CHAPITRE XIX
Temples. — Leur nécessité. — Leur origine remonte aux Apôtres. — Témoignages des anciens auteurs au sujet des temples. — Différence du temple et de l'église chez les anciens. — Que la Messe fut quelquefois célébrée sans temple et sans autel. — Quelques mots sur les cryptes. — Différents noms donnés aux temples. — Des cimetières. — Temples élevés autrefois sur les tombeaux des Martyrs. — Reliques placées sous l'autel.
Encore que Dieu soit partout, et qu'on puisse en tout lieu lever vers lui des mains pures et innocentes, comme nous l'apprend l'Apôtre *, toutefois le Sacrifice, étant l'expression publique du culte suprême rendu à Dieu, a une connexion nécessaire avec l'autel et le temple. Il doit être offert par un ministre public, légitimement appelé à cette fonction? et il ne convient pas qu'un mystère si auguste soit accompli au hasard, et partout où le prêtre le jugerait à propos ; mais il faut un lieu légitimement consacré tel que l'autel. Or, afin de pourvoir à la vénération, au respect dû à l'autel, pour le séparer de tout ce qui est profane, on l'a environné du temple, qui est comme une demeure consacrée à la Divinité, dans laquelle tous se réunissent à des heures réglées, d'abord pour assister au Sacrifice, et aussi pour remplir avec plus de recueillement et d'une manière plus décente les autres obligations du culte. De même donc que, dans l'ancienne loi, il était défendu d'immoler des victimes hors du temple de Jérusalem, ainsi, dans la loi évangélique, les Apôtres et leurs successeurs ont choisi certains lieux, hors desquels il n'est point permis de célébrer le saint Sacrifice, à
' j Epist. ad. Th., cap. 2.
moins que la nécessité, devant laquelle toute loi s'incline, ne montre que, dans quelque cas particulier, il y a raison suffisante de s'en dispenser. D'où saint Cyrille d'Alexandrie dit i : « Le Sacrifice mystique, que nous célébrons, doit être offert seulement dans les églises consacrées des fidèles et nulle part ailleurs: ceux qui agissent autrement violent la règle d'une manière manifeste. » Saint Basile parle dans le môme sens 2 : « Nous courrions risque, dit-il, de mal remplir nos fonctions si nous dédaignions la prescription du lieu, surtout si nous venions à célébrer les mystères du sacerdoce dans des lieux profanes ; un tel oubli, indiquant du mépris de la part du célébrant, produirait aussi du scandale. » Que dès le temps des Apôtres il y ait eu des lieux consacrés à Dieu, appelés Oratoires par les uns, et Eglises par d'autres, dans lesquels le peuple avait coutume de se réunir pour prier, pour entendre la parole de Dieu, pour célébrer la Synaxe et recevoir le corps de Jésus- Christ, c'est ce que saint Paul nous atteste, de la manière la plus évidente, dans sa lre Epitre aux Corinthiens 3: « J'apprends, dit-il, qu'il y a des dissensions parmi vous, lorsque vous vous réunissez à l'église. » Et peu après il ajoute : « N'avez- vous pas vos maisons pour manger et pour boire, ou méprisez-vous f église de Dieu? » Bien que souvent le nom d'Eglise désigne l'assemblée des fidèles, il est manifeste qu'ici l'Apôtre s'en sert pour indiquer le lieu même où les fidèles se réunissaient. Saint Basile, expliquant ce passage dans ses Règles abrégées, dit 4 : « De même que la raison ne permet pas de se servir, au saint Sacrifice, d'aucun vase commun, ainsi défend-elle de le célébrer dans une maison ordinaire. » Saint Augustin confirme ce sentiment5 : « On appelle église, dit-il, le lieu où l'Eglise se réunit ; car les fidèles eux-mêmes s'appellent Eglise, et c'est dans ce sens qu'il est écrit : Pour se choisir une glorieuse Eglise ; ce nom est également donné à la maison de prière, témoin le même Apôtre, quand il dit : N'avez-vous joas vos maisons pour
i Adv. Antliropomorpliilas, cap. 12. — 2 De Kapt., cap. 8. — 3 Cap. 11. — * Interr. 310. — ° Qmrst. 57, in Lavit.
manger et pour boire, ou méprisez-vous l'Eglise de Dieu ? De là vient la manière de parler aujourd'hui en usage, et d'après laquelle aller à l'église, se réfugier à l'église, s'entend seulement de celui qui va, qui se réfugie dans le lieu même où l'Eglise se réunit. » Nicéphore * fournit encore un autre témoignage des temps apostoliques pour établir notre sentiment sur l'origine des églises. Il cite Evodius, successeur de saint Pierre sur le siège d'Antioche, lequel affirme que dans cette même maison où Notre-Seigneur institua le saint Sacrifice, où le Saint- Esprit descendit sur les Disciples, comme dans la première église des chrétiens, saint Jacques fut ordonné évoque de Jérusalem, et que là aussi eut lieu l'ordination des sept diacres. Baronius montre 2 que les Apôtres consacrèrent aussi quelques églises à Rome, dans le temps même qu'ils commencèrent à y prêcher l'Evangile. Use trouve, dans la Bibliothèque de la reine de Suède, un manuscrit fort ancien qui contient des fragments de différents martyrologes et un lambeau de YOrdo romain. On lit dans un de ces fragments, aux calendes d'août : « A Rome ; Dédicace de la première église construite et consacrée par saint Pierre. » Les mêmes paroles se rencontrent dans un antique martyrologe attribué à saint Jérôme, et édité dans le IVe tome du Spicilége de Luc d'Achery. On les retrouve encore dans un autre, imprimé récemment à Lucques par les soins de François- Maria Florentin, et ce savant éditeur, dans les notes qu'il y a ajoutées, rapporte beaucoup d'autres témoignages qui ont trait au point qui nous occupe. Mais quelle a été, de toutes les églises de Rome, la première consacrée ? Est-ce celle du Mont Esquilin, dédiée d'abord à sainte Eudoxie, et plus tard à saint Pierre-ès- Liens? Est-ce celle du Pasteur, maintenant de Sainte-Pudentienne, sur le mont Viminal? Est-ce une autre? C'est ce que l'éditeur, dont nous venons de parler, recherche avec soin3 dans ces notes où il réunit une foule de documents sur les églises du 1er, du IIe et du IIIe siècles. Les anciens Pères confirment cette même
1 Lib. 2, cap. 3. — - Ad un. 57. — s Exercit 2, ad I Bicm Angust.
vérité. Tertullien i dit : « Une foi vive verra-t-elle sans réclamer et sans gémir un chrétien venir à l'église au sortir du temple des idoles, et pénétrer dans la maison de Dieu en quittant L'officine de Satan? » Et ailleurs2: « Qu'elles se cachent dans l'église, comme elles se cachent hors de l'église. Elles craignent les regards des étrangers; qu'elles redoutent aussi ceux des frère». Qu'elles osent paraître vierges consacrées à Dieu, même dans les rues, comme elles osent le paraître à l'église. » Dans son livre De PudicUia, il parle de certains coupables qu'il dit exclus, non-seulement du portique, mais de tout ce que recouvrait le toit de l'église. Saint lrénée 3 et Origène 4 ont également fait mention des autels et des églises. Zenon de Wronc •"» dit: « Nous appelons ordinairement maison de Dieu, l'édifice qui réunit l'assemblée des chrétiens pour l'accomplissement des mystères de la religion. » Saint Optât de Milève écrit, en parlant des Donatistes, que, dans plus de quarante basiliques qui existaient à Rome, ces schismatiques n'avaient pas trouvé un lieu pour la Collecte, c'est-à-dire pour le Sacrifice. Enfin, Busèbe 6 parle de la promulgation des édits impériaux qui ordonnaient de détruire les églises ; d'où il suit manifestement que églises existaient déjà à cette époque. Cette destruction eut lieu sous Dioclétien ; mais sous Philippe, antérieur de plus de n nq liante ans à cet empereur, les chrétiens possédaient des églises, comme le prouve ce que raconte le même historien 7. Philippe voulant, comme chrétien, entrera l'église la veille de Pâques, en fut repoussé par l'évéque à cause de ses crimes, et il n'y fut admis qu'après en avoir fait pénitence, soit que cela soit arrivé à Rome sous le pape Fabien, selon le sentiment de Baronius8, soit à Antioche sous saint Babylas, comme le rapporte l'auteur de la chronique d'Alexandrie, d'après le récit de Léonce, évoque d 'Antioche. Saint Chrysostôme appuie cette dernière opinion dans son sermon sur sainl Rabylas, où cepen-
1 De MoIhi., cap. 7. - - De rirg. veiand., cap. 13 — » Lib. 4, cap. 20 et 24.
— Jlornil. Il in numéros. — ■ germa 'If psal. 126. — ,; Lih. 8., cap. 1. —
Lib. S, cap. 34. - * Ad ann. r.r,
dant il ne désigne point le nom de l'empereur. Nous pouvons aussi confirmer cette vérité par les témoignages d'auteurs étrangers au christianisme. Le juif Philon, dans son livre De la- vie contemplative, décrivant la vie des chrétiens, assure, si nous en croyons Eusèbe 1 et saint Jérôme 2, qu'ils avaient, dans chacune de leurs demeures, un petit sanctuaire qu'ils nommaient Semneum, dans lequel, loin de tout regard, ils accomplissaient les mystères d'une vie plus sainte. Lucien, auteur païen, contemporain des Apôtres, raillant les chrétiens dans son Plnlopatris, introduit un certain Gritias qui, engagé par un fidèle à se faire chrétien, se laisse conduire par lui au lieu de la réunion des chrétiens. « Nous avions déjà, dit-il, passé le seuil d'airain et les portes de fer, lorsqu'après avoir grimpé plusieurs escaliers, nous nous trouvâmes dans une salle toute brillante d'or, comme Homère représente celle de Ménélas. Ainsi que le jeune étranger dont parle ce poète, je contemplais tout avec étonnement: je vis, non pas Hélène, certes, mais des gens pâles, défaits^ courbés vers la terre 3. » Je n'ignore point que certains critiques pensent que ce dialogue n'est pas de Lucien ; mais tous cependant conviennent qu'il est d'un auteur de son temps, qui, par ce dialogue, a voulu féliciter l'empereur Trajan de la victoire qu'il venait de remporter en Orient. Lampride aussi fournit un témoignage manifeste de l'existence des églises chrétiennes. Les chrétiens avaient acheté, pour bâtir une église, un lieu autrefois public ; les Popinarii ayant fait des réclamations, l'empereur Alexandre répondit, au rapport de son historien, qu'il valait mieux que Dieu fût honoré dans ce lieu d'une manière quelconque, que de le livrer à des vendeurs de vin.
Quoique, dans le langage ordinaire, il n'y ait aucune différence entre un temple et une église, néanmoins les chrétiens
1 Lib. 2, cap. 17. ~ 2 De script. Eccl. — 3 M. l'abbé Godard conclut de ce passage de Lucien qu'il y avait dès-lors de la richesse et de la magnificence dans les églises et dans les lieux où l'on célébrait le saint Sacrifice. (Cours d'arcli., p. 105.) Mais peut-être serait-il plus juste d'entendre cette description dans un sens ironique. C'est ainsi que traduit Bullet. (Démonst. Evang., tom. 12, col. 517.)
des premiers siècles n'employaient jamais le nom de temple, mais celui deglise, pour désigner leurs édifices religieux; car on entendait alors par temples de vastes bâtiments, où l'on immolait dos victimes aux idoles. Saint Jérôme, dans sa lettre contre Vigilance, dit: « Ils veillaient ainsi auprès du corps privé de vie et déjà corrompu, pour que, plusieurs siècles après, Dormilance 1 rêvât ses songes creux, ou plutôt vomit son abominable ivresse, et conspirât avec le persécuteur Julien pour détruire les basiliques et les convertir en temples. » Egalement Valérien, au rapport de Flavius Vopiscus, écrit au sénat: « Je suis étonné, Pères vénérables, que vous ayez si longtemps hésité à ouvrir les Livres Sybillins, comme si vous étiez dans une église de chrétiens et non dans le temple de tous les Dieux. » Les Pères de la primitive Église ne se servaient donc point du mot temple, afin de montrer leur éloignement non-seulement des rites du paganisme, mais des termes mômes dont les païens se servaient. Aussi ces derniers reprochaient-ils aux chrétiens de n'avoir point de temples, d'être une secte impie qui n'adorait aucune divinité. Cette calomnie nous est attestée par les Apologistes de ce temps, Arnobe 2, Minutius Félix3, Lactance 4, Clément d'Alexandrie 5, Origène6. Tous répondaient qu'en effet les chrétiens n'avaient point, comme les païens, des temples couronnés de dômes élevés, dans lesquels ils pensaient renfermer la divinité; qu'ils n'avaient point d'autels élevés pour l'ostentation, qu'ils n'immolaient aucune victime et ne brûlaient point d'encens ; qne Dieu n'en avait pas besoin ; qu'il n'habitait pas dans des temples bàlis par ies hommes, comme le dit saint Paul aux Athéniens 7 ; qu'il étaitimpie de circonscrire la Divinité dans l'enceinte d'un petit édifice, puisque les hommes mômes ont plus d'espace; que c'était dans notre cœur qu'on devait lui clovor et lui consacrer un temple. Ainsi parlent Minutius Félix, Origène, Lactance. Nous voulons rapporter les belles
1 C'ot le nom que S. Jérôme donne à Vigilance dans son ouvrage contre cef hérétique. — - Lib 6. " In Octav. • » Lib. 6, Divin. Insl. — "' Strom., lib. 7. - « Lib. 8, cont. Gels, Aet. 17.
paroles par lesquelles ce dernier termine son livre De ira Dei : « Que pour nous, dit-il, Dieu soit présent non dans nos temples, mais dans nos cœurs : tout ce que construit la main de l'homme est fragile. Tenons toujours pur ce temple que peuvent souiller non la fumée ou la cendre, mais des pensées criminelles ; que la sagesse, et non la flamme des cierges, l'éclairé de sa lumière et de ses clartés. » Ainsi s'exprime cet apologiste en s'adressant aux païens qui, ne considérant que l'extérieur, ignoraient ce qui constitue le véritable culte rendu à Dieu. Que si, sous le nom de temples, l'on veut enteudre, non ces édifices sacrilèges que les païens consacraient aux démons, mais les sanctuaires dédiés au vrai Dieu, dans lesquels les fidèles avaient coutume de se réunir pour prier, pour offrir le saint Sacrifice et remplir les autres devoirs de la religion, personne n'oserait nier que les chrétiens aient toujours eu des temples ou des conventicules, terme dont se servent Arnobe et Ammien Marcellin *, quel que soit d'ailleurs le nom sous lequel ces sanctuaires aient été désignés.
Dans les temps de persécution, les chrétiens, dont les assemblées étaient interdites par les édits des empereurs, se réunissaient où ils pouvaient pour célébrer le saint Sacrifice. Saint Denis d'Alexandrie en fait foi. Dans Eusèbe, livre VII, chapitre XI, il affirme que toute réunion leur était défendue, et plus loin, chapitre XXII, il parle ainsi : « Bien que nous fussions poursuivis et persécutés par tout le monde, nous avons cependant solennisé les jours de fête. Tous les lieux où nous avons tour à tour porté nos angoisses, la campagne, la solitude, les navires, les étables, les cachots, ont été pour nous des temples dans lesquels nous avons célébré nos saints mystères. » Que ce fût la coutume d'offrir le saint Sacrifice dans les prisons, c'est ce que nous apprennent les Actes des saints Proclès, Martinien, Clément, Ancyran et de plusieurs autres martyrs. C'est aussi ce que nous montre saint Cyprien qui, dans sa 5« Epitre, exhorte son clergé à ne point aller en foule visiter les martyrs dans leurs cachots,
1 Lib. 27.
et commande aux prêtres qui vont y célébrer pour les confesseurs, de n'y aller que tour à tour, ainsi que les diacres qui les assistent. Nous lisons aussi dans la Vie de saint Lucien, prêtre et martyr, rapportée par Metaphraste, que le jour de l'Epiphanie, ce saint dit la Messe dans sa prison à la prière de ses disciples ; mais comme il n'y avait pas d'autel et que la crainte des persécuteurs empêchait de s'en procurer : « Ma poitrine, dit le saint martyr, en servira, et cet autel ne sera pas moins agréable à Dieu que celui d'une matière inanimée, et vous, m'environnant de tous cotés, vous serez le temple. » L'assemblée se réunit donc autour de lui, ajoute Philostorgius *, et lui servit à la fois et d'église et de rempart pour dérober aux regards profanes les mystères qui s'accomplissaient. Il offrit le saint Sacrifice, se communia d'abord, puis donna la communion aux autres. Nicéphore 2 rapporte les paroles de Philostorgius, mais, suivant sa coutume, sans en nommer l'auteur. Les Ariens revendiquaient ce saint prêtre comme un martyr de leur secte; mais Baronius le justifie de ce soupçon 3. Bollandus 4 raconte, d'après Mombritius, que saint Appollonius, évoque de Brescia, dit la Messe dans son cachot, sur un linge qui lui fut envoyé du ciel. A Rome, les anciennes carrières formaient de vastes souterrains où les fidèles célébraient en secret. Cependant, lorsque la persécution sévissait plus violente, ils ne pouvaient s'y retirer, ainsi que nous l'apprend une lettre du pape Corneille à Lupicin, évoque de Vienne. Ces cryptes existent encore et ne sont pas la moins remarquable des merveilles delà ville sainte ; tous ceux qui les parcourent admirent ces vastes labyrinthes s'étendant de tous cotes, formant mille détours, partagés en différents quartiers, semés ça et là de salles et de galeries nombreuses. Jacques Bossio en a fait la description dans deux volumes publiés en Italien et que Paul Aringhi a traduits en latin, donnant à cet ouvrage le titre de Borne souterraine. Saint Jérôme les décrit ainsi au commencement de son XIIe livre sur Ezéchicl : « Etant à
1 l.il». -2, Hisi. Ecclea., cap. 14. - - Mb. s. cap. 31. - "Ad. ann. 311 à 318, el m ont. ad Martyrol. — * Die 5 februarii.
Rome, lorsque je tais enfant et que j'étudiais les belles-lettres, dit-il, j'avais coutume d'aller chaque Dimanche avec les condisciples de mon âge, visiter les sépulcres des Apôtres et des martyrs. Souvent nous pénétrions dans les cryptes creusées dans les profondeurs de la terre, et dont les murs sont de chaque côté garnis de corps ensevelis. L'obscurité qui y règne est telle qu'elle semble réaliser cette parole du prophète : Ils descendent tout vivants dans l'enfer. Un rayon de lumière venant d'en haut, tempère à de rares intervalles l'horreur de ces ténèbres ; encore semble-t-il pénétrer plutôt par une étroite ouverture que par une fenêtre. On avance ensuite pas à pas, et la nuit obscure qui environne de toutes parts rappelle ce vers de Virgile :
Horror ubique animos simul ipsa silentia terrent.
Ce que saint Jérôme dit en prose, saint Prudence l'exprime en vers : « Non loin de là, dit-il, à l'extrémité d'un vallon, dans un verger cultivé, une crypte cache ses flancs ténébreux ; un chemin tortueux et incliné conduit par 'mille détours à l'entrée secrète de ce souterrain. Le jour y pénètre d'abord par l'ouverture qui sert de porte et en éclaire le vestibule; lorsqu'après vous être avancé pendant quelque temps, la nuit commence à s'épaissir auteur de vous, vous apercevez des ouvertures pratiquées dans la voûte supérieure qui jettent dans cette obscurité quelques rayons d'une vive lumière. Encore que cet étroit souterrain se replie ça et là et forme de nombreuses sinuosités, cependant de fréquentes ouvertures percées dans le flanc de la montagne y font pénétrer la lumière du jour. C'est ainsi que ceux qui parcourent ces galeries souterraines, peuvent y revoir l'éclat du soleil qu'ils viennent de quitter, et jouir de sa douce lumière *. » Le même saint nous apprend que le corps de saint Hyppolyte y avait été enseveli. Du reste, le sable qu'on avait extrait de ces souterrains laissait de vastes espaces pour la sépulture des martyrs. Non-seulemont à Rome, mais partout ailleurs, les fidèles ne se réunissaienf dans aucun lieu plus sou-
1 Hymn. Il, De Coronis.
vent que dans ces cimetières souterrains ou plutôt dans ces aires K comme les nommaient les Romains. C'est ce qu'attestent les anciens Pères. Tertullien 2 dit: « Sous Hilarion, en pariant drs aires qui nous servent de sépultures, ils criaient: Qu'il n'y ail point d'aires ! et leurs aires à eux-mêmes leur furent ôlécs. » Saint Denys d'Alexandrie, dans Eusèbc 3, raconte que le préfet Emilien avait dit: « Il ne vous sera plus permis de tenir des assemblées ou d'aller aux lieux que vous nommez cimetières. » On lit dans la défense apologétique de Cécilien : « Les citoyens furent renfermés dans les cimetières des martyrs, » et dans celle ilr Félix : « Que quelqu'un en choisisse parmi les vôtres dans le cimetière où vous faites vos prières. » Pontius, dans le récit du martyre de saint Cyprien, rapporte ces paroles de ledit de Valérien contre les chrétiens : « Il est juste qu'il ne tiennent aucune assemblée et qu'ils n'entrent point dans les cimetières. » Saint Etienne, dans la persécution du même empereur, fut surpris par les satellites, au moment où il célébrait les divins m ystères dans les cryptes, et décapité au pied de l'autel, ainsi que le rapportent ses Actes et le Martyrologe romain 4, qui les a suivis. Eusebe écrit encore 5 que Maxiinin, voulant à tout prix ravir la paix aux chrétiens, commença, sous je ne sais quel prétexte, à leur défendre les réunions, qui ordinairement se faisaient dans les cimetières. C'était alors les églises des fidèles ; on y offrait le saint sacrifice : on y faisait les stations, les inslructions au peuple: on y administrait le Baptême et les autres Sacrements. Et cela avait lieu non-seulement dans les temps de persécution, mais même lorsque la paix fut rendue à l'Eglise. Pour peu qu'un motif de piété ou de nécessité le demandât, les anciens Pères ne se faisaient point scrupule de célébrer hors des temples consacrés à Dieu. Théodorct G raconte,
1 Area. Ce mot veut dire à la fois carrière d'où l'on extrayait du sable et aire sur laquelle on battait le prain. Dans la phrase suivante, Tertulien va l'employer dans ces deux sens. Les païens avaient voulu interdire aux chrétiens les aires ou carrières, et leurs aires à eux-mêmes furent interdites, car, dit-il, la moisson manqua. VI Seapul., cap. 3. — ■"• Lib. 7, cap. II. — l Die 2 Augusti. —
* Lib. '». cap. :. - ■ llist. relig., cap. 20.
en parlant de lui-même, qu'ayant été visiter un saint reclus nommé Marin, ce saint homme lui témoigna un désir ardent d'assister au Sacrifice mystique, et le pria de vouloir bien l'oflrir dans sa cellule. « Je me rendis volontiers à ses désirs; dit-il, et ayant fait apporter des vases sacrés d'un lieu qui n'était pas éloigné, j'offris le divin Sacrifice sur les mains de mes diacres qui servirent d'autel. » Saint Paulin, évoque deNôle, au rapport d'Uranius, auteur de sa vie, sentant sa dernière heure approcher, ordonna de célébrer les saints mystères près de son lit, afin qu'uni aux évoques qui étaient présents, il recommandât son âme à Dieu par l'offrande du saint Sacrifice. Dans la vie de saint Vulfrand, évoque de Sens, rapportée par Bollandus *, Jonas dit que ce saint naviguant en Frise, célébra les saints mystères et que le vaisseau sur lequel il était monté demeura immobile au milieu de la mer. Les écrits des anciens Pères fournissent une foule d'exemples de ce genre ; nous en avons déjà rapporté quelques-uns au chapitre XIV.
Mais je reviens aux temples qui, dès que les jours plus sereins eurent paru, s'élevèrent de tous côtés en l'honneur du vrai Dieu, tant par les soins de Constantin que par ceux de sainte Hélène, sa mère, ou d'autres pieux personnages. Eusèbe, dans son Histoire et dans la vie de Constantin, Nicéphore 2 et une foule d'autres écrivains ecclésiastiques en font le recensement. Alors leur furent donnés par les Pères les noms les plus magnifiques ; on les appelait, d'après l'autorité de l'Evangile, maisons de Dieu, maisons de prières, comme des lieux spécialement consacrés à la prière et au culte du vrai dieu. Les Grecs les nommèrent Kvpiaxa les Latins Dominica, dénomination qu'Eusèbe explique dans son panégyrique de Constantin 3. « Dans les cités, dit-il, dans les hameaux, dans les campagnes, dans les déserts habités par les barbares, il a élevé et consacré des temples et des sanctuaires à la gloire du seul Roi, du seul Seigneur de tous les hommes; aussi ces temples ont-ils reçu leur nom, non des hommes, mais du Seigneur même, puisqu'on
1 Die 20 Martii. - 2 Lib. 8, cap. 30. - s Cap. 17,
les appelle Domimca. » Saint Jérôme nous apprend qu'il y avait a Ântioche un temple magnifique qu'on nommait Domihicum aureum. Saint Cyprien 1 reproche à une riche matrone de venir au temple (Dominicwn) sans offrande. Dans leur supplique aux empereurs contre le pape Damase, Marcellin et Faustin, attachés au 9cfaisme de Lucifer, se plaignent que des meurtres aient été commis dans le temple (Dominico), et que l'autel en ait été arraché. La Règle de saint Pacome dit 2 : « Si la nécessité contraint un religieux à s'absenter, il demeurera ou dans le temple {Dominico), ou dans un monastère de son ordre. » Saint Augustin, dans la Cité de Dieu 3 appelle les temples mémoires. « Nous, dit-il, nous n'élevons pas à nos martyrs des temples comme à lieux, mais des mémoires comme à des hommes qui ont quitté la terre, et dont les âmes vivent auprès de Dieu. » Les i.it es avaient donné le nom de -j.v.otjo tov aux églises élevées en l'honneur des martyrs. Eusèbe, dans la Vie de Constantin '«. écrit que ce prince avait embelli Constantinople d'un grand nombre d'églises (martyriis.) Dans les actes du concile de Chalcédoine, il est souvent parlé du temple (martyrium) de la hv>-sainte et courageuse martyre Euphémie, dans lequel se tint ce concile. Le diacre Marc dit, dans la vie de saint Porphire : « Je le rencontrai sur les degrés du temple (martyrii) » et un peu plus loin : « Nous allâmes au temple (martyrium) du glorieux martyr Timothée. » Baronius parle de ce nom dans ses Notes sur le Martyrologe, au sixième jour de juillet, et le Martyrologe appelle concilia martyrum le lieu où sont ensevelis les corps de plusieurs martyrs 5. Le concile de Laodicée défendit 6 aux fidèles d'aller prier aux cimetières ou dans les églises martyria) des hérétiques. Dans le même sens furent nommées Apostolia les églises dédiées aux Apôtres et Prophetea celle des Prophètes. Sozomèné ' rapporte que Ruiïin, personnage consulaire, construisit dans un faubourg de Chalcédoine une vaste église en l'honneur de saint Pierre et saint Paul, et qu'il lui
1 l><- Op. el Eleemos. - -1 Cap. 54. - 3 Lib. 22, cap. 10. - ■ Lib. 3, cap. 48. » Die Î3 innii. - ■ Can. 9. - : Lib. 8, cap. 17.
donna le nom d'Apostolium à cause des saints Apôtres. Théodoret dit i : Que les reliques de saint Samuel ont été placées dans son église (Prophetea). Souvent encore on trouve les noms à'Evxcvpia et de npovzvY.Tvpiy. donné par les Grecs, et celui d' Oratorio donné par les Latins à toutes sortes d'églises. Celles qui étaient plus grandes et plus célèbres étaient ordinairement nommées Basiliques, bien que quelques auteurs aient parfois attribué cette appellation à n'importe quelles églises. On rencontre ce nom à chaque page dans saint Jérôme, saint Augustin, saint Paulin, et dans d'autres auteurs. Ce nom comme beaucoup d'autres a été emprunté aux païens. Les basiliques étaient des maisons royales, ou des édifices publics dans lesquels on rendait la justice et où les marchands se réunissaient pour leur commerce. Vitruve en a tracé la description 2. Ce nom passa aux églises chrétiennes, soit à cause de leur magnificence, soit parce que, comme dit saint Isidore 3, on y offre au Roi tout-puissant les hommages et les sacrifices, soit enfin par la raison que les anciennes basiliques furent converties en églises, ce que semble rappeler Ausone dans son remerciement à Gratien au sujet de son consulat. « La basilique, dit-il, autrefois pleine de tumulte et d'agitation, ne renferme aujourd'hui que des vœux adressés par votre conservation. » Enfin les églises avaient encore reçu le nom de titre, titulum, comme on le voit dans Anastase qui dit, en parlant du pape Marcel : « Il érigea dans Rome vingt-cinq églises (titulos) pour l'administration du Baptême, de la Pénitence et pour la sépulture des martyrs. » Saint Prudence 4 écrit: « De l'autre côté, l'église (titiolum) de saint Paul s'élève près de la route d'Ostie. » Quelle a été l'origine des titres, la cause, l'occasion de leur érection ? Dans le principe, le titre et l'église étaient-ils une môme chose comme la plupart le pensent ? Y avait-il quelque différence comme le croit Florentini 5? C'est ce qu'il serait trop long de rechercher ici : le lecteur désireux d'en connaître davantage sur ce point, pourra consulter l'auteur que nous venons de citer, et les autres qui ont écrit sur les titres de la ville.
1 Lib. 1 . — 2 Lib. 5. — 3 Oiïg., lit). 15, cap. 4. — * De Coronis, hym. 02. — 5 Ex. 2, in Martyr.
C'était donc, comme nous venons de le montrer, la coutume des anciens chrétiens, dans les temps de persécution, de se retirer pour célébrer le saint Sacrifice dans les carrières et dans les cimetières où reposaient les corps des martyrs; mais lorsque, par la volonté de Dieu, les persécuteurs eurent disparu, que le paganisme eut été vaincu et que l'empire romain eut reconnu la puissance et le triomphe de la croix, comme alors il fut permis d'ériger publiquement et partout des , temples à Notre-Seigneur Jésus-Christ, on choisit de préférence les lieux où, peu auparavant, l'on se réunissait pour célébrer secrètement les saints mystères. Il me semble que c'est de là que vient ce rite célèbre et inviolable de l'Eglise, qui défend d'élever aucun temple, ni aucun autel, qui ne soit sanctifié par des reliques de martyrs. L'Eglise romaine, la première, adopta cet usage, et c'est d'elle que Font reçu toutes les autres. Anastase écrit du pape Félix Ier ; « Ce fut lui qui prescrivit de célébrer la Messe sur les tombeaux, en mémoire des martyrs. » En ce sens peut-être qu'il porta une loi défendant d'en agir autrement. Saint Prudence, après avoir décrit le lieu où fut déposé le corps de saint llippolyte, ajoute : « Ce même autel qui nous donne l'auguste Sacrement, placé sur les restes du saint martyr, les conserve, gardien fidèle, pour l'espérance de la vie éternelle, en même temps qu'il nourrit d'aliments sacrés les habitants de Rome. » Saint Paulin s'accorde avec saint Prudence *. « Ils contemplent, dit-il, cet autel dans lequel reposent les corps des saints, car, placés sous cette table céleste, les restes des Apôtres exhalent, au milieu des saintes libations du Sacrifice, une odeur qui réjouit le cœur du Christ. » Le même saint dit, au commencement de sa 1 1" Epitre adressée à Sévère, que les reliques sont nécessaires pour qu'on puisse consacrer une basilique, et il lui envoie à cet effet, un morceau de la vraie Croix. Saint Ambroise écrit à sa sœur Marceline 2 : « Comme je voulais dédier une basilique, tous me dirent d'une voix unanime : dédiez-la suivant la coutume de Rome : je le ferai, leur dis-je, si je puis avec des rdi-
• NaiaL '.), Felicis. - 7 Epist. .V..
ques de martyrs. » Et ayant découvert les corps de saint Gervais et de saint Protais, il fit la dédicace de sa basilique suivant la coutume de Rome. Au commencement de son exhortation aux vierges, le même saint, parlant des reliques des saints Vital et Agricola, dit : « Vénérez ces gages salutaires qui maintenant reposent sous les saints autels. » Saint Jérôme, écrivant contre Vigilance qui, dans ses écrits impies, avait osé s'élever contre le cultes des saintes reliques, dit: « Le pontife romain, lorsqu'il offre à Dieu le saint Sacrifice sur les restes mortels de saint Pierre et saint Paul, selon nous reliques vénérables, et selon toi poussière vile et abjecte, a donc tort de considérer leurs tombeaux comme l'autel du Christ. » « Le peuple chrétien, dit saint Augustin1, célèbre par des fêtes religieuses les mémoires des martyrs pour s'exciter à suivre leurs exemples et s'associer à leurs mérites; néanmoins nous n'offrons le Sacrifice à aucun des martyrs, mais au Dieu des martyrs seulement, bien que nous érigions nos autels sur les tombeaux de ces derniers. » Au 1 13e sermon 2, dans lequel il parle de saint Cyprien, il rappelle en beaux termes, qu'à l'endroit où ce saint a versé son sang, un temple s'élève dans lequel nous recevons celui de Jésus- Christ. Saint Grégoire le Grand 3 accorde à Léonce de Rimini la permission de dédier une église dans laquelle il veut, dit-il, qu'on place des saintes reliques, et ailleurs 4 il envoie à un évêque des reliques pour consacrer des autels. Il parle encore sur ce même sujet dans différents endroits de ses œuvres 5. Grégoire de Tours, dans la Vie de saint Senoch, abbé, raconte qu'ayant érigé un autel et y ayant disposé un lieu pour mettre les reliques des saints, il invita un évêque à en faire la bénédiction. Dans Sozomène 6, Zenon, évêque de Gaza, construisit une église, dans laquelle il érigea un autel, où il plaça les reliques des martyrs. Théophane rapporte que, sous Justinien, on célébra à Constantinople la Dédicace des Apôtres, et qu'on y
( Lib. 20, cont. Faust., cap. — 2 De diversis. — 3 Lib. 5, Epist. 45. — i Epist. 50. - 5 Lib. 7, indict. 2, Epist. 11, 12, 73, 74, 85, lib. 9, epist. 26, lib. 10, ep. 12 et lib. 1, Dialog., cap. 10. - 6 Lib. 5, cap. 8.
porta avec grande pompe les reliques des saints Apôtres André et Lue, que l'évoque Menna fil déposer dans le temple. Les Iconoclastes ayant commencé à abolir cet usage, le septième concile prescrit l que des reliques soient mises avec les prières accoutumées, dans les temples qui avaient été consacrés sans en posséder, et il ordonne que celui qui désormais consacrera une église sans reliques, soit déposé comme un violateur des traditions ecclésiastiques. Nous avons encore, sur cette coutume des lideles, le témoignage d'un sophiste, adversaire acharné du nom chrétien, Eunapc de Sardes qui 2, pleurant la ruine du temple de Sérapis, se plaint avec une rage mal contenue, qu'on lui ait substitué des moines et des reliques de martyrs. Que si l'on érigeait quelque chapelle ou oratoire dans les campagnes, le concile d'Epaone défendit d'y mettre des saintes reliques, à moins que les clercs de quelque paroisse voisine, ne pussent souvent venir honorer ces restes sacrés par la récitation des psaumes. Je lis dans Théodoret et dansSozomène que parfois on éleva des temples sur les tombeaux des saints confesseurs. Le premier3 écrit qu'un vaste temple avait été construit sur le tombeau du moine Zébina. Le second 4 parlant de saint Nilamnon, qui avait obtenu de Dieu de mourir plutôt que d'accepter le fardeau de lepiscopat, ajoute: « Les habitants du pays élevèrent un temple sur sa tombe. » Toutefois la coutume antique et admise dans l'Eglise, c'est d'employer pour la consécration des autels les reliques des martyrs, dont l'Apôtre saint Jean 5 a vu dans le ciel les âmes sous l'autel de Dieu. Cette vénération pour les martyrs tire son origine du dogme de la Communion des saints. Les fidèles, afin de confirmer cette croyance par leurs actes, se réunissaient, pour participer aux divins mystères, dans les lieux où avaient été déposées les reliques saints, afin de communier ainsi avec eux, autant que le permettait la condition de ces frères que la mort avait enlevés. Ces restes, en effet, rappellent l'Eglise triomphante qui, par eux,
1 Can. 7. - 2 in OTMesio - "Hist. reli^., cap. 24, - * Lib. 8, cap. 19. — 5 Apocal. 0,
communique en quelque sorte avec l'Eglise militante, et assiste à nos divins Sacrifices. Bien que ces reliques, ces ossements,, dont l'âme est séparée, n'aient plus de sentiment, ils montrent cependant les rapports que nous conservons avec les âmes qui sont au ciel, et contiennent eux-mêmes un germe de résurrection et d'immortalité. C'était pour ce même motif, que les anciens Pères ensevelissaient souvent sous l'auteJ le corps des évoques orthodoxes, pour offrir en union avec eux le saint Sacrifice et faire les ordinations. Pour conserver l'unité de foi et pour montrer la succession légitime, ils croyaient nécessaire ce signe de communion entre l'évêque vivant et son prédécesseur défunt. On rencontre une trace de cette coutume dans la conférence entre les Catholiques et les Donatistes, tenue à Carthage sous innocent Ie'1. Donat, évoque orthodoxe de Sitifa, dit: «J'ai ordonné le prêtre sur le corps de levêque catholique et, avec la grâce de Dieu, là aussi sera ordonné l'évêque. »