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CHAPITRE XIV

On cîte en les rejetant certaines interpolations. — Mémento des morts. — On récitait leurs noms. — Pourquoi saint I>enys ne fait-îl mention que des Hiptyciues des morts*? — S^îte particulier à la Liturgie mozarabe. — Pourquoi les' noms des Maints y sont-ils énumérés avec Cjeux des défunts? — En quels sens offre-t-on le Sacrifice pour les saints?^ — Oe la prière Nobis quoque peggatoribus. — Qu'autrefois, après cette prière, on bénissait des fruits et diverses autres «;lioses.

Un ancien Missel de la bibliothèque du Vatican ^, écrit il y a plus de six cents ans, après la prière Supplices terogamus^ indique la suivante, comme devant être récitée avant la commémoration des fidèles défunts : « Dieu tout-puissant et éternel, «. daignez recevoir cette offrande et ce Sacrifice que j'ose, tout « pécheur que je suis, vous offrir en l'honneur de Notre-Seigneur « Jésus-Christ; en mémoire de son Incarnation, de sa Naissance, « de sa Résurrection et de son Ascension ; en l'honneur de la « bienheureuse et glorieuse Marie, mère de Dieu et toujours

' De Eucharistia. — 2 Ad Liturg. Chrysost., nuin. 139. — "' De perpetu. utriusq, eccles, consens.; cap. 15. — ■* Lib. 3, suae conoord., caput. 27 etseq. — ^ N» 4770,

a vierge, de tous vos saints Anges et Arciianges, des Patriarches, « des Prophètes, des Apùlres, des Martyrs, des Confesseurs, des « Vierges et de tous vos Saints; en l'honneur de ceux dont cet « autel garde les reliques, de ceux dont nous célébrons aujoiir- « dluii la fête ; pour moi pauvre pécheur, pour mes parents et « pour mes bienfaiteurs. Afin qu'ils daignent intercéder pour « nous dans le ciel, ceux dont nous célébrons la mémoire sur la « terre, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, etc. » On voit par les paroles mêmes de cette prière, qu'elle a été prise dans un autre endroit et insérée ici par l'autorité privée de quelque écrivain. Un autre Missel du même temps ' place à ce nuMne endroit une prière du même genre, dont Durand a parlé quelque part - ; la voici : « Seigneur, souvenez-vous d'un pauvre pécheur, je vous « en conjure, ayez pitié de moi, Dieu de miséricorde. Quoique « tout indigne, j ose. Père tout-puissant, Dieu éternel, vous ofl'rir « avec des mains souillées cet auguste Sacrifice, moi qui ne mé- « rite pas même d'invoquer votre nom sacré et adorable. Mais, « parce que nous vous oiïrons ce Sacrilice, en l'honneur et en « souvenir de votre très-glorieux et bien-aimé Fils Nolre-Sei- « gneur Jésus-Christ, nous vous en prions, faites qu'il vous soit « agréable et que ces ollVandes montent, en présence de votre « divine majesté, comme un encens d'agréable odeur, par le « même Jésus-Christ, etc. » Mais également c'est A tort que a^te oraison a été placée ici, car le prêtre doit prier pour lui avant la consécration, lorsqu'il fait mémoire des vivants. Après cette oraison, on lit dans ce manuscrit: Viennent ensuite les noms: Ingizon^ (W'qice\ P/(?;Tt%/;/r^rcet les au 1res noms qui doivent être récités dans l'oraison, Mémento etiarn^ Domine^ qui suit immédiatement. Dans quelques manuscrits cette dernière prière porte l'inscription : Sicpcr Diptycha. C'était en eflet, comme je l'ai dit plus haut, une coutume très-ancienne et venant des Apôtres, d'inscrire sur des tables les noms des fidèles défunts et de les réciter pendant le saint Sacrifice. Toutes les Liturgies contiennent cette commémoration des morts, et presque tous les anciens

< N" 4772. - 2 Rational., lib. 4, cap. 45.

Pères, que j'ai cités dans la divine Psalmodie i, rendent témoignage de cette salutaire coutume. « Ce n'est pas sans raison, dit saint Ctirysostôme 2, que les Apôtres ont ordonné qu'on ferait mémoire des fidèles défunts dans les redoutables mystères. » Sainte Monique, en mourant, recommanda à saint Augustin son fils de se souvenir d'elle à l'autel du Seigneur 3. Le même saint Augustin assure "^ que c'est un usage observé par toute l'Église, de placer la commémoration des morts et leur recommandation, dans les prières que le prêtre récite à l'autel du Seigneur. « Toute l'Église, dit- il ailleurs ^, observe comme une tradition venue de nos ancêtres, la coutume de prier pendant le Sacrifice pour les fidèles, qui sont morts dans la communion du corps et du sang du Sauveur, et même d'offrir à leur intention et pour eux ce même Sacrifice. « Saint Épiphane atteste^ que c'était une ancienne coutume de rappeler les noms des morts et de prier pour eux. D'où il suit que, excommunier quelqu'un après sa mort, n'était autre chose que rayer son nom des Diptyques sacrés et le priver des suffrages de l'Eglise, comme le montre Pamélius^. Florus magister," dans l'explication de la Messe, dont la bibliothèque de la reine de Suède contient deux exemplaires manuscrits, qui pourraient fournir d'importantes modifications à ceux qui ont été édités, Florus, dis-je, s'exprime en ces termes: « C'était fusage des anciens, comme c'est encore aujourd'hui celui de l'Église romaine, de réciter ensuite, d'après les Dyptiques ou les Tables, les noms des fidèles défunts, et d'ajouter, seulement après ]a récitation des noms, ces paroles : Ipsis Domine et omnibus^ etc. Ipsis^ à ceux-ci, c'est-a-dire à ceux dont nous avons rappelé les noms, et à tous les autres qui reposent en Jésus-Christ. »

Or, cet usage de prier pour quelques-uns, dont on récite les noms, et pour le reste des fidèles défunts d'une manière générale, est approuvé par saint Augustin, qui dit s : « On ne doit point omettre ces prières pour les âmes des fidèles trépassés, qui doi-

• Cap. 13. — ^ Homil. 69, ad Pop. Antioch. — ^ Confess , lib. 9. — ^ De cura pro mortuis ger., cap. 13. — •'' Serm. 32, de Verb. Apost. — '^ Haeres. 75. — ' Ad Ep. 66, Cypriani. — '^ De cura pro mortuis.

vent être faites pour tous ceux qui sont morts dans le sein de la communauté catholique ; et, sans indiquer leurs noms, l'Église les comprend tous dans une commémoration générale, afin que ceux qui n'ont ni père, ni fils, ni parents, ni amis qui puissent remplir envers eux ce devoir de piété, en soient ainsi dédommagés par le souvenir de la mère commune de tous les fidèles. » Jadis c'était l'usage dans tous les monastères, usage encore aujourd'hui en vigueur dans la plupart, de s'envoyer les noms des frères, des protecteurs ou des bienfaiteurs défunts, pour qu'ils fussent inscrits sur les Diptyques. Mais, lorsque les Diptyques furent tombés en désuétude, on les écrivit sur une sorte de livre qu'on nomma Nccndofjc, et chaque jour, après la lecture du Martyrologe, on lisait les noms des frères qui étaient morts ce môme jour dans les divers temps, et c'était la coutume de chanter pour eux le De profumlis, avec l'oraison convenable, ainsi que cela s'observe maintenant encore, après la commémoralion générale des défunts, dans les monastères bien réglés. Le Vénérable Bède ^ parlant de la mort du roi Osualde : u Qu'on cherche, dit-il, dans les N'écrologes, et on verra que le jour que nous avons indiqué est réellement le jour de sa morl. » Les Lettres de saint Honiface fournissent une foule de témoignages, au sujet de cet usage. H dit, par exemple 2, à l'abbé .\dhéric, qu'il lui envoie les noms des frères défunts, et dans son Épllre 52% écrite au nom de trois monastères : ^^ Moi, Eneubourg, dit-il, je vous supplie, OVuibert, prêtre fidèle, de vous souvenir des noms de nossœurs défuntes, et de les communiquer à tous nos amis, parmi lesquels (Juongyth, ma sœur propre, et Ellu occupent le premier rang. " Et ailleurs : « Nous avons, écrit-il ^, envoyé les noms de vos prêtres, de vos diacres, de vos religieux et de vos religieuses dans tous les couvents et dans toutes les églises de notre diocèse. » Il répète la même chose dans plusieurs de ses lettres '. Semblables témoignages se lisent aussi dans les anciens Statuts et dans les Rituels des monastères. Mais nous ne devons pas ou-

* Hist. Ang., lil). 'i, cap. 14. - -* Ep. '2i. - " Epist. 74. - * Epist. 62, 84,

95; lOU,

blier de mentionner ici que saint Denys, traitant des mystères de la divine Liturgie i, ne parle point de la récitation des noms de ceux qui étaient vivants, mais seulement de celle des noms des fidèles défunts, ce qui a paru digne de remarque à saint Maxime, dans ses Scholies sur cet auteur. « II faut observer, dit-il, que du temps qu'il était évêque, on ne récitait que les noms des fidèles trépassés. » Cherchant la raison de cet usage, voici celle qui s'est présentée à mon esprit ; dans l'église où saint Denys fut évêque, tous les fidèles, qui étaient en petit nombre, puisque le paganisme n'était pas encore éteint, assistaient au saint Sacrifice ; c'est pour cela que les défunts, étant les seuls qui n'y fussent point présents, c'était aussi d'eux seuls qu'on récitait les noms. Dans la suite, le nombre des fidèles s'étant accru, ou la ferveur première s'étant refroidie, plusieurs se dispensèrent d'y assister, et alors on récita leurs noms ; ceux des vivants furent lus avant, et ceux des morts après la consécration. Certains auteurs avancent que ce fut Pelage 11, qui ordonna que la commémoration des défunts se ferait après la consécration; mais ces auteurs sont d'un âge récent, et n'apportent aucun témoignage qui vienne appuyer leur assertion.

Dans le rite mozarabe, la récitation des noms se fait dans une seule prière, un peu après l'Offertoire : on dit d'abord ceux des vivants et ensuite ceux des morts. En effet, le prêtre recommande à Dieu toute l'Église catholique en général, les affligés, les captifs, les malades et les étrangers ; ensuite il indique que le Sacrifice est offert pour toute la fraternité^ quand il dit, comme nous l'avons rapporté en son lieu 2 : « Le pape de Rome et les autres « vous l'offrent pour eux et pour tout le clergé. Tous les prêtres^ « les diacres, les clercs et le peuple ici présent, vous l'offrent « en l'honneur de vos saints, pour eux et pour ceux qui leur « sont unis. » Et le peuple répond : « Ils vous l'offrent pour eux et pour toute la fraternité. » Or, ici on récitait les noms des vivants qui offraient, ou pour lesquels le célébrant voulait offrir. Ensuite, après avoir rappelé le souvenir de la Bienheureuse

' Eccl. Hier., cap. 3. — 2 Livre 1"% chap. 11«

Vierge, de saint Zacharie, de saint Jean, des saints Innocents, de saint Pierre, de saint Paul et des autres Apôtres et Evangélisles « et de tous les Martyrs, le prêtre ajoute : Egalement pour les « âmes des défunts, » et il récite ensuite les noms de saint Hilaire, de saint Athanase, de saint Martin et plusieurs autres, parmi lesquels quelques-uns sont placés au nombre des saints, tandis que d'autres ne le sont point. Après ces noms, le chœur répond; « Et omnium pausantiutn^ et de tous ceux qui sont morts. » Vient ensuite une oraison, qui varie à chaque Messe, dans la(iuelle souvent il est l'ait mention de ceux qui ollrent, des défunts, et de tous ceux qu'on a rappelés, don il résulte (jue cl'tte oraison était précédée de la récitation des noms; aussi estelle appelée: Après les noms, Oraiiu post nomina. En voici quelques formules: Au troisième Dimanche de l'Avent : « Ecrivez « les noms de ceux qui vous ollrent, la où vous nous avez précért dés avec votre corps glorieux, alin (|ue ceux (jue vous avez « rachetés par la grâce de votre premier avènement, ne suient tt point condamnes au supplice, au jour terrible de votre second « avènement. Et maintenant que nous vous demandons un lieu a de repos pour les défunts, exaucez-nous de telle sorte qu'avec « votre secours nous jouissions avec eux de l'éternelle félicité « des Bienheureux. » A la fête de saint André, apôtre : « Après « que les ministres vous ont rappelé les noms des saints martyrs, « des lideles qui vous ollrent et de ceux qui ont quitté cette vie, « nous vous supplions, vous, notre Seigneur et notre Dieu, par « 1 intercession de saint André, votre Apôtre et votre martyr, que « les martyrs nous assistent de leurs sulfrages, que les homma- « ges de ceux qui vous offrent soient agréés de vous, que le « séjour des âmes bienheureuses et de l'éternel repos soit ouvert • aux âmes des fidèles défunts. » Au jour de la Circoncision : « Que vous receviez le Sacrifice de ceux qui vous offrent pour le « sanctifier, et que les âmes des fidèles trépassés, dont nous (c avons rappelé les noms, soient par vous conduites au repos « des élus, j) Pour le Dimanche (pii précède le jour des Cendres : « Nous vous demandons Seigneur, que les noms des fidèles qu'on

(( \ient de réciter soient inscrits au livre de vie, et que vous re- (( tiriez les âmes des morts de leur prison ténébreuse. » A la fête de saint Pierre et saint Paul : « De ceux dont les noms viennent « d'être récités. » Et ainsi dans une foule d'endroits ; mais nulle part cette mention des noms n'est rappelée plus clairement que dans la Messe du quatrième Dimanche de l'A vent ; voici l'oraison post nomina de cette Messe : « Seigneur, communiant à la mé- « moire de vos saints, nous n'oublions point vos Patriarches et « vos Prophètes, car c'est après qu'ils l'eurent prédit, que votre « avènement apparut au monde; nous nous souvenons aussi de « vos Apôtres, qui ont mérité de voir de leurs yeux cet avéne- « ment que les Prophètes et les Patriarches avaient prédit. Nous « faisons aussi mémoire de vos martyrs qui, confessant que « vous, leur Seigneur et leur Rédempteur, êtes déjà venu sur la « terre, ont généreusement combattu jusqu'à la mort pour la « défense de cette vérité. Ensuite nous rappelons les noms des « fidèles, qui vivent encore sur cette terre de leur pèlerinage, « vous conjurant de consommer dans la justice et la perfection, « ceux que, déjà dans votre céleste demeure, vous avez inscrits « comme devant être saints et parfaits ; :» c'est-à-dire ceux que vous avez prédestinés à la vie éternelle, « et nous ne voulons « pas non plus oublier les défunts, compagnons ici-bas de notre (( misère et de notre foi, mais nous vous supplions, vous Sei- (( gneur dont la miséricorde est sans bornes, de leur accorder « les rafraîchissements du repos éternel. » Egalement dans l'ancien Missel de la reine de Suède, dont j'ai parlé au chapitre XlPdii F livre, on trouve plusieurs oraisons après les noms, qui établissent le môme rite, et dans lesquelles est souvent rappelée la récitation des noms de ceux qui offrent et de ceux des fidèles ' trépassés ; le célébrant demande à Dieu d'inscrire ces noms pour l'éternité dans le hvre de vie.

Mais parce que, dans ce rite, parmi les défunts, pour lesquels on offre le Sacrifice, il s'en trouve quelques-uns d'énumérés que l'Eglise cathohque, assistée de l'inspiration infaillible del'Esprit- Saint, vénère comme déjà citoyens de la patrie bienheureuse, il

nous faut éclaircir un scrupule, qui a pu naître dans l'esprit du lecteur, de peur que, jugeant les usages anciens d'après ceux de nos jours, il ne considère comme une erreur, un rite établi par des docteurs dont la sainteté et l'orthodoxie sont certaines. Il faut donc commencer par distinguer les temps, pour faire cesser toute occasion de scandale. Encore que nous ignorions l'époque précise à laquelle les saints évéques d'Espagne établirent celte Messe, nous croyons néanmoins que son origine remonte au temps où les martyrs seuls recevaient un culte public et de solennels hommages. Quant aux autres, surtout aux évoques qui mouraient pendant la paix de l'Eglise, quelque opinion qu'on eût de leur sainteté, on inscrivait leurs noms sur les tables des défunts et on les récitait avec ceux des autres. De telle sorte qu'on ne faisait point de diflerence entre ceux qui, plus tard, furent comptés au nombre des saints, tels que saint Hilaire, saint Athanase, saint Martin, saint Ambroise, saint Augustin, saint Kulgence. saint Eéandre, saint Isidore, et les autres auxquels ce titre ne fut jamais donné par l'Eglise. En conséquence, comme A cette époque les uns et les autres étaient dans la même condition, et qu'aucune déclaration de l'Eglise n'avait décidé que quelquesuns d'entre eux fussent déjà en possession de la vision béatilique, et que, partant, ils n'avaient plus besoin du sutfragedes vivants, on oITrait pour tous indistinctement des sacrifices et des prières. C'est encore ce que nous faisons aujourd luii vn priant pour tous ceux qui meurent, bien que (luelques-uns quittent cette vie en odeur de sainteté, et pourtant nous ne sommes point pour cela dans l'erreur, puisque, jusqu'à ce que le souverain Pontife les ait inscrits au nombre des saints, nous ne savons point avec certitude dans quel état ils se trouvent. L'Eglise olfre conditionnellement, par le ministère du prêtre, le Sacrifice pour les morts, afin qu'il leur soit utile, s'ils ont besoin de ses fruits et peuvent y avoir part ; que s'ils n'en ont pas besoin, alors ses mérites seront appli(iués à ceux qui peuvent y participer. De plus, nous devons aussi observer que, d'après une locution en usage dans lancienne Eglise, on disait que le Sacrifice était olfert pour les

justfts, les saints et mêm€ pour les martyrs, non pas, certes, en ce sens qu'on priât pour eux, car les anciens Pères n'ignoraient point qu'une telle prière eût été superflue, puisqu'ils étaient convaincus que les martyrs de Jésus-Christ entraient en possession du bonheur éternel aussitôt après leur trépas, mais pour les honorer, pour communier avec eux. C'est ce dont saint Cyprien rend témoignage quand, parlant des martyrs, « qui ont, par leur illustre passion mérité de la part de Dieu des palmes et des couronnes, » il ajoute 1 : Nous offrons toujours pour eux, comme vous devez vous le rappeler. » Ce qu'on doit entendre pour leur commémoration, comme le môme saint le dit ailleurs assez clai-' rement: « Remarquez, écrit-il, le jour de leur mort. » 11, parle de ceux qui mouraient dans les prisons où ils avaient été jetés pour la foi, afin que nous puissions célébrer leur commémoration dans les mémoires des martyrs ; » et plus bas : « Nous célébrons ici le Sacrifice en leur mémoire. » Nicolas Cabisilas donne une autre explication de cette phrase usitée également dans les Liturgies grecques ; il enseigne que lorsqu'on dit qu'on olire le saint Sacrifice pour les saints, cela veut dire qu'on l'offre à Dieu pour le remercier des grâces et des bienfaits dont il les a comblés. « En effet, dit-il 2, ils sont une des causes pour lesquelles l'Eglise rend des actions de grâces à Dieu. Pour eux, elle offre ce Sacrifice comme action de grâces, et avant tout pour la bienheureuse Mère de Dieu, dont la sainteté a surpassé celle de tous les autres. C'est pourquoi le prêtre ne demande rien pour eux, mais plutôt il leur demande â eux-mêmes de nous assister de leurs prières, parce que, comme nous l'avons dit, on fait l'oblation pour eux, non pas en ce sens qu'on demande pour eux quelques faveurs, mais seulement en action de grâces. » C'est ainsi que le pape saint Caius, au rapport de Baronius 3, depuis le jour où sa nièce, sainte Suzanne, avait souffert le martyre, offrait tous les jours, en souvenir d'elle, le saint Sacrifice au lieu môme où ,elle avait été frappée. » Innocent 111 *, parlant de la secrète de la

' Epist. 34. — 2 In Exposit. Liturg., cap. 33. — ^ Ad ann, 295, n. 9. — ^ €. Cum Marthœ, de celeb. Miss.

Messe de saint Léon, telle qu'elle se lit dans les anciens manuscrits : « Accordez-nous, Seiirneur, que cette offrande soit utile à l'àme de votre serviteur Léon, » l'explique en ce sens qu'elle soit utile à sa gloire, et que les fidèles l'honorent avec une dévotion plus grande : ce qui surtout a lieu lorsqu'on célèbre sa fête. Soit donc que, par cette locution d offrir /yo?/r les saints, on entende offrir en leur souvenir, ou en action de grâces pour eux, ou en leur honneur et pour l'accroissement de leur culte, il n'y a, dans ces différentes interprétations, rien do contraire à la foi catholique ni aux rites reçus et en usage dans l'Eglise. Mais revenons à notre sujet, dont cette digression nous avait un peu écarté.

Au Mémento des morts est unie une autre oraison qui commence par ces mots : Nobis fiivoque peecatorlbus, dans laquelle le prêtre recomuiande A Dieu et sa propre personne et les fidèles qui assistent, afin qu'il daigne le faire participer, lui etlesautres à la société des saints et à la vie éternelle. Ici encore sont énumérés les noms de qirrlques saints, dont il n'est point parlé dans la première partie du Canon. En premier lieu se trouve le nom de saint Jean, non pas l'Evangéliste, comme le pense Alexandre de Ilalès ^ non pas saint .Marc également Evangéliste qui, suivant quel(iues-uns, aurait aussi porté le nom de Jean, et qu'Honorius assure être désigné en ce lieu '^. mais saint Jean-Baptiste, le précurseur du Sauveur, dont font également mention les Liturgies de saint Basile et de saint Jean Chrysostnme. Les autres saints nommés à cet endroit sont choisis dans les différents ordres, selon la remarque d'Ilonorius '^ ; parmi les diacres, saint Etienne; parmi les Apôtres, saint Mathias; parmi les disciples, saint Barnabe ; parmi les évèques, saint Ignace ; parmi les souverains Pontifes, saint Alexandre : parmi les prêtres, saint Marcellin ; parmi les clercs d'un rang inférieur, .saint Pierre ; Darmi les gens mariés, sainte Perpétue et sainte Félicité; parmi xCS .vierges, qu'Adelme '♦ assure avoir été ajoutées par saint

* Iii Kxposit. Miss. — - Gemm. anim., lil». ra|i. 107. — ^ Ibid., rap. 108. — * De Virgin., cai». Vo. " "

Grégoire, sainte Agathe, sainte Lucie, sainte Agnès, sainte Cécile, sainte Anastasie. Après saint Marcellin et saint Pierre, Florus Magister indique saint Hilaire et saint Martin, et dans quelques manuscrits du Vatican, on lit le nom de saint Augustin, dans d'autres ceux des saintes Julienne et Euphémie ; mais nous avons déjà montré qu'on n'avait inséré dans le Canon que des noms de martyrs, et qu'il n'était permis à personne d'y faire la moindre addition ; « autrement, dit Honorius, on pensera que celui qui l'aura fait aura plutôt agi avec témérité qu'avec dévotion. » A la fm de cette oraison, après les paroles : Largitor admiite, s'il y avait des fruits nouveaux, ou quelques autres choses destinées à l'usage des fidèles qui dussent être bénies, on avait coutume de les mettre devant l'autel ; le prêtre les bénissait à ce moment et terminait la bénédiction par la conclusion :Per Christum Dominum nostrum. Ensuite on ajoutait la prière suivante : Per quem hœcomnia, Domine, semper bona créas, paroles qui, suivant l'observation de Luc d'Achery 1, ne se rapportent pas aux oblats seulement, mais aussi aux choses qu'on bénissait alors, choses que Dieu crée et produit par une providence continuelle, et que nous le prions de sanctifier pour qu'elles soient plus utiles à ceux qui doivent eu faire usage. Dans un très-ancien Sacramentaire de la reine de de Suède, la bénédiction suivante se trouve indiquée à cet endroit: « Bénissez, Seigneur, ces nouveaux fruits, que, par (( votre rosée céleste et par vos pluies bienfaisantes, vous avez « daigné faire croître et mûrir, pour que nous vous en rendions « grâces au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Per quem hœc « omnia, etc. » Un ancien Missel du Vatican 2 rapporte à ce moment la bénédiction de l'Agneau au jour de Pâques, telles qu'on peut la voir dans rOr<io romain; dans plusieurs autres, tant de la Bibliothèque du Vatican que de la Bibliothèque Barberine, on trouve la bénédiction du lait et du miel pour les catéchumènes à la Messe du Samedi-Saint, sous cette formule : « Bénissez, Sei- « gneur, cette eau, ce lait et ce miel, et abreuvez vos serviteurs c( de cette eau vive qui est l'esprit de vérité ; nourrissez-les aussi

' Spicil., tom. 4, in Praef. - 2 N° 470.

« de ce lait et de ce miel : car vous, Seigneur, l'avez promis à nos « pères Abraham, Isaac et Jacob, en disant : Je vous introduirai « dans une terre où coulent le lait ci le miel ; unissez vos service teurs par l'esprit de charité et de paix, comme ce lait et ce <i miel sont unis en Notre-Seiirneur Jé^us-Christ. Per guem hœc « omnia^ etc. » Les anciens Statuts de Cluni, édités par Luc d'Achery i, font mention d'une autre formule de bénédiction qui, autrefois, était commune à plusieurs églises le jour de la fête de saint Sixte, pape et martyr. C'était celle des raisins, si toutefois il s'en trouvait de mûrs ce jour-là ; « mais s'ils ne sont pas encore parvenus à leur maturité, disent les Statuts, le gardien de l'église obstTvera le moment où ils seront mûrs pour en faire porter à l'église ; ceux qui y seront portés seront remis à Y Armarius, qui les présentera au prêtre pendant le Canon, dans le moment convenable, pour qu'il les bénisse ; ensuite le prêtre les distribuera au réfectoire à tous les frères. » Or, Annariiis est un nom barbare, par lequel on désignait celui qui était chargé du cellier. Cette bénédiction des raisins, le jour de saint Sixte, est indiquée dans le Sacranu?ntairc de saint Grégoire, édité par' Ménard qui a inséré quelques Notes à ce sujet. Chez les Grecs, elle a lieu le sixième jour d'août, ainsi que nous le voyons dans leur Eucologe 2. Voici comment le Missel de Lyon décrit le rite de cette bénédiction pour le jour de saint Sixte: « Pendant le Canon de la .Messe, avant que le prêtre ne dise: Per r/ucm iurc omnia, Domine, scmprr bona créas, le diacre place sur l'autel, A droite et non loin du prêtre, des grains de raisin dans un vase très-propre, et le prêtre les bénit en disant: « Bénissez, Sei- « gneur, ces nouveaux fruits de la vigne que vous. Seigneur, « par la rosée du ciel, par des pluies bienfaisantes, par un soleil' « pur et serein, avez daigné faire croître et mûrir, et qui nous a les avez donnés pour notre usage, afin que nous les recevions, « en vous rendant grdces, au nom de Notre-Seigneur Jésus-' « Christ. » Alors le prêtre asperge d'eau bénite les grains de rai-j sin, et il continue : Per que)n omnia bonacreas. Le diacre enlevei

Tom. i, Spicileg. — ' (»oar. p. 695.

de l'autel le vase dans lequel sont ces grains et il le remet au sous-maître du chœur, qui, l'ayant reçu, les distribue à tous ceux qui sont au chœur et à tous les laïques présents à l'office. » Ce fut, en effet, une coutume religieuse de nos pères, que toutes les fonctions sacrées et ecclésiastiques, l'administration des sacrements et les diverses bénédictions eussent toujours lieu pendant le saint Sacrifice de la Messe ; et, de fait, comme nous l'avons dit ' ailleurs i,rEucharistie est la consommation, la dernière et suprême perfection, de laquelle toutes les fonctions saintes reçoivent leur énergie, leur vertu et leur sainteté ; soit donc qu'il s'agit de contracter une alliance, de rétablir la paix ; soit qu'on voulût offrir quelque chose à Dieu ou excommunier les hérétiques ; soit qu'on annonçât les fêtes des saints ou les autres solennités ; soit qu'on indiquât les jeûnes et les processions ; soit qu'on voulût réconcilier les pénitents, imposer les mains à ceux qui devaient être initiés, consacrer les évêques, sacrer les rois ou bénir le saint Chrême, on pensait que toutes ces fonctions et autres du même genre, devaient, pour ainsi dire, être placées sous le patronage de l'Eucharistie, et qu'aucune cérémonie sacrée ■ ne pouvait convenablement-avoir lieu au dehors du saint Sacrifice. Mais, dans la suite, la ferveur s'étant refroidie dans les cœurs, on en sépara plusieurs de ces rites sacrés, de peur que la Messe ne fût trouvée trop longue ; tellement, que la communion fut remise après la fin du Sacrifice, à la grande perturbation des rites sacrés, puisque, dans les oraisons qui suivent la communion, le prêtre prie aussi pour les fidèles qui ont communié avec lui.

^'Eglise termine le Canon par la prière : Perquem hœc omnia^ Domine, semper hoïia créas, sorte d'épilogue dans lequel elle rappelle en peu de mots la souveraine excellence de Jésus- Christ, puisque c'est par lui, avec lui et en lui que gloire et honneur sont rendus à Dieu Père tout-puissant dans l'unité du Saint-Esprit. Quelques-uns pensent que la première partie de cette prière se trouve dans saint Cyprien 2 ; mais les savants ont

' Livre l", diap. 3. — 2 Serm. de Cœna Doraini,

depuis longtemps observé que le Traité, De operibiis Christi cardinalihus, était faussement attribué à saint Cyprien, puisque c'est Arnold, abbé de Bonneval, qui en est l'auteur.

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