CHAPITRE X
I*r<'" fi» <•«*«. — Heu <llvor« noitiM. — Aoii iiiHtltutioii. — lAon niitl«|iill«'". — I>l\<'i*H4^M f«>rniiiloM en ii»«fifç<^. -— <^ii*niitrei'olH II y ikVHlt nul mil <le pr^-ntoea r|iio <lc IM<«MH<>M. — l^liiH t»i*il PIO^liMe l'omniiie ii*«>'n ndniit «|ue iioiif. — C^*eHt it t4»rt <|ii*(>ii iittriltiie o<'tto restriclloii «ti |>a|>o l^élaK*"- — *^" y iijtniln lu préface» eoniuiiiiie et eelle de la sainte VIerjçe. — Le svnctulernilne la préface. — Son rite et «on «»i*iKliie. — I>(>iil>l«» TRISAGION. — Combien y a-t-ll «riiymne» lltiii<^ f^lfines?
Lorsqu'on a lu les oraisons 5{'cr(Vc5, le célébrant se dispose à chanter la Préface et commence d'abord par saluer le peuple K Or, la Préface est comme un prologue, par lequel il exhorte et dispose les assistants à Yaction principale, dans laquelle consiste proprement le Sacrifice. Dans un Missel manuscrit fort ancien, dont nous avons déj;\ plusieurs fois parlé, et qui appartient à la reine de Suède, la Préface porte le titre d'ImmoUilion et parfois
* Pour faire celle salulalion, le rélébranl ne se lourne poinl vers le peuple, parce qu'autrefois, (ce qui se voit encore dans les Liturgies prccquc, russe, et dans plusieurs Lilurpics orientales^ drs que le jirèlre avait enga^'i» les fidèles de prier pour lui, immédiatciiient avant la Pn-farc un lirait un rideau sur le sanctuaire, u Anciennement, dit Forcini, on avait coutume, avant la Préface, de fermer !■
celui de Contestatio Missœ, parce que le célébrant, ayant entendu la voix du peuple, du clergé et des ministres, qui lui affirment qu'ilest digne et juste de rendre grâces à Dieu, atteste avec eux (contestatur) que cette affirmation est vraie ; et alors, par une solennelle action de grâces, il se prépare, lui et les fidèles, à ces redoutables mystères, dans lesquels le corps de Jésus-Christ est immolé. Dans le rite mozarabe, on l'appelle Inlatio^ parce que, si je ne me trompe, des paroles de l'assemblée le prêtre infère, Infert, conclut qu'il est véritablement digne et juste de rendre grâces au Dieu tout-puissant, de le louer et d'exalter son nom. Voici comment parle Strabon au sujet du premier auteur des Préfaces * : « Quant à la Préface de la Messe, par laquelle on excite le peuple à rendre grâces à Dieu, et où l'on demande que la prière des hommes s'unisse aux louanges des esprits célestes, nous ignorons quel en fut le premier auteur. » Quelques-uns en attribuent l'institution au pape Gelase, parce que le Livre des Pontifes assure qu'il composa les Préfaces des sacrements et des oraisons dans un style exact. Mais, encore que nous accordions que ce pontife en a composé plusieurs, et que- saint Ambroise, saint Grégoire le Grand et d'autres Pères en ont également édité un grand nombre, toujours est-il certain que, dès l'origine de l'Eglise, il y eut des Préfaces, et que leur institution doit être attribuée aux Apôtres ou à leur successeurs immédiats ; c'est ce qu'il n'est pas difficile d'établir. En effet, il en existe une com-
sanctuaire et de suspendre un Voile autour de l'autel ; c'est pourquoi, dans la salutation qui précède la Préface, il n'était pas nécessaire que le prêtre se tournât vers le peuple, qu'il ne pouvait plus voir, et dont il avait pour ainsi dire pris congé en disant : Orate fratres. » (Institut. Liturgicae, pars 1, cap. 27.) Ce rideau était ôté et Je sanctuaire découvert un peu avant la communion, lorsque le diacre disait: ' Les choses saintes aux saints. « Que votre esprit soit donc saisi d'une religieuse terreur, dit saint Chrysostôme (Homil. 36, in I ad Corinth.), que votre âme soit pénétrée d'une crainte respectueuse à ce redoutable moment, lorsque le voile étant écarté, vous allez voir le cortège d'anges qui environne ce mystère; montez donc, vous aussi, dans ce ciel. » Et ailleurs : (Hom. 3, cap. l, Epist. ad Eph.) <v Lorsque vous entendez qu'il faut prier tous, que vous voyez les voiles retirés, pensez que le ciel lui-même s'ouvre et que les anges en descendent. » Peut-être est-ce pour cette ïaison que l'Élévation était différée jusqu'à la Communion, et dans l'ancienne Messe latine jusqu'à l'Oraison dominicale, que suivait presque immédiatement la Communion.- — • Cap. 22.
ï)lète, et presque semblable à celles que nous récitons, dans la Liturgie de saint Jacques, et des Pères, beaucoup plus anciens que saint Gelase et saint Ambroise, ont fait mention de la Préface, Pour commencer par saint Cyprien, ce Père la connaît, la désigne parsonnom, comme il est manifeste, dans le texte suivant ^ : « Quand nous assistons à la prière, mes très-cbers frères, dit-il, nous devons y être attentifs et nous y appliquer de tout notre cœur. Bannissons toutes les pensées de la cbair et du siècle, et que notre esprit ne s'occupe alors que des choses qu'il doii demander. C'est pour cela que le pnMre, avant de commencer la prière, prépare l'esprit des frères par cette Préface: Sursum corda, élevez vos cœurs; afin que le peuple soit averti par sa réponse même : Nous les tenons élevés vers le Seigneur^ de l'obligation qu'il a de ne s'occuper que de Dieu seul. » Saint Eloi de Noyon cite avec éloge ce passage de saint Cyprien 2. A saint Cyprien j'ajoute l'autorité de saint Augustin, dont on pourrait citer de nombreux témoignages sur ce point: « Vous savez, écrit-il •'^, dans quel sacrifice on dit: Gratias ar/amiis Domino Dco nostrn. » — « Ensuite, écrit-il à Honorât'», nous rendons grùces au Seigneur notre Dieu, ce qui est un grand sacrement dans le Sacrifice de laloi nouvelle. En quel lieu, àquel moment, comment ce sacrifice est-il oiïert? Vous le saurez lorsque vousserez baptisé. « Il mande à Proba ^ « Ce n'est pas en vain que l'àiuc chrétienne entend : Sursum Corda, élevez votre cœur, et qu'elle répond qu'elle le tient élevé vers le Seigneur. y> Au livre de la vraie religion <*», il dit : « Chaque jour, dans tout l'univers, le genr» humuin répond presque d'une voix unanime que les cœurs sont en haut, qu'on les lient élevés vers le Seigneur. «Ailleurs": « Ce qu'on nous recommande, dit-il, au Sacrifice des fidèles, d'avoir nos cœurs élevés vers le Seigneur, c'est un bienfait du Seigneur, bienfait dont le prêtre, dans les [paroles qui suivent, invite les fidèles à rendre grâces au Seigneur notre Dieu ; à quoi
• De oratione Dominic. — ' Homil. 11. — ^ Kpist. 57, ad Darilanum. - * Kpisl. IGO, rap. l'J. — ^ Ejtisl. 156. — •' Ca|i. 3. — " De dono pcrsevcranli rap. 13.
l'on répond: 11 est digne et juste. » Ailleurs encore i,il dit : « Pendant les saints mystères, on nous avertit de lever nos cœurs en haut ; nous le pouvons avec la grâce de Dieu ; c'est pourquoi nous rendons grâces au Seigneur d'un si grand bienfait, parce qu'il est digne et juste de nous en souvenir. « Enfin, il s'exprime encore à peu près de la même manière dans plusieurs autres endroits de ses écrits 2, Le concile de Milève, auquel assista saint Augustin, dit ^ : « Nous avons voulu que les prières, les oraisons ou Messes, les Préfaces qui avaient été approuvées en concile, fussent récitées par tous. » Saint Gésaire d'Arles parle dans le même sens "*, et les Pères grecs confirment toutes ces autorités. Saint Cyrille de Jérusalem traite longuement et admirablement ce point dans sa cinquième Catéchèse mystagogique, « Le célébrant, dit-il, crie à haute voix : Sursum corda, élevez vos cœurs. C'est, en effet, surtout dans ce moment redoutable qu'il faut élever nos cœurs à Dieu, et ne les pas abaisser vers les choses de la terre. Le célébrant ordonne donc par là à tous les assistants de bannir de leurs esprits toutes les pensées mondaines et tous les soins des affaires domestiques, afin que leurs cœurs soient dans le ciel en la présence de Dieu, qui aime tant le genre humain. Vous répondez : Nous tenons nos cœurs élevés vers le Seigneur. Ainsi vous protestez que vous faites ce qui vous est demandé. Que personne donc ne se comporte de telle sorte qu'il dise de bouche seulement : Nous tenons nos cœurs élevés vers le Seigneur, tandis que son âme est encore toute distraite par des pensées du monde. Le célébrant ajoute : Rendons grâces au I Seigneur. Et nous devons certes bien lui rendre grâces en effet de ce que, tout indignes que nous sommes d'un don si grand, il a- daigné nous en faire part. Vous répondez : Il est digne et juste ; car lorsque nous rendons grâces à Dieu, nous faisons certainement une chose digne et juste. » Et après quelques mots, dans lesquels il fait l'analyse de la Préface, il rappelle les anges qui, dansisaïe, chantent : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu
' De bono viduitalis. — 2 |n Psalm. 10 et 85, De spiritu et littera, cap. Il, seru). 44 et 54 de Tempore. — ^ Can. 12. — ^ Homii. 12,
des armées. Nous chantons cette hymne avec eux, et il rend rai son de ce chant en disant : « Nous chantons celte hymne dc.> Séraphins (jui nous a été enseignée, alin que, parcelle mélodie céleste, nous nous unissions avec tous les rangs de la milice du ciel. » — « Dans les redoutables mystères, dit sainl Chrysostùmc •. de môme que le prêtre lait des prières pour le peuple, ainsi 1 peuple en fait pour le prêtre ; car le célébrant n'est pas le seul qui rende grâces à Dieu, mais tout le peuple s'unit à lui. C'est après les avoir consultés, lorsqu ils lui ont répondu qu'il était digne et juste de le faire, quil commence l'action de grâces.» Ailleurs 2 : « (Jue fais-tu, ô honuue, s'écrie-l-il? N'as-tu donc rien promis au prêtre (jui l'a dit : Lespnt ci le cwur en haut ? Ne lui as-tu pas repondu : Nous les tenons élevés vers le Seigneur ? Anastase le Sinaile s exprime en cx^s termes sur le même sujet •' « C'est ce (|ue tcmoigne le prêtre (piand il nous dit : Elevez Vi cœurs, (^lue lui repoudims-nous'/ .V(»a5 les tenons élevés vers i Seiyru^ur. Que diles-vuus'/ Que faites-vous? Voire esprit e> tout occupé de choses périssables et temporelles, et vous dites Je le liens élevé vers le Seigieur. » Je pourrais encore citer mu foule de témoignages; mais ce point est si évident qu ils seraient su péril us.
11 est manifeste, par les Lilurgies de toutes les églises et d» tous les pays, que les Préfaces furent adoptées et en usage i>artout. Leurs formules varient dans les diverses églises, et cejM ndanl toutes ont le même plan, les mêmes idées générales. Dal "i d le prêtre exhorte les lideles à tenir leurs cœurs élevés, paKlcs qui, suivant Alcuin, signifient : « Vous êtes [uaintenant si liisamment instruits et conlirmés dans les préceptes de l'Kvan et des Ai)ôtres, élevez vos cciMirs dél)arrassés des soucis tei très en haut vers le Seigneur, alin que je puisse ollrirdigneni .. le sacrilice que vous m'avez api)orté pour être olferl. » Le i»» liple répond que son cœur est élevé vers le Seigneur, et le ( brant l'exhorte à rendre grâces à Dieu, ce qu'il allirme être diet juste. Alors le prêtre, recevant ce consentement des fid« ^
' Homil. 18; in '2 ad Corinth. — ' lloiiiil. <le Eucha. — •'^ Scrm. de lacra synax.
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se tourne vers Dieu le Père, chante ses louanges et lui rend grâces en termes pleins de magnificence. Enfin, s'unissant et lui-même, et le peuple avec lui, aux chœurs angéliqaes, ils chantent tous d'un concert unanime et, pour ainçi dire, d'une seule voix le Trisagion sacré. Or, tout ceci est exprimé par l'Apôtre saint Jacques dans la Préface de sa Liturgie.
« Il est véritablement digne et juste, convenable et nécessaire « de vous louer, de vous célébrer dans nos chants et de vous ce rendre grâces à vous, l'auteur de toutes les créatures visibles « ou invisibles, le trésor des biens éternels , la source de la vie <( et de l'immortalité, le Seigneur et le Dieu de toutes choses, « que louent les cieux, les cieux des cieux et tout ce qu'ils ren- -<( ferment, le soleil, la lune et le chœur des astres, la terre, la « mer et tout ce qu'elles contiennent ; à vous que bénissent la « Jérusalem céleste, l'Eghse des premiers nés écrits dans les « cieux, les Esprits des Justes et des Prophètes, les âmes des Mai:- « tyrs et des Apôtres, les Anges, les Archanges, lesThrônes, les « Dominations, les Principautés, les Puissances et les Vertus, les « Chérubins à plusieurs yeux, les Séraphins à six ailes dont deux « voilent leurs faces, deux recouvrent leurs pieds, les deux autres « leur servant à voler pour exécuter vos ordres, qui tous ne « cessent de vous louer, faisant retentir d'une voix éclatante a l'hymne de votre gloire et de votre magnificence. Saint, saint, « saint, etc. )> C'est de cette Préface que donne l'abrégé, dans le passage que nous avons cité plus haut, saint Cyrille, qui fut un des successeurs de saint Jacques sur le siège de Jérusalem. Saint Basile, dans sa Liturgie, a inséré une Préface presque semblable. Saint Chrysostôme exprime la même série d'idées en d'autres termes : « Il est véritablement digne et juste, dit-il, de « vous célébrer, de vous bénir, de vous louer, de vous rendre « grâces et de vous adorer dans tous les lieux où s'étend votre « empire. Car vous êtes un Dieu ineffable que l'esprit ne peut « ni percevoir^ . ni regarder, ni comprendre. Vous êtes toujours « le même, existant par vous-même, immuable et sans change- «' ment, ainsi que votre Fils unique et votre Esprit-Saint. Vous
« nous avez donné l'être en nous tirant du néant ; lorsque nous (( étions tombés, vous nous avez relevés et vous n'avez cessé de « nous aider, de nous combler de bienfaits, jusqu'à ce que vous « nous ayez conduits au ciel et gratifiés de votre royaume. Nous ce vous rendons grâces à vous, à votre Fils unique et à votre « Saint-Esprit, pour tous ces bienfaits, pour ceux que nous « connaissons et pour ceux que nous ignorons, pour les grâces « évidentes et pour celles qui nous sont arrivées d'une manière « mystérieuse et cachée. Nous vous rendons grâces aussi pour « ce ministère sacré, que vous avez daigné recevoir de nos « mains, bien que vous soyez environné de milliers d'Archanges « et de myriades d'Anges, de Chérubins et de Séraphins ayant « six ailes et plusieurs yeux, esprits sublimes et célestes qui « chantent l'hymne de la gloire et du triomphe, la font retenlii <( d'une voix éclatante et disent : Saint, saint, saint, etc. » C'csl â peu près le même ordre d'idées que suivent toutes les Préfacer de Liturgie orientales; il serait beaucoup trop long de les citei toutes dans ce chapitre. Celle qu'on attribue à saint Clémente que rapportent les Constitutions Apostoliques * est exlrèmemen longue. On y énumère les perfections et les attributs de Dieu ; h génération éternelle du Verbe, la formation de toutes les créatures, leurs relations, la sagesse admirable de Dieu et sa Provi dcnce pour leur conservation, ainsi que les bienfaits dont il î comblé les hommes, y sont racontés en termes magnifiques Enlln, elle se termine par la conclusion ordinaire en parlant de Anges qui chantent et disent : Saint, saint, etc. Chez les Maro nites le célébrant dit : « Que les esprits, les âmes et les cœurs cl chacun de nous soient clevcs en haut. » Le peuple répond : « // sont avec vous, Seigneur. ^> Le célébrant : « Confessons le Sei (jneur dans la crainte, adorons-le avec tremblement. )) Le pei pie : « // est digne et juste. r> Le célébrant : « Nos cœurs, no « esprits, nos voix vous confessent, Père, Fils et Saint-Esprii (. qui êtes un seul vrai Dieu. Que nos voix se mêlent avec amoii « aux chœurs invisibles, à la multitude innombrable des ordre
' l-ib. 8, cai». 10.
« célestes. Votre peuple, Seigneur, vous loue trois fois, il chante « et dit trois fois : Saint, saint, saint, etc. » Or, les Grecs et les autres églises d'Orient n'ont qu'une seule Préface, qui se répète à chaque Messe. Les Latins en ont plusieurs. Le rite ambrosien en a une commune, semblable à celle du Missel romain ; mais dans les Messes propres aux jours de fêtes, aux Dimanches ou aux fériés, on chante aussi des Préfaces particulières. La Liturgie mozarabe indique toujours une Préface propre, dans laquelle sont rappelés en style élevé et mêlé de réflexions, soit les mystères de la fête qu'on célèbre; soit les louanges et les mérites du saint dont on solennise la mémoire. Dans le Sacramentaire de saint Grégoire, on en voit de propres à chaque Messe, et qui sont différentes de celles du Missel ambrosien. Ces Préfaces furent longtemps en usage dans l'Eglise, ainsi que nous le montrent les anciens Sacramentaires manuscrits. Quelques livres de Préfaces se trouvent dans la Bibliothèque du Vatican, et Corneille Schulting parle avec éloge ^ d'un livre renfermant deux cent cinquante Préfaces particulières, qu'avait édité à Cologne Henri Gravius. Ennodius de Pavie en cite également une particulière pour la Messe qu'on récite à la consécration d'un évêque.
Baronius 2, Binius ^ et plusieurs autres auteurs citent une lettre de Pelage 11 aux évêques de France et d'Allemagne, qui l'avaient prié de leur envoyer l'ordre des Préfaces tel, qu'il était suivi à Rome. Voici ce que ce pontife leur répond : « Cette bonne volonté et ce zèle de votre part nous ont causé une vive joie ; recherchant donc avec soin l'ordre observé à Rome, et les saintes ordonnances de nos prédécesseurs, nous avons trouvé qu'on ne devait admettre que neuf Préfaces qui, depuis longtemps, sont seules en usage dans cette église gardienne de la vérité , à savoir : celles du jour de Pâques, de la Pentecôte, de l'Ascension, de Noël, de l'Epiphanie, des Apôtres, de la Sainte-Trinité, de la Croix et du Carême. Telles sont les Préfaces adoptées par la sainte Eglise romaine, et dont nous vous conseillons de faire
t Bibliothec. eccles., tom, pars. 2, cap. 12. - 2 Annal, tom. 7, ad ann. 590, — ' Concil., tom. 4.
usage dans vos églises. » Ce texte est attribué à saint Gelase dans les anciennes éditions de saint Gratien K Mais en examinant cette Epîtrc avec plus d'attention, je suis fortement incliné à penser qu'elle doit être d'un pape moins ancien et que c'est par erreur qu'on l'attribue à Pelage. En etïct, si à l'époque de ce pontife, l'Eglise romaine depuis longtemps n'admettait que ces seules Préfaces, comment saint Grégoire, successeur immédiat de Pelage, et si vigilant gardien des rites sacrés, en a-t-il composé de nouvelles? Ce qui fortifie encore nos soupçons, c'est que le diacre Jean, qui nous transmet avec les détails les plus minutieux tous les actes de saint Grégoire , ne fasse aucune mention de ces Préfaces, qu'il aurait composées pour remplacer celles qui depuis longtemps déjà étaient en usage. Saint Grégoire lui-mC'me qui, dans sa lettre à Jean de Syracuse, expose toutes les additions et tous les changements qu'il avait faits dans les rites sacrés, et qu'on lui avait reprochés, ne dit pas un mot des Préfaces, et aucun des auteurs de ce siècle et des quelques siècles qui suivirent, ne parle de cette lettre du pape Pelage. Que si mon soupçon semble peu fondé aux lecteurs instruits, au moins ne peut-on nier que cet usage de l'Eglise romaine, dont parle Pelage, ne soit tombé en désuétude aussitôt après sa mort, et que son décret au sujet des neuf Préfaces n'ait été reçu et observé dans aucun pays avant le X^ ou XP siècle. Et, de fait, il est manifeste par tous les Sacramentaires anciens, qui portent le litre de selon l'usage de Rome, qu'il y avait un très-grand nombre de Préfaces, et A peine s'il se rencontre une -Wesse ({ui n'ait la sienne propre. Ajoutez à ces preuves le témoignage de Guimond, qui devint évéque d'Averse, après avoir été religieux de Saint-Benoist,.ct mourut en 1U8U, lorsque le rite romain était suivi partout. En elfet, dans son livre contre Bérenger 2, il s'exprime ainsi : « Et pour qu'on ne s'imagine pas que ce soit seulement mon opinion particulière que j'expose, je citerai la Préface qu'on chante dans toute TEglise latine, un des Diruanches qui sont entre l'Epiphanie et la Sepluagésime. Voici ce que nous
* De consecr. distinct. 1, cap. Invenimus. — - De Eucharist., lib. 1,
y lisons : '( Dieu éternel (il est juste), de vous offrir cette vie- (c time da sacrifice, victime salutaire, ineffable sacrement de (( la grâce divine, qui est offert par plusieurs et qui, par Fince fluence de l'Esprit-Saint, devient le corps de Jésus- Christ. « Tous reçoivent Jésus-Christ et il est tout entier dans chaque « particule ; il ne se divise point entre tous, mais il se donne « tout entier à chacun. C'est pourquoi, nous qui communions à (( ce pain et à ce calice sacré, nous devenons le même corps de (( Jésus-Christ. » Alger, moine de Cluni, qui vécut en 1130, s'appuie également sur l'autorité de cette Préface i. Elle se lit dans le Sacramentaire de saint Grégoire au cinquième Dimanche après l'Epiphanie. Le Missel actuel de la Liturgie ambrosienne la met au sixième, quoiqu'Alger la cite pour le cinquième, d'après le rite ambrosien. On ignore à quelle époque ces nombreuses Préfaces ont cessé d'être en usage. Toutefois, les Missels écrits postérieurement à l'an 1200 ne rapportent que les neuf indiquées par Pelage, auxquelles on ajoute la Préface commune, qui est fort ancienne et que l'on pense avoir été composée par saint Gelase ou par saint Grégoire, et la Préface de la sainte Vierge instituée par Urbain II. C'est de ces onze Préfaces que font usage toutes les églises qui suivent maintenant la Liturgie romaine 2.
Vient ensuite l'hymne que les Grecs appellent Er«v«xtov, c'est-àdire triomphale. L'Eglise militante, qui l'a reçue de l'Eglise triomphante, la chante dans toutes ses Liturgies à la gloire du Dieu des armées, « devant lequel, dit Tertullien 3, la multitude d'anges qui l'environnent ne cessent de redire : Saint, saint, saint. » Le prophète Isaïe a vu '* le Seigneur assis sur un trône
' De sacram. corp. et sang. Domin., lib. l, cap. 5. — ^ A ces onze Préfaces il faut ajouter la belle Préface de la Messe des morts adoiise, avec l'autorisation de Rome, dans plusieurs diocèses qui ont repris la Liturgie de l'Église mère et maUresse. w II est véritablement juste... de vous rendre grâces par N. S. J. C. dans lequel vous nous avez accordé Tespérance de la résurrection bienheureuse; afin que, si l'inévitable nécessité de mourir attriste la nature humaine, la promesse de rimmortalité future encourage et console notre foi .En effet, Seigneur, pour vos fidèles mourir ce n'est point perdre la vie, mais passer à une vie meilleure; quand cette maison de terre, où ils habitent, vient à tomber en ruines, ils reçoivent en échange dans le ciel une demeure éternelle. C'est pourquoi, etc. » — ' De Oratione. ~ ■» Cap. .6.
élevé, et il a entendu les Séraphins chanler en chœurs alternée : Saint^ sai7it^ saint est le Seigneur Dieu des années^ toute la terre est remplie de sa gloire. Saint Jean, dans son Apocalypse *, fait la description de quatre animaux mystérieux , ayant des. yeux de tous côtés, ne se reposant ni jour, ni nuit, et disant sans cesse : Saint, saint, saint est le Seigneur tout-puissant, qui était, qui est et qui doit venir. Saint Ambroise dit avec beaucoup de justesse à ce sujet ^ : « Les Chérubins et les Séraphins louent Dieu sans cesse et disent : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des arinces. Ils ne le disent pas seulement une fois, de peur que vous ne croyiez qu'il n'y a qu'une personne, ils ne le disent pas seulement deux fois, car vous pourriez croire qu'ils excluent le Saint-Esprit ; ils ne disent pas saints, de crainte que vous ne pensiez qu'il y a plusieurs Dieux; mais ils le répètent trois fois et toujours au singulier, pour vous faire comprendre par cette hymne même la irinité des personnes et l'unité d'essence; en parlant ainsi, ils nous apprennent à cgnnaitre Dieu. » La plupart des auteur^ disent que ce fut Sixte 1" qui prescrivit le chant du Sanctus, mais le Livre des Pontifes dit seulement que ce pape voulut que le peuple chantât cette hymne, que devait commencer le célébrant. Or, comme avec le temps s'était introduite dans quelques églises la coutume de ne la chanter qu'aux Messes solennelles, le concile de Vaisons, en 529, détruisit cet abus par le décret suivant ^ : « Qu'à toutes les Messes, soit à celles qu'on dit de grand matin, soit à celles du Garé.ije ou des morts, on dise Saint, saint, saint, de la même manière qu'on le dit aux Messes publiques, car un canticjue si doux et si souhaitable ne peut jamais causer d'ennui, (juand on le dirait nuit et jour. » Les autres paroles de cette hymne : Boni soit celui qui vient au nom du Seigneur, hosanna au plus liant des cieux^ furent acclamées par la foule, quand Noire-Seigneur Jésus-Christ fit son entrée triomphante à Jérusalem, quelques jours avant sa Passion. Les anciens Rituels disent que ceux qui chantent le Sanctus doivent s'incliner, et se relever à ces paroles : Pleni
• Cap. ï. - - De Spiril. Sanct., lib. 3, cap. 18. — ^ Gap. 3.
sunt cœll, etc. Lanfranc fait la même prescription dans ses Statuts 1 : c( A moins, dit-il, qu'on n'y intercalle quelques versets. » En eflet, à cette époque, c'était la coutume dans certains endroits d'y interpoler quelques versets, par un pouvoir que les religieux de ces temps s'étaient inconsidérément attribué, comme nous l'avons observé ailleurs. J'ai rencontré, dans un ancien Missel, les interpolations suivantes; qui se chantaient aux fêtes du Seigneur :
« Cœleste prseconium « Sonet vox fidelium « Ad Dei magnalia. Sanctus.
« Virgo parit fdium « Castitatis lilium « Dei plena gratia. Sanctus.
« Cujus natalitia « Stella prodit praevia.
« Quem paterna proprium « Vox testatur fdium .
« Ad Jordanis flumina. Sanctus.
« Cujus sancta Passio, « Mors et Resurrectio « Mundi lavit crimina. Pleni sunt, etc.
« Jam in Patris dextera « Sedens super sethera, ' « Régnât super omnia, « Cum paterno Numine « Et cum sancto Flamine. Hosanna in excelsis.
« Ipsi laus et gloria, in excelsis.
Voici" une interpolation du môme genre, qui se trouve dans la Messe du Saint-Sacrement, attribuée à saint Thomas-d'Aquin.
Sanctus. « Sanctum divinum mysterium semper declaratur, « Et mens infidelium tumens excœcatur, « Firma spes credentium fide roboratur,
' Cap. 5.
Sanctus. « Fides est summopere credere in Deum, « Panem sanctum edere, et tractare eum, « Jubens dixit : Siimite, hoc est corpus meum.
Sanctus. « Panis prius cernilur, sed dum consecratur,
« Caro Christi sic mutatur, quomodo converlitur « Deus operatur Doyninus Deus sabaoth.
« De vino simililer, si sit benedictum, « Et tune est veraciter sanguis Christi dictum, « Credamus commuuiter verum et non ficluni.
Pleni sunt cœli et ten^a ghrin tua^ hosanna in exceîsis. « Nobis celebrantibus istud sacramenluni, « Et cunctis fidelihus istud sacramoutum ; « Judicis negantibus sit in detriuientuni.
Benedictus qui renit m nomiiie Dominif etc.
En terminant ce cliapitrc, il nous faut remarquer deux choses : la première, qu'il y a deux sortes de Trisaykm, celui dont nous parlons et qui est commun A toutes les églises; le second qui, dans IKglise grecque, se dit tous les jours, et dans l'Eglise latine seulement une fois l'année, le Vendredi-Saint, et qui est ainsi conçu : Sanctus Deus, sanctus fortis, sanctus inimortalis, miserere nobis. Dans une lettre i\ Pierre Cinaphée, Félix 111 nous raconte l'origine de ce dernier. Un violent trend)lement de terre s'étant fait sentir h Constantinople, le peuple consterné sortit de la ville, et se réunit dans la plaine autour du patriarche Proclus pour prier. Voici qu'un tout petit enfant fut ravi au ciel k la vue de toute l'assemblée; une heure après, on le vit reparaître au sein de l'assemblée; il raconta qu'il avait entendu chanter cette hymne par les esprits célestes, et qu'il lui avait été commandé d'annoncer au peuple que Dieu lui serait propice, s'il chantait pieusement cette même hymne. Ce que le peuple ayant fait, il fut délivré du malheur qui le mcnaçail. Pierre Cnaphée, patriarche d'Antioche, homme pervers, ajouta ensuite à celte hymne ces paroles : Qui cruci fixais est pro nobis, miserere nostri, infiltrant ainsi d'une manière cauteleuse le venin de l'hérésie
d'Eutychès, dont il était infecté. Christian Lupus i rapporte tout au long l'histoire dont nous venons de parler; il condamne également l'addition de Gnaphée, et rassemble soigneusem-ent tout ce qui se rapporte à ce Trisagion.
La seconde chose, c'est que, suivant Goar 2^ les hymnes liturgiques sont au nombre de quatre, à savoir : l'hymne des Anges : Gloria in excelsis, que les Anges ont chantée à la naissance du Sauveur. En second Heu, l'hymne des Chérubins, que les Grecs, imitant les louanges des Chérubins, chantent pendant la grande entrée, et qui est ainsi conçue : « Nous qui représentons les (( chœurs mystiques des Chérubins, et chantons en l'honneur de (( l'auguste Trinité l'hymne trois fois sainte, bannissons tout « soin terrestre, comme devant recevoir le roi de toutes choses, ce qu'accompagne invisiblement l'armée des Anges, Alléluia. » Cédreri fait remonter l'origine de cette hymne au temps de Justinien. La troisième est le Trisagion : Sanctus Dominus^ sanctus fortis. etc., dont nous venons de parler. La quatrième est YEpinicioti ou hymne triomphale, que tous après la Préface chantent à Dieu , comme au vainqueur et au triomphateur suprême. J'observerai toutefois que les Grecs souvent ne font aucune distinction entre la seconde et la troisième ,' et que môme quelquefois ils leur donnent indifféremment, ainsi qu'à VEpinicion, le nom d'hymne des Chérubins ou des Séraphins.
' In not. ad can. 81, concil. trull. ■— ^ In Not. ad Miss. Chrysost.