jours aliturgiques ou sans liturgie étaient et sont encore aujourd'hui, à l'exception du Samedi, du Dimanche et du jour de l'Annonciation, tous les jours du Carême, dans lesquels on dit la Messe des Présanctifiés. Socrate ' assure qu'à Alexandrie et à Rome le Samedi n'avait point de liturgie. « 11 y a, dit-il, sur la Synaxe des coutumes diverses; car, encore que partout ailleurs les Eglises célèbrent le saint Sacrifice le Samedi, cependant celles d'Alexandrie et de Rome s'en abstiennent d'après une ancienne tradition. » Au Samedi l'Eglise d'Alexandrie ajoutait le Mercredi et le Vendredi, d'après le témoignage du même historien. « A Alexandrie, écrit-il, le Mercredi et le jour qu'on appelle Parascève on lit et on explique les saintes Ecritures, on fait, en un mot, tout ce qui se pratique dans les assemblées, excepté la célébration des saints mystères. » Nicéphore Calliste 2 s'exprime à peu près dans les mêmes termes. L'Eglise de Milan, comme nous l'avons observé au chapitre X, ne dit point de Messe les Vendredis du Carême. Pendant ce môme

1 Hist. Ecel. lit». 5, oap. 21. - - Lil>. 12, cap, 34,

temps du Carême , le Jeudi , à Rome , n'eut point de Messe jusqu'à Grégoire II, de qui Anastase dit, en écrivant sa vie : « Ce fut lui qui prescrivit de jeûner et de célébrer la Messe les Jeudis du Carême, ce qui n'avait pas lieu auparavant. » Durand observe, dans son Rational i, que de là vient la variété des Epîtres et des Evangiles assignés à cette férié. En effet, saint Grégoire le Grand n'ayant point assigné de Messe pour ce jour, les différentes Eglises choisirent des Epîtres et des Evangiles divers , soit qu'elles aient reçu trop tard le décret de Grégoire II, soit que cette Messe eût déjà été réglée par les évoques dans quelques Eglises. Voici ce qu'écrit Valfrid Strabon au sujet de cette même férié : « Melchiade, étant pontife de Rome, défendit aux fidèles de jeûner sous aucun prétexte le Dimanche ou le Jeudi, car les païens, ces jours-là, observaient une sorte de jeûne-, c'est pourquoi saint Grégoire, dans la distribution des offices de l'année, n'en a* point assigné pour les Jeudis du Carême, afin que cette férié, étant, pour ainsi dire, une fête comme le Dimanche, fût aussi solennisée par la Messe du Dimanche. Dans la suite, cette férié ayant été consacrée au jeûne comme les autres, Grégoire II ordonna qu'elle eût une Messe, et il fit des recherches pour compléter la liturgie de ce jour. » Mais ceci semble ne pas s'accorder avec ce que nous avons rapporté d' Anastase ; car ce dernier dit que Grégoire II prescrivit de jeûner et de dire la Messe pendant ces fériés, ce qui n'avait pas lieu auparavant. Strabon prétend au contraire qu'il ne fit qu'assigner une Messe propre à ces jours, dans lesquels auparavant on reprenait celle du Dimanche. Gratien rapporte 2 le décret de Melchiade cité par Strabon ; il le tire d'une lettre apocryphe de ce pape aux évêques d'Espagne. On le trouve aussi dans le Livre des Pontifes romains, faussement attribué au pape Damase, qui le rapporte ainsi : « Celui-ci (Melchiade) ordonna qu'aucun des fidèles, pour n'importe quel motif, n'observât le jeûne le Dimanche ou le Jeudi, parce que ces jours-là les païens observaient une sorte de jeûne sacré. » Quoi qu'il en soit de ce décret du pape Melchiade, il est certain

1 Lib. 6, cap. 36 et 43. — 2 De cons. dist. 3; cap. Jejunium.

qu'on ne trouve de Messes et d'Evangiles assignés aux Jeudis, non-seulement du Carême, mais de toute l'année, ni dans les Sacramentaires, ni dans les Lectionnaires, ni dans les Calendriers, si ce n'est après Grégoire II, pour le Carême seulement et l'octave de Pâques. Jean Fronto, dans les notes qu'il a mises en tête de son Calendrier, pense que la raison de cette observance ecclésiastique se trouve dans le concile de Narbonne, tenu en 589, dans lequel il est défendu de célébrer ce jour par un culte religieux. « 11 nous est revenu, disent les Pères de ce concile, qu'un certain nombre de chrétiens, par une pratique digne tl'exécration, fêtent le Jeudi, qu'on appelle aussi jour de Jupiter, et qu'ils s'abstiennent de travailler ce jour-là. Par crainte de Dieu, nous repoussons avec horreur un pareil usage, et si quelqu'un, homme ou femme, est assez téméraire pour fêter ce jour et s'y abstenir de travailler, à moins qu'une fête ne s'y rencontre, il sera, s'il est libre, chassé de l'Eglise et soumis à la pénitence pendant un an, il fera des aumônes et s'humiliera, pour que Dieu consente à lui pardonner; s'il est esclave, il sera fouetté et remis à son maître, qui veillera à ce que désormais il ne pratique plus de telles observances. » Saint Augustin, à la fin du sermon 215 De tempore, s'élève avec force contre ceux qui fêtaient le Jeudi. « Nous avons appris, dit-il, entre autres choses, que certains hommes et certaines femmes se laissent tellement circonvenir par le démon, que le Jeudi ils cessent leurs travaux ordinaires. Nous attestons devant Dieu et ses Anges que tous ceux qui veulent pratiquer ces observances, s'ils n'expient par une pénitence longue et sévère un pareil sacrilège, seront euxmêmes damnés et tourmentés dans ce lieu où le démon doit brûler pendant l'éternité. Je ne doute pas, en effet, que ces malheureux qui s'abstiennent de travailler le Jeudi, en l'honneur de Jupiter, ne rougissent point de se livrer à leurs occupations le jour consacré uu Seigneur. » 11 n'y avait donc, le Jeudi, ni offices religieux, ni réunion des fidèles, jusqu'à ce que Grégoire II eût ordonné que ce jour, pendant le Carême, fût, comme les autres fériés, sanctifié par le jeûne et le saint Sacrifice. Mais, en dehors du

Carême, le Jeudi demeura longtemps sans Messe propre, en sorte que ceux qui voulaient célébrer en particulier dans ce jour reprenaient la Messe du Dimanche. Ainsi peuvent facilement se concilier Strabon et Anastase. Puisque tous deux vivaient à la même époque, je ne vois pas de raison pour préférer l'un à l'autre. Les paroles de Strabon, que nous avons citées, ont été transcrites par le Micrologue l qui ajoute, de son cru : « Dans la semaine de la Pentecôte, le Jeudi reprend la Messe du Dimanche. Egalement les Samedis d'avant le Carême et celui d'avant les Rameaux reçoivent la Messe de leurs dimanches respectifs , et cela avec raison, puisqu'il est ordinaire aux fériés particulières de reprendre la Messe du Dimanche. » Pourquoi ces Samedis n'avaient-ils point de Messe propre? On peut en trouver la raison dans le Sacramen taire de saint Grégoire : c'est parce que, dans ces jours, le pape distribuait des aumônes, cérémonie dont parlent Amalaire et les autres liturgistes, sans cependant rien indiquer qui éclaircisse ce point. « Le Samedi d'avant les Rameaux, dit Amalaire 2, est ainsi indiqué dans notre Sacramentaire et dans l'Antiphonaire : Le Samedi vaque, le pape distribue des aumônes. » 11 donne ensuite de pieuses explications sur cet usage. L'abbé Grimold, dans la préface de son livre sur les Sacrements édité par Pamélius 3, parle sur ce sujet d'une manière plus claire. Il dit, à propos des jours qui, dans le Sacramentaire de saint Grégoire, n'ont point de Messe assignée : « Comme nous l'avons appris de quelques personnes, le souverain Pontife, dans ces jours, ne fait aucune station. Fatigué de celles qu'il a faites les autres jours de la semaine, il se repose en ces jours afin que, débarrassé du concours et du tumulte du peuple, il puisse distribuer des aumônes aux pauvres et s'occuper plus librement des affaires extérieures. » Donc, à Rome, les jours aliturglques étaient ceux dans lesquels le souverain Pontife, qui ordinairement assistait toujours au saint Sacrifice, se reposait, et ce rite était observé par toutes les Eglises qui suivaient les usages de l'Eglise romaine.

1 Cap. 50. - 2 Lib. 1, cap. 9. - 3 Tom. 2, p. 388, Liturg.

Parmi les jours aliturgiques, autrefois on comptait encore le Vendredi-Saint, qui, maintenant, est le seul jour où l'Eglise latine ne célèbre point le saint Sacrifice ; le Samedi-Saint était également de ce nombre ; la Messe qu'on y dit maintenant se disait alors la nuit de Pâques, dont elle rappelle le mystère. Ce Samedi était sans aucune liturgie, tandis que le Vendredi-Saint avait la Messe des Présanctifiés, Messe que les Grecs disent pendant les fériés du Carême de la manière que nous avons expliquée plus haut. La lettre du pape Innocent à Decenlius nous fournit un témoignage sur ces deux jours. Le pontife enseigne qu'il faut jeûner le Samedi, et la raison qu'il en apporte, c'est que si « nous jeûnons le Vendredi à cause de la Passion du Seigneur, nous ne devons point omettre de le faire le Samedi qui est un jour placé, pour ainsi dire, entre la tristesse et la joie. Il est constant que, pendant ces deux jours, les Apôtres furent dans la tristesse et qu'ils se tinrent cachés, dans la crainte des Juifs. La tradition de l'Eglise, qui s'abstient de célébrer pendant ces deux jours, ne nous permet pas de douter que les Apôtres ne les aient passés dans le jeûne. » Il dit ensuite que cette pratique doit être observée toutes les semaines, ce qui doit s'entendre du jeûne, et non de l'omission du saint Sacrifice, dont il ne parle qu'en passant et pour montrer la convenance du jeûne. On pourrait aussi compter parmi les jours aliturgiques, les Lundis et les Mardis auxquels les anciens manuscrits n'assignent aucune Messe, excepté dans le Carême. Saint Epiphane aifirmc, dans son Exposition de la Foi *, que les Apôtres établirent les assemblées sacrées et les Synaxes le Mercredi, le Vendredi et le Dimanche. Doit-on entendre ces paroles de l'institution de la Messe? C'est douteux; en effet, puisque les Eglises eurent sur ce point des usages différents, si les Apôtres eussent ordonné de célébrer la Messe ces jours-là seulement, toutes eussent, sans contredit, observé cette loi. Je serais assez disposé à croire que saint Epiphane parle ici de ce qui se faisait dans l'Eglise d'Alexandrie, dont celle de Chypre suivait les

1 Num. 22.

usages. À ces jours saint Basile ajoute le Samedi. « Communier tous les jours, dit-il *, et participer au corps sacré et au sang de Jésus-Christ, est une chose bonne et salutaire, puisque luimôme a dit en propres termes : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. Or, qui doute que participer plus souvent à la vie ne soit autre chose que vivre plus souvent ? Nous communions donc quatre fois par semaine : le Dimanche, le Mercredi, le Vendredi et le Samedi, et même les autres jours, lorsqu'on y célèbre la mémoire de quelque martyr. » Les chrétiens d'Occident y ajoutèrent aussi le Samedi, car ils jeûnaient le Mercredi, le Vendredi, le Samedi, et ne rompaient le jeune qu'après la célébration de la Messe. Tertullien dit2 : « Nous sanctifions le Mercredi, le Vendredi par des stations, et le Parascève par des jeûnes, » c'est-à-dire le Samedi, comme Parascève ou veille du Dimanche, ainsi que l'observe Pamélius. C'était aussi la coutume autrefois de remettre au Samedi les fêtes des saints qui tombaient dans le Carême, et cela d'après un décret du concile de Laodicée, qui dit 3 : « Qu'il ne faut pas célébrer les fêtes des saints dans le Carême, mais seulement en faire mémoire le Samedi et le Dimanche. » Cette même prescription est encore exprimée plus clairement dans les Capitulaires de Martin, évoque de Brague 4. « En Carême, il n'est pas permis de célébrer les fêtes des martyrs ; mais le Samedi et le Dimanche seulement on peut offrir le saint Sacrifice en leur mémoire. » Le second concile de Mâcon commande 5, que, le Mercredi et le Vendredi, ce qui reste du Sacrifice soit mêlé au vin et distribué aux enfants, sans doute parce que ces fériés étaient plus solennelles que les autres. Je ne vois cependant nulle part que le Lundi et le Mardi on se soit absolument abstenu de dire la Messe, et partant, je ne pense pas qu'on doive les ranger parmi les jours aliturgiques. Reste le Dimanche qui suit le Samedi des Quatre- Temps, qui n'avait point de Messe propre et que les anciens Sacramentaires appelaient vacant. Comme la Messe du Samedi,

» Epist. 289, ad Cœs. Pat. — 2 De .Tejun., cap. 14. — " Cap. 51. - * Cap. 48. 5 Can. 6.

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à laquelle était annexée la collation des saints ordres, ne se disait que le soir, il arrivait souvent que le jeûne se prolongeait jusqu'au lendemain et que la Messe, commencée le Samedi, ne se terminait que le Dimanche. Ce jour donc manquait de Messe propre, à moins qu'il ne fût consacré à une solennité particulière, comme le Dimanche de la Résurrection. Du temps de saint Augustin, différentes étaient, sur cet article, les coutumes des diverses Eglises, comme ce Père nous l'apprend dans son XXVIe Traité sur saint Jean. « Dans certains lieux, dit-il, tous les jours on offre et l'on prend sur l'autel le corps de Jésus-Christ, dans d'autres on ne le fait qu'à certains intervalles de temps. » Et ailleurs x il dit : « Dans un lieu on ne passe aucun jour sans offrir le saint Sacrifice, ailleurs on célèbre le Samedi et le Dimanche, et dans certaines églises le Dimanche seulement. » Les Constitutions des anciens moines et leurs histoires nous montrent clairement qu'autrefois, dans les monastères, on ne disait la Messe que les Dimanches et les jours de, fêtes solennelles. Saint Benoît, dans sa règle, parle deux fois du Sacrifice 2, et ces deux passages nous montrent également que les religieux ne se réunissaient pour le célébrer que le Dimanche et les jours de fête. Cassien nous assure3 que les moines d'Egypte s'assemblaient seulement le Samedi et le Dimanche pour célébrer les saints mystères et y participer. Pierre de Cluny4, l'abbé Guibert 5, rapportent qu'autrefois les Chartreux ne célébraient la Messe que le Dimanche et les jours de fête. C'est aussi ce que nous apprend Pierre de Blois dans son épître 86e, ce qu'il faut lire avec les notes savantes de Pierre de Gussanville. Saint Fructueux, évoque de Bragues, dans la seconde Règle des religieux °, ordonne aux moines de se réunir le Dimanche pour la Collecte, et de ne pas mettre plus de sept jours d'intervalle. La Règle du Maître 7 prescrit de dire la Messe les jours de Dimanche et les fêtes des saints. On rencontre fréquemment, dans la vie des Pères orientaux, des exemples de cet usage. 11

1 Ep. 118. - 2 Cap. 35 et 38. - ILib. 3, Inst., cap. 2. - * Lib. 2, Bfiraç,. cap 28. — 5 De vit. sua, lib. 1, cap. 11. — « Cap. 13. — 7 Cap. 45.

serait à la fois trop long et superflu de les rapporter, car nulle part on n'y parle des réunions solennelles, sinon les jours de fêtes, qui seuls étaient célébrés par l'oblation publique du saint Sacrifice.

Je passe maintenant aux jours liturgiques. Si, sous ce nom, l'on veut entendre aussi ceux où l'on disait des Messes quotidiennes et privées, il est hors de doute que toujours il fut permis d'offrir le saint Sacrifice tous les jours, excepté quelques-uns en petit nombre, dans lesquels cela était spécialement prohibé; tels que sont dans l'Eglise orientale, les fériés du Carême où l'on dit la Messe des Présanctifiés, le Vendredi et autrefois le Samedi saint dans l'Eglise romaine, et les vendredis du Carême dans l'Eglise de Milan. Nous avons, au chapitre XIV, en parlant des Messes privées, rapporté quelques témoignages des Pères, au sujet de la célébration quotidienne du saint Sacrifice. Nous allons ici en ajouter d'autres, afin de prouver, d'une manière plus solide encore, le louable usage de la Messe privée. Tertullien I dit : « Pour nous, tous les jours, même ordinaires, sont sanctifiés par le Sacrifice. » Saint André assure que chaque jour il immolait la victime non sanglante, ainsi que le rapportent ses Actes écrits par les prêtres d'Achaïe. Saint Cyprien 2 écrit : « L'honneur le plus grand et la gloire de notre épiscopat, c'est la paix accordée aux martyrs, tellement que nous, prêtres, qui célébrons tous les jours le saint Sacrifice, nous puissions aussi lui préparer des hosties et des victimes. » Amphiloque, dans la Vie de saint Basile, nous apprend que ce saint offrait tous les jours le Sacrifice. Baronius en dit autant de saint Ambroise. Saint Chrysostôme dit 3 que par ces mystères Dieu a, pour ainsi dire, lié ses bienfaits à nous et cela tous les jours, ce qui n'était accordé aux Hébreux qu'une fois l'année ; et dans l'homélie suivante, il dit que chaque jour le Seigneur vient pour visiter ceux qui s'asseoient à la table sainte. Innocent Ier dans une lettre à Exupère, évêque de Toulouse, nous apprend que les prêtres doivent garder la chasteté, parce qu'il

1 De jejun., cap. 12. - 2 Ep. 54, ad Cornel. — 3 Hom. 60, ad Pop. Ant.

ne se passe aucun jour sans qu'ils offrent le saint Sacrifice. Saint Pierre Chrysologue 1 dit, en parlant de Jésus-Christ : « C'est lui l'agneau qui chaque jour est immolé dans notre banquet. » Saint Boniface, archevêque de Mayence, offrait tous les jours le saint Sacrifice de la .Messe, ainsi que le rapporte Serrarius d'après un fragment de saint Ludger 2. Saint Grégoire de Tours 3 appelle le calice et la patène ministère quotidien. Dans l'ancienne Messe éditée par Illyricus, le prêtre, après la Communion, prie Dieu de ne point lui imputer à crime qu'il ose chaque jour recevoir le corps et le sang du Sauveur. Et pour qu'aucun jour ne manquât de Messe propre, Alcuin, le maître de Charlemagne, composa, sur la demande de saint Boniface, une Messe de la Trinité pour le Dimanche, de la Sagesse pour le Lundi, du Saint-Esprit pour le Mardi, de la Charité pour le Mercredi, des saints Anges pour le Jeudi, de la Croix pour le Vendredi, et de la sainte Vierge pour le Samedi. « Et cela, assure le Microloguc, afin que les prêtres d'alors, récemment convertis à la foi, n'étant encore ni instruits dans les offices ecclésiastiques, ni suffisamment pourvus de livres, eussent de quoi pouvoir, chaque jour, remplir leur ministère. Il en est encore qui, aujourd'hui, ne veulent point omettre ces oraisons, alors même qu'il y a une Messe propre ; chaque semaine, presque partout, on dit le Vendredi une Messe de la Croix, le Samedi une Messe de la sainte Vierge, ce qui se pratique plutôt par dévotion qu'en vertu d'une loi. » Dans les anciennes coutumes des monastères on trouve désignée pour le Lundi une Messe des morts, pour le Mardi la Messe de saint Benoît ou du saint fondateur de l'ordre respectif, le Mercredi une Messe Pro famUioribus, celle du Saint-Esprit pour le Jeudi, de la Croix ou de la Passion pour le Vendredi, et celle de la sainte Vierge pour le Samedi. Autrefois les religieux de Citeaux, chaque Dimanche, à la suite de Prime, chantaient la messe de la Trinité. Aujourd'hui, les rubriques du Missel romain et la coutume indiquenl suffisamment les Messes, qu'on doit dire les jours de

• nu 5. JLib. •'., rerum Mogunt. — * Lib. 1, de glor. confes.

férié qui n'ont pas un oilice propre. Il y a aussi des Messes votives, qui ne sont assignées à aucun jour en particulier, et que le prêtre, dans l'occasion, peut dire à volonté. Le premier concile de Tolède, tenu sous le pape Anastase, a porté sur les Messes quotidiennes le décret suivant : « Tout prêtre, diacre, sousdiacre ou clerc quelconque appartenant à l'Eglise qui, s'il se trouve dans une ville, dans un château, dans un village ou dans un lieu possédant une église, n'assistera pas tous les jours au saint Sacrifice, ne doit plus être regardé comme clerc. » Ce canon parle sans doute de la Messe solennelle, puisqu'il ordonne à tous les ecclésiastiques, quel que soit leur ordre, d'y assister. D'où l'on peut conclure qu'elle était célébrée chaque jour dans l'Eglise de Tolède au commencement du cinquième siècle ; ce qui, d'après le témoignage de saint Augustin rapporté plus haut, était de son temps pratiqué dans quelques Eglises. Du reste, dans le paragraphe précédent, en parlant des jours aliturgiques, nous avons montré que les différentes Eglises avaient des usages divers au sujet de la célébration solennelle du saint Sacrifice tous les jours. On ignore à quelle époque l'usage dédire tous les jours une Messe solennelle, a commencé à être reçu partout. Nous savons toutefois, d'après les Sacramentaires et les Rituels des monastères, qu'au VIIIe siècle c'était la coutume, dans presque tous les pays, de célébrer une Messe solennelle, non-seulement les jours de Dimanche et de fêtes, non-seulement les jours de station et la veille des grandes solennités, comme le portait la tradition apostolique et la pratique des deux premiers siècles, mais tous les jours, à l'exception du Vendredi-Saint; coutume qu'observent aujourd'hui, avec une rigoureuse exactitude, toutes les églises collégiales et conventuelles.

Il y avait aussi, dans l'ancienne Église, des jours que nous nommerons polyliturgiques (à plusieurs liturgies), dans lesquels le même prêtre disait plusieurs Messes, comme cela se pratique actuellement le jour de Noël, bien que saint Léon le Grand, dans sa Lettre à Dioscorc, défende de réitérer le saint Sacrifice, sauf le cas ou, l'église étant trop étroite, les fidèles ne pourraient y

assister tous. Cette prescription doit s'entendre en ce sens, que cela ne devait point se faire indifféremment et selon Je bon plaisir «les prêtres, mais seulement certains jours et pour de bonnes raisons, ou bien il faut dire qu'elle est tombée en désuétude, et qu'elle a été abrogée par des ordonnances contraires des souverains Pontifes. baronius raconte l qu'au rapport de Strabon, Léon ill disait quelquefois sept et même neuf Messes par jour. Les paroles de Strabon sont remarquables; nous avons cru devoir les rapporter : « On rencontre, dit-il2, une certaine diversité parmi les prêtres : les uns ne célèbrent la Messe qu'une fois par jour, pensant que ce seul souvenir de la Passion du Sauveur suffit à toutes les nécessités; d'autres jugent plus convenable de réitérer le saint Sacrifice deux, trois fois, et même autant de fois qu'ils le peuvent dans un môme jour, croyant ilechir la miséricorde de Dieu d'une manière d'autant plus efficace qu'ils célèbrent plus souvent ce mémorial de la Passion du Sauveur. Ces derniers s'appuient probablement sur l'usage de l'Église romaine, qui dit deux ou trois Messes dans une même solennité, comme cela a lieu le jour de la Nativité de Notre- Seigneur Jésus -Christ et aux fêtes de quelques saints. Et, du reste, je ne vois rien de répugnant à ce qu'un prêtre, les jours ou il y a plusieurs Messes à dire, puisse en célébrer deux ou trois suivant ses besoins ou sa dévotion, plutôt que d'en omettre quelques-unes. Ajoutez à cela que la coutume de toute l'Église est de célébrer la Messe assez souvent pour les vivants, pour les morts, pour des aumônes ou pour diverses raisons, comme le montrent les offices composés à ces différentes intentions. Or. les jours dans lesquels se rencontre une fête plus solennelle, ou l'on doit omettre ces différents besoins, ou, dans

•ncurrence de la solennité publique et d'une nécessité particulière, on doit dire les deux Messes, ou enfin il faut satisfaire à

intentions diverses par un seul et même sacrifice. » Ainsi parle Strabon, dont le témoignage est confirmé par l'auteur de la Perle de l'fhiir. qui dit ;! : « Le môme piètre ne doit dire qu'une

1 \'l mi. 316, - - („,[,. ;| - lib, l, cap, I i.

seule Messe dans un jour, comme Jésus-Christ n'a voulu s'immoler qu'une fois. Si pourtant il y a nécessité, c'est-à-dire s'il se rencontre deux fêtes le même jour, on pourra célébrer deux, trois fois le saint sacrifice. » On trouve aussi des décrets de conciles qui ont trait à cette pratique. Le douzième concile de Tolède, tenu en 681, s'exprime ainsi dans son Ve canon : « Il nous a été rapporté que certains prêtres ne prenaient point la sainte Communion autant de fois qu'ils offraient le saint sacrifice dans un jour ; mais que lorsqu'ils disaient plusieurs Messes, ils s'abstenaient de communier dans toutes, excepté dans la dernière. » Il défend cet abus sous peine de suspense. Dans le concile de Mérida, tenu quelques années auparavant, sous Vilalien, il est ordonné * qu'un prêtre, chargé de plusieurs églises, ait à dire la Messe le Dimanche dans chacune de ces églises. Le concile de Selingstadt, en 1022, fixe le nombre, en défendant 9- à un prêtre de célébrer plus de trois fois dans un jour. Il ne manque pas d'exemples de saints qui, sans aucune nécessité, offraient le saint Sacrifice plusieurs fois par jour, parce que telle était alors la coutume en vigueur. Nous avons déjà parlé de Léon III, que Durand croit à tort avoir été Léon Ier, puisque Strabon dit que le pontife dont il parle avait vécu peu avant son temps. Bernon d'Augia, dans la Vie de saint Udalric d'Augsbourg, nous apprend que ce prélat disait deux ou trois Messes par jour. Nous trouvons dans Surius que saint Norbert et le moine saint Aibert disaient deux Messes tous les jours. Krantzius 3 dit la même chose de saint Libent, évêque de Brème, Dans un livre De Fraternitatibus Ecclesix alamannicx, édité par Goldast 4, on trouve une fraternité contractée entre le monastère d'Augia et celui de Saint-Gall au temps de Charlemagne, dans laquelle il est convenu de part et d'autre, que lorsqu'un Frère sera décédé, les prêtres diront trois Messes le jour de sa mort, et les autres religieux réciteront le Psautier à son intention. De tout ce que nous avons rapporté, il résulte qu'autrefois il était permis de dire plusieurs Messes le même

' Can. 19. — 2 Cap. 5. — % Lib. 4, cap. 11. — * Tom. X Alam. antiq.

jour, et cela, non-seulement dans un cas de nécessité, mais même sans raison et au gré de la dévotion du prêtre. Dans l'Église romaine, ce fut autrefois la coutume d'offrir le saint Sacrifice deux ou trois fois dans certaines solennités, que nous avons jugé à propos de rappeler ici en peu de mots.

Le premier de ces jours était celui des calendes de janvier : d'après un ancien Calendrier de Fronto, écrit il y a plus de neuf cents ans, on y célébrait deux Messes, l'une de l'octave de Noël, l'autre de la sainte Vierge. La raison en est, suivant Durand ', que « dans ce jour il y a concurrence de deux fêtes, l'une de la Mère, l'autre de son Enfant, d'où il suit qu'on doit y célébrer deux Messes, l'une de la Mère, c'est-à-dire de la sainte Vierge, dans laquelle on dit l'Introït: Vultum tuum deprecabuntur, et la Communion : Simile est regnum cœlorum; la seconde de l'Enfant, c'est-à-dire de Jésus-Christ, dont l'Introït est : Puer natus est, ou dans d'autres Eglises : Dum médium silentium. C'est pourquoi dans certains Graduels, l'office porte ces deux litres. » Aujourd'hui ces deux fêtes ont été réunies en une. L'Oraison de la Messe est de la sainte Vierge, l'Évangile de la Circoncision, le reste de l'Octave. Dans l'office, la plus grande partie est de la sainte Vierge, avec quelques souvenirs de la Circoncision et de l'Octave, dont cette fête porte le nom dans les anciens Sacramentaires, sans aucune mention de la Circoncision. L'ancien Ordo romain contient encore une autre Messe pour les calendes de janvier, sous cette rubrique : Pour détourner des idoles, et dont voici la première oraison : Omnipotens sempiterae Deus, da nobis voluntatem tuam et fldeli meute retincre, et pia conservations deprimere, ut Ecclesia tua a profanis mnitatibus expiata non aliud profUeatur verbis, aliud exercent actione. Ménard parle de cette Messe dans ses Notes sur le Sacramentaire2, où il remarque avec justesse, que la raison de l'institution de cette Messe fut le grand nombre de pratiques superstitieuses et abominables, auxquelles les païens se livraient le premier jour de janvier.

1 Rit. hb. 6, cap. 5. - - Pag. 33.

Le second était ie Jeudi-Saint. L evêque y célébrait les trois Messes que Ménard * dit avoir vues dans un ancien manuscrit de Reims. La première était pour la réconciliation des pénitents, la seconde pour la consécration du saint Chrême, et la troisième, qui se disait le soir, était celle de la fête avec l'oraison : Deus a quo et Judas. J'ai trouvé moi-même ces Messes dans le Sacramentaire manuscrit de Petau, appartenant aujourd'hui à la reine de Suède, et le plus ancien de tous ceux que j'ai rencontrés. Saint Augustin 2 écrit qu'autrefois, dans certaines Églises, on célébrait deux Messes ce même jour.

Le troisième était la veille de l'Ascension. On y disait deux Messes, l'une de la férié, c'est-à-dire des Rogations, l'autre de la Vigile, ainsi qu'il appert par le calendrier de Fronto et par les anciens Missels. Le manuscrit dont je viens de parler, contient également deux Messes pour le jour de l'Ascension ayant chacune une préface propre.

En quatrième lieu, nous citerons les trois jours déjeune de la semaine qui suit la Pentecôte. Le Micrologue 3 assure que de son temps on y disait deux Messes, l'une de l'Octave ou du Saint- Esprit après Tierce, l'autre des Quatre-Temps après Sexte.

Enfin, le jour de la Nativité de Notre-Seigneur, dans lequel on dit trois Messes ; tous les autres jours poly liturgiques ont été abrogés, celui-là seul est resté. Fronto, dans les Préliminaires de son Calendrier, parle aussi du jour de la Résurrection : « Le jour de Pâques, dit-il, il y a trois Messes : l'une dans la nuit du Samedi, l'autre du jour, la troisième pour la collation des saints Ordres. Cette dernière n'est pas marquée, parce qu'on la prend au commun. » Il y avait, en effet, une Messe spéciale qui se disait toujours lorsqu'on conférait les Ordres. Dans le manuscrit cité et dans d'autres anciens Sacramentaires, on trouve une Messe de la Pâqûe anniversaire, qu'on célébrait le jour anniversaire du baptême pour ceux qui avaient été baptisés l'année précédente, sans pour cela omettre la Messe du jour. On y lit cette oraison : Deus per cujus providenUavn née prœteritomm

1 Pag. 63. — 2 Ep. 118, ad Januar. — 3 Cap. 58.

moinenta deficiunt, née ulla super est expectatio futurorum, tribuepennanentem peractSB quam recolimus solemnitatis effbo tum ; ut nuod recordatione percurrimus semper in opère teneamus, etc. Et cette autre : De us qui renatis fonte baptismatis delletnriuii tributs indu'qenti/im. presta misericors, ut recolentibus hujus notiritads insignia pletiam adoplionis gra* Hum largiaris. Per Dominum, etc. Dans un autre manuscrit de la reine de Suéde, qu'au chapitre XII j'ai dit être un ancien Missel gallican, on trouve deux Messes pour tous les jours de l'octave de Pâques; l'une pour ceux qui ont reçu le baptême, l'autre de la fête. La même Messe se voit dans le manuscrit palatin delà Bibliothèque du Vatican, dont j'ai également parlé au même chapitre. Voici son titre : Messe du matin qui doit être dite de bonne heure, pendant toute l'octave de Pâques, pour les enfants qui ont été baptisés. La Collecte est ainsi conçue : Deus qui credentes in te populos gratiœ lux largitate multiplicas, respice propitius ad electionem tuam, ut qui sacro baptismale surit renali, regni cœlestis introilum mereantur. Per Dominum, etc. Gabriel de Philadelphie, cité par Gretser1, nous apprend que chez les Grecs aussi on célébrait une Messe, le jour de Pâques, avant le lever du soleil.

C'était encore la coutume d'offrir plusieurs fois le saint Sacrifice aux fêtes des saints, lorsque plusieurs devaient être honorés le même jour. C'est pour cela que les anciens Sacramcntaires assignent deux Messes à certains jours; comme le 20 janvier, une de saint Sébastien et une autre de saint Fabien ; le 3 mai, celle de l'Invention de la Sainte -Croix, et celle des saints Alexandre, Éventius et Théodule; le 28 juin, celle de saint Léon et celle de la Vigile des Apôtres. Ce même jour, dans le Sacramentaire de saint Grégoire, édité par Hugues Ménard, on trouve celle note avant la seconde Messe : « Quand le Pontife célèbre deux Messes le même jour, il ne lave sa bouche qu'après l'office, et aussitôt après la (in de la première, il commence l'autre. » C'est-à-dire qu'il les célèbre <i jeun. Le manuscrit de fa

1 Lib. ■>. Comm. in Cod., i ^p.

reine indique trois Messes pour le 30 juin : l'une de saint Pierre seulement, la seconde des deux Apôtres, la* troisième de saint Paul. Deux sont marquées pour le 29 juillet dans le Sacramentaire de Pamélius, l'une de saint Félix, l'autre des saints Simplicius, Faustin et Béatrix. Il en indique également deux, savoir : le 28 août, celle de saint Hermès et celle de saint Augustin; le jour suivant, celle de la décollation de saint Jean- Baptiste et celle de sainte Sabine ; le 8 septembre, celle de la Nativité de la sainte Vierge et celle de saint Adrien; le 14 du même mois, celle de l'Exaltation de la Sainte-Croix et des saints Corneille et Cyprien ; le 16, celle de sainte Euphémie et celle des saints Lucie et Géminien ; le 1 1 novembre, celle de saint Menna et celle de saint Martin ; le 28, celle de saint Clément et celle de sainte Félicité ; le 29, celle de saint Saturnin et celle de la Vigile de saint André. Aujourd'hui, lorsque ces fêtes se trouvent en occurrence, on les célèbre par un seul et même office, ou l'on transfère l'une d'elles à un autre jour, ou l'on se contente d'en faire seulement mémoire le jour même.

Il y a encore d'autres raisons de la multiplicité des Messes en l'honneur des mêmes saints, savoir : lorsque leurs reliques étaient conservées dans différentes églises, c'est ainsi que le Calendrier de Fronto assigne trois Messes pour la fête de sainte Félicité et de ses enfants, parce que leurs restes étaient gardés dans trois lieux différents, dans chacun desquels le peuple affluait et où le même prêtre célébrait le saint Sacrifice. C'est ainsi encore que le Pape disait autrefois deux Messes le jour des saints Apôtres, l'une dans la basilique de Saint-Pierre, l'autre dans celle de Saint-Paul, comme l'atteste saint Prudence i : « Voyez, le peuple romain accourt de deux côtés; le même soleil éclaire une double fête. Le vigilant Pontife a d'abord offert le Sacrifice au-delà du Tibre; bientôt il revient vers ces lieux et renouvelle son offrande. » Ou bien, lorsque la mémoire d'un même saint était célébrée dans différents lieux, comme dans une église qui lui était dédiée et dans l'endroit de sa sépulture; c'est pour cette

1 Hymn. 12, De Coron.

raison qu'on disait trois Messes le jour de saint Laurent, 1 une de la Vigile qui, à cause du jeûne, se disait le soir, lorsque le jour de la fête était, d'après l'usage ecclésiastique, censé commencer; l'autre qui se disait le matin, et la troisième qu'on célébrait après Tierce. Par un privilège particulier, la Nativité de saint Jean- Baptiste avait aussi les trois Messes : de la vigile, du matin et du jour, comme on le voit par le Sacramen taire de Pamélius et par d'autres manuscrits, que Ménard cite dans les notes de celui qu'il a édité l. Alcuin 2, A malaire 3, Hugues de Saint- Victor 4, Baronius 5 font mention de cet usage. Berno, dans la Vie de saint Udalric, écrivant que cet évoque avait dit deux Messes le jour de cette fête, ajoute : «Gomme il est prescrit. » La vie du roi Robert, composée par Helgald, moine de Floriac, parle de la Messe qu'on chantait le jour de cette fête après le Te Deum de Matines. Le Sacramentaire de Pamélius et un manuscrit rapporté par Ménard0 indiquent également deux Messes pour la fête de saint Jean l'Evangéliste, l'une le matin, l'autre dans le jour. Amalaire les rappelle ", et Rudulphe, à la fin de son livre de Y Observance des canons, dit qu'on ne doit point les omettre.

Enfin, un dernier motif pour lequel on célébrait plusieurs Messes le même jour, c'est celui qui se trouve indiqué dans le texte de Strabon que nous avons rapporté : lorsqu'on devait dire une Messe votive pour quelque nécessité, ou une Messe des morts le jour d'un enterrement, ou seulement en mémoire de quelque fidèle trépassé. Un concile de Cartilage, rapporté par Graticn 8, ordonna que, dans le cas d'une sépulture pressante, on devait se contenter de réciter des prières, si les prêtres n'étaient pas à jeun. D'où l'on conclut que s'ils l'étaient, ils pourraient recommencer la Messe. Le concile d'Oxford, en Angleterre, tenu sous Honorius 111, prescrit de dire une seule Messe par jour, excepté les jours de Noél, de Pâques et aux funérailles d'un défunt. Dans le royaume de Valence et dans d'autres pro-

« P. 1G9. - 2 Cap. 30. - •" Lib. 3, cap. 38. - « Lib. 8, De Off. Eccl., cap. G. - 6 In Martyr, die 24 jun. - G Pag. ïï. - 7 Lib. 4, cap. 40. - 8 Cap. 1 de Sacr. altaris de consecr. Dist. 1.

vînces d Espagne, les prêtres célèbrent deux ou trois Messes le jour de la commémoration des Morts, soit d'après un privilège, soit d'après une coutume, qui peut-être aurait tiré son origine de ce qu'Alexandre II, ordonnant de ne dire qu'une Messe par jour, rapporte, sans l'abroger, l'usage de célébrer ce même jour deux Messes, l'une du jour, l'autre pour les défunts. Il est certain, toutefois, que cet usage est depuis longtemps aboli. Ce décret d'Alexandre se trouve dans Gratien * ; Innocent III le confirme 2. Voici ses paroles : « Notre réponse est que,' excepté le jour de Noël et le cas de nécessité, un prêtre ne doit dire qu'une seule Messe par jour. » Et Honorius III 3 ajoute que celui-là est bien heureux qui célèbre dignement cette Messe unique.

Pendant que j'écrivais ce qu'on vient de lire, au sujet de plusieurs Messes dites par un seul prêtre le même jour, j'ai rencontré un livre tout récent, dont l'auteur, jugeant les temps anciens sur le nôtre, prononce hardiment que, dans les circonstances dont nous avons parlé, le saint Sacrifice n'était point offert par un seul prêtre, mais par plusieurs. En effet, c'est ce qu'il a vu pratiquer de nos jours. Lorsqu'il faut célébrer deux Messes, comme dans le Carême et les Vigiles, où l'on doit dire une Messe de la férié, et une autre de la fête, cette dernière est célébrée par un prêtre après Tierce, et un autre dit la première après None. Mais s'il avait lu les anciens auteurs liturgistes, parcouru les Rituels, il aurait sans doute découvert que l'Eglise avait alors des usages différents; car, toutes les fois qu'on devait chanter deux Messes, c'était toujours, comme le prouvent les anciens témoignages que nous avons rapportés, le même prêtre, le même évoque, le même pape qui chantaient l'une et l'autre, et, de même qu'aujourd'hui le même prêtre dit trois Messes le jour de Noël, ainsi en était-il alors dans les autres jours polyliturgiques. Il n'y avait qu'un seul prêtre d'attaché à chaque église, et lorsqu'il y en eut plusieurs, on établit des semainiers qui, comme le dit saint Cyprien 4, officiaient chacun à leur tour. Or, le prêtre de semaine chantait lui-

1 De Gonsecr. dist. 1, can. sufficit. — * Can. Consuluisti., De celeb. miss, — 3 Ibid. can., Te referente. — i Epist. 5, ad Cl.

même tout ce qui devait être chanté en public- à l'église, soit qu'il n'y eût qu'une Messe, soit qu'il dût y en avoir plusieurs, selon la pratique de ces temps. Aux grandes solennités, c'était le plus digne du clergé qui remplissait ces fonctions. Dans la Vie de l'abbé Arsinhis, Pallade raconte que, dans l'église de Mont- Nitra, il y avait huit prêtres dont le premier seul officiait, et cela tout le temps qu'il vivait; les autres s'abstenaient de célébrer, déjuger, de prêcher. 11 m'a paru bon de faire cette remarque en passant; je vais maintenant éclaircir un autre rite de l'ancienne Kglise.

Ce fut une coutume également en vigueur et dans l'Eglise grecque et dans l'Eglise latine, qu'un seul et même Sacrifice fût, dans certaines circonstances, offert par plusieurs prêtres ; un évoque ou un prêtre célébrait, et tous les autres évéqucs ou prêtres qui assistaient célébraient avec lui, et participaient au même Sacrifice. Les Grecs ont conservé cet usage jusqu ace jour. ('liez nous, cela ne se pratique plus qu'à l'ordination des prêtres et des évoques. Morin décrit longuement 1 le rite et la manière dont se faisait cette célébration. Le témoignage des anciens canons et des Pères prouve l'existence de cette coutume. Les Constitutions apostoliques 2 représentent l'évêque offrant le saint Sacrifice au milieu de ses prêtres qui l'environnent, qui offrent avec lui et qui communient. L'existence de ce rite est supposée par le Y11I" canon des Apôtres, dirigé contre les prêtres et les diacres. qui n'auront pas participé au Sacrifice offert, par le Ve canon du. premier concile de Tolède, ordonnant aux prêtres et aux diacres d'assister chaque jour au saint Sacrifice, par le XIVe canon du concile de Clermont, qui défend aux prêtres de célébrer dans aucun lieu les jours de fêtes solennelles, sinon dans la ville épiscopale avec leur évèque. Au concile de Chalcédoine, Bassien, évèque dépossédé d'Ephèsc, parlant d'Etienne, intrus qui avait pris sa place, dit : « Etienne fut mon prêtre; depuis quatre années il célébrait la Messe avec moi, il communiait avec moi. » Domnus, évèque d'Anlioche, plein d'admiration pour la vertu de

1 De sacr. Orrt. pars 1, Kxercit. 8, can. 1. — 2 Lib. 8.

saint Siméon Stylite, offrit avec lui le saint Sacrifice, et ils se donnèrent mutuellement la communion, ainsi que le rapportent les historiens ecclésiastiques Evagre ! et Nicéphore 2. Flodoard raconte qu'Ebbon, archevêque de Reims, lorsqu'on lui eut rendu son siège , alla célébrer la Messe avec les autres évoques. Jean VIII écrivant à Photius, à la fin du huitième concile, défend ses légats de ce qu'ils n'avaient pas voulu offrir le saint Sacrifice avec ce patriarche grec. Saint Athanase 3 reproche à Ischyrias, son calomniateur, de n'avoir jamais célébré la Messe avec les autres prêtres. Un ancien pontifical de l'Eglise de Rouen, cité par Ménard dans ses Notes sur le Sacramen taire, contient ces paroles : « L'usage de l'Eglise romaine est que les prêtres assistent à la consécration du corps et du sang du Sauveur, et qu'ils prononcent les paroles et fassent les signes avec l'évoque. » Morin, à l'endroit déjà cité, parle d'un ancien Rituel ou Ralional de cérémonies dans lequel se trouve ce titre : « De plusieurs prêtres célébrant un même Sacrifice. » L'Ordo romain parle de ce rite encore en vigueur sous Innocent III. Il dit en effet 4 : « Les prêtres cardinaux ont coutume d'environner le pontife romain, de célébrer avec lui, et lorsque le Sacrifice est consommé, ils reçoivent la communion de sa main. » Durant 5 attaque témérairement cette coutume, suivi en cela par plusieurs scholastiques, qui embrouillent par un tissu de difficultés une chose claire par elle-même. Les uns supposent à cet usage des dangers et des inconvénients, les autres nient qu'il ait jamais été reçu dans l'Eglise romaine et donnent aux témoignages des Pères, que nous avons rapportés, une interprétation différente et forcée, comme si rien ne s'était pratiqué dans l'Eglise que ce qu'ils y voient pratiquer aujourd'hui. La désuétude de cet ancien rite et l'ignorance de cette désuétude les a fait tomber dans différentes absurdités; je ne veux point disputer ici, mais j'affirme avec certitude que cet usage, encore observé par l'Eglise d'Orient, fut pendant plusieurs siècles en vigueur dans l'Eglise latine. Essayer

* Lib. 1, cap. 13. - 2 Lib. 14, cap. 51. — 3 Apol. 2, pro fugua sua. - * Lib. 4, De Myst. Miss., cap. 25. — 5 In 4 sent, distinct. 13; quœst. 3.

d'ébranler cette assertion par des subtilités d'école, c'est une entreprise téméraire. Cet usage a cessé, j'en conviens, non parce que l'Eglise aurait cédé à des arguties de professeur, mais parce que les rites et les cérémonies ne sont pas immuables, et qu'ils peuvent disparaître et subir des variations sans aucun détriment pour la foi et pour l'unité. Pourquoi a-t-il cessé? 11 me semble que la cause de cette désuétude fut, qu'après la fondation des ordres mendiants et leur propagation dans tous les pays, les charges de Messes devinrent plus nombreuses, et, pour y satisfaire, les prêtres durent chaque jour célébrer en particulier; ensuite la charité du plus grand nombre se refroidit : on cessa

approcher souvent de ce sacrement, en sorte qu'aujourd'hui encore, dans la plupart des églises, les ministres mêmes qui coopèrent au saint Sacrifice ne reçoivent point la communion. C'était surtout dans les jours de fêtes solennelles que ce rite s'observait autrefois, et comme les fidèles avaient coutume en ces jours d'assister à la Messe et d'y communier, de même les ecclésiastiques qui servaient à la Messe publique y remplissaient chacun les fonctions de leur ordre ; ainsi unis, tous offraient le saint Sacrifice, à la lin duquel chacun d'eux recevait le corps et le sang du Sauveur. C'était là, à proprement parler, cette communion ecclésiastique tant recommandée par les Pères, et dont étaient prives les clercs, suivant les fautes qu'ils avaient com-

s. Celui qui en était absolument exclu, se plaçait dans l'église avec les laïques, comme si sa conduite indigne l'eût fait réellement descendre à leur condition.

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