‹ De la liturgieChapitre 9 sur 21 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

I^ite des ofTrancles. — Tous ceux cfuî présentaient des offrandes approchaient-ils de l'autel. — I*rîères de l'offrande différentes dans les diverses églises. — L'eau mêlée au vin d'après l'institution de «lésus- Christ. — IjCs Grecs mêlent à deux. Tois l'eau au A^in. — ilippareil avec lequel ils portent les offrandes de la prothèse à l'autel. — Comment était autrefois

- placée l'hostie sur l'autel. — Encensement et lavement des mains. — Le prêtre demande au peuple de prier pour lui. — Oes oraisons secrètes.

Voici comment \Ordo romain expose le rite avec lequel avaient lieu jadis les offrandes : (f Pendant que le chœur chante l'Offer-

' Lib. 1, Epist, 58. — - Cap. 43^ Ne Dei Ecclesiam: De Simonm,

a toire, le peuple présente ses oflrandes ; tous les présentent « dans des fanons blancs, les hommes d'abord et les femmes tt ensuite. » Ces fanons étaient des nappes ou serviettes, comme l'observe l'exposition de ce même Ordo relatée par Cassandre dans ses Liturgiques. « En dernier lieu viennent les prêtres 'c et les diacres, qui ne présentent que du pain et l'appor- « tent devant l'autel. Un sous-diacre, tenant un calice vide, suit « l'archidiacre. Le pontife reçoit les pains olTertspar les fidèles, « l'archidiacre reçoit les vases (amulas) contenant le vin, qu'il « verse dans un ^Tand calice. » Ce mot a mu la désigne, en effet, à cet endroit, la burette qui contenait le vin. Les anciens, sous ce nom, entendaient un vase destiné à des usages religieux et qui renfermait de l'eau. C'est en ce sens que Columelle l'emploie dans le vers suivant K

Aut habilem hoiphis amulam, Rarchove lagenam.

« Le sous-diacre reçoit les offrandes des mains du pontife, et « les dépose dans un linceul ou nappe que tiennent deux (( acolytes. L'évéque, après cette oH'rande, se rend à son siège; « il lave ensuite ses mains, après quoi il monte à Tautel. Les « sous-diacros prennent alors des mains du premier sous-diacre « les otrnindes, et les remettent à l'archidiacre qui les dépose « sur l'autel. Cet autel étant préparé, l'archidiacre reçoit du « sous-diacre la burette pleine de vin, et la verse A travers la « couloire dans le calice. Ensuite le sous-diacre descend vers « l'école des chantres, et reçoit du premier d'entre eux la bu- (( rette à l'eau, fontem, la rapporte à l'archidiacre, qui en verso « dans le calice en forme de croix. » Le sous-diacre descendait donc auprès des chantres pour en recevoir l'eau, qu'on devait mêler au vin, parce que, observe Amalaire 2, obligés de suivre léchant, ils ne pouvaient quitter leur place; or pour qu'ils ne fussent pas absolument étrangers aux oITrandes du saint Sacrifice, c'étaient eux qui devaient offrir l'eau. « Ensuite le pontife salue

* De cuilu horlorum. — ' Lib. 3, cap. 10.

« l'autel en le baisant, et reçoit les offrandes des prêtres et des « diacres, qui seuls peuvent approcher de l'autel; puis l'archi- « diacre prend du sous-diacre oblaiionnaire deux offrandes, (( c'est-à-dire deux pains qu'il remet au pontife. Pendant que ce « dernier les dépose sur l'autel, ce même archidiacre prend le (c calice, que lui présente un sous-diacre, et le place sur l'autel « à droite et près des pains déposés par 1 evêque ; il le tient par « les anses, qu'il enveloppe de son offertorium, » c'est-à-dire de ce voile ou écharpe, dont nous avons parlé ailleurs, et qui, encore aujourd'hui, s'appelle en latin offertorium, parce qu'on s'en sert pour l'offrande. « Après cette offrande, on encense l'au- (c tel ; puis le Pontife, s'inclinant un peu vers l'autel, regarde les « chantres, leur fait signe de s'arrêter, et se tourne vers le (c peuple en disant : Orale, fratres, » Ainsi par.e \Ordo romain dans la première Messe ; il répète à peu près les mêmes paroles dans la troisième et dans la quatrième.

Mais était-il permis au peuple, qui présentait ses offrandes, de franchir les cancelles et d'approcher jusqu'à l'autel ? C'est ce qu'il serait difficile d'éclaircir, à moins de distinguer les circonstances de temps et de lieux. Chez les Grecs, il était défendu aux laïques d'entrer dans le sanctuaire, à l'exception de l'empereur, qui pouvait y présenter ses offrandes; c'est ce que prouve le LIX^ Canon du concile In Trullo, ainsi que le témoignage de plusieurs auteurs grecs cités par Allacci *. L'Ordo romain, dans la seconde Messe, qui est celle des Pères d'Occident, montre que cet usage fut longtemps en vigueur dans l'Eglise latine. « Pendant qu'on chante l'Offertoire, l'évêque, dit-il, est conduit par un prêtre et par l'archidiacre au lieu où les laïques, hommes et femmes, présentent leurs offrandes, afin de les recevoir luimême. »> Et dans la troisième Messe, qui était celle de l'Eglise romaine : « Le pontife, dit-il, descend au senatorium pour y recevoir les offrandes des princes; il va recevoir devant la confession celles des défenseurs du primicier. » C'est ce que confirment les Capitulaires de Charlemagne 2. On y lit : « Que

' pis. de tcmplis récent. Grspcor. — - Lib 5, cap, 19,

chaque Dimanche ils présentent des offrandes au Seigneur, et que ces offrandes soient reçues en dehors de la cloison de l'autel. » Herald, archevêque de Tours, dit en termes formels i : « Que le peuple demeure en dehors des cancelles, et que son offrande soit également reçue en dehors de ces mêmes cancelles. » Mais Théodulfe, aussi évéque d Orléans 2^ n'exclut que les femmes; il veut qu'elles restent à leur place, et que ce soit là que le prùtre aille recevoir leurs offrandes. 11 ne parle point dos hommes, ce qui nous porte à croire qu'ils pouvaient approcher de l'autel et y présenter leurs offrandes. Ainsi tomha insensiblement cette discipline ecclésiastique, tellement que bientôt tous, sans exception de sexe ou de condition, se permirent de pénétrer dans le sanctuaire et d'approcher jus(]u 'à l'autel.

L'Ordo romain ne parle point des prières que disait le célébrant pendant I ullVande et des rites qui l'accompagnaient. Le Sacramentaire de saint Grégoire, Alcuin, Amalaire et les autres écrivains, qui ont explicpié la Messe romaine, n'en font également aucune mention, par ce que, suivant la remarque du du Microhi(jue •^, YOnIo romain n'avait établi aucune prière pendant l'offrande avant la Secnle, et c'est pour cela que toute cette partie se faisait en silence. Or, cette antique coutume de 1 Eglise romaine détruit i)ar sa base l'opinion de certains scolastiques, qui allirment que l'offrande, avec toutes les prières aujourd'hui assignées, appartient à l'essence du Sacrilicc. 11 est vrai que tous les théologiens enseignent (jue loffrande est intrinsèque au Sacri- Qcc, et ne peut en être séparée; mais quelle partie la constitue? A-t-elle lieu lorsque le célébranl offre le pain et le vin suivant le rite manjué, ou lorsqu après la consécration, il prononce ces paroles : i'mk et incnwrcs nus, Domine^ servi tui o/ferimus prarlarœ majcslati lux Jiosliam puram, ctc ? C'est ce qu'il importe peu d'examiner. En effet, l'offrande étant inséparable du Sacrifice, ne dépend point essonlit'llemrnt de tel ou tel rib*, de telle ou telle formule de prière; autrement il faudrait dire que le Sacrifice des ApOtres et des autres saints, qui véeurenf

' (.iïpilnl., rap. 7. — - i.;\\>\[., cap. 0. — ' Cap. II.

avant l'établissement de ces prières, était privé de cette partie nécessaire. En conséquence, tout ce qui est compris ici sous le nom d'offrande est une simple cérémonie qui n'a rien d'essentiel, et une préparation au Sacrifice qui doit bientôt suivre. C'est ce qui nous montre pourquoi les prières de l'offrande sont différentes dans les diverses Eglises. En effet, l'Eglise romaine n'ayant pendant longtemps récité aucune de ces prières, chaque église en établit de particulières dont elle fit usage. Le Micrologue en cite seulement deux d'après VOrdo gallican, savoir : Veni santificator et: Suscvpe^ sancta Trinitas. L'Ordo romain, dans la seconde Messe, qui n'est point celle de l'Eglise romaine, mais des contrées d'Occident, ne fait mention que de la première. Les anciens Rituels des monastères indiquent pour l'oblation du pain et du vin la seule oraison suivante :

« Recevez, Trinité sainte, Dieu unique, cette oblation que (( nous vous offrons en mémoire de la bienheureuse Passion, de « la Résurrection, de l'Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ, (c et en l'honneur de la bienheureuse Marie toujours Vierge, sa « mère, et de tous les saints et saintes, de toutes les vertus « célestes, et aussi en l'honneur de la croix vivifiante ; afin que « vous daigniez l'accepter pour nous, pauvres pécheurs, et pour « les âmes de tous les fidèles qui sont morts ; Vous qui vivez et « régnez, etc. » Telle était la prière qu'on récitait autrefois au monastère de Citeaux.

Suivant le rite de l'égUse de Lyon, lorsque le prêtre découvre le calice, il dit : « Que rendrais-je au Seigneur pour touslesbien- « faits qu'il m'a accordés ? Je prendrai le cahce du salut et (c j'invoquerai le nom du Seigneur. » Alors prenant le calice, il ■dit : « Nous vous supplions. Dieu tout-puissant, de recevoir fa- « vorablement cette offrande et de pardonner les péchés de ceux ^« qui vous l'offrent, et ceux du peuple pour lequel elle est « offerte. » Elevant ensuite ce même calice, il dit: Li spiritu humilitatis, etc. » Après avoir encensé l'auicl et lavé ses mains, -il ajoute : « Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos 4( fidèles et embrasez-les du feu de votre amour. » Puis il s'in-

cliné devant l'autel et continue : « Recevez, Trinité sainte, cette « oblation que je vous offre en mémoire de l'Incarnation, de la « naissance, de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension « de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en l'honneur de la Vierge Marie, « et en l'honneur de tous les saints, qui vous ont été agréa- « blés depuis le commencement du monde, de ceux dont on « célèbre aujourd'hui la fête, de ceux dont les noms et les reli- « ques sont ici, afin qu'elle serve à leur honneur et à notre « salut, et que tous ces saints, dont nous faisons mémoire sur « la terre, daignent intercéder pour nous dans le ciel. Par le « môme Jésus-Christ Notre-Seigneur, etc. »

Dans le Missel de Salisbury, le pain et le vin sont offerts simultanément avec celte prière. « Recevez, Trinité sainte, cette « ofirande que j'offre, indigne pécheur que je suis, en votre « honneur, en l'honneur de la Vierge Marie et de tous vos saints, « pour mes crimes et mes fautes, pour le salut des vivants et « le repos de tous les fidèles trépassés. Qu'au nom du Père, du « Fils et du Saint-Esprit ce Sacrifice soit agréable au Dieu tout- « puissant. »

Le Missel de Séville assigne pour l'offrande de l'hostie la prière suivante : « Qu'elle soit agréable à votre majesté. Dieu tout- « puissant, cette oblation, que nous vous offrons pour nos fautes « et pour nos crimes, et pour la stabilité de la sainte Eglise ca- « tholique. » En offrant le calice : • Nous vous offrons, Seigneur, « le calice de Jésus-Christ votre fils, en suppliant très-humble- « ment votre miséricorde, qu'il mont<î en présence de votre « divine majesté comme un encens de suave odeur. »

Voici comment est indiqué le rite de l'offrande dans un ancien Missel manuscrit de la bibliothèque du Vatican, N° 4772, qui certainement appartint A quelque monastère. Lorsque le diacre présente au célébrant le calice, c'est-à-dire le calice avec la patène sur laquelle est l'hostie, il dit : « Immolez à Dieu un sacrifice de louanges, et rendez au Très-Haut vos hommages. » Le prêtre recevant l'offrande dit : «Je prendrai le calice du salut et j'invoque- « rai le nom du Seigneur; j'invoquerai le nom du Seigneur en chan-

(( tant ses louanges, et je serai à couvert de mes ennemis. » Ensuite il récite cette prière : « Recevez, Trinité sainte, cette oblation que « je vous offre pour moi pauvre pécheur, pour le salut de notre Gom- « munauté, pour tous nos frères et sœurs en Jésus-Christ, pour « tout le peuple chrétien, pour tous ceux qui nous ont donné des « aumônes, et aussi pour tous ceux qui se sont recommandés à « nos prières, et qui pensent à nous dans celles qu'il vous adres- <f sent ; afin que nous recevions ici-bas le pardon de nos péchés « et au ciel la récompense éternelle. » Lorsque l'offrande a été remise sur l'autel, il ajoute : « Que ce sacrifice déposé sur « l'autel soit agréable au Seigneur Dieu tout-puissant, au nom (c du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Que ce Sacrifice soit signé, (c signatum, consacré et béni. » Sur le pain, il dit : « Sanctifiez « cette offrande. Seigneur, afin qu'elle devienne pour nous le « corps de votre Fils. » Sur le calice : « Sanctifiez, Seigneur, nous « vous en supplions, ce calice, afin qu'il soit pour nous le sang « de votre Fils unique. »

Dans la Messe de Tillet, éditée par Ménard , et dans celle que fît imprimer lllyricus, on trouve différentes formules d'offrande, les unes générales, les autres particulières. On en lit également dans les autres Missels, qui sont presque semblables à celles que nous venons de citer. La plus courte de toutes est la suivante, qui se dit chez les Dominicains, lorsqu'on offre le pain et le vin : « Recevez, Trinité sainte, cette oblation que je vous offre en « mémoire de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et faites « qu'elle monte agréable en votre présence et qu'elle nous « obtienne, à moi et à tous les fidèles, le salut éternel. »

Au rite ambrosien, le prêtre dit en offrant l'hostie : « Recevez, «'Père très -miséricordieux, cette hostie sainte, afin qu'elle « devienne le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Au nom du ce Père, etc. » Et pendant qu'il offre le calice : « Recevez, Père « très-miséricordieux, ce calice pour qu'il devienne le sang de « votre Fils unique. Au nom du Père, etc. » Joignant ensuite les mains, il s'incline et dit : « Dieu tout-puissant et éternel, qu'elle « vous fléchisse et vous soit agréable cette offrande que j'ose;

t( quoiqu'indigne , offrir à votre bonté pour moi , misérable « pécheur, et pour mes innombrables fautes , afin que vous « m'accordiez le pardon et la rémission de tous mes péchés, et « que vous oubliiez toutes mes iniquités et que, malgré mon « indigence, vous répandiez sur moi votre douce miséricorde. » Debout, il continue en étendant les mains : « Recevez aussi, Tri- « nité sainte, cette oblation que nous vous offrons pour la directe tion, la conservation et l'unité de la foi catholique, pour l'hon- « ncur de la bienheureuse Marie, Mère de Dieu, et de tous les » saints, pour le salut et la conservation de vos serviteurs et de (c vos servantes, et de tous ceux pour qui nous avons promis u d implorer votre miséricorde, pour ceux dont nous avons reçu • des aumônes, et pour tous les fidèles vivants et trépassés; afin « que, par votre bonté, ils reçoivent le pardon de leurs péchés, « et méritent, en persévérant fidèlement dans votre service, « d'obtenir la récompense éternelle, à la gloire et à l'honneur « de votre nom. Dieu très-miséricordieux, Créateur de toutes « choses. Par Jésus-Christ, etc. » Les jours de Dimanche et aux fêtes des Saints, le célébrant récite l'oraison qui commence par ces mots : « Recevez, Trinité sainte, » ([uiest presque semblable à celle que nous avons rapportée d'après le Missel de l'église de Lyon. Ensuite, tenant les mains étendues sur les oblats, il ajoute : <• Recevez encore, Tri ni h^ sainte, cette oblation pour ma « propre sanctification, afin que, débarrassé et purifié des souiltt Jures de mes péchés, je mérite de remplir dignement votre « ministère. Dieu puissant et Seigneur très-clément. » Puis il bénit les oblats en disant : <■ Que la bénédiction du Di(ni toutce puissant. Père, Fils et Saint-Esprit, descende abondante du « ciel sur cette offrande, el qu'elle vous soit agréable. Dieu u saint, Père tout-puissant, éternel, très-miséricordieux Créa- « leur de toutes choses. Ainsi soit-il. » Enfin, si c'est une Messe solennelle, le célébrant encense les oblats.

Dans le rite mozarabe, on récite les deux oraisons du Missel de Séville que nous avons citées, auxquelles on ajoute : In spiritif humilifr/tls el : Voii, sancdficator.

t)'après le rite romain, le prêtre offre d'abord l'hostie sur là patène en disant la prière : Suscipe, sancte Pater omnipotens^ œterne Deus^ hanc immaculatam hostiam^ etc. Jean Hoffmeister, religieux de l'ordre de saint Augustin, dit, dans son exposition de la Messe, avoir eu une dispute avec un savant au sujet de cette prière. Ce savant ne comprenait pas comment nous pouvons appeler le pain et le vin hostie immaculée^ priant Dieu de la recevoir pour le salut des vivants et des morts. Il lui répondit : « Ce n'est point au pain et au vin que nous donnons ce nom, mais au corps et au sang du Sauveur, qui doivent exister sous ces espèces. En conséquence, ce n'est pas à cause de ce qu'elles sont, mais en considération de ce qu'elles vont devenir, que nous les appelons ainsi ; c'est une manière ^de parler qui se rencontre dans la sainte Ecriture ; Judas, par exemple, y est appelé traître dès le commencement de sa vocation, bien qu'il ne le fût pas encore, mais parce qu'il devait l'être plus tard. » Nous appelons donc le pain liostie immaculée^ par relation à ce qu'il doit être bientôt, car le pain et le vin n'appartiennent en effet au Sacrifice que comme des éléments que Jésus-Christ a choisis, et sous l'apparence desquels, par les paroles- de la consécration, viennent le corps et le sang du Sauveur par une transsubstantiation réelle et véritable.

Après l'ofïrande du pain, le prêtre met le vin et l'eau dans le calice; ce mélange a lieu d'après l'institution de Jésus-Christ, ainsi que l'attestent les anciennes Liturgies de saint Jacques, de saint Marc, de saint Basile et de saint Chrysostôme, lesquelles affirment que le Sauveur, après le repas , prit le calice et mêla de l'eau au vin. C'est ce qu'enseigne également le troisième concile de Carthage ^ lorsqu'il décide : « Qu'au sacrement du corps et du sang du Sauveur, on ne doit offrir que ce que le Seigneur nous a enseigné; c'est-à-dire du pain et du vin mêlé d'eau. )) «Que personne, dit le quatrième concile d'Orléans 2, dans l'oblation du calice sacré, n'ait la témérité d'offrir autre chose que le vin produit par la vigne, et qu'il soit mélangé

' Can. 24. - 2 Can. 7. . . .

d'eau [et hoc aqua mixtum) ; car ce serait un sacrilège d'offrir autre chose que ce que le Seigneur lui-môme nous a commande doffrir. » Une faute s'est glissée dans les anciens exemplaires de ce concile, comme les savants l'ont depuis longtemps remarqué, car on y lit : et hoc sine aqua mixtum; or, il répugne que le vin soit mélangé et qu'il le soit sans eau ; il faut donc retrancher la préposition sine, ou bien la changer par la conjonction nisi, ce qui peut-être serait la véritable leçon. Les conciles d'Auxerre ^ de Tribur ^ et d'autres encore ont recommandé ce mélange de l'eau au vin, et avant eux, ditron, le pape Alexandre I" avait porté une loi à ce sujet, non pas qu'il soit l'instituteur de ce rite, ainsi que quelques-uns le prétendent à tort, mais parce qu'il a voulu sauvegarder contre les errements des hérétiques le dépôt des traditions divines et apostoliques, qui lui était confié. Saint Cyprien écrivit sur ce point à Cécilien une longue lettre, dont saint Augustin parle avec éloge 3; il y dit que ce mélange est un précopte du Seigneur, qu'on ne saurait transgresser sans se rendre coupable d'un péché grave, et sans mutiler le Sacrement. Saint Justin écrit ^ qu'on oll'rait du pain, du vin et de l'eau. « Le Seigneur, dit saint Irénée ^, prenant du pain alRrmait que c'était son corps, et il changea en son sang le mélange du calice. » Saint Jean Damascène dit ^ : « De môme ayant pris le calice, qui contenait un mélange de vin et d'eau, il le leur distribua. » « Dans l'Eucharistie, écrit Gennade ^, on ne doit pas offrir seulement de l'eau, comme le rêvent quelquesuns sous prétexte de sobriété, mais du vin môle d'eau. » Saint Ambroise « enseigne qu'on môle l'eau au vin, et parce que Jésus- Christ est la véritable pierre, figurée par le rocher dont Moïse fit jaillir une eau vive, et parce que du côté du Sauveur sur la croix

* Can. 8. — - Voici le texte du concile de Tribur, qui détermine la quantité d'eau (in'on peut mêler au vin : « Ut du<r partes sint vint, tertia rero aqua; quia major est majcstas sanguitiis Domini, quam frnijilitas pnpuli, qui per aquam designatur, juxta illud : Populi muUi aqua' multcV, (can. 19). On ne doil donc point avoir de scrupule, lorsqu'on n'a pas mis plus d'un tiers d'eau. — 3 Lil). 4, de Doctrin. Chrisi., cap. 21. — * Apol. 2. - "^ Lib. i, cap. 57. — • De flde orthodox. lib. 4, cap. 14. - ' De ecclesiast. dogmal., cap. 65. — * De Sa» cram.; lib. 5; cap. 1.

sortit de Teau et du sang. « Recevez, dit saint Augustin, dans son sermon aux néophytes, recevez sous ce pain ce qui fut suspendu à la croix, et sous ce calice ce qui s'échappa du côté de Jésus-Christ. » Théodulphe d'Orléans ^ donne de ce mélange une double raison, à savoir : « Que l'eau coula avec le sang du côté du Sauveur et que le vin représente Jésus-Christ, tandis que l'eau représente le peuple. » Saint Cyprien développe admirablement cette dernière raison dans la lettre à Gécilius, dont nous venons de parler. « L'eau représente le peuple, et le vin le sang du Sauveur; lors donc qu'on mêle l'eau au vin dans le caUce, le peuple est uni à Jésus, les fidèles s'attachent à celui auquel ils croient et ne forment qu'un avec lui ; ce mélange, cette union de l'eau et du vin dans le calice est si parfaite, si intime, que rien ne saurait les séparer ; de même aussi rien ne pourra séparer de Jésus-Christ l'Eglise, c'est-à-dire les enfants de l'Eglise, qui s'attachent à lui avec force et persévérance. Ainsi dans la consécration du calice, on ne saurait offrir de l'eau seule, de même qu'on ne saurait offrir seulement du vin ; car si l'on offre du vin seul, nous ne sommes plus unis au sang de Jésus-Christ ; si l'on offre de l'eau seulement, alors le peuple est séparé de Jésus-Christ. « Ainsi s'exprime saint Cyprien 2 dont les Pères du troisième concile de Dragues ont transcrit ce passage. L'Eghse a toujours également condamné et les Aquariens, qui n'offraient que de l'eau dans les mystères, et les Arméniens, qui ne veulent offrir que du vin. Clément d'Alexandrie 3, saint Irénée ^, saint Chrysostome ^, saint Augustin c, saint Epiphane ^ et Théodoret ^ font mention des Aquariens. Saint Cyprien, dans l'Epître dont nous venons de parler 9, réfute une autre sorte d'Aquariens qui, dans les Sacrifices du soir, offraient du vin et de l'eau, suivant l'institution du Sauveur, et qui cependant ne voulaient offrir que de

" Libell. de Ordine Baptism., apud Ménard, in notis ad lib. Sacrament., cap, 28. '— ^ he V. Le Lebrun attribue ce texte à saint Cyrille, et le concile de Bragues qui l'a copié, serait, suivant lui, le quatrième, qui se tint en 675 (tom. 1. pag. 307.)

— * Stromat., lib. 1. — ■* Lib. 5, cap. 1. — ^ Homil. 83, in Matthœum. - ^ De Haeres., cap. 64. — ' Hœr» 46, adv. Encratistas. — » Hœret. fabul,, lib. 1; cap. 20,

- 9 Epist. 63.

l'eau dans les Sacrifices du matin ou d'avant le jour, dans la crainte que l'odeur du vin ne les trahît auprès des païens. Les Arméniens ont été condamnés par le concile In Trullo <, et Clément Galanus a fort bien réfuté leurs erreurs 2. Ces Arméniens, à la manière des gens sans jugement, voulant éviter l'hérésie des Aquariens, donnèrent tète baissée dans Terreur contraire en ne voulant offrir que du vin, soit que, séduits par l'eutychien Jaccjues de Syrie, ils eussent par là lintention de symboliser l'unité de nature en Jésus-Christ, comme lassure Nicéphore 3, soit qu'ils aient voulu par là rendre plus évidente leur séparalion des Grecs, ainsi que nous l'avons dit ailleurs '♦, d'après leurs historiens. Saint Bernard rapporte •» l'opinion de quelques auteurs, qui considéraient le mélange de l'eau au vin comme essentiel au sacrement; mais le sentiment que tous les théologiens considèrent comme certain, c'est qu'il n'est point nécessaire pour que la consécration soit valide, encore qu'il ne puisse être omis sans faute grave. Or, puiscjue l'eau est introduite dans ce sacrement connue symbole, la plus petite quantité est suffisante. Antoine Augustin, auteur d'une grande érudition, dans des Notes sur les décrets synodau.x de Tarragone, cite à ce propos une décision de saint Pie V adressée à 1 arche véipie de cette ville, dans laquelle ce pontife blâme ceux qui ne se contentaient pas de mettre une petite quantité d'eau, comme cela doit s'observer, mais qui mettaient ou plus, ou autant d'eau que de vin, abus (lu'il signale comme devant être absolument corrigé. C'était pour éviter ce défaut que certaines églises se servaient d'une petite cuillère pour prendre l'eau et pour la verser dans le calice, usage encore aujourd'hui en vigueur chez les Chartreux. Dans la Liturgie romaine, le mélange de l'eau au vin se fait en récitant l'oraison : Dcus^ qui humaniv substantiœ dignita^ ton, etc., qui se lit dans la Messe d'illyricus et dans celle de Tillet. Toutes les églises d'Orient et plusieurs églises d'Occident,

' Can. 32. — - Conciliât. Eccles. Armen. pars 1, tom. 1, Tract, de nova loge, quiest. 4, g 3, sect. 2. — » Hist. Eccles., lil». 18, cap. 33. - » Livre I, chapilre 23. 5 Epist . 63.

pendant ce mélange, rappellent l'eau et le sang qui sont sortis du côté de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Au rite ambrosien, par exemple, on dit en versant l'eau dans le calice : « Du côté de « Jésus-Christ sortit du sang et aussi de l'eau , au nom du « Père, etc. » Dans l'église de Lyon : « Du côté de Notre-Sei- (( gneiir Jésus-Christ sortit du sang et de l'eau au moment de sa « Passion : ceci est le mystère de l'auguste Trinité. Saint Jean « qui l'a vu en a rendu témoignage, et nous savons que son « témoignage est vrai. » « On raconte, dit le Missel de Séville, « que du sang et de l'eau sortirent du côté de Notre-Seigneur (( Jésus-Christ. C'est pour cela que nous les mêlons ensemble, (( afin que le Dieu de miséricorde daigne sanctifier l'un et l'autre « pour la guérisoh de nos âmes. » Dans l'ancien rite de Citeaux, on disait : « Comme autrefois il sortit du côté de Jésus-Christ du « sang et de l'eau, ainsi puisse ce mélange de vin et d'eau être « pour la rémission de nos péchés. »

Les Grecs font ce mélange d'eau par deux fois, d'abord à la prothèse, où ils mêlent au vin de l'eau froide, quand ils font la préparation des offrandes. Lorsque le prêtre coupe le pain avec la lance ^ il dit : Un des soldats lui perça le côté d'un coup, de lance ^ et il en sortit aussitôtdu sang et de l'eau. Le diacre, pendant ce temps, verse le vin et l'eau dans le calice. Le second mélange a lieu après la consécration ; immédiatement avant la communion, le diacre présente de l'eau chaude au célébrant en le priant de la bénir ; ce dernier donne la bénédiction en ces termes : « Bénissez, Seigneur, la ferveur de vos saints mainte - « nant et toujours dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. » Alors le diacre verse de cette eau dans le caUce en disant : « C'est la ferveur de la foi remplie de l' Esprit-Sain t. Ainsi soitce il. » Des écrivains grecs cités par Goar i et par Arcudius 2 donnent les raisons de ce rite ; ils disent qu'il a lieu, ou parce que Teau qui sortit du côté du Sauveur était chaude, ou parce ique cette eau symbolise mieux la ferveur produite par l'Esprit-

' Eucholog. Graec, in not. ad Miss. Chrysost,, num. 167. - 2 Concord. lib. 3, cap. 89.

Il 11

— IG2 — Jaint. On peut ajouter encore le témoignage de Théodore, évèque dAntioche, rapporté par Allacci K « Nous avons dit, écrit-il \ quau commencement, pendant la préparation qui a lieu à la prothèse, le diacre avait versé dans le calice un peu deau. Ces oiTrandes restent telles, jusqu'à ce qu'elles soient consacrées et changées par la vertu de l'Esprit-Saint, jusqu'au moment de l'élévation du corps sacré de Jésus-Christ notre Sauveur. Alors, on apporte de l'eau chaude dans un petit vase d'airain, et on en verse dans les coupes ou calices qui sont sur l'autel, afin que, de même que, contrairement aux lois de la nature, l'eau cl le sang sont sortis du côté du Siuiveur aussi chauds que s'il eilt été vivant, ainsi celte eau mêlée très-chaude aux mystères avant laj commuion, complète et perfectionne le symbole pour ceux quj doivent comnuinier, qui semblent ainsi aspirer ce sang tièdf^ encore au côté même du Sauveur. » Or. quelques-uns de ne théologiens, ignorant ce rite des Grecs, confondent ensemble c( deux mélanges, comme la fait Eslius^ auteur d'ailleurs trèssavant, ou bien assurent qu'ils ne mêlent point l'eau, comme le prétend Guidon ^ ou bien enfin ils blAment ce mélange d'eai chaude, comme le fait le cardinal llumbert dans .^a réplique ' Nicéphore Pectoral. Mais c'est à tort qu'on prétendait fiiire au: Grecs un crime de cet usage, puisipie samt Basile et saint Chrysostùme le prescrivent dans leurs Liturgies, et (jne les prêtres 1(plus recommandables par leur science et leur piété, l'ont toujours pratique dans IKglise d'Orient. Saint Tromas l'improuv| dans sa Somme \ « On ne doit aucunement, dit-il, mêler d^ l'eau au vin déjà consacré, parce qu'il s'ensuivrait (\ue le Sacrr ment serait en quchpie sorte vicié. « Cette opinion, fondée sr li-norance d'un rite approuvé, fournit aux Latins l'occasion d'ea fab-e un reproche aux Grecs dans le concile de Florence. L évoque de M ytilene justifia parfaitement cette coutume, el sa réponse parut satisfaisante au pape Eugène. J

C'est encore une coutume de l'Eglise grecque de porter, avec

• In HoUingcro ronvirto. cap. 9. - 'In Expcsil. MissjP. 16. - * l>e Harcsib. - ' IMrs 3, quesl. 83, arl. 0, ad i.

l»r,ii. i iif uiu*

pompe et grand appareil, les offrandes qui doivent être consacrées de la prothèse au grand autel, cérémonie qu'ils appellent grande entrée. Le célébrant et les ministres étant sortis par la i^oxiQ (lu. iietit autel ^, s'avancent dans l'Eglise en commençant du côté des hommes. Ils sont précédés de Lecteurs portant des flambeaux allumés, et de diacres qui balancent des encensoirs fumants. Vient ensuite un diacre, ou un prêtre qui porte sur sa tête le disque, dans lequel est le pain recouvert d'un voile ; il est suivi du prêtre, qui porte devant sa poitrine le calice également couvert. Que s'il y a plusieurs prêtres qui doivent célébrer ensemble, ils suivent la procession en portant des calices vides comme ornements, ou les autres instruments du Sacrifice, ou enfin les reliques des saints. Pendant ce temps les chantres modulent lentement iliymne des Chérubins, et l'évêque bénit l'assistance. Le peuple se prosternant vénère et adore ces simples espèces du pain et du vin, comme si déjà elles étaient devenues le corps et le sang du Seigneur. Goar prétend 2 qu'on peut justifier cette adoration comme un témoignage d'extrême dévotion qui précède la consécration, et il dit que" ce culte a pour objet soit la croix qu'on imprime sur lesoblats, soit Jésus-Christ luimême, qui doit peu après être présent sous ces saintes espèces. Il avoue toutefois qu'il faudrait éclairer le peuple et l'instruire, pour qu'il ne s'imagine point que déjà Jésus-Christ est réellement sous ces oblats. Mais Arcudius, prêtre d'origine grecque et d'ailleurs fort instruit, met ^ cette adoration au nombre des erreurs des Grecs schismatiques. Il montre que cette pompe et cette solennité, qui accompagnent l'entrée des offrandes, ont été pour le peuple ignorant une occasion d'erreur. Car, ajoute-t-il, ce même peuple n'établit aucune différence entre l'entrée qui a lieu à la Messe des présanctifiés, dans laquelle on porte réellement le corps de Jésus-Christ, et l'entrée des autres Messes,

' Après l'encensement de l'autel qui a suivi le renvoi des catéchumènes, le prêtre et le diacre ont quitté le samctuaire et se sont rendus à ia prothèse ou petit autel, le plus souvent entouré d'une grille, et sur lequel, comme on l'a vu plus haut, les oblats ont été préparés. — ^ Ad Liturg. Chrysost., num. 110. — ^ De Eucharist.^ lib. 3, cap. 16 et seq.

dans laquelle le pain qu'on porte n'est point encore consacré. Gabriel de Philadelphie a composé, pour justifier cette adoration , un ouvrage qu'Arcudius a longuement et savamment réfuté ^

Mais revenons au célébrant dans le rite romain. Lorsque l'eau a été mêlée au vin dans le calice, il l'olTre à Dieu en disant : Ofjerimus tibi^ Domine, callcem salutarls, etc. Dans l'ofTrande du pain, il avait dit : O/l'ero, ici, il dit au pluriel : O/ferimus, parce que, dans la Liturgie romaine, le diacre (jui a mêlé l'eau au vin, et qui anciennement distribuait aux fidèles le sang du Sauveur, récite cette prière avec lui. Et qu'on n'objecte pas que,dans les Messes privées, qui se disent sans le ministère du diacre, on dit également : O/ferinuis, parce que les formules composées pour les Messes solennelles, n'ont point coutume de subir de changements aux Messes privées. Saint Augustin rappelle ce mot quand il écrit 2 : « Qui des évoques debout à l'autel, sous lequel reposent les reliques des saints, s'est jamais avisé de dire : Nous vous offrons (0/l'crimus) ce Sacrifice à vous saint Pierre, saint

• Dans la Liturgie Arménienne, relte entrée des dons se fait pareillement d'une manière solennelle, les fidèles s'iiiclinenl éL;alcment, et donnent aux ol)lats toutes les marques d'adoration, qui ne sont dues (ju'à IKurharistic. Le chœur chante même: « Le corps et le sawj du Sauveur sont i'i présents. » Et il est dit, dans les rubriques de cette Messe, que le prêtre recevant les oblats du diacre qui les porte, adore le Sacrement avec crainte et tremblement. Ce culte exagéré rendu à de pures espèces, qui ne sont point encore consacrées, vient peut-être de ce qu'autrefois on apportait avec les oblats l'Eucharistie, conservée du précédent sacrifice, et ciui devait être consommée dans celui qu'on allait offrir. On sait ([ue pendant longtemps l'Eucharistie fut couservée soit à la sacristie, soit dans la maison du prêtre, et que, suivant une coutume observée à Rome, dans l'ancien rite galican et ailleurs, on l'apportait au moment de rofferloire. VOrdo romain dit que deux acolytes apportent sur laulel des bulles dans lesquelles est l'Eucharistie, qui avait été conservée du jour précédent; saint Germain dans son Exposition de l'ancienne Messe gallicane, dit, avant de parler de l'olTrande : Corpus Domini defertur in turribus. Grégoire de Tours sexjuime de même: Accepta turre diaconus, m qud Mysterium corporis Domini habcbatur..., ut eam altari supcrponeret. Or, il est manifeste (jue, pendant cette procession, la sainte Eucharistie recevait tous les signes d'adoration qui lui sont dus. Ce serait, suivant le P. Le Brun^ une des raisons, qui expliqueraient ces marques excessives de respect données aux oblats chez les Arméniens et chez les Grecs. (Voyez Lebrun, Explirat. de la Messe, t. 3, p. IG'J, et Crancolas, ancien sacramcnl. t. 1", p. 198). — ^ Adv. Faustum Manicbaeuni. lib. 20, cap. 21.

Paul ou saint Cyprien?Non, ce qu'on offre, on Foffre au Dierf qui a couronné les martyrs. » Dans cette même prière, le prêtre dit à Dieu : Que ce calice cr monte comme un parfum d'une agréable odeur en présence de votre divine majesté, » c'est-àclire avec cette odeur délicieuse et mystique, que doit exhaler ce calice lorsque, par la consécration, il sera devenu le sang du Sauveur. Cette prière terminée, le célébrant place le calice sur l'autel en face de lui et derrière l'hostie. Les Grecs ont sur ce point un usage différent : ils mettent le pain et le vin, non pas en Ugne directe devant le prêtre, mais transversalement dans le sens de la longueur de l'autel, usage qui, pendant plusieurs siècles, fut observé dans l'Eglise latine. Voici, en effet, ce que nous lisons dans VOrdo romain à la dernière Messe : « L'archidiacre reçoit du sous-diacre ôblationnaire les offrandes du pontife et les lui présente. Tandis que le pontife les dépose sur l'autel, l'archidiacre reçoit également le cahce des mains du sous-diacre régionnaire et le met sur l'autel, à droite de loblat , déposé par le pontife. » « Selon l'ordre romain, dit le Micrologue ^ les offrandes doivent être placées sur l'autel, de telle sorte que sur le corporal le cahce soit à droite de l'hostie, comme s'il devait recevoir le sang, que nous savons être sorti du coté droit du Sauveur. » Et Jean de Parme, septième général des Frères mineurs, qui mourut en 1289, dans une lettre adressée aux Frères de la Toscane, que Luc Wading cite dans ses Annales, recommande que, suivant le rite de l'Eglise romaine, duquel sans doute quelques-uns commençaient à s'éloigner, l'hostie soit placée à gauche du célébrant, et le calice à droite sur une ligne transversale. Ce rite fut changé dans la suite, car maintenant nous plaçons le cahce au milieu de l'autel, et l'hostie entre le calice et le célébrant. Vient ensuite la prière : In spiritu humilUatis, tirée des paroles d'Azarie dans le prophète Daniel 2, et qui se trouve dans plusieurs Missels manuscrits, puis après la prière : Veni, sanctificator , qui se rencontre encore plus souvent et qui est plus ancienne; elle est adressée, suivant la plu-

' Cap. 10. - 2 Ch. 3. Y. 37,

part des interprètes , au Saint-Esprit , pour qu'il descende et vienne bénir le Sacrifice qu'on se prépare à offrir. Cette invocation à l'Esprit-Saint, pour qu'il daigne sanctifier l'oflrande, est une coutume fort ancienne dans lEglise d'Afrique, ainsi que l'atteste Fulgence, qui ^ se fait cette question : « Pourquoi invoque-t-on spécialement le Saint-Esprit pour la sanctification des oiTrandes , puisque ce Sacrifice est offert aux trois personnes divines? « Saint Optât fait allusion à cette invocation quand, reprochant aux Donatistes d'avoir brisé les autels, il ajoute 2 : « Sur lesquels le peuple déposait ses ofi'randes et où le Christ reposait ses membres sacrés, sur lesquels descendait l'Esprit-Saint appelé par de pieuses invocations. » Ces prières terminées, on briile de l'encens, rite que Raoul de Tongres '^, s'appuyant sur certaines chroniques, pense avoir été institué par Léon l". Mais ces chroniques ne méritent aucune confiance, car si l'on veut parler de l'usage *de l'c^nccns pendant le saint Sacrifice, nous avons prouve plus haut qu'il remontait A l'origine de l'Eglise et qu'il était de tradition apostolique; si l'on veut parler de l'encensement des oblats sur l'autel, Amalairc nous atteste, dans la préface de son Traité des offices ecclésiastiques, qu'tà Rome, de son temps, on ne brûlait point d'encens sur l'autel après l'Evangile, a L'ordre romain, dit le Micrologue \ veut qu'on brûle de l'encens devant le livre des Evangiles, soit qu'on le porte A l'ambon, soit qu'on le rapporte à l'autel ; mais il n'autorise point l'encensement des oblats sur l'autel. » On doit croire ce que dit Amalaire, car c'est un témoin oculaire; en efiet, quoique VOrdo romain, tel qu'il est maintenant, parle de cet encensement dans la première Messe, cette Messe est postérieui*^, puiscfuil y est fait mention delà récitation du Symbole, et elle ne fut guère en usage à Rome que dans le XI'^ siècle. La troisième et la quatrième, qui sont vraiment l'ancienne Messe romaine, s'accordent avec Amalaire et le Micrologue, en ne prescrivant l'encens que pour le chant de l'Evangile. Or, c'était la coutume des fidèles d'attirer avec la main la fumée de l'encens, comme pour mieux en aspirer

• Atl Muninnim. Iih. 2. ra|». H. — " Lib. G. — ^ Propos. '23. — ' Cap. 9.

le parfum, ainsi que nous l'apprend VOrdo romain dans la première description de la Messe. On brûlait également de l'encens dans les monastères, et môme dans les maisons particulières, avant d'adresser à Dieu les prières ordinaires , usage qu'observaient et les religieux et les laïques eux-mêmes. xMais ce n'est pas ici le lieu de nous arrêter sur ces divers encensements.

Le célébrant, ayant encensé les oblats, lave ses mains en signe de la pureté de son âme, comme le disent les Constitutions apostoliques i; et, suivant saint Denis 2, non-seulement le pontife, mais aussi tous les prêtres présents lavent leurs mains, rite qu'il décrit fort au long. C'est également ce qu'enseigne saint Cyrille de Jérusalem 3. « Vous avez vu, dit-il, le diacre donnant à laver au célébrant et à tous les prêtres qui sont autour de l'autel du seigneur. » Ce rite est commun à toutes les contrées ; Grecs, Latins, Maronites, Orientaux de toute secte, tous l'observent. Ce qu'écrit Nicolas de Plove, prêtre de Posen, est digne de remarque. Il assure que dans cette église, on différait le lavement des mains jusqu'après la Préface, immédiatement avant le Canon, et que pendant ce rite les uns récitaient le psaume : Lavabo inter innocentes, etc; d'autres, l'omettant, jugeaient plus convenable de continuer la récitation du Canon. Après avoir lavé ses mains, le célébrant récite une oraison qui commence par ces mots : Suscipe, sancta TrinUas, dans laquelle il offre de nouveau à Dieu les dons qui vont être consacrés, en mémoire de la Passion de Jésus-Christ, en l'honneur de la sainte Vierge, de saint Jean-Baptiste, des saints Apôtres Pierre et Paul, de ces saints, istorum, c'est-à-dire de ceux dont l'autel renferme des rehques. François de Harlay, archevêque de Rouen, dit ^^ qu'au lieu de istorum, quelques-uns lisent justorum, ce qui lui semble mieux que la leçon vulgaire ; mais il se trompe, car le mot justorum ne se lierait pas avec ce qui précède, et serait une redondance superflue, puis qu'immédiatement suivent ces autres paroles: Et omnium sanctorum. On ignore à quelle époque

' Lib. 8, cap. 11. — 2 Hicrarch. eccl., cap. 3. — ^ Gatech. Myst. 5. ad init. ~ ^ In Collationib. de Miss., pais, 2, art, 3.

remonte cette oraison ; elle se lit presque mot à mot dans la Messe de Tillet ; dans colle d'illyricus, elle est appelée quoiidienne, et on y fait mention expresse des saints dont les reliques sont présente. Ensuite le célébrant, se rappelant sa misère, sachant qu'il est, pour ainsi dire, enveloppé de faiblesse et d'infirmité, demande aux assistants l'aide et le suffrage de leurs prières, en disant : « Orale, Priez mes frères, pour que mon Sa- « crifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père <( tout-puissant. «Voici quelle est la fornude indiquée dans la Messe de Tillet : « Priez pour moi, pauvre pécheur, Notre- « Seigneur Jésus-Christ, pour (pie mon Sacrifice, qui est aussi le « vôtre, soit agréable à la miséricorde divine. » Dans la Messe d'illyricus : « Priez pour moi, pauvre pécheur, vous mes frères « et mes sœurs, pour que mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, fl monte agréable en présence du Seigneur Dieu tout-puissant. » D'autres églises disaient, au rapport de ilalès * : « Je vous en « supplie, mes frères, priez pour moi et moi pour vous, afin que « mon Sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable au Dieu « tout-puissant. » Les ministres ou les assistants répondent dans le rite romain : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce Sacri- « fice, (\ l'honneur et A la gloire de son nom, pour notre utilité et « pour celle de sa sainte Église. » D'autres Missels indiquent celte réponse : « Que le Seigneur soit dans voire cœur et sur vos « lèvres, et qu'il reçoive de vos mains ce Sacrifice ; que vos « prières montent vers le Seigneur comme un agréable souvenir « pour notre salut ei pour celui de tout le peuple. » La Messe de Tillet donne celle-ci : « Que tous les saints de Dieu prient pour « vous; que le Seigneur se souvienne de votre Sacrifice, et qu'il « rendent parfait votre holocauste; qu'il vous exauce lorsque « vous le priez pour nous ; que le Dieu toul-i)uissant ait pitié de « vous, et qu'il vous remette vos péchés. « C'est la même, à part quelques additions, qui se lit dans la Messie d'illyricus. Ilalès cite encore la réponse suivante: « Que le Saint-Esprit vienne se M reposer sur vous, et que la vertu du Très-haut vous couvre de

' Pars 4, summae tract.de offic. Miss.

Son ombre. « Chez les Grecs, les prêtres demandent également, dans la Liturgie, les secours des prières du peuple, ainsi que l'a remarqué Goar dans ses Notes sur la Messe de saint Jean Chrysostôme i. Le prêtre appelle les assistants du nom de frères; c'est une antique coutume née avec le christianisme et qui s'est perpétuée jusqu'à nous. En efTet, les chrétiens, comme signe de -charité et d'atTection mutuelle, se donnaient les noms de frère et de sœur ; mais, comme les païens se servaient quelquefois de ces noms pour couvrir d'affreux libertinages, ainsi qu'on le voit dans Pétrone, dans Martial et dans d'autres auteurs, Gécilius reproche aux chrétiens, dans Municius Félix, de s'appeler de ces noms, et il prend de là occasion de les accuser de débauches et d'incestes. Octave lui répond .• « Oui, nous nous appelons frères, ce que vous voyez d'un œil jaloux, comme enfants d'un même père qui est Dieu, comme participant à la même foi, cohéritiers d'une même espérance. » — Pourquoi êtes-vous tous frères? dit admirablement Arnobe 2, parce que tous vous êtes nés d'un même père qui est Jésus-Christ, d'une même mère qui est rÉghse. » Enfin, les oraisons secrètes ^ terminent toute cette partie qu'on appelle \ Offrande ; on les récite sur les oblats, afin

' Num. 113. — 2 In Psalm. 133. — ^ Sécréta, dit Amalaire, ideb nominatur quia secrcto dicitur. Cette oraison s'appelle secrète parce qu'on la récite secrètement, c'est-à-dire à voix basse,- telle est l'étymologie assignée par l'immense majorité des Pères et des auteurs ecclésiastiques. Bossuet en indique une autre: « On a dit, écrit-il (Explication de la Messe, édit. de Gaum, fr , 1846, t. 8, p. 421), missa, congé, renvoi, pour missio, comme on a dit remissa pour remissio, rémission, pardon, ohiata pour ohlatio, oblaiion, ascensa pour asccnsio, ascension, et peut-être même secrcta pour secretio, séparation, parce que c'était la prière qu'on faisait sur l'oblation, après qu'on avait séparé d'avec le reste ce qu'on avait réservé pour le sacrifice, etc. » Or, sans faire attention au mot peut-être, les novateurs qui, au commencement du dernier siècle, essayèrent de faire réciter le Canon à haute voix, prirent ces paroles pour une affirmation absolue, et toutes les fois qu'ils rencontraient dans les Pères ou dans les anciennes liturgies le mot secreto, ils l'interprétaient dans ce sens avec cette perfidie et cette mauvaise foi tenace, qui furent le caractère de la secte. Mais cette étymologie, indiquée comme une conjecture par l'illustre évêque de Meaux, ne saurait être admise, car souvent la secrète est appelée oratio sécréta, qui doit être dite tacite, dit l'abbé Rupert, cum silentio, suivant Rémi d'Auxcrre, et dans plusieurs anciens Missels manuscrits, elle est appelée arcana au lieu de secrcta. (Voyez le P. Lebrun, t. 4, 2'' partie, p. 91 et suiv. et p. 293).

que Dieu daigne les recevoir pour sa gloire et pour notre sanctification. Tout ce que nous avons dit plus haut au sujet des Collectes, se rapporte également à l'origine et à l'antiquité des Secrètes ; elles sont en usage dans toutes les églises du rite latin, et en les terminant le prêtre élève la voix et dit : Pcr omyiia Scpciila sœculorum. Les Grecs lisent également, à voix basse, quelques prières de leurs Liturgies, dont ils concluent la dernière à haute voix, afin d'être entendus des assistants.

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