‹ De la liturgieChapitre 15 sur 21 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Que Piit^afço de réciter POrnIaon Dominlenle peiidaiit le Hnliii §^n«*rlflee ont tort uiieleii. — Opinion de ■alnt Gr<^fçolre «\ ee nujet. — I*ri^r«ce c|ui précède cette Oraison* — K^e Pater autrefois défendu auv catécliuniènes* — €Jourte explication nxtv clia<iue denian<le. — Qu*on y ajouta l*OralHon LlDKRA NOS, appelée Embolisme. — Que toute» le» KfçllAes rompent PlioHtIe et en nn'ttent un*' partie dans le calice* — Antl<|uité de ce rite.

11 était juste et convenable que la récitation de la prière qi Jésus-Christ nous a lui-même enseignée, suivît l'action la pli sainte du Sacrifice, afin que Dieu fût disposé à se montrer pli facile aux prières des fidèles, qui venaient de lui rappeler le soi venir de la tant cruelle Passion de son Fils. Ils se trompent cei qui s'imaginent que saint Grégoire est l'auteur de ce rite, ellet, ce saint pape lui-même nous apprend qu'il est fort anciej et institué par les Apùlros. « Nous disons donc, écrit-il ', l'Oi son Dominicale immédiatement après la Prière, parce que l'ust des Apôtres fut de consacrer la victime du Sacrifice seulemet avec l'Oraison Dominicale. » Nous avons déjà dit 2 dans quel on devait entendre ces paroles. Nous ajoutons ici que la restrû tion seulement, est une faute qui s'est glissée dans le texte saint Grégoire, ou bien qu'il faut l'entendre par rapport ai autres prières qui précèdent ou qui suivent la consécration; il est hors de doute que les Apôtres récitaient les paroles

♦ Lib. 7, Epist. 64. — - Livre I", chap. 5.

lesquelles Jésus-Christ l'avait instituée, et qu'ils faisaient mé^ moire de sa Passion , comme lui-môme l'avait recommandé , quand il leur avait dit : Faites ceci en mémoire de moi. Saint Jérôme rapporte ^ que les Apôtres récitaient chaque jour au saint Sacrifice l'Oraison Dominicale, mais il ne dit pas qu'ils ne récitaient que cette prière. Que, dès les temps les plus reculés, cette oraison ait été dite à la Messe, c'est ce dont rendent témoignage et les anciennes Liturgies, et des saints Pères qui ont vécu bien avant saint Grégoire. « Dans les moments voisins, dit saint Optât de Milève, vous imposez les mains et vous pardonnez les péchés; puis, retournés vers l'autel, vous ne pouvez omettre l'Oraison Dominicale; » c'est-à-dire que l'absolution des pénitents dont il parle avait ordinairement lieu avant l'Oraison Dominicale et la communion. Saint Augustin 2, expliquant du saint Sacrifice de la Messe les obsécratlons et les prières que recommande l'Apôtre 3, dit que les prières ont Heu lorsque ce qui est sur la table du Seigneur est béni, consacré et rompu pour être distribué. « Série de prières , ajoute-t-il , que presque toute l'Eglise termine par l'Oraison Dominicale. » " — « Dans l'église, dit-il ailleurs ^^ chaque jour à l'autel on récite l'Oraison Dominicale et les fidèles l'entendent. » — « Ensuite, dit saint Cyrille de Jérusalem s, c'est-à-dire après la commémoration des fidèles défunts, nous récitons cette prière que le Sauveur a apprise à ses disciples. » Saint Césaire d'Arles ^ dit :.« Lorsqu'on récite l'Oraison Dominicale, quel est celui qui dise véritablement et avec humilité : Pardonnez-nous nos offenses? » Saint Ambroise en fait également mention ^ en y ajoutant certaines paroles qui ne se disent plus aujourd'hui. « Entends ce que dit le prêtre, écrit-il : par Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans lequel et avec lequel est à vous honneur, louange, gloire, magnificence, puissance avec le Saint-Esprit, maintenant, toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. « Que si, dès les temps aposto-

' Advers. Pelag., lib. 3. - - Episl. 59, ad Paul. — ' Ep. !*••, ad W; cap. 2. — ' Homil. 42, inter Quinq.,— " Catech. Myst. 5. — ^ Homil. 12. — " De sacram., lib. G; cap. irit,

(^A.4!^^,^ --4- S-je.'v.'»-.^^ 5;^ c<c/o

liques, ce fut la pratique de toute l'Eglise de réciter cette prière, je ne vois pas pourquoi saint Grégoire, dans la lettre que nous citons plus haut, déclare qu'il lui a paru inconvenant de l'omettre, comme si de son temps elle n'eût pas été en usage, et je ne vois pas pour quelles raisons certaines gens lui faisaient à ce sujei le reproche d'établir des rites nouveaux ou imités des Grecs; possible qu'alors on l'omettait dans les Messes privées, et qu'il voulut rétablir l'ancienne coutume. En eflét, le quatrième concile de Tolède nous apprend qu'à l'époque où vivait saint Grégoire, cet abus s'était introduit dans quelques églises d'Espagne. « On trouve, dit ce concile 3, quelques prêtres en Espagne, qui ne récitent point chaque jour, mais seulement le Dimanche, l'Oraison Dominicale (juc notre Sauveur nous a apprise et recommandée. » Il défend d en agir ainsi désormais et dépose de son onlre quiconque voudrait l'omettre. Mais si l'on veut considérer avec plus daltenlion les paroles de saint Grégoire et les comparer avec ce que dit, dans la Vie de ce saint pape ^ le diacre Jean, on verra qu'il a seulement ordonné qu'on la réciterait à un moment convenable. « H jugea, écrit le diacre Jean, qu'on devait dire l'Oraison dominicale immédiatement après le Canon. » Dans cette même lettre, saint Grégoire dit que chez les Grecs le Palcr est chanté par tous les fidèles, tandis que dans l'Eglise latine, il est récité par le prêtre seulement; c'est encore ce qui s'observi aujourd'hui dans chacune de ces églises.

C'est également l'usage de faire précéder l'Oraison dominicale d'une courte Préface, dans laquelle le célébrant, reconnaissant qu'il est un pécheur et un fils indigne de Dieu, déclare ([u'il n'oserait lui donner le nom de Père, si Jésus-Christ, par sc> exhortations et par ses préceptes, ne nous avait déterminé à U faire. « Rendez-nous digne, Seigncîur, dit la Liturgie grecque, « de pouvoir vous invoquer avec confiance et sans témérité sous « le nom de notre Père céleste, et de vous dire : Paler noskr. » Voici la formule dont se servent les Maronites : « Ouvrez, Sch « gneur, nos bouches et nos lèvres, sanctifiez nos corps et lea

« Can. % - 2 Lib. 2, cap. 20.

« âmes de chacun de nous, purifiez nos esprits et nos cœurs, « afin que nous puissions crier d'une voix suppliante vers vous « notre Dieu, Père des miséricordes, vous prier et vous dire : « Pater noster. » Le rite mozarabe a des formules particulières à chaque Messe. Voici celle du jour de Noël : « Et parce qu'il a nous a montré la voie que nous devions suivre, enseigné les (( paroles de vie que nous devions dire, appris la vérité que « nous devions croire; de celte basse terre nous crions vers « vous, Père souverain, et nous vous disons avec tremblement « de cœur : Pater noster. » Au jour de Pâques : « Christ, ô bon « Jésus, qui de la croix avez crié vers votre Père, en ce jour où (c vous êtes sorti vivant de votre tombeau , exaucez-nous ; « nous crions vers vous : Que nos bouches soient remplies cle (f cette joie causée par votre résurrection, et que nos cœurs « obtiennent les effets de leurs prières, puisqu'ils vont répéter (c ce que vous leur avez prescrit, en disant : Pater noster. » Au jour de l'Assomption : « Seigneur Jésus-Christ, qui avez honoré » la Vierge votre Mère jusqu'à l'élever, par la grâce de son « Assomption, en présence de votre trôné, pour y être notre « incomparable protectrice [suffragatricem) , quoique indignes, « nous supplions votre divine clémence que, purifiés de toutes ce nos souillures par l'intercession de votre bienheureuse Mère, ce nous puissions crier et vous dire de cette terre d'exil : Pater ce noster. » L'Eglise romaine dit simplement : « Instruits par des « préceptes salutaires et enseignés par l'institution divine qui (C nous a été donnée, nous osons dire : Pater noster. » Le rite ambrosien emploie toujours la même formule que l'Eglise romaine, excepté le Jeudi-Saint, où il indique la suivante : « Ce qu-e nous allons faire. Seigneur, c'est le précepte même de celui en la présence duquel nous vous prions. Donnez au Sacrifice son auteur, que la promesse soit remplie par la sublimité du mystère et que, de même que nous exécutons dans sa vérité le Sacrifice céleste, de même aussi, prenant réellement le corps et le sang du Sauveur, nous vous disions par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur : Pater noster. » Ils diffèrent encore un peu le

jour (Je Pâques, car ils disent : « Divi/io magisterio edocti et salutaribus monitis institati audemus dicere : Pater nosk'r. » Saint Jérôme montre l'antiquité de cette formule, puisqu il y fait allusion ^ « Il instruisit, dit-il, ses Apôtres de telle sorte que chaque jour, dans le SacriOce de son corps, ceux qui croient en lui osent dire : Pater noster. » Chromât d'Aquilée y fait également allusion 2, quand il dit que Dieu s'est montré si bon a notre é^'ard que tiou.s osons l'appeler notre Père,

Autrefois il n'était permis qu'aux seuls fidèles de réciter cette prière. « Celui qui n'est pas encore initié, dit saint Chrysostôme 3, ne peut pas apiK'Ier Dieu son Père. » Aussi n avait-on coutume de la remettre aux compétents que le Mercredi qui suivait le (juatrième Dimanche du Carême, ainsi que le montre l'Ordo romain. Kn Afri(|ue, l'usage était de la leur apprendre seulement le Lundi de la Semaine sainte, comme il résulte de 1 Homélie de saint Augustin, (jiu' nous venons de citer,nM (|ui fut prononcée ce mêuKvjour •. On leur remettait avec lOraison dominicale une explication courte et substantielle, qui se lit dans lOnlo romain et dans (luehjues anciens manuscrits. Je ne crois point sortir de mon sujet, ni déplaire au lecteur, en linsérant dans ce chapitre.

« Notre Prre qui (Ucs aux cieu.r. C'est une parole de liberté « toute pleine de confiance. Il nous faut donc vivre de telle « sorte que nous puissions être les enfants de Dieu, les frères « (le Jésus-Christ; car comment ose-t-il appeler Dieu son pèn\ « celui qui s éloigne de sa .sainte volonté? C'est pourquoi, très- • chers enfants, il faut vous montrer dignes de cette a(Ioi)tion « divine, car il est écrit : Tous ceux qui crurent en lui, il leur « donna le pouvoir de devenir enfa)its de Dieu.

« Que votre nom soit sanctifie. Ce n'est pas que Dieu soit lui- « même sanctifié par nos prières, lui qui est toujours saint : « mais nous lui demandons que son nom soit sanctifié en nous.

* Lib. 3, atlvers. Pelap. - 2 Tract, de Net. beatit. - « Homil. 21, in Mallh. — * Uom. iv; inter i^uinquag.

(c afin que nous, que le baptême a déjà rendus saints, nous perce sévérions à être ce que nous avons commencé.

(( Que votre règne arrive. Est-ce que notre Dieu ne règne pas « toujours et d'une manière souveraine, lui dont l'empire est « immortel ? Mais , en disant que votre règne arrive , nous (c demandons l'arrivée de ce règne que Dieu nous a promis, et « qui nous a été acquis par le sang et par la Passion de Jésus- « Christ.

(( Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel; « c'est-à-dire que votre volonté soit faite de telle sorte que ce « que vous voulez du haut du ciel, nous qui sommes sur la ce terre l'exécution avec fidélité.

(C Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Ici « nous devons entendre une nourriture spirituelle ; car Jésusce Christ est notre pain, lui qui a dit : Je suas le pain vivant des- (( ce7idu du ciel; nous l'appelons de chaque jour^ parce qu'il « nous ordonne de vivre dans un tel éloignement du péché, quece nous soyons toujours dignes de participer à des aliments (C célestes. ' .

« Pardo7inez-nous 7îos offenses comme nous pardonnons à ce ceux qui nous ont offensés. Ceci est dit pour nous faire voir ce que nous ne pouvons mériter le pardon de nos péchés, qu'en « pardonnant d'abord à tous ceux qui ont commis quelque « offense envers nous, suivant l'enseignement que Notre-Sei- « gneur nous donne dans l'Evangile : Si vous ne remettez aux ce hommes les fautes qu'ils ont commises envers vous^ votre « Père céleste ne vous remettra pas non plus les péchés que vous c< aurez commis.

« Ne nous laissez point succomber à la tentation^ c'est-à-dire « ne souflrez pas que nous soyons vaincus par celui qui nous ce tente, lequel n'est autre que l'esprit de mahce. En effet, l'Ecriee ture dit que Dieu ne nous tente pas au mal, mais que c'est le ce diable par qui nous sommes tentés. Or, pour triompher de ses (C embûches, le Seigneur dit : Veillez et priez pour que vous ne ce succombiez point à la tentation,

oc Mais délivrez-nous du mal. On parle ainsi , parce que a l'Apôtre dit : Vous ne savez pas œ que vous devez demander ce dans vos prici-es; c'est pourquoi nous devons prier de telle « sorte que tout ce que la faiblesse de la nature humaine ne « nous permet pas de prévoir et de demander, nous soit libéra- « lenient accordé par Notre-Seigneur Jésus-Christ , qui vit et « règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siè- « clés. Ainsi soit-il. »

Telle est cette ancienne paraphrase qui, dans la quatrième demande, parle du sacrement de l'Eucharistie, mais dune manière obscure, parce quil n'était pas permis d'expliquer clairement ce mystère aux catéchumènes avant leur baptême. Elle a suivi l'opinion de ceux qui pensent que c'est le pain spirituel, le pain eucharistique qu'on y demande. Et véritablement c'est celui-là que; nous demandons en premier lieu, puis d'une manière secondaire, tout ce qui est nécessaire pour sustenter notre vie.

Chez les Grecs, lorsque le peuple a récilé cette prière, les prêtres disent à haute voix : « Parce qu'à vous appartient la <c puissance, la foi et la gloire, à vous. Père, Fils et Saint-Esprit, c( maintenant, toujours et dans les siècles des siècles. Amen; » formule qui termine toutes les oraisons. La dernière demande du Pater est développée plus au long dans la prière : Libéra nos qui suit immédiatement, et que les anciens auteurs, qui ont traité des rites sacrés, appellent Ernbolisme, d'un mot grec qui signifie interposition , excroissance ou développement. Elle exprime, en eiïet, d'une manière plus explicite de quels maux nous voulons être délivrés, à savoir : des maux passés, des présents, des futurs, par l'intercession de la bienheureuse Viergo et des saints apôtres Pierre, Paul et André, qui fut appelé le premier à l'apostolat. Ce fut un ancien usage d'insérer à cet endroit plusieurs noms de saints au gré du célébrant. C'est ce qu'atteste le Micrologue quand il dit ^ : « Nous ne devons point énumérer des noms de saints autres que ceux qui depuis long-

« Can. 13.

temps sont inscrits dans le Canon, excepté après le Pater dans la prière : Libéra nos^ où il nous est permis de réciter les noms des saints que nous désirons nommer. » Honorius rend également témoignage de cette coutume i. Un ancien Missel du Vatican 2, après ces mots : Atque Andréa^ ajoute : « Ici le prêtre « nomme tous les saints qu'il veut nommer. » Dans presque tous les autres Missels manuscrits, on lit en cet endroit le nom du titulaire et des patrons de l'église à laquelle ils ont appartenu. Ceux du rite ambrosien mettent le nom de saint Ambroise. Quelques-uns, au rapport de Schulting 3, après cette oraison, se permettaient, par un abus repréhensible , d'ajouter la suivante : « Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, daignez nous regarder de « votre sainte demeure, et du trône de gloire sur lequel vous <( êtes assis dans votre royaume, venez nous sanctifier. Vous qpi « siégez au ciel, à la droite de votre Père, et qui êtes invisible- « ment présent au milieu de nous, daignez, par votre main « toute-puissante, nous faire participer, et par nous tout ce <( peuple, à votre corps immaculé et à votre sang précieux, vous « qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. )>

L'Eglise latine termine l'oraison Libéra nos par la conclusion ordinaire Per Dominum nostrum^ pendant laquelle le prêtre rompt l'hostiC; rite fort ancien et qui remonte au jour où ce Sacrifice fut institué. En effet, dans la Cène mystique, Jésus- Christ prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : Ceci est mon corps^ et parce qu'il ordonna à ses disciples de faire la même chose en mémoire de lui, eux-mêmes eurent soin de se conformer à ce rite, qu'ils transmirent ensuite aux églises. Aussi, dans leurs Actes ^, lisons-nous que le jour du -Seigneur ils se réunissaient avec les fidèles pour rompre le pain; et ailleurs ^ : que les fidèles eux-mêmes persévéraient dans la communication de la fraction du pain. Et certes, ce n'est pas d'un pain ordinaire, mais du pain eucharistique que parle l'Apôtre, quand il dit ^ : Le pain que nous rompons n'est-il pas la

' Gemma anim., lib. 1, cap. 109. — 2 N" 483. - 3 Biblioth.; tom. 4. — * Cap. 20. - » Cap. 2. - « Ep. 1 ad Corint., ,cap. 10.

joarticipation au corps du Seigneur? Ce rite nous vient donc du Sauveur lui-même, et, par cette fraction, il a voulu désigner sa passion , qui devait bientôt s'accomplir. C'est pour cela que l'Eglise, qui, chaque jour, célèbre par ce Sacrifice non sanglant le mémorial de cette passion, rompt chaque jour aussi ce corps immolé sous les espèces du pain ; car tout ce qui s'accomplit sur ces espèces, s'accomplit également sur le corps du Sauveur, que nous croyons fermement être réellement sous ces apparences extérieures. Il est rompu et divisé, quand le pain est rompu et divisé ; il demeure tout entier dans ce pain et il est tout entier aussi sous chacune des parties, de même que l'Ame humaine, suivant une belle comparaison de saint Augustin i, « est tout entière dans tout le corps, et tout entière aussi dans chaque partie du corps. » C'est ce qu'explique très-bien saint Césaire 2 : « Nous croyons, selon la parole divine, que ce qui est consacré sur l'autel sacré devient le corps du Seigneur, et qu'il est donné et distribué intégralement 'et tout entier à chaque membre de l'assemblée des fidèles. » C'est aussi en ce sens que saint Chrysostôme expliciuc ^ Jcs paroles de saint Paul que nous avons citées : « C'est dans l'Eucharistie, dit-il, que je vois cette fraclion; elle n'eut pas lieu sur la croix, car il était écrit : « Vous ne briserez aucun de ses os; » mais ce qu'il n'a pas soulFert sur la croix, voici que dans le Sacrifice il le souffre pour vous, il se laisse rompre afin de nous rassasier tous. » Il est divisé sans être diminué, il est rompu par une fraction non sanglante, et de la même manière que Jésus- Christ à la dernière Cène rompit luimême son corps, sans déchirure et sans douleur. Ce qui a lieu encore, à plus forte raison maintenant que ce corps est immortel et impassible; ceci soit dit en passant, car une exposition plus complète et plus détaillée serait du domaine de la théologie. Les saints Pères et les écrivains ecclésiastiques parlent de cette fraction de l'hostie , comme d'un rite pratiqué toujours et dans toutes les parties de l'Eglise depuis les temps apostoliques.

• Liber. 6, de Trinit., cap. 9, - 2 Dial., lib. 3, inlerrog. 169. - ' Homil. 24, in 1 ad Corinth.

« Lorsqu'ils ont divisé l'Eucharistie suivant la coutume, dît Clément Alexandrin ^, ils permettent à chaque fidèle de l'assemblée d'en prendre une partie. » — « Le pontife, écrit saint Denys 2, montre les dons qu'il vient de découvrir et divise leur unité en plusieurs parties. » Saint Grégoire de Nazianze 3 s'exprime ainsi : « 0 très-saint serviteur de Dieu, ne cessez pas de prier, d'intercéder pour nous, quand vous attirez par votre parole le Verbe de Dieu, quand par une séparation non sanglante vous divisez le corps et le sang du Seigneur, les paroles sacrées vous tenant lieu de glaive. » Saint Augustin dit ^ en parlant du pain eucharistique : « Lorsqu'il est béni, qu'il est consacré, qu'il est divisé pour être distribué au peuple. » J'omets les autres témoignages qui sont innombrables, surtout ceux des écrivains postérieurs. Egalement, toutes les Liturgies qui existent prescrivent cette fraction, et tous les auteurs qui ont traité des rites sacrés en ont parlé, ainsi que du mystère qu'elle signifie ^.

Or, les Latins divisent l'hostie en trois fragments, les Grecs et les autres Orientaux la partagent en quatre, et dans le rite mozarabe on la divise en neuf parties. Jadis, après la fraction de l'hostie, on en conservait une portion jusqu'à la fin de la. Messe, suivant un texte de Sergius, rapporté par Gratien ^, et le Micrologae ajoute que c'était pour les malades. L'Ordo romain dit également que le pontife laisse sur l'autel une particule de l'hostie qu'il a rompue. Les Maronites, pendant la fraction de l'hostie, récitent la prière suivante : « Nous croyons et nous « offrons, nous signons ^ et nous rompons cette Eucharistie, ce « pain céleste, corps du Verbe de Dieu, dans le calice du salut

- ' Stromat., lib. 1. — 2 Eccl. Hierarch., cap. 3, § 13. — » Epist. 240, ad Amphiloch. — •* Epist. 59, ad Paul. — ^ Amalaire, lib. 3, cap. 31. — Walfrid, cap. 22, — Le Micrologue, cap. 18 et 23. — Yves de Chartres, De Convenient. veter. et nov. sacrif. prope finem. — Hugues de Saint-Victor, De eccles. off., lib. 2^ cap. 39. — Honorius, Gemma anim., lib. 1, cap. 63. — Saint Germain, In exposit. liturg , auxquels on peut ajouter saint Thomas, pars 3, quaest. 83, art. 5; — Ernulphe, évêque de Roffa, tom. 2, Spicileg., Epist. 2, quaest. 2, et beaucoup d'autres. — e De consecrat. distinct. 2, cap. 22. — ' Signare, dans le style ecclésiastique, veut dire marquer du signe de la croix; signersune chose, c'est donc tracer le signe de la croix sur elle.

« et d'actions de grâces, nous le signons d'un signe ardent, pro- « pitiatoire et tout rempli de mystères révélés du ciel; au nom « du Père vivant dans la vie, et de son Fils unique et saint, « engendré par lui et consubstantiel à lui dans la vie, et du « Saint-Esprit, le principe, la On, le sceau de tout ce qui a été « fait et de tout ce qui se fait dans le ciel et sur la terre, vertu « unique, puissance unique, volonté unique, un seul vrai Dieu « béni et très-haut, dans lequel il n'y a point de division et « duquel vient la vie dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. » Chez les Grecs, l'hostie est rompue après lElévation de la manière qui suit. Le diacre, débouta la droite du célébrant, lui dit : « Divisez, Seigneur ^ , le pain sacré, » et celui-ci partage l'hostie en quatre fragments en disant : ■ Il est rompu et divisé « l'Agneau de Dieu, le Fils du Père; il est partagé sans ^tre « diminué, il est mangé sans être consumé, lui qui sanctifie « ceux qu'il rend participants de son corps sacré. » Il prend alors dans sa main une i\v<< parties de l'hostie, et le diacre montrant le calice, lui dit : « Emplissez, Seigneur, ce saint calice ; » le célébrant répond : « La plénitude de la foi et de lEspril- Saint, » et, traçant le signe de la croix, il met cette partie dans le calice. Isaac llabert 2 indique clairement ce que les saints Pères grecs ont entendu ici par plénitude de l'Esprit-Saint. Dans le rite ambrosien, après l'Oraison : Perquem hxcomnia^ le prêtre divise l'hostie sur le calice en disant : « 0 Christ, votre corps « est rompu, votre calice est béni. » Ensuite il détache une autre particule et dit : « Que votre sang soit pour nous une source de « vie et pour le salut de nos âmes. Seigneur notre Dieu. » Puis, « mêlant cette particule au calice, il ajoute : « Que le mélange « du corps consacré et du sang de Notre-Seigneur Jésus-CIirist

« Ce titre s'adresse ici au célébrant; le mot prec est ScrrroTa, mieux traduit peut-être en lalin par le mot Domine, que par le mot français Seigneur, car ce dernier à un sens plus fixe, plus précis, et plus ordinairement il s'applique à Dieu. h est vrai pourtant que vers le ix* siècle on n'serva le mot Dominns pour désigner Dieu ou Notre-Seigneur Jésus-Clirisl, et qu'on se servit du mot Domnus en parlant au [trélre dans la Liturgie, ce ((u'indique le vers suivant : Codlestcm Dominum, terrenum dicito Domnum.

' Ad part. 10, Liturg. ordin., observ. 4.

<i serve à nous qui le mangeons et qui le prenons pour la vie et <i le bonheur éternel. » Cependant le chœur chante l'Antienne nommée Ccyiifractoire, et immédiatement après, on récite l'Oraison dominicale que suit la prière Libéra nos. On dit ensuite : « Que la paix et la communion de Notre-Seigneur Jésus-Christ « soit toujours avec vous. » Le diacre ajoute : « Donnez-vous la paix. )) Et le chœur répond : « Rendons grâces à Dieu. » Suivant le rite romain, le célébrant, après avoir rompu l'hostie en deux portions égales, en dépose une sur la patène, et détache ensuite une troisième particule de l'autre qu'il tient de sa main gauche ; avec ce troisième fragment il signe trois fois le calice en disant : Pax Domini sit semper vobiscum^ salutation qui se voit dans VOrdo romain et dans tous les anciens Missels. Alors il met la particule dans le calice en disant : « Que ce mélange et cette « consécration du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus- « Christ soit faite pour la vie éternelle à nous qui le recevons. » Certains manuscrits ne donnent pas le mot consécration qui, dans cet endroit, doit être entendu d'une consécration extérieure faite par le mélange du corps et du sang du Seigneur. En effet, bien que le corps ne soit pas .sans le sang, ni le sang sans le corps, cependant parce que les deux espèces sont consacrées séparément, il a été réglé, pour de sages raisons qu'ont exposées les liturgistes, que le corps serait mélangé au sang. Ce mélange est indiqué dans la Liturgie de saint Jacques, dans un très-ancien exemplaire de VOrdo romain et dans d'autres Missels. Mais la prière qu'on doit réciter pendant ce rite est différente dans les divers manuscrits, comme on le verra par celles que nous allons rapporter. Dans la Messe de Ratold : « Que cette c( sacro-sainte mixtion du corps et du sang de Notre-Seigneur « Jésus-Christ devienne pour tous ceux qui la reçoivent le salut « de l'âme et du corps, et une préparation salutaire pour rececc voir la vie éternelle. » Dans la Messe de Tillet, éditée par Ménard ainsi que la précédente : « Que le mélange du sang prête cieux avec le corps sacré de Notre-Seigneur Jésus-Christ, soit « utile à tous ceux qui le prennent pour la vie éternelle. » La

Suivante se lit dans le Micrologue : « Que le mélange et la con- « sécration du corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit faite c( pour la vie éternelle à nous qui le prenons. » Chez les Maronites , le prêtre en mettant la particule dans le calice dit : a Vous avez uni, Seigneur, votre divinité avec notre humanité, a et notre humanité avec votre divinité, votre vie avec notre « mortalité et notre mortalité avec votre vie. Vous avez pris ce « qui était à nous, et vous nous avez donné ce qui est à vous « pour la vie et le salut de nos ùmes. Gloire à vous dans les « siècles. Ainsi soit-il. »

CUAPITRE \VI.

Bén<^cll4*tioiiH «'«piHoopiilt'H «loiiiiéei» nuli*ef«»iH Hvniit lit C^oniinuiiioii . — l>eiix «ortot» de I>4'>'iié(li(*ti4»n(» «loiiii6*'** « lu î%leH»o. — I*ri4'r«»» <|ue l'on «liMstit nprè» l'Ornife^oii 0(>niiiiic*Hle. — i%iioieii ustifçe (Puiiiioncer le» rentes, le» Jeûnes et les nutre» eérénioni«"8 ecclésinHtlqueH aprè» in fk*aeti«>n de Pliot-^tle. — lilte de I'Agnus Dei. — Qnnn<l et pnr cful f)iit<-ll étul>ll? — OralHonn 4|ui pré<*èdent la C^oniniiinion . — Baiser de |>aix.. — Quel<iue8 mots hui* cet usaj^e*

Autrefois, après l'oraison Libéra nos, et avant que le céléhrant ne dît : Pax Domini sitsempcr vobiscum, on avait coutume de donner une bénédiction que les auteurs ecclésiastiques appellent héncdiction cpiscopàle, parce que l'évoque seul avait droit de la donner. On lit ces bénédictions dans les anciens Sacramentaires, et dans le Pontifical romain édité sous Léon X ; elles se rencontrent aussi séparées dans quelques manuscrits du Vatican. Elles étaient ordinairement composées de trois clauses ou prières, quelquefois de quatre, et on y ajoutait une conclusion , connue nous le verrons bientôt. A rhaque prière on répondait : Amoi.

Elles ont été retranchées dans les dernières éditions du Pontifical ; toutefois Ménard i atteste qu'elles sont encore en usage dans quelques églises. h'Ordo romain en fait mention dans sa première description de la Messe. « Après avoir donné, dit-il, suivant la coutume des lieux, les bénédictions pontificales, il dit : Pax Domini sit semper vobiscum^ et mêle au calice une partie de la sainte hostie. » « Ensuite, c'est-à-dire après la prière Libéra nos, dit également VOrdo romain dans la seconde Messe, révoque ayant dit : Per omnia sœcula sœculorum, que le diacre prenne le livre des bénédictions, retourne vers le peuple et dise : Inclinez -vous pour recevoir la bénédiction. Le clergé ayant répondu : Rendons grâces à Dieu, il présente le livre au pontife ; lorsque la bénédiction est donnée, qu'un prêtre vienne recevoir la paix de l'évêque pour la porter aux autres. » Un ancien Missel du Vatican 2 contient une description plus détaillée de cette bénédiction ; on y lit : « Après l'oraison Libéra nos, l'évoque dépose la particule sur la patène. Alors le diacre .se tournant vers le peuple et tenant la crosse (c'est le nom que les écrivains de ce temps donnent au bâton pastoral), il dit à haute voix : Inclinez-vous pour recevoir la bénédiction , le chœur répond : Ainsi soit-il, et chante : Prince de VEglise, pasteur du troupeau, daignez nous bénir. Le diacre dit de nouveau : Avec douceur et charité inclinez-vous pour recevoir la bénédiction. Le chœur répond : Chantons d'une voix humble et rendons grâces à Dieu. Alors le Pontife se retourne devant l'autel, vers le peuple , et lit la bénédiction indiquée pour la fête qu'on célèbre, après quoi il ajoute : Et que sa paix soit toujours avec vous. Il met ensuite la particule dans le calice, en disant : Que ce mélange, etc. j) Un Missel de la bibliothèque Barberine ^ contient une description presque semblable, ainsi que d'autres manuscrits cités par Ménard ^. Dans le rite mozarabe, non-seulement les évêques, mais les simples prêtres eux-mêmes donnent cette bénédiction à toutes les Messes. Le quatrième concile de

' In notis ad sacr. Greg., i)ag. 30. - -' N" 4743. - ' N° 186G. - *> Page 27.

Tolède parle de cet usage. « Quelques prêtres, ditril i, communient aussitôt après l'Oraison dominicale et donnent ensuite la bénédiction au peuple; c'est ce que nous défendons de faire désormais, mais que cette bénédiction soit donnée après l'Oraison dominicale et avant le mélange du corps et du sang du Seigneur. ï>

Pamélius dans ses Liturgiques 2 nous a transmis les formules de ces bénédictions pour toutes les Messes de l'année, à la suite du liYve des Sacrements, composé par l'abbé Grimold. Voici la première pour le temps de l'Aven t :

« Qiic le Dieu tout-puissant, dont nous croyons que le Fils est fl déjà venu, espérant aussi son avènement futur, vous sanctifie « par la grâce de ce môme avènement et vous comble de béné- « dictions. ^. Amen.

« Que dans cette vie présente il vous préserve de tout mal- « heur, et qu'il se montre pour vous plein de clémence au jour « du jugement, i^. Amen.

M Que débarrassés par sa gn\ce de toutes les souillures de vos « péchés, vous puissiez attendre sans elVroi le jour redoutable du « jugement. ^. Amen.

« Qu'il daigne vous accorder ces grâces, celui qui vit, qui est a glorifié avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des « siècles. î^. Amen.

« Que la bénédiction de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, et que « la paix du Seigneur soit toujours avec vous. i^. Amen.

Pour la fôte de saint Jean-Baptiste.

« Que le Dieu tout-puissant vous bénisse par l'intercession de « saint Jean-Baptiste, dont vous célébrez aujourd'hui la fOte, et « qu'il vous accorde d'éprouver la protection de celui dont vous « honorez la naissance. ^. Ameii.

« Que par lintercession de ce saint, (|ui même avant de naître « connut l'arrivée du Rédempteur du monde, et qui par sa nais-

• Can. 17. r- ^ Tom. 1.

« sance fît cesser la stérilité de sa mère et délia la langue de son « père, vous soyez délivrés de tous les maux et comblés de tous « les biens. ^. Amen»

« Qu'à son exemple vous puissiez vous revêtir de la laine des « vertus, et imiter l'innocence de l'Agneau qu'il a montré aux « hommes, et par l'immolation duquel vous avez été rachetés, « afin que vous puissiez lui être unis dans la céleste patrie. « 1^. Amen.

« Qu'il daigne vous accorder ces grâces, celui, etc. » Et « que « la bénédiction, etc., » comme dans la précédente. Car ces deux dernières formules sont toujours placées à la fin des bénédictions, et on a pu remarquer qu'à la dernière est unie la salutation : Pax Domini^ Que la paix du Seigneior. Voici comment cette dernière clause est exprimée dans le manuscrit du Vatican, dont nous avons parlé : « Que la bénédiction de Dieu, « Père tout-puissant, Fils et Saint-Esprit, descende sur vous et « y demeure toujours. Ainsi soit-il ; » avec laquelle est ajoutée cette note : « En cet endroit on prononce l'Indulgence et le prêtre dit : Que sa paix soit toujours avec vous^ en faisant avec l'hostie trois signes de croix, comme c'est la coutume. » '

Voici maintenant comment a lieu cette bénédiction dans la Liturgie mozarabe. Le diacre dit : Inclinez-vous pour la bénédiction. Le célébrant ajoute : Dominus sit semper vobiscum. Le chœur répond : Et cum spiritu tuo. Ensuite le prêtre lit les bénédictions. La formule suivante est indiquée pour le premier Dimanche de l'Avent :

(( Que le Fils unique de Dieu vous éclaire par la lumière de (c son avènement, lui qui n'a pas dédaigné de vous racheter au « prix de son propre sang. ^. Amen.

« Qu'il vous ceigne des vertus de la paix, et qu'il vous comble « de grâces abondantes. ^. Amen.

« Puissiez-vous toujours avoir pour protecteur le Seigneur, « que Dieu son Père a suscité comme un triomphateur de la <( tribu de Juda. ^. Amen.

« Par la miséricorde de ce même Seigneur notre Dieu, qui est

« béni, qui vit et gouverne toute chose dans les siècles des siè- « clés. ^. Amen.

Dans l'ancien Missel, qu'ailleurs nous avons désigné sous le nom de Gallican, on lit des bénédictions du même genre, qui contiennent quatre ou cinq demandes séparées, comme celle-ci, assignée à la Messe de sainte Cécile :

« DicQ souverain, très-bon et miséricordieux, bénissez vos « serviteurs et vos servantes. ^. Amen.

(c Accordez-leur, par l'intercession de sainte Cécile, un cœur a ardent dans votre amour, dévoué dans votre crainte, parfait a dans votre ferveur. ^. Amen.

a Donnez-leur des jours tranquilles, la santé du corps et le « salut de l'àme. i^. Amen.

« Qu'ils soient dignes de vous chercher par leur foi, de vous « trouver par leurs œuvres, de vous mériter par la grâce. « ^. Amen.

« Qu'ils s'appliquent à faire sous vos yeux des actions, qui a méritent qu'un jour vous les récompensiez commo, juge. « rÇ. Amen.

« C'est ce que vous daignerez nous accorder, vous qui vivez « dans la perfection de la Trinité sainte, qui dominez et régnez « dans les siècles des siècles. ^. Amen. «

Saint Césaire d'Arles parle de cette bénédiction dans une de ses Homélies K « Et comme après l'Oraison dominicale, dit-il, vous recevez la bénédiction, non pas d'un homme, bien qu'elle vous soit donnée par un homme, vous devez recevoir avec reconnaissance et piété, dans une posture humble et avec un cœur contrit, la rosée de cette bénédiction divine, afin qu'elle devienne pour vous comme une source d'eau vive qui jaillisse jusqu'à la vie éternelle. » On peut lire dans llincmar - des bénédictions du même genre prononcées au couronnement de Charles le Chauve et (le Louis le Bègue. Les Actes du concile de Limoges, cités par Baron i us à propos de l'apostolat de saint Martial 3, s'expriment ainsi : « Lorsqu'on fut arrivé au moment de rompre le corps du

' llomil. 8, inl. rdit. a Baluzio. — 2 Tom. l, ad fin. — * Ad ann. I03i.

Seigneur, et que, suivant la coutume, l'archevêque donna la bénédiction au peuple, il y inséra le nom de saint Martial en disant : « Que le Seigneur Dieu tout-puissant vous bénisse et « vous garde, qu'il daigne remplir de sa divine présence cette « maison, et ouvrir sur elle, et le jour et la nuit, les yeux de sa « miséricorde. Ame^i. Qu'il nous accorde, dans sa bonté, que « vous tous , qui vous êtes réunis pour célébrer aujourd'hui « l'anniversaire de la dédicace de cette basilique, vous puissiez, « par l'intercession de saint Martial, apôlre, et des autres saints, « dont les reliques sont ici vénérées avec un tendre amour, « retourner dans vos demeures, emportant le pardon de toutes « vos fautes. Amen. Et que, par leur protection, devenus, vous « aussi, les temples de l'Esprit-Saint, habités par l'auguste Tri- « nité, vous méritiez d'arriver après cette vie aux joies de l'éter- « nelle patrie ; » et les autres paroles qu'on dit dans les béné- « dictions épiscopales. » Ainsi parlent les Actes de ce concile.

Or, certains écrivains de notre âge, ignorant cet ancien usage, et jugeant faussement des antiques coutumes par ce qui s'observe aujourd'hui, confondent cette bénédiction épiscopale avec celle que les prêtres donnent à la fin de la Messe. Aussi , lorsqu'ils lisent dans le concile d'Agde, tenu sous Symmaque, ces paroles ^ : « Il n'est point permis aux prêtres, presbyteris ^ de donner à l'église la bénédiction sur le peuple, ou de bénir un pénitent à l'église ; » ils disent qu'on doit les entendre des bénédictions données en dehors du saint Sacrifice, telles que les évêques ont coutume d'en donner quand ils marchent dans l'éghse, ou bien ils prétendent qu'une faute s'est glissée dans ce passage. C'est ce qu'ils assurent avec d'autant plus de confiance qu'on trouve, dans ce même concile, une décision 2 qui contredit la précé- ' dente, du moins ils le pensent ; on y lit, en effet : « Nous ordonnons que le Dimanche les séculiers assistent à la Messe tout entière, et que le peuple n'essaie point de sortir avant la bénédiction du prêtre, sacerdotis. » Ce Canon donc, suivant eux, corrige et même détruit ce qu'avance le premier, car l'un recom-

' Cap. 44. - « Cap. 47.

mande de ne point sortir avant la bénédiction du prêtre, et l'autre affirme qu'il n'est pas permis au prêtre de donner la bénédiction. Et pourtant il n'y a aucune contradiction dans ces deux décrets du concile d'Agde. Le premier parle de la bénédiction épiscopale qui se donnait pendant la Messe, et de la réconciliation solennelle et publique des pénitents, fonctions qui alors n'appartenaient qu'à l'évéque; et le Micrologue ^ nous assure que tel est le véritable sens de ce décret. Dans le second, ou bien il faut entendre l'évêque par le mot sacerdos, suivant le sens qu'on attachait alors assez ordinairement à ce mot et, dans ce cas, la bénédiction dont il s'agit sera celle que l'évêque donnait après la fraction du pain : ou, comme le pense le Micrologue, sous le nom de bénédiction le concile a désigné l'oraison qui se dit après la Communion. Nous insistons sur ce point, parce qu'il n'est pas certain que dans ce siècle on donnât^ la bénédiction à la lin delà Messe, comme cela s'observe aujourd'hui; et nous avons dit ailleurs que quelquefois on avait donné le nom de bénédiction aux Collectes et aux Oraisons. Wallrid Strabon confirme cette interprétation, bien qu'il cite ce concile d'Agde sous le nom de concile d'Orléans. Amalaire et Raban abondent en ce même sens. Ménard cite leurs paroles dans ses Notes sur le Sacramentaire, et, tout en convenant que les anciens manuscrits n'indiquent aucune bénédiction après la Messe, il pense que c'est de la bénédiction qui se donne à la fin que le concile d'Agde a voulu parler. « Car, dit-il, si cette bénédiction ne s'était pas donnée à la fin de la Messe, mais avant la Communion, le peuple, en sortant aussitôt après l'avoir reçue, n'aurait point assisté à la Messe entière, puisqu'il aurait quitté l'église avant la Communion. T) Mais c'était là ce qu'il fallait prouver, à savoir qu'alors ce- fût l'usage de donner la bénédiction après la Messe, car on ne croit pas à une simple affirmation dénuée de preuves positives ; je ne vois pas non plus comment on peut entendre de cette bénédiction finale le passage suivant de saint Césaire d'Arles, qu'il invoque à l'appui de sa thèse : « Celui, dit ce Père ^^ qui veut

• Cap.2l.-2Homill2.

entièrement assister à la Messe au grand profit de son âme, doit se tenir dans l'église avec recueillement et componction de cœur, jusqu'à ce qu'on dise l'Oraison dominicale et qu'on ait donné la bénédiction au peuple. » Or, ici la bénédiction est jointe à l'Oraison dominicale, et la bénédiction dont il s'agit est, sans aucun doute, celle qui se donnait après cette prière. Une prescription du même genre fut portée par le troisième concile d'Orléans ; on y lit 1 : « Qu'aucun laïque ne sorte de la Messe avant la récitation de l'Oraison dominicale, et, si l'évoque est présent, on doit attendre sa bénédiction. » Par où nous voyons que le décret de ce concile s'adresse d'abord à ceux qui sortaient avant l'Oraison dominicale, et qu'ensuite il ajoute que, si l'évêque est présent, on doit ne pas sortir avant la bénédiction, qui ordinairement se donnait après l'Oraison dominicale. On objectera peut-être : Il était donc permis de sortir avant la Communion , et partant avant que la Messe ne fût terminée. Assurément, si nous voulons réfléchir sur la pratique de ces temps, tous ceux qui assistaient au saint Sacrifice communiaient, et ceux qui ne pouvaient point participer aux mystères sortaient à la fin du Canon, avant l'Oraison dominicale , parce que toutes les prières qui suivaient n'avaient trait qu'à la Communion ; et même l'Oraison dominicale, la bénédiction épiscopale et le baiser de paix étaient considérés comme une préparation qui purifiait ceux qui devaient communier, et les disposait à s'approcher d'une manière plus sainte de la table sacrée. Ensuite, venait la Communion suivie de l'action de grâces. Le concile donc recommande ^e rester pendant l'Oraison dominicale et de ne sortir qu'après avoir reçu la bénédiction de l'évêque. C'est la même chose, si je ne me trompe, que conseille saint Césaire dans le passage cité ; peutêtre qu'alors ce genre d'abus s'était aussi introduit dans son cgUse. Je ferai toutefois observer que le décret du concile dont il s'agit est inséré mot pour mot dans les Capitulaires 2, avec cette phrase qu'on y a ajoutée : « Et que personne ne s'avise de sortir avant que la Messe ne soit terminée ; « paroles qui con-"

< Can. 28. - 2 Lib. 7, cap. 201.

tiennent un précepte différent du précédent, celui de rester à l'église jusqu'à ce que la Messe soit terminée ; mais peut-être ont-elles été ajoutées par les évêques, que Charlemagne avait chargés de compiler les Capitulaires, qui les y auront mises eu égard à leur temps, séparé par un laps de trois siècles de celui où se tint ce concile. Et qu'on n'objecte pas, à tout ce que nous avons dit sur ce point, le Canon XXVIII' du premier concile d'Orléans qui, dans la collection de Binius, est rapporté de la manière suivante : « Lorsqu'on s'assemblera pour célébrer la Messe, que le peuple ne sorte point avant que la solennité de la Messe soit terminée, et lorsque l'évéque ne sera point présent, qu'il attende la bénédiction du prêtre. Ubi episcopus non fuerlt^ benedictionem accipiat saccnlotis. Car, ainsi que l'atteste Lecointe dans son histoire ecclésiastique ^ ce décret se lit sans la négation dans les manuscrits et de la manière suivante : Ubi episœpus fnerit^ bencdictioncDi accipiat sacerdolis : lorsque l'évèque sera présent, qu'il attende la bénédiction du prclal. Il pense (|ue la particule non a été ajoutée par les compilateurs, qui ont pensé que le mol sac<^rdos ne désignait pas lévêque, tandis que en réalité c'est là sa véritable acception. Le concile parle donc de la bénédiction épiscopale qui suivait l'Oraison dominicale, parce qu'alors (en 511) les prêtres ne bénissaient point le peuple, et qu'il n'y avait pas de bénédiction après la Messe. Nous voyons par là combien les évêques, dans les conciles, mirent de zèle pour détruire cette déplorable habitude, qui s'était glissée dans leurs églises, de sortir avant la Communion.

Mais les bénédictions épiscopales, au sujet desquelles nous sommes entré dans ce détail, étaient aussi appelées solennelles. Guibert de Tournai, qui vécut en 12G0, dit 2 : « C'est aux prêtres solennels, c'est-à-dire aux évêques, qu'il appartient de donner les bénédictions solennelles ;SiUi^si les donnent-ils solennellement dans les jours solennels; elles tirent leur origine des paroles que nous lisons au livre des Nombres : Le Seigneur parla à Moïse en ces termes : Dites d Aaron et à ses /ils : Voici comment vous

< Tom, 1; ann. 51. — ^ De off. episcop., cap. 2.

bénirez les enfants d'Israël en disant : Que le Seigneur vous bénisse et vous garde; que le Seigneur vous montre sa face et qu'il ait pitié de vous : que le Seigneur tourne son visage vers vous^ et vous donne la paix. Ces bénédictions renferment trois clauses ; ainsi en est-il des bénédictions solennelles que donnent les évêques. » Après avoir expliqué les raisons mystiques, il constate qu'elles varient aux différentes fêtes, puis il ajoute ^ : « Il y a aussi d'autres bénédictions qui ne sont point solennelles, telles sont celles qui se donnent à la fm de la Messe, soit par l'évoque, soit par les prêtres d'un rang inférieur. » De son temps, en effet, était déjà établie la bénédiction qui termine la Messe. Il énumère encore d'autres bénédictions moins solennelles « qui, dit-il 2, sont appelées simplement bénédictions^ et se disent dans le temps du Carême, lorsqu'on nous dit d'humilier nos fronts devant Dieu 3. » Ce qui peut conûrmer ce que nous avons dit plus haut, que le nom de bénédiction avait été quelquefois employé pour désigner la Collecte ou oraison, qui se dit à la fm de la Messe.

Nicolas III ordonna que, pour obtenir le rétablissement de la paix entre les princes chrétiens, on chanterait à la Messe solennelle, après que le célébrant aurait dit : Pax Domini^ et avant YAgnus Dei, le psaume Lsetatus sum^ avec quelques versets et la Collecte pour la paix. Jean XXII, au rapport d'Ange Roccha ^, en fit autant pour obtenir l'extinction du schisme. Le Missel de Citeaux indique ce même Psaume avec des prières , comme devant être récité après le Pater pour la paix de l'Eghse et des différents Etats. Dans le Missel de Salisbury, édité à Paris en 1555, on doit, pendant le Carême et certains jours de férié, réciter, avant de dire : Paœ Domini^ les trois psaumes : Deus venerunt g entes ^ Deus miser eatur, Domine^ in virtute tua^ avec l'Antienne : Tua est potentia^ suivie de prières et de trois oraisons,

' Cap. 3. — ' Cap. 4. — ^ 11 veut parler des oraisons sur le peuple, qui se disent à la fm de la Messe, aux fériés du Carême, et qui sont précédées de ces paroles : Humiliate capita vestra Deo, que prononçait autrefois le diacre. — * In Parai, comm. de camp.

dont la première est pour le recouvrement de la Terre-Sainte, la seconde pour le pape, la troisième pour le roi. Dans un Sacramentaire de l'Eglise romaine, écrit il y a plus de cent ans, et dont nous avons déjà plusieurs fois parlé, après la salutation : Pax Domini sit sempcr vobiscum^ on lit la note suivante qui rappelle un usage de ces temps : « Ici on avertit le peuple, suivant les circonstances, du quatrième, du septième et du dixième jour du mois, des scrutins, de Youverlure des oreilles ^, ou de prier pour les malades, ou enûn, on annonce les fêtes des saints. Voici, d'après ce manuscrit, les formules dont on se servait pour ftiire ces annonces.

Formule d'annonce pour le Jeûne.

« Très-chers frères, le retour annuel de ce mois vient avertir (( notre piété de recourir au jeûne, par lequel nous obtenons la « pureté du corps et la sainteté de l'ûme. En conséquence, le « Mercredi et le Vendredi, nous réunissant comme de coutume, « nous ollrirons à Dieu un jeûne spirituel. Le Samedi, nous célé- « hrerons avec une piété vraiment chrétienne les Vigiles saintes « dans la basilique du bienheureux saint Pierre, qui, nous en « avons la conliance, est pour nous un puissant protecteur; et <( par cette salutaire observance, nous laverons par nos jeûnes « et par nos aumônes les souillures des péchés, que nous avons « contractées par notre faiblesse. Que Notre-Seigneur Jésusce Christ nous assiste, lui qui vit et règne avec le Père et le « Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »

Il était nécessaire autrefois de dénoncer les jeûnes , parce qu'ils n'avaient pas encore des jours fixés et déterminés. L'ancien usage était de placer le jeûne d'été au mois de juin, celui d'automne au mois de septembre, et celui de l'hiver au mois de décembre. Mais relativement à la semaine dans laquelle ils devaient avoir lieu, les églises avaient une pratique dillerente,

* Nous avons dit ailleurs (tom. I", p. 191) que le scrutin de V ouverture des oreilles était celui dans lequel on apprenait aux catéchumènes le symbole et l'Oraison Pominicale.

comme l'a remarqué Sirmond i. Le Micrologue nous apprend que saint Grégoire leur avait assigné une semaine spéciale, mais son décret n'avait pas dès lors été promulgué dans toutes les églises, et Goffrid de Vendôme le prouve, puisqu'il demande à l'évêque Hildebert dans laquelle des semaines de juin, on doit célébrer le jeûne ; par où nous voyons que ce point n'était pas encore parfaitement connu.

Formule d'annonce pour le scrutin.

« Vous savez, très-chers frères, que le jour du scrutin, dans « lequel nos élus doivent être divinement instruits, est proche ; « c'est pourquoi ce même jour ayez soin de vous rendre avec « grande dévotion à l'église, vers la sixième heure du jour ; afin « que nous puissions tous ensemble célébrer, avec l'aide et le « secours de Dieu, ce mystère céleste, par lequel le diable est «i vaincu, ses pompes détruites et les portes du royaume éternel « ouvertes. »

Formule d'annonce pour les fêtes des saints. -

(( Que votre piété sache, frères très-saints, que bientôt nous « allons célébrer l'anniversaire du jour, dans lequel le bienheu- (c reux martyr saint N., triomphant des embûches du démon, « s'est, par sa glorieuse passion, réuni au Créateur de toutes « choses. C'est pourquoi louons le Seigneur qui est admirable « dans ses saints, afin que lui, qui leur a donné la couronne de « victoire, daigne par leurs mérites nous accorder le pardon de « nos fautes. Donc, en tel lieu ou sur telle voie, tel jour nous « célébrerons celte fête avec la solennité accoutumée. »

I^ormule d'annonce lorsqu!on doit placer les reliques des Martyrs.

« Très-chers frères, entre autres honneurs rendus aux vertus, « et qui tournent à la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ,

« Ad epist. 23, lib. 3, Goffrid. Yind.

« l'Eglise a voulu accorder aux martyrs, qui ont mérité la félicité « éternelle en mourant généreusement pour confesser son nom, « que leurs reliques illustres, gardées avec soin, fussent véné- « rées par les fidèles. C'est pourquoi nous avertissons votre cha- « rite que tel jour, en tel lieu, on placera les reliques de saint « N., martyr ; nous vous prions de ne pas manquer d'y assister. »

Ces annonces sont citées par Ménard dans ses Notes, d'après le manuscrit de Reims ^ ; il assure aussi que l'usage était de ne les faire que lorsque le célébrant avait dit : Pax Domini sit semper vohiscuin.

Après la fraction de l'hostie, lorsqu'une partie de cette hostie a été mêlée au calice, on adresse une prière à Jésus-Christ, l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, qui vient d'être immolé par le prêtre d'une manière non sanglante, et duquel saint Jean, le voyant venir, rendit témoi^-^nage en ces termes : Voici l'Agneau de Dicu^ voici celui qui ef/'ace les péchés du monde. C'est de cet éloge, que le saint précurseur a fait de Jésus-Christ, qu'est venue la coutume de représenter ce Sauveur divin sous l'emblème d'un agneau, coutume que le concile In Trullo 2 eut l'iuipudonce de blàuier, en défendant que personne à l'avenir ne s'avisât de peindre Jésus-Christ sous la figure d'un agneau. Mais l'Eglise romaine s'opposa aux tentatives de ce faux concile, elle resta ûdele à l'ancien usage. Ce fut Sergius l*'', au rapport d'Anastase, qui prescrivit (lue « vers le moment de la fraction du corps du Sauveur, le peuple et le clergé chanteraient : Agnus Dci^ qui tollis peccata mundi, miserere nobis.y> Longtemps avant, les Grecs dans le Sacrifice faisaient mention de l'Agneau de Dieu, mais non sous la forme de prière. On lit dans la Liturgie de saint Jacques : « Voici l'Agneau de Dieu, le Fils du Père, « celui qui eflace les péchés du monde. » Et dans la Liturgie de saint Jean Chrysoslùme : « 11 est rompu, il est divisé l'Agneau « de Dieu, le Fils du Père. » Quelques écrivains, trompés par cette mention de l'Agneau, qu'ils ont vue dans les Liturgies grecques, se sont imaginés qu'il y était invoqué de la mémo

' Pages 164 et 208. - 2 Can. 82.

manière que dans l'Eglise latine, et ils ont prétendu que VÂgnuê Dei remontait plus haut que Sergius, qu'il était antérieur au concile de Nicée, ou du moins, qu'on avait commencé à le réciter vers le temps de ce concile. Sergius avait également ordonné qu'on répéterait trois fois : Miserere nohis. Mais dans la suite, l'Eglise étant assaillie par une foule de calamités, ainsi que le rapporte Innocent III i, ou, suivant l'opinion de quelques autres, pour faire cesser le schisme, on statua qu'à la troisième répétition on dirait : Dona nohis paœm. Ce rite fut partout adopté; la seule basilique de Latran garda l'ancien usage, et on y dit encore aujourd'hui trois fois : Miserere nohis. Dans les anciens Missels, antérieurs à l'an mil, cette prière est répétée également trois fois sans changement ; par où l'on voit que le Dona nohis pacem a dû être introduit, après cette époque. Je ne me rappelle pas avoir lu quel pontife fut l'auteur de ce changement; mais, si nous en croyons l'abbé Robert 2, la sainte Vierge elle-même aurait apporté du ciel cette prière pour la paix. Il raconte, en effet, qu'elle apparut à un bûcheron, qui travaillait dans une forêt, et qu'elle lui remit une sorte de médaille, sur laquelle était son image avec celle de son Fils, autour desquelles se lisait cette inscription : Agneau de Dieu^ qui effacez les péchés du monde^ donnez-nous la paix. Elle lui commanda de la porter à l'évêque, et de lui dire que ceux qui désiraient la paix de l'EgUse, se fissent faire des médailles du même genre pour les porter en signe de paix. Voici comment j'ai trouvé cette prière, interpolée par l'autorité privée de quelque évêque ou supérieur de monastère, dans un ancien Missel manuscrit.

« Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, crimina tollis^ aspera mollis, Agnus honoris^ miserere nobis.

« Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, vulnera sanas^ ardua pJanas^ Agnus amoris^ miserere nobis.

« Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, sordida mundas^ cuncta fecundas ^ Agnus ocloris^ dona nobis pacem.

On a coutume, avant la Communion, de réciter trois oraisons,'

♦ De myst. Miss.T, lib., cap. 5, - ^ în supplem. chronic. Sigeb., ann. 1183,

coutume établie, non par quelque décret des anciens pontifes romains, dit le Micrologue ^ mais par la piété de prêtres religieux. Dans la première, le célébrant demande la paix pour l'Eglise ; elle est suivie du baiser de paix, par lequel le prêtre salue les ministres et ceux-ci les Odèles, qui se le donnent réciproquement, comme un signe d'union et de charité mutuelle. C'est une institution qui nous vient des Apôtres, que le SacriGce soit consommé au milieu de ces signes de paix. Dans la Liturgie romaine et dans le rite ambrosien, c'est à cet endroit qu'a lieu le baiser de paix. Chez les Grecs et les autres Orientaux, ainsi que dans le rite mozarabe, on le donne avant la Préface. Tous les chrétiens donc se donnent le baiser de paix avec des rites divers, mais avec la même foi et la même religion, pour montrer ainsi ([u'ils ne forment qu'un seul esprit en Notre-Seigneur Jésus- Christ, et que ceux-là sont dignes de participer aux divins présents, qui souhaitent la paix à leurs frères et de bouche et de cœur. Dans la Liturgie de saint Jacques, ce baiser se donne après la récitation du symbole, lorsque le diacre a dit : « Embrassonsnous d'un saint baiser. » La Liturgie de saint Chrysostôme l'indique avant le symbole, et le diacre dit : « Aimons-nous les uns les autres^ pour confesser dans la concorde et V union le Père, le Fils et le Saint-Esprit. » Chez les Maronites, le prêtre avant laPréface donne la paix à l'autel et aux mystères en disant : « La paix soit avec toi, autel de Dieu, et paix soit aux saiiUs mysth-es qui reposent sur loi. » Ensuite il donne la paix au ministre en disant; « Paix à toi, ministre du Seigneur. » Le ministre répond : « Venez dans la paix, 6 notre Père, prêtre vénérable. » Et ils donnent alors la paix aux assistants. Le rite mozarabe a dans chaque iMesse des oraisons propres pour le baiser de paix, par les([uolles on demande en peu de mots que les baisers soient fidèles et la paix sincère, que, par ce baiser de l'homme extérieur, la paix de l'homme intérieur demeure inaltérable ; que les œuvres montrent la paix que la bouche annonce, que le même lien de la charité réunisse ceux qui sont enrichis

« Cap. 18.

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des sacrements de la même foi. Le Missel gallican contient des oraisons du même genre. Le célébrant demande i que la paix donnée par la bouche ne soit point déniée par le cœur 2, que ceux qui vont se lier par le baiser des lèvres demeurent en paix sous la garde de Dieu dans l'avenir 3, que ceux qui vont s'unir par le baiser prescrit, chassant de leur cœur toute haine, méritent d'arriver là où est saint Pierre, le gardien des portes du ciel. Au rite Ambrosien, le diacre dit: Donnez-vous la paix, le chœur répond : Rendons grâces à Dieu. Et lorsqu'on a récité l'oraison : Domine Jesu Christe qui dixisti Apostolis, on donne la paix, comme dans le rite romain. Dans quelques manuscrits, le diacre dit : « Ayez les liens de la paix et de la charité, afin d'être dignes des saints mystères. » Et les assistants se donnent mutuellement le baiser, en disant : « Que la paix du Seigneur et de l'Eglise remplisse nos cœurs. « D'autres Missels contiennent des oraisons particuhères, par lesquelles, tandis que les fidèles s'embrassent, le prêtre prie Dieu de les établir tous dans la paix. Ils se trompent ceux qui attribuent l'institution du baiser de paix à Innocent P^ Il ne l'a point établi, mais il a seulement corrigé l'abus, qui s'était introduit de donner ce baiser, contrairement à l'usage de l'Eglise romaine, avant la Consécration, tandis qu'il ne doit avoir lieu qu'après, afin de mieux montrer par ce signe que le peuple s'est uni, a consenti aux mystères, qui viennent de s'accomplir et qu'on a célébrés dans l'église. C'est ainsi que l'explique ce Pontife ^. En outre, les anciens Pères parlent du baiser de paix, comme d'un rite établi par les Apôtres. « Une autre coutume tend à s'établir, dit Tertullien ^. Ceux qui jeûnent ne donnent point aux frères, après la prière, le baiser de paix, qui est le signe de la prière ; quelle prière peut être complète séparée du saint baiser? Quel est ce Sacrifice, dont on s'éloigne sans emporter la paix ? y> Ailleurs 6, il dit qu'un mari infidèle ne souffrira pas que l'épouse fidèle donne le baiser à quelqu'un des frères. Saint Optât de Milève ^ raconte que Lucille, femme puissante et fac-

' In Miss. Epiphan. — 2 Miss, sancl. Clément. — ^ In Cathed. sancti Pétri. — * Epist. 29, ad Décent. — ' De orat., cap. 14. — « Ad uxor., lib. 2, cap. 4.— ■ Lib. 1.

tieuse, qui fournît occasion au schisme des Donatistes, avait coutume, avant la Communion, de baiser la bouche d'un martyr, si pourtant c'était un martyr, car il n'avait point été reconnu comme tel. Cécihus, évéque de Carthage, l'en ayant reprise, elle entra dans une grande colère et suscita un schisme contre lui. Je crois que cette femme avait été blâmée, parce que, méprisant le baiser mutuel que les frères se donnaient avant la Communion, ou ne s'en contentant pas, elle voulut en outre donner le baiser à des reliques inconnues. Saint Denys ^ et saint Justin 2 parlent de ce rite, et les autres Pères Grecs et Latins en font également mention. Saint Cyrille de Jérusalem dit au commencement de sa cinquième Catéchèse: « Le diacre crie: Embrassez-vous mutuellement ; et alors nous nous saluons par un mutuel baiser. » « Eslil quelqu'un, dit saint Jérôme ^, qui, lorsqu'on présente la main, détourne la tête, et donne pendant le festin un baiser de Judas? » Saint Augustin *: « Voici, dit-il, que la Consécration finie, nous récitons l'Oraison Dominicale, que vous entendez et A laquelle vous répondez. On dit ensuite : La pai.x soit avec vous, et les chrétiens s'embrassent d'un saint baiser, qui est un signe de paix, et par lequel les lèvres montrent ce qui est dans le cœur ; c'est-à-dire que. de même que vos lèvres s'approchent des lèvres de votre frère, ainsi votre cœur doit être uni au sien. » « Il est d'usage, écrit saint Jean Chrysostôme 5, de donner le baiser de paix dans le moment qu'on otTre les dons, mais je crains que plusieurs d'entre vous ne le fassent que des lèvres, et pourtant, ce n'est pas seulement de la bouche, mais du cœur que le Christ désire la paix. » « La raison pour laquelle nous nous donnons le baiser de paix, dit Anastase le Sinaïte «, c'est afin qu'éloignant toute envie, tonte dureté de notre cœur, nous approchions du Seigneur avec des sentiments purs, -n Les Actes de sainte Marie l'Egyptienne disent : « Elle offrit au vieillard le baiser de paix et reçut ensuite les dons vivifiants. « Saint Grégoire ^

• Hicrarch. eccles., cap. 3. — ' Apol. 2. — ' Epist. 62, ad Theopliil. — * Scrm. 83 de divers. — •'' De Compunct., lib. 1. — '^ Serm. de sacra synaxi. — ' Pialog., lib. 3, cap. 36.

parlant d'un vaisseau assailli par une violente tempête, dit que tous ceux qui s'y trouvaient se donnèrent le baiser de paix et reçurent le corps et le sang du Sauveur. Ici se rapporte ce que l'Apôtre recommande plus d'une fois aux fidèles, de se saluer mutuellement par un saint baiser ; « d'où est venu, remarque Haymon d'Halberstad i, l'usage de l'Eglise, que les fidèles, se réunissant pour entendre la parole divine et pour la célébration du saint Sacrifice, après les prières se donnent mutuellement le baiser de charité. »

Or, le baiser était non-seulement un signe de paix donné avant la Communion, mais c'était le signe, le sceau, pour ainsi dire, de toutes les fonctions ecclésiastiques, et on avait coutume de le donner dans tous les sacrements. En effet, l'évêque embrassait ceux qu'il venait de baptiser ou de confirmer, en disant : « Lapaiœ soit avec vous. » Toutes les fois que VOrdo romain ou les anciens Sacramentaires prescrivent cette formule, ils sousentendent toujours qu'on doit donner le baiser de paix. Saint Cyprien écrit, en parlant des enfants qu'on allait baptiser 2 : « Quand même l'enfant viendrait de naître, il n'est cependant point tel, qu'en lui conférant la grâce et en lui donnant la paix, on doive avoir de la répugnance à l'embrasser. » Dans la collation des saints Ordres, l'évêque a coutume d'embrasser les ordinands, rite dont rendent témoignage saint Denis ^, VOrdo romain et les anciens Pontificaux. C'était également l'usage d'embrasser les morts, qui étaient décédés dans la communion de l'église, et cette salutation en était, pour ainsi dire, la preuve ^. Mais dans la suite, le concile d'Auxerre, sous saint Grégoire le Grand, défendit ^ de donner le baiser aux morts. Également autrefois il n'y avait point de baiser de paix aux Messes des morts, parce qu'elles étaient, pour ainsi dire, privées, et qu'on n'y donnait point la Communion, rite encore aujourd'hui observé 6. Albaspinée ^ nous apprend que dans les Messes des monastères il n'y a point de baiser, parce que ce sont des Messes privées. « Chez

' In epist. ad Roman., cap. 16. — ^ Epist. 59, ad fid. — ^ Eccles. Hierarch. — * Saint Denys, Hierarch. eccl., cap. ult. — ^ Can. 12. — ^ Des décisions récentes de la congrégation des Rites, approuvées par le Souverain Pontife, permettent de donner la sainte Communion aux messes de Requiem,— "^ Observ. 17, lib. i.

les religieux, écrit Durand i, on ne donne point la paix, parce qu'ils sont censés être morts au monde. » Pourtant, les anciens Rituels des monastères prouvent le contraire, car ils prescrivent de la donner avant la Communion, et le Patriarche des religieux, saint Benoît, recommande 2 à ses religieux de s'approcher pour recevoir la paix ou la sainte Communion dans l'ordre que l'abbé aura établi. Ailleurs -^ il veut que le baiser de paix soit le salut avec lequel on accueille les hôtes qui arrivent. On retranclie encore le baiser le jour du Vendredi-Saint en signe de tristesse ; c'est pour cela queProcope, dans son Histoire secrète de Justinien et de Théodora, dit qu'ils avaient reçu l'empire sous de tristes présages, puisque c'était un jour où il nètait point permis de donner le salut et de souhaiter la paix à personne. Le baiser était donc pour les chrétiens le signe de la paix et d'une mutuelle alTection; aussi était-il bien éloigné même de tout soupçon d'attachement impur. Clément d'Alexandrie '♦ et Alhénagore ^ en font l'éloge. Saint Chrysoslùme en parle admirablement <^, traitant du baiser qui précédait la Comnmnion : « Disons encore, ajoute-t-il, autre chose de ce saint baiser. Nous sommes les temples de Jésus- Christ; c'est donc le vestibule, l'entrée de son temple que nous baisons, quand nous nous embrassons les uns les autres, et certes ce n'est pas un honneur vulgaire que reçoit notre bouche, lorsqu'elle reçoit le corps du Seigneur ; c'est surtout pour cette raison qu'alors nous nous donnons de mutuels baisers. » Toutefois, l'anticiue et vieille simplicité de nos pères ayant dégénéré chez leurs entiints, on retraucha le baiser, et on y substitua un petit tableau avec une croix ou une image de Jésus-Christ, auquel les écrivains de l'Age suivant ont donné le nom d'Osculatorium, mot dont parle Spclmann dans son Glossaire. Le célébrant embrasse le premier celte image, et tous l'embrassent après lui ; ils attestent ainsi qu'ils ont la même foi, la même charité mutuelle ; c'est ce qui, autrefois, était symbolysé par le baiser de paix. Au temps d'Innocent 111, ce baiser de la bouche était en

' Ration., lib. 11, rap. ôî. — "- Recul., cap. 63. — ' Caput. 55. — * Pa^dagog., lib. 3, cap. 11. — " Circa fin. Apoiog. — " Homil. 30, in episl. '2, ad Corinth.

usage, comme il le témoigne ^. D'où nous pouvons conclure, assez probablement, qu'il demeura en vigueur jusqu'à ce que les Franciscains, par la réforme dont nous avons parlé plus haut 2^ eussent détruit ou changé plusieurs rites que l'Église romaine avait jusque-là observés 3,

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