CHAPITRE XVII
I>e l'antienne appelée Communion. — I*rlêre du prêtre avant la Communion. — Diverses manières de donner et de recevoir la Communion. — ILies anciens communiaient chaque jour. — Communion quotidienne réduite au clergé et dans la suite aux ministres seulement. — L'ICucharistie autrefois reçue dans la main; gardée à la maison; envoyée au:& absents; portée en voyage; conservée dans les églises; ensevelie avec lejs morts. — On examine si ces usages ont cessé et à quelle époque. — 'Quels Turent, dans certains lieux, les abus relatifs à la Communion. — Ordre et posture de ceux qui communient.
Après le baiser de paix le célébrant prend les dons sacrés, et lorsque lui -môme y a participé, il les distribue au peuple. Pendant ce temps le chœur chante une antienne qui, pour cette raison, est nommée Communion, parce qu'elle se chante pendant que le peuple communie. Autrefois, on chantait également le psaume suivi du Gloria Patri, après lequel on répétait l'antienne, afin que ce chant pût continuer pendant toute la Communion du
< De Myster. Missae, lib. 6, cap, h. — - Liv I", chap. vu. — * Il reste encore dans la Messe, selon le rite romain, un vestige de cet ancien usage. « Chez les Arméniens, dit le Père Lebrun, le diacre ayant reçu la paix du prêtre, la porte au premier du chœur, qui la donne à un des laïques, et un des laïques va saluey
peuple. (( Il faut savoir, dit le Micrologue^ que cette antienne est toujours extraite du même psaume que l'Introït, à moins qu'un autre ne soit spécialement désigné. « L'Antiphonaire de saint Grégoire, et les anciens Missels manuscrits nous fournissent de nombreux exemples de cet usage. Saint Augustin assure ^ que la pratique de chanter à l'autel des hymnes tirées des psaumes pendant que le peuple recevait l'oblation sainte, avait commencé de son temps dans l'Eglise d'Afrique. L'Ordo romain, dans la première description de la Messe, confirme également l'antiquité de cet usage. « Dès que le pontife, dit-il, a commencé à communier le peuple dans le somtorium^ l'école des chantres commence l'antienne pour la Conmiunion, et ce chant continue jus(iu'à ce que tout le peuple ait communié, même les femmes ; le pontife revient alors à son siège, et les chantres cessent de répéter l'Antienne. Le pontife voyant que le peuple a communié, dit au sous-diacre d'avertir le premier chantre ; ce dernier commence alors le Gloria Palri et le verset. L'Antienne étant finie, le pontife se levé et retourne avec l'archidiacre à l'autel, où il récite l'oraison qui termine. » Le Missel des Éthiopiens nous fait voir que ce même rite est observé dans leur Eglise; on y lit: « Pendant (ju'on distribue la Communion au peuple, les docteurs chantent quelques hymnes en l'honneur du saint Sacrement ou des saints dont on célèbre la fête, elle peuple les répète également. » Les Arméniens chantent aussi des hymnes -^ et des psaumes, non-seulement au moment de la Communion, mais aussi pendant qu'on distribue les eulogies à la suite de la Messe. Dans la Liturgie de saint Jacques, lorsque que le prêtre divise les hosties, on chante les psaumes:
une des femmes qui est ordinairement une des plus âgées; ensuite ils s'emltrassent tous les uns les autres. « (rélait peut-ctre d'une manière semblable (prantrefois, dans l'Église latine, la paix donnée par le célébrant au diacre était portée aux fidèles de l'un et de l'autre sexe. Observons encore qu'au \W siècle, dans plusieurs églises (surtout on France), le célébrant au lieu do baiser l'autel, baisait l'bostie, comme pour recevoir la paix plus iumiédiatcmcnt de Jésus-(^lirist (Vid. Lebrun, tom. 1, pag. 588, et tom. 3, pag. 200). - • Cap. 18. — ■' Retract , lib. 2, cap. 11. — ^ Ces bymnes sont fort anciennes dans la Liturgie des Arméniens. >'ous pensons faire plaisir au lecteur en insérant ici celle qui se clianto à la fêle
Dominus régit me; Benedicam Dominum in omni tempore; Exaltaho te^ Deus meus rex ; Laudate Dominum, omnes gentes. Avant la Communion le prêtre dit trois fois : Domine non sum dignus^ etc., prière qui se trouve dans quelques anciens manuscrits, mais qui manque dans la plupart. Origène en recommande l'usage, lorsqu'il dit ' : « Quand vous prenez la nourriture sacrée, cette viande incorruptible, quand vous jouissez du breuvage et du pain divin, lorsque vous mangez le corps et que vous buvez le sang du Seigneur, alors le Seigneur entre sous votre toit. Vous devez donc, vous aussi, vous humilier, imiter le centenier et dire : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison. )> Egalement saint Chrysostôme, exhortant les fidèles à être purs en s'approchant de la table sainte 2 : « Disons, s'écrie-til, à notre Rédempteur : Seigneur je ne suis pas digne que vous entriez dans la maison de mon àme ; mais pourtant, parce que vous désirez venir en nous, encouragés par votre miséricorde nous nous approchons de vous. » Il y a aussi d'autres prières que diverses églises, dans leurs Missels, recommandent au prêtre de réciter avant la Communion ; quelques-unes sont presque sem-
de l'Epiphanie, dans laquelle ils font la bénédiction solennelle des eaux, et qui, pour cette raison, est aussi appelée dans leurs livres: Fête de la bénédiction des eaux.
Oh ! combien admirable est le mystère qui nous est manifesté ! '
Dieu, le Créateur venant au Jourdain,
Voulait être baptisé par son serviteur;
Le Précurseur se disposait à remplir ce devoir.
Le Jourdain étonné fuyait et refusait ses eaux.
Les ondes se l'annonçant les unes aux autres.
— Fleuve, ne crains rien; je suis ton Créateur;
Je viens pour être baptisé, et pour laver les péchés. —
Jésus par sa divinité, sanctifia d'abord les eaux;
Jésus entra avec Jean dans le fleuve;
Les cieux se déchirèrent et une voix descendit d'en haut,
La voix du Père qui rendit témoignage au Fils ;
C'est mon Fils, criait-elle, en qui j'ai mis toutes mes complaisances;
Ecoutez-le, ô enfant des hommes !
L'Esprit-Saint descendit en forme de colombe;
11 montrait que le Fils partageait la gloire du Père.
Béni soit donc le Père et le Fils qui lui est consubstantiel ;
Gloire aussi au Saint-Esprit dans tous les siècles. Ainsi soit-il. ' Homil. 5; in div. loca Evang. — 2 Hom. de S. Thom. Apost,
blables à celles du Missel romain, d'autres en diffèrent. Dans un Missel romain manuscrit, que m'a communiqué le savant Camille de Maximis, patriarche de Jérusalem, aujourd'hui cardinal, on trouve celle-ci, que je me rappelle avoir lue dans le Missel de Salisbury : « Dieu Père, source et principe de toute bonté, qui, « inspiré par votre miséricorde, avez voulu que votre Fils unique « descendît dans ces bas lieux et s'y revêtit de notre chair, tout « indigne que je suis, je tiens dans mes mains ce môme Fils, et a je vous adore, je vous glorifie, je vous loue et vous supplie de a toute l'ardeur de mon ûmede ne point nousabandonncr, nous, « vos serviteurs : mais remettez-nous nos péchés, afin que nous « puissions vous servir avec un cœur pur et avec un corps « chaste, vous seul, Dieu vivant et véritable. » Puis, immédiatement avant la Communion : « Salut pour l'élernilé, très-sainte a chair de Jésus-Christ, douceur pour moi au dessus de toutes « les joies et de toutes les douceurs. » Et avant de prendre le calice, le Célébrant dit: « Salut pour l'éternité, céleste breu- « vage, douceur pour moi au dessus de toutes les joies et de « toutes les douceurs. «
Or, il y eut autrefois, au sujet de la distribution et de la participation à l'Eucharistie, des usages diiïérents, suivant la diversité des lieux, des temps et des peuples. Il estcorlain et incontestable qu'à l'origine de l'Eglise, les fidèles, n'ayant qu'un cœur et qu'une ûme, persévéraient tous les jours dans la communication de la fraction du pain, selon le témoignage de saint Luc ; et il n'était permis ù, personne d'assister aux saints mystères, s'il ne devait y offrir et communier; c'est ce que nous avons prouvé plus haut. Il est évident que cette coutume dura longtemps. En effet, saint Justin ^, les Constitutions apostoliques 2, saint Denys^ et d'autres auteurs, nous montrent le pontife, après avoir consacré les offrandes, participant à ces divins mystères et les distribuant, soit par lui-même, soit par les diacres, à chacun des assistants. « Nous demandons, écrit saint Cyprien '«, que ce pain nous soit donné tous les jours, de peur que nous, qui apparle-
< Apolug. %, - 2 Lib. 8, cap. 20. — ^ Cap. 3, eccles. llierarch. — * De oral.
nons à Jésus-Christ, et qui chaque jour recevons dans l'Eucharistie une nourriture salutaire, venant, pour quelque faute grave, à être privés de participer à ce pain céleste, nous ne soyons également séparés du corps de Jésus- Christ. » — « Je n'ignore pas, écrit saint Jérôme à Pammachius ^ que la pratique de l'Église de Rome, c'est que les fidèles reçoivent chaque jour le corps de Jésus-Christ, ce que je ne veux ni reprendre, ni approuver. » Or, non-seulement c'était la pratique de l'Eglise romaine, mais l'Espagne était également restée fidèle à cette coutume ; c'est encore saint Jérôme qui l'atteste 2. Saint Augustin ^ nous apprend que de son temps les églises d'Afrique, avaient, sur ce point, des usages divers, et il ne dit pas celui qui lui paraît le meilleur. Saint Ambroise ^ engage à la Communion de chaque jour, en recommandant, toutefois, de vivre assez saintement pour mériter de recevoir chaque jour cette grâce. D'où il résulte qu'au commencement du V^ siècle, la Communion quotidienne n'était pas encore tombée en désuétude dans certaines églises d'Occident. Il y a plus, l'usage de recevoir l'Eucharistie chaque fois qu'on assistait au saint Sacrifice, s'était tellement enraciné, que quelques fidèles s'imaginaient que celui qui entendait plusieurs Messes le même jour, devait communier à toutes. Strabon dit quelques mots à ce sujet ^ : « Nous avons déjà eu occasion, ecrit-il, de toucher quelque chose de la diversité des usages au sujet de la Communion. Nous croyons devoir ajouter ici qu'il y a des fidèles, qui pensent qu'à cause de la grandeur de ce sacrement, il suffit de le recevoir une fois dans un jour, quand même ils assisteraient à plusieurs Messes ; d'autres qui veulent communier également à toutes les Messes qu'ils entendent. Je crois qu'on ne doit condamner ni les uns ni les autres ; car, ainsi que le dit saint Augustin, en parlant de ceux qui chaque .jour reçoivent l'Eucharistie et de ceux qui s'en approchent plus rarement, ceux-ci s'en privent par respect pour une chose si sainte, ceux-là s'en rassasient par amour pour une nourriture si salu-
< Epist. 50. — 2 Epist. 28, ad Lucin. Baeticum. ~ ^ Epist. 18, ad Januar. -< * De sac, lib. 5. cap. 4. — ^ Cap. 22.
taire. En effet, le prêtre lui-même communie toutes les fois qu'il célèbre, et s'il ne le faisait pas, il serait sur-le-champ frappé par une sentence canonique. » Ainsi parle Strabon, qui vécut au IX' siècle. Mais en Orient, cette communion des fidèles qui assistaient au saint Sacrifice cessa plus tôt, car bien souvent saint Jean Chrysoslôme, et saint Athanase quelquefois, ainsi que les autres Pères grecs, se plaignent, dans leurs Homélies au peuple, comme il a été dit plus haut, de la rareté des communions. Enfin, dans quelques provinces, le refroidissement de la piété était devenu tel, que le second concile de Tours, sous Léon lll i, ordonna que les laïques communieraient, sinon plus souvent, au moins trois fois l'année, Dans la suite, l'amour de la religion s'étant presqu'éteint dans toutes les contrées, et l'usage de la communion devenant de jour en jour plus rare, le concile de Lalran, sous Innocent III, prescrivit à tous les fidèles ayant l'ùge de discrétion, de confesser au moins une fois l'année leurs péchés et de recevoir le sacrement de l'Eucharistie à la fête de Pâques. Quelques églises retinrent, pour les .Messes solennelles, la communion des ministres ; c'est ce (lui s'observe encore aujourd'hui à Home dans les principales églises, et la vigilance apostolique a rétabli, par un décret, cet usage dans celles où il était tombé en désuétude. Certes, ce fui une sagesse admirable d'empêcher la cessation totale d'un rite si ancien dans l'Église, et sans lequel ce qui se dit chaque jour dans les prières liturgiques serait à peine compréhensible.
Jadis, avant la communion, le diacre criait : Les choses sai7\ks aux saitits ; commo s'il cùi dit: Que celui qui n'est pas saint n'ait point la témérité de s'approcher. Chez les Grecs, le célébrant prononce encore cette formule. Mais quelle sainteté est ici requise? C'est une question scabreuse, agitée depuis quelques années, sur laquelle on a écrit une foule de livres, bien plus par esprit de parti que dans l'intérêt sincère de la vérité -. Déjà nous avons parlé du lavement des mains avant la Messe, de la propreté et de la décence des habits de ceux qui doivent s'approcher
' Cap. 50. — 2 L'auteur fait allusion ici aux controverses qui avaient lieu de son temps entre les Jansénistes et les théologiens orthodoxes.
de ce banquet divin. Les ministres plaçaient devant ceux qui devaient recevoir la Communion une tablette bien polie, ainsi que Baronius l'a observé i d'après les témoignages de saint Chrysostôme et de saint Athanase, qui formait comme une petite table, aujourd'hui remplacée par une serviette, et qui devait recevoir les saintes espèces en cas d'accident. Le prêtre, en distribuant l'Eucharistie, annonçait pour ainsi dire ce qu'il donnait, en disant : Corpus Christi^ c'est le corps de Jésus-Christ ; et le communiant répondait : Amen, cela est vrai. « Que i'évéque, dit l'auteur des Constitutions apostoliques, distribue l'offrande en disant : C'est le corps de Jésus-Christ, et que celui qui le reçoit dise : Amen ; ensuite que le diacre présente le calice en disant ; C'est le sang de Jésus-Christ^ le breuvage du salut^ et que celui qui le boit réponde : Amen. )> Le pape Corneille, dans sa Lettre à Fabius d'Antioche, rapportée par Eusèbe^, décrivant le schisme et les usages de Novatien, raconte, entre autres choses, que ce schismatique, en donnant la communion à ses adhérents, exigeait d'eux le serment de ne retourner jamais à Corneille, ensuite il ajoute : « Et le communiant qui devrait répondre : Amen, dit : Je jure de ne plus retourner désormais à Corneille. )> TertuUien blâme 3 ceux qui, dans les saints mystères, répondent:' imen, de cette même voix qui vient d'applaudir les gladiateurs. « Le prêtre te dit: C'est le corps de Jésus-Christ, écrit saint Ambroise ^, et tu réponds ; Amen, c'est-à-dire : Cela est vrai. » — « Avec quel sentiment m'approcherais-je de l'Eucharistie et répondrais-je : Amen, dit saint Jérôme 5, puisque je ne crois pas à la charité de celui qui me la présente ? » Saint Augustin 6: Le sang de Jésus-Christ, dit-il n'a-t-il, pas une grande voix sur la terre, puisqu'on le recevant toutes les nations répondent: Ament » — « Vous devez, dit saint Léon ^^ vous approcher de la Table sainte avec des dispositions telles que vous ne doutiez aucunement de la vérité du corps et du sang de
' Ad ann. 57, n. 146. — 2 Histor. eccl, lib. 4, cap. 43. — ^ De spect., cap. 25. — ■* De sacram., lib. 5, cap. 4. — ^ Epist. 62, ad Theoph. Alexand. — "^ Cont. Faust., lib. 12, cap. 10. — '' Sermo 6, de Jejunio sept. mens.
Jésus-Christ ; car la bouche reçoit ce que lecœurcroit, et c'est en vain qu'ils répondent : Amen, ceux qui disputent en eux-mêmes sur ce qu'ils reçoivent. » 11 y a encore une foule de témoignages des saints Pères sur ce point ; mais il est inutile de les rapporter dans une chose si évidente. A l'époque de saint Grégoire, le prêtre, en donnant la sainte Communion, se servaitde la formule suivante, que le diacre Jean rapporte dans la Vie de ce pontife : « Que le corps de Notre- Seigneur Jésus-Christ conserve ton âme. » L'auteur anonyme du Traité : De Persica captivitate, édité par Combéfis, s'exprime ainsi : « Pourquoi dites vous à ceux qui s'approchent : Voici le corps et le sang de l'Agneau de Dieu^ qui vous sont donnés pour la rémission de vos péchés ? » Alcuin cite cette formule : « 0^^ ^' corps de Notre-Seigncur Jésus-Christ vous garde pour la vie éternelle. » — « Le prêtre, écrit Ilégald, dans la Vie du roi Robert, le prêtre qui présente l'Eucharistie dit : Que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit pour vous le salut de l'âme et du corps. »
Or, la sainte Conmiunion anciennement n'était pas reçue dans la bouche, comme aujourdhui, mais dans la main, et celui qui l'avait reçue la mettait lui-même respectueusement dans sa bouche. D'innombrables témoignages des Pères Grecs et Latins attestent cet usage. Tertullien d'abord, ^ s'indignant contre les chrétiens qui venaient à l'église en quittant les idoles, se plaint qu'ils « approchent du corps de Jésus-Christ des mains, qui ont donné des corps aux démons, c'est-à-dire qui fabriquent des idoles pour les païens. « 0 mains coupables, s'écrie-l-il, et qu'on devrait couper ! » Ailleurs, à la fin de son livre du Baptême, il parle de la première ouverture des mains dans l'assemblée des fidèles, ouverture qui avait lieu pour recevoir l'Eucharistie. Saint Cyprien exprime ce rite d'une manière plus explicite encore que celui qu'il nommait le Maître 2. « Armons, dit-il 3, notre droite du glaive spirituel, pour qu'elle repousse courageusement des sacrifices funestes ; quelle se souvienne de l'Eucharistie, cette
* De Idololat. — 2 C'était le nom que le saint évéque de Carlhage donnait à Tertullien. - ' Epist. 56, ad Thibarit.
main qui reçoit le corps de Jésus-Christ, et qu'elle l'embrasse. » « Le sacrilège, dit-il ailleurs i, il s'irrite contre les prêtres, parce qu'il ne reçoit pas sur-le-champ le corps du Seigneur dans ses mains profanées, et parce qu'on n'accorde pas de suite le sang de ce même Seigneur à sa bouche impure et souillée. » Et un peu plus bas : « Il y en eut un, poursuit-il, un qui s'était également souillé : le prêtre venait de célébrer le Sacrifice, il eut l'audace de se glisser inaperçu parmi les autres pour recevoir le pain eucharistique, mais il ne put ni manger, ni toucher le saint du Seigneur, car lorsqu'il ouvrit ses mains, il n'y trouva que de la cendre. » Pamélius ^ cite encore d'autres textes de saint Cyprien. Saint Ambroise, dans Théodoret 3, reprochant à Théodose le massacre de Thessalonique : « Comment, lui dit-il, étendrezvous ces mains encore dégouttantes d'un sang injustement versé? Comment oserez-vous dans ces mêmes mains recevoir le corps du Seigneur ? » Saint Augustin, parlant d'Optat, évêque donaniste ^ : « Je rappelle, dit-il, un homme qui a vécu avec vous, à qui vous donniez le baiser de paix dans vos mystères, dans les mains duquel vous mettiez l'Eucharistie, auquel, à votre tour, vous présentiez vos mains lorsqu'il célébrait. » Saint Denys d'Alexandrie, dans sa Lettre à saint Sixte, relatée par Eusèbe dans son Histoire 5, parlant d'un homme qui, ayant été baptisé par les hérétiques et déjà rentré depuis quelque temps parmi les catholiques, voulait qu'on le rebaptisât : « Je n'ai pas osé, dit-il, rebaptiser cet homme, qui s'est approché de la sainte Table, qui a ouvert ses mains pour recevoir la nourriture sacrée. » — « Dans l'Eglise même, écrit saint Basile 6, le prêtre remet dans les mains une partie de l'Eucharistie, et celui qui la reçoit la prend avec toute liberté, et la porte à sa bouche de ses propres mains. » — « Considère, dit saint Chrysostôme 7, ce que tu reçois dans ta main, et sache la conserver pure de toute avarice et de tout larcin ; pense que non-seulement tu tiens l'Eucharistie dans ta
* De lapsis. — ^ Lib. 1. Liturgicor. - ^ Histor, eccles. lib. 5, cap. 17. — * Lib. 2, cont. litter. Petilian., cap. 23. — « Lib. 7, cap. 9. — « Epist. 289. — ' Homil. 21, ad pop. Antioch.
main, mais que lu la portes à ta bouche, et tâche de garder ta langue pure de toute médisance et de toute parole déshonnête. » — « Tenez, dit-il ailleurs ^ l'olïrande dans votre main, et que votre âme contemple ce qui est caché ; oui, que votre main tienne ce don et que votre cœur dise : Mon Seigneur et mon Dieu. r> Saint Grégoire d'Antioche 2: « 0 céleste Roi, dil-il, ne nous repoussez point, lorsque, nous confiant en votre miséricorde, nous oserons tenir voire corps sacré dans nos mains coupables. » Sozomènes 3 et Nicéphore ^ racontent l'histoire d'une femme macédonienne qui, un jour que saint Jean Chrysostùme célébrait, voulant montrer quelle avait la mémo croyance que son époux, lequel était catholique, vint recevoir l'Eucharistie ; elle remporta dans ses mains pour se communier à sa place, et, remettant l'hostie à sa servante, elle prit du pain ordinaire qu'elle avait fait apporter de sa maison ; mais vainement elle essaya de manger ce pain ; ses dents ne purent le broyer, car il venait d'être changé en pierre. Le concile In TruUo » blâme ceux qui ne recevaient pas le corps de Jésus- Christ dans leurs mains, mais (jui croyaient mieux faire en le recevant dans de petites boites, ou dans des vases faits d'or, d'argent et d'autres matières précieuses. Encore que ce fut par respect, observe Zonaras <'•, le concile les en reprit, parce (jue nulle chose matérielle n'est plus noble que l'homme, plus digne de Dieu que sa main. Ce concile, au même endroit, prescrit de quelle manière on doit recevoir lEucharistie. « Si quelqu'un, dit-il, veut participer â ce corps sacré et se présenter à la communion, qu'il croise ses mains en forme de croix. » Avant ce concile, saint Cyrille avait dit comment les mains devaient être placées 7. Voici ses paroles : « Lorsque vous vous approchez de la Table sainte, n'ayez pas les mains étendues ni les doigts écartés les uns des autres, mais que la main gauche soit comme un siège qui soutienne la droite laquelle doit recevoir un si grand
« Homil. in recens, baplizat edit. a Combefis. — - Orat. in dieni sabb. sanct. apud Combefis. - ^ Lib. 8, cap. 5. - * Lib, 13, cap. 7. - » Can. 101. - « In eod. can. — " Catecb. Mystag., 5.
Roi. Recevez donc le corps de Jésus-Christ dans le creux de votre main droite en répondant : Amen i. « Saint Jean Damascène recommande cette position des mains : « Approchons-nous, ditil, avec un ardent désir de la Table sainte, et, les mains placées en forme de croix, recevons le corps de celui qui a été crucifié. » Le Vénérable Bède vivait en Occident, dans le même temps que saint Jean Damascène en Orient ; or, il raconte ^ qu'un moine du nom de Gédron, sur le point de mourir, se fit apporter l'Eucharistie ; l'ayant reçue dans ses mains, il demanda à ceux qui étaient présents si aucun n'était indisposé contre lui ; puis, se donnant lui-même Je saint Viatique, il se prépara à passer dans l'autre vie. )> Un auteur cité par Galanus 3, ignorant cet antique usage, compte parmi les erreurs des Ibériens, plus connus aujourd'hui sous le nom de Géorgiens : « Qu'à certains jours de fêtes, plusieurs prêtres, assistant au saint Sacrifice de la Messe, y communient, mais qu'ils reçoivent l'Eucharistie, que leur donne l'évêque, dans leurs mains et la portent eux-mêmes à leur bouche. » Il touche ce point, ainsi qu'un autre rite ancien, dont nous avons parlé en son lieu, à savoir que plusieurs prêtres célèbrent avec l'évêque ou l'officiant, et reçoivent de lui la Communion. Il s'imagine également que ce dernier usage est une erreur. . Mais nous devons ici faire observer qu'il y avait, pour la réception de l'Eucharistie, une différence entre les hommes et les femmes ; ceux-là recevaient le corps du Sauveur dans leur main nue ; celles-ci le recevaient dans un linge propre étendu sur leur
' Ce qui suit ce passage de saint Cyrille contient, sur l'ancien rite de la Communion, des détails intéressants. « Alors, dit-il, après avoir eu soin de sanctifier vos' yeux par l'attouchement d'un corps si saint et si vénérable, vous y communierez en le mangeant; mais prenez bien garde qu'il n'en tombe rien, considérant la perte que vous feriez de la moindre miette, comme si vous perdiez quelqu'un de vos membres... A près avoir ainsi communié au corps de Jésus-Christ,approchez-vous du calice qui contient son sang, non pas en étendant les mains, mais en vous inclinant comme pour l'adorer et lui rendre hommage, en disant: Amen; puis sanctifiez-vous par l'attouchement de ce sang de Jésus-Christ que vous recevez, et, pendant que vos lèvres en sont encore humides, essuyez-les avec la main et portez-la aussitôt à vos yeux, à votre front aux autres organes de vos sens pour les consacrer. » — 2 Hist. Angl., cap. 24, lib. 4. — ^ în concil. Arni. ceci, cum Roman., pars 1, page 132,
main et qui se nommait : Dominical. « 11 n'est pas permis aux femmes, dit le concile d'Auxerre ^ de recevoir l'Eucharistie dans leur main nue. » Et ailleurs 2 : « Que chaque femme, lorsqu'elle communie, ait son Dominical ; que si elle ne l'a pas, elle s'abstiendra de communier jusqu'au Dimanche suivant. » Déjà, bien avant ce concile, saint Augustin 3 avait témoigné que tel était l'usage de l'Eglise d'Afrique. « De môme, dit-il, que les femmes apportent un linge très-propre pour recevoir le corps de Jésus-Christ, de même aussi doivent-elles y apporter un corps chaste et un cœur pur. » Toutefois, je ne vois pas que cette différence ait jamais eu lieu en Orient ; les Pères grecs n'en disent rien, et le concile In Trullo enseigne que la main nue est la matière la plus noble et la plus digne, sur laquelle la sainte Eucharistie puisse être déposée.
Mais dans le temps des persécutions il s'était encore introduit un autre usage au sujet de l'Eucharistie : c'était que lorsqu'on célébrait le saint Sacrifice dans des lieux secrets et cachés, ceux qui y assistaient, non-seulement participaient à la communion, mais encore il leur était permis d'emporter les particules qu'ils avaient reçues du prêtre, afin de les garder respectueusement dans leurs demeures. En effet, étant chaque jour en danger d'être arrêtés et mis à mort pour leur foi, il était bon qu'ils pussent aussi chaque jour se préparer au combat en prenant la sainte communion. Tertullien rend témoignage de cette coutume, quand il dit 'i : a Votre époux ne saura-t-il pas ce que vous prenez secrètement le matin, avant toute autre nourriture; et s'il apprend que c'est du pain, ne croira-t-il pas qu'il est tel qu'ils le disent? » Et ailleurs ^ : « En recevant le corps du Sauveur et en le conservant, l'un et l'autre eût été observé, vous eussiez participé au Sacrifice et gardé le jeûne. » Saint Cyprien ^ parle de ceux qui, « portant l'Eucharistie, comme c'est la coutume, courent au spectacle. » « Une femme, dit-il ailleurs 7, essayant d'ouvrir d'une main sacrilège le coffret, dans lequel elle gardait le saint du
• Can. 36. — ' Can. 42. - ^ Serm. 252, de Temp. — ^ Ad uxor., lib. 2, cap. 5. — " De orat., cap. 14. — '^ De spectaculis. — ' De lapsis.
Seigneur, fut épouvantée par une flamme brûlante qui s*en échappa et l'empêcha d'y toucher. » Saint Grégoire de Nazianze, dans son discours sur la mort de sa sœur sainte Gorgonie, raconte qu'elle gardait le corps du Sauveur dans sa chambre, et qu'après lui avoir adressé d'ardentes prières, elle avait été guérie d'une grave maladie. Saint Basile ^ examine cette coutume : « Mais, dit-il, puisque les fidèles dans ces temps de persécution, n'ayant ni prêtre, ni diacre, pour leur distribuer l'Eucharistie, étaient nécessairement obliges de se communier eux-mêmes, il serait inutile de vous démontrer que cette pratique n'a rien qui doive répugner ou surprendre. En effet, un long usage en avait établi la légitimité, et ceux qui vivent en anachorètes dans les déserts, aujourd'hui encore, lorsqu'ils ne peuvent pas avoir de prêtre, s'ils ont la sainte Eucharistie dans leur solitude, se communient de leurs propres mains. A Alexandrie et dans toute l'Egypte, chaque fidèle le plus souvent conserve dans sa demeure la sainte communion. » Et peu après il ajoute : « 11 est donc également licite de recevoir une seule particule du prêtre ou d'en recevoir plusieurs 2. » Saint Jérôme s'élève contre ceux qui,
■ In epist. 289, ad Caesariam. — ^ La difficulté, et quelquefois l'impossibilité de célébrer les saints mystères et d'y participer dans les temps de persécution, et d'un autre côté, le danger continuel dans lequel se trouvaient les fidèles, le besoin qu'ils avaient de retremper leur foi et de fortifier leur courage par la sainte Communion, avaient motivé cet usage de la Communion domestique, qui paraît avoir duré jusqu'à la fin du v* siècle. Mais il est bon de remarquer que l'Eucharistie ainsi emportée dans les maisons particulières y était traitée avec un grand respect. Ordinairement on l'enveloppait dans un linge très-blanc et on la plaçait dans un coffret de bois odoriférant ou de métal précieux. Le savant auteur de Fabiola raconte à ce sujet (ch. XXXIII) une histoire vraisemblable, et qui sans doute a dû se reproduire plus d'une fois dans les temps de persécution. Les Actes de saint Domna nous apprennent qu'on brûlait, en présence de l'Eucharistie ainsi conservée, des cierges et de l'encens. On la prenait à jeun, dit Tertulien, ante omnem cihum; on s'agenouillait et on l'adorait en chantant des psaumes, comme fit sainte Théoctiste. En un mot, encore qu'on n'eût déterminé aucun rite pour cette Communion privée, nous ne manquons pas de preuves qui piontrent que la piété des fidèles environnait cet auguste sacrement des hommages et de la vénération qu'il mérite. On lit dans la Vie de saint Luc le Solitaire les cérémonies usitées dans cette circonstance. « S'il y a un oratoire dans la maison, répond l'archevêque de Corinlhe, que le saint avait consulté à ce sujet, on place le vase qui contient l'Eucharistie sur l'autel; s'il n'y a pas d'oratoire, il faut le mettre dans la chambre, sur une table très-propre ; déployant ensuite un petit voile vous placerez sur ce
parce qu'ils avaient usé du mariage la nuit précédente, n'osaient venir à l'église de peur d'attirer sur eux la vengeance divine, et qui ne craignaient point cependant de se nourrir de lEucharistie dans leur propre maison. « J'en appelle, dit-il *, à la conscience de ceux qui communient après avoir usé du mariage, et qui, selon l'expression de Perse, croient avoir sufllsamment purifié par l'eau les souillures de la nuit. Pourquoi n'osent-ils pas venir aux mémoires des martyrs ? Pourquoi n'entrent-ils pas dans les églises ? Est-ce que le Christ serait différent dans leur demeure et différent à l'église? Pourquoi alors, puisqu'il n'est point permis de communier à l'église, est-il permis de le faire à la maison ? » Philippe, gendre de l'empereur Maurice, au rapport d'Anastase le Bibliothécaire, ayant été mandé pendant la nuit par son beaupère et craignant pour sa vie, commença par prendre le corps de Jésus-Christ qu'il conservait dans sa maison, avant d'aller trouver l'empereur. Jean Moschus 2 raconte un miracle arrivé cà Séleucie, sous l'év^'^que saint Denis. Un esclave fidèle ayant reçu la Communion le jour du Jeudi saint, l'enveloppa, suivant l'usage de ce pays, dans un linge très propre et la plaça dans une armoire ; son maître l'ayant ouvert vit que toutes les saintes particules avaient germé des épis qui se balançaient sur leurs tiges. Saint Augustin rapporte un miracle assez singulier 3 : un enfant nommé Acace était venu au monde privé de la vue ; sa pieuse mère la lui rendit en lui appliquant sur les yeux l'Eucharistie, {applicalo cataplasmate ex Eucharistia) ^ qu'elle gardait dans sa maison.
C'était également la coutume d'envoyer l'Eucharistie aux absents; une foule de témoignages des anciens Pères atteste cet usage. « Les diacres, dit saint Justin ^, distribuent le sacrement à chaque membre de l'assemblée, ^uis ils le portent aux absents. » Saint Denis d'Alexandrie, cité par Eusèbe ^, raconte
Toile les saintes particules; vous brûlerez de renrens; vous chanterez le Trisagion et le Synibole; puis après avoir fait trois génuflexions pour l'adorer, vous prendrez religieusement le corps sacré de Jésus-Christ. » — * Epist. 50, ad Pammach. — 2 In Prato spirituali. — '' Lib. 3, operis imperf. cont. Julian. num. Ifii, — * Apolog. 2.-5 Hist., lib. 6, cap. 44.
qu'un prêtre avait envoyé une parcelle du pain consacré à uil vieillard nommé Séraphin, par un enfant qui la trempa dans l'eau, la mit dans la bouche du vieillard, lequel expira aussitôt qu'il l'eut reçue. Le Martyrologe romain i fait mention de l'acolyte Tharsice, que les païens rencontrèrent portant le sacrement du corps de Jésus-Christ ; ils voulurent savoir ce qu'il portait, mais ce chrétien, jugeant qu'il était inconvenant de jeter les perles aux pourceaux, refusa de le leur découvrir jusqu'à ce que, écrasé de coups et de pierres, il eût expiré sur la place ; ces profanes ayant ensuite dépouillé son corps, ne trouvèrent point la sainte Eucharistie. Saint Irénée, dans sa lettre au pape Victor, qu'Eusèbe rapporte dans son histoire 2, assure que les souverains Pontifes, prédécesseurs de ce pape, envoyaient la sainte Eucharistie aux prêtres et aux évêques de différentes églises, comme symbole de Communion mutuelle, ainsi que nous l'avons observé ailleurs. Pallade raconte ^ qu'autrefois les religieux, qui habitaient dans la solitude, ne prenaient aucune autre nourriture avant d'avoir reçu l'aliment spirituel de l'àme, c'est-à-dire la sainte Communion, qu'ils conservaient dans leurs cellules et qui leur était distribuée à l'église , ou envoyée dans, leurs demeures par des prêtres. Justinien ordonne ^ qu'un prêtre ou un diacre soit député par l'évêque auprès des religieuses, « pour leur donner des conseils ou leur porter la sainte Communion. » L'auteur de la Vie de saint Laurent de Dublin ^ indique un autre usage également observé autrefois, et qui était encore en vigueur en 1181, époque où mourut ce saint homme, c'était de porter l'Eucharistie avec soi lorsqu'on entreprenait un Jong voyage. Il raconte, en effet, que quatre prêtres portant avec eux le trèsauguste Sacrement, tombèrent entre les mains des voleurs qui, après les avoir dépouillés, profanèrent les dons sacrés, mais bientôt Dieu vengea cet outrage, car ces misérables se pendirent. Cet usage est encore confirmé par ce que saint Ambroise rapporte du naufrage de son frère Satyre. Ce que dit saint Gré-
* Die 15 August. — ' Lib. 5, cap. 24. — s Hist. Laiis., cap.9 et 52.- < Novell. 123, de Ep. et Mon., cap. 41. — ^ Apiid Sur., die 14 nov,
goire 1 de Maxime, évèque de Syracuse, le diacre Jean 2 des moines qui se rendaient à Gonstantinople, et l'auteur anonyme de la Vie de saint Birin, évêque de Dorcestre 3, vient également l'appuyer. Peut-être est-ce à cet usage que fait allusion saint Jérôme, quand il dit ^, en parlant de saint Exupère, évoque de Toulouse : « Rien de plus riche que celui qui porte le corps du Seigneur dans une corbeille d'osier, et qui boit son sang dans un calice de verre. » Encore aujourd'hui, selon Arcudius ^, les religieux grecs observent cette coutume, lorsqu'ils doivent voyager au loin. Le Pontife romain a également coutume, lorsqu'il doit s'éloigner de la ville et faire une assez longue route, de porter avec lui l'Eucharistie, qui le précède environnée d'un pieux et magnifique cortège. xVnge Rocca a laissé sur ce sujet un savant opuscule, dans lequel il montre que ce rite de l'Eglise romaine lire son origine de l'ancienne coutume dont nous avons parlé.
Or, s il fut permis de garder autrefois l'Eucharistie dans sa propre maison, de la porter avec soi en voyage , à combien plus forte raison devons-nous croire qu'on la conservait dans les églises, afin d'être toujours prêt à la donner aux malades. Les preuves étabhssant ce fait sont nombreuses; en effet, c'est de l'Eucharistie conservée dans l'église que doit s'entendre ce que dit saint Optât, lorsqu'il raconte ^ que les Donatistes, par un crime jusque-là inouï, avaient livré le sacrement aux chiens; mais, toutefois, ce forfait ne s'était point consommé sans que Dieu fit éclater sa justice; car ces chiens, saisis d'un violent accès de rage, déchirèrent ces mêmes hommes de leurs dents vengeresses. L'évêque Victor parle également de la conservation des divins mystères dans l'église, quand il dit ^ que l'évêque Valérien s'était courageusement opposé afin d'empêcher qu'ils ne fussent livrés. C'est pourquoi l'impie Genséric l'avait fait chasser de la ville, en défendant que personne ne le reçût dans
« Dial., lib. 3, cap. 36. - » In vit. S. Gr., lib. 1, cap. 33. — ' Apud Surium, die 3 decemb. — * Epist. 4, ad Riisticiim. — * Lib. 3, De sac, cap. 59. — *> Lib. 2. — ' African. Persec, lib. l.
sa maison ou sur son terrain. Témoin encore saint Cyrille d'Alexandrie dans sa Lettre à Galosyrius , placée en tête de son Traité contre les Anthropomorphites , dans laquelle il reprend ceux qui soutenaient qu'on ne devait point garder l'Eucharistie pour le jour suivant. Ce même usage se prouve encore par le Pénitentiel de saint Columban, où sont prescrites les peines qu'on doit imposer à celui qui, par négligence, aurait laissé les saintes espèces se corrompre. Sainte Eudoxie, martyre i, ayant obtenu des satellites un instant de répit avant d'être conduite au supplice, courut à l'église, et, ayant ouvert le coffret où se gardait la sainte Eucharistie, elle en prit une particule qu'elle cacha dans son sein, après quoi elle suivit les soldats. On trouve encore à ce sujet un Canon du second concile de Tours, prescrivant : « Ut corpus Domini altari non in imaginario ordine^ sed sub cruels titulo componatur ; » c'est-à-dire qu'il ne soit pas placé parmi les images, mais dans un lieu plus convenable et sous la croix. Il en est qui pensent que longtemps avant ce concile, saint Paulin de Noie avait rappelé cet usage dans les vers suivants 2 :
Divinum veneranda tegunt altaria fœdus,
Compositis sacra cum cruce martyribus.
Cuncta salutiferi coeunt martyria Christi
Crux, corpus, sanguis, martyris ipse Deus.
Mais le sens de ces vers est obscur ; bien plus, il semble, par ce qui précède, que saint Paulin parle seulement des reliques des saints. Fortunat^ adresse sur ce même sujet à Félix, évêque de Bourges, qui avait fait faire une petite tour d'or pour garder le corps du Seigneur, les deux distyques suivants, dont le sens est plus clair :
Quàm bene juncta décent, sacrati ut corporis Agni
Margaritum ingens, aurea dona ferant.
Cédant Ghrysolithis Salomonia vasa metallis,
Ista placere magis ars facit atque fides.
* Apud. Henschen.. die 1 Mai t. — 2 Epist. 22, ad Sever. — ^ Lib. 3, carm. 25,
Grégoire de Tours * fait mention d'une tour du môme genre qui, suivant lui, s'échappa des mains d'un diacre impur et se plaça d'elle-même sur l'autel, sans que ce diacre, malgré ses efforts, piit jamais l'atteindre. C'était également pour conserver l'Eucharistie qu'étaient suspendues au-dessus de l'autel ces colombes d'or et d'argent, dont il est parlé dans la Vie de saint Basile attribuée à Amphiloque. Les clercs et les moines d'Antiocbe, dans une réclamation adressée au cinquième concile, se plaignirent que l'hérétique Sévère eût fait enlever ces colombes. Morin 2 observe avec raison que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ était anciennement conservé dans l'église pour la Communion des malades; il ajoute que l'usage actuel de réserver plusieurs particules consacrées pour communier les fidèles eux-mêmes en dehors du Sacrifice, dut son origine aux ordres mendiants; qu'ensuite il fut partout reçu, malgré l'opposition du Rituel romain qui, encore aujourd'hui, dit que l'Eucharistie est conservée pour les malades. Autrefois , les fidèles qui n'étaient point malades ne communiaient pas hors de la célébration du Sacrifice, sinon lorsque l'évèque leur permit d'emporter les saints mystères dans leurs demeures. Mais on lit, dans la Vie de saint Basile que nous venons de citer, une chose digne de remarque. En effet, lorsque, par ses prières, il eut obtenu de Dieu la grAce d'offrir le saint Sacrifice par ses propres paroles, et qu'il eut consacré le pain et le vin miraculeusement apportés sur l'autel; au moment de la fraction de l'hostie, il divisa le pain en trois parties, en prit une avec beaucoup de recueillement et de respect, garda la seconde pour être ensevelie avec lui, et suspendit la troisième dans la colombe d'or placée sur l'autel; ce que j'ai cru devoir observer ici, parce qu'autrefois l'usage d'ensevelir l'Eucharistie avec les morts fut en vigueur, non-seulement dans l'Eglise grecque, mais aussi dans l'Eglise latine. Saint Benoît en fournit la preuve; au rapport de saint Grégoire 3, il ordonna de donner la sépulture à un jeune reli-
< De r.Ior. Marly., lib. 1. cap. 86. - '^ De Pœnit., lib. 8, cap. 14. - • Dial., lih. 7, cap. 2i.
gieux, mort en dehors du cloître ; il fit placer l'Eucharistie sur sa poitrine, afin que la terre ne rejetât point le cadavre hors de son sein, ainsi que cela était arrivé deux fois auparavant. Mais que ces saints Pères en aient agi ainsi par une inspiration particuhère, pour n'être jamais séparés de Dieu, ou d'après un usage alors reçu, toujours est-il vrai que cette coutume fut, dans la suite, abrogée. Enfin, il s'était encore autrefois introduit l'abus de donner la Communion aux défunts, surtout aux pénitents qui étaient morts sans l'avoir reçue. Quelques-uns s'imaginaient , dans leur pieuse simplicité, que cette Communion les réconciliait à l'EgUse, mais le troisième concile de Carthage i, celui d'Auxerre 2 et le concile In Trullo^ proscrivent cet abus,
La coutume de recevoir l'Eucharistie dans les mains et de l'emporter dans sa demeure, a également cessé, et môme on défendit, sous les peines les plus graves , à personne d'oser la toucher, à moins d'être parmi les ministres sacrés. En effet, à ces usages s'étaient mêlés des abus, des fraudes et de nombreux sacrilèges; c'est pourquoi le concile de Saragosse ^, tenu sous le pape Damase, décida que s'il était prouvé qu'un fidèle n'eût point consommé l'Eucharistie à l'église, il serait frappé d'un anathème perpétuel. « Si quelqu'un, dit le premier concile de Tolède 5, ne consomme pas l'Eucharistie que lui donne le prêtre, qu'il soit chassé comme un sacrilège. » Ce qui, en Espagne, fut d'abord ordonné à cause des Priscillianistes et des autres infidèles, comme l'indique le onzième concile de Tolède ^ en rapportant le décret que nous avons cité. Or, ces Canons recommandent seulement de consommer l'hostie sur-le-champ, de ne point la garder pour l'emporter à sa maison ; mais on ignore à quelle époque on a commencé à la mettre dans la bouche des communiants, comme cela se pratique aujourd'hui. L'Ordo romain, dans la seconde description de la Messe, parle ainsi de la Communion : « Les prêtres et les diacres ayant embrassé l'évêque, reçoivent de lui et dans leurs mains le corps de Jésus- Christ; ils se placent au côté gauche de l'autel pour communier.
< Can. 6. - » Can. 12. - - Can. 83. - * Can. 3. - » Can. 14. - « Can. 11,
Les sous-diacres baisent la main de l'évéque et reçoivent dans leur bouche le corps du Seigneur. » Morin atteste * avoir lu textuellement ces paroles dans un Ordo romain écrit il y a plus de sept cents ans, par où l'on voit que dès lors il n était point permis aux sous-diacres, et à plus forte raison aux séculiers, de toucher avec leurs mains la sainte Eucharistie ; mais sur ce point encore les diverses églises eurent des usages différents, et toutes ces pratiques ne furent point abolies toutes ensemble dans toutes les églises à la ra(}me époque. S'il est permis de s'appuyer sur des conjectures dans une chose aussi peu éclaircie, il me paraît assez probable qu'en Occident on commença à recevoir le corps de Jésus-Christ dans la bouche, dès que l'usage de consacrer du pain azyme fut universellement adopté, et que cette manière de recevoir la Comuumion devint générale, lorsque le pain qu'on devait consacrer eut pris cette forme si petite que nous lui voyons aujourd'hui. Alors, en effet, il y avait danger qu'une particule si légère s'échappât de la main et tombât à terre. Une autre cause , ce fut pour ôter aux impies , autant que faire se pouvait, l'occasion de fraudes, de profanations et d'abus sacrilèges. Les choses humaines sont, de leur nature, sujettes aux changements, et il n'y a point d'institution si sainte qui parfois ne dégénère en abus et en superstition. Ainsi, de la Communion domestique, autrefois permise, était venue la coutume abusive de quelques églises, dans lesquelles les laïques eux-mêmes voulaient s'administrer publiquement l'Iuicharistie môme dans le temple. En ellét, les Pères du concile In Trullo décidèrent 2 qu'aucun laïque désormais n'eût la témérité de se donner lui-même les saints mystères, lorsque l'évéque, un prêtre ou un diacre seraient présents. Ainsi encore, l'usage d'envoyer la Communion aux absents avait donné lieu à un abus détestable, que proscrivait le concile de Reims dans le décret suivant, rapporté par Yves de Chartres 3 et par Gratien ^ : « Il nous est revenu que certains prêtres font si peu de cas des divins mys-
• De sacris ord., pars. 3, exerc. 12, cap. 3. — ' Can. 58. — ' Décret., p. 2, cap, 39. — ^ De consecral. dist. 2, cap. 29.
tères, qu'ils remettent le corps sacré du Seigneur à un laïque où même à une femme pour le porter aux malades; ils confient donc le Saint des Saints à ceux auxquels l'entrée du sanctuaire est interdite, et qui ne doivent point approcher de l'autel. Or, toutes les âmes pieuses comprennent combien une telle irrévérence est abominable, et combien elle doit être détestée. C'est pourquoi le concile défend de toute son autorité que semblable abus se reproduise à l'avenir, et il prescrit au prêtre de communier lui-même les malades ; que s'il agit autrement, il sera déposé de son ordre. » Un autre concile, tenu à Londres en 1138, défendit également que l'Eucharistie fût portée aux malades autrement que par le prêtre ou, à son défaut, par un diacre ; pourtant, en cas de nécessité, il permet à toute personne de le faire, ainsi que le rapportent Ricard d'Hagustald et le moine Gervais, tous deux édités parmi les historiens d'Angleterre. Mais, dans quelques provinces de France, il* s'était introduit une pratique encore bien plus intolérable, et qu'on a peine à croire, c'était que des femmes, avec une impudence effrontée, osassent se ruer, pour ainsi dire, sur l'autel et distribuer elles-mêmes les divins mystères au peuple. Ce sont les évoques réunis en 829 au concile de Paris qui nous apprennent ce fait, qu'ils qualifient du reste comme il le mérite. « Quelques-uns d'entre nous, disentils 1, ont appris par le rapport de personnes dignes de foi, d'autres ont vu de leurs yeux que, dans certaines provinces, contrairement à la loi divine et à l'institution canonique, les femmes osaient s'approcher des saints autels, toucher impudemment les vases sacrés, préparer aux prêtres les habits sacerdotaux, et, ce qui est plus grave encore, plus indécent et plus absurde, distri- . huer au peuple le corps et le sang du Seigneur, et d'autres irrévérences qu'il serait honteux d'énumérer. Certes, c'est une chose étonnante qu'un aussi scandaleux abus se soit introduit dans la religion chrétienne, et que des femmes, contrairement à toutes les convenances de leur sexe, se soient permis d'usurper des fonctions interdites même aux hommes, s'ils sont laïques. » Le
• Lib. 1, cap. 45.
concile flétrit cette coutume, et recommande aux évéques de veiller sérieusement à la faire disparaître. Après ces quelques mots sur les abus, continuons d'expliquer les rites anciennement observés en recevant la sainte Communion.
Voici l'ordre dans lequel on recevait la sainte Eucharistie : le célébrant d'abord se communiait lui-même, puis il donnait le corps du Seigneur aux évoques, s'il s'en trouvait qui fussent présents, aux prêtres qui avaient célébré avec lui; ensuite aux diacres, aux sous-diacres et aux clercs, puis aux religieux, aux diaconesses et aux vierges sacrées : enfin les prêtres l'aidaient à la distribuer au peuple, en commençant par les hommes, après lesquels on communiait les femmes. On suivait le même ordre dans la participation au calice, sinon que les prêtres le prenaient eux-mêmes, les diacres le recevaient des prêtres, et les autres fidèles de la main des diacres, ainsi que nous le voyons par YOrclo romain et les Eucologes des Grecs. Mais avant de distribuer l'Eucharistie on examinait, on faisait, pour ainsi parler, la reconnaissance de ceux qui devaient y participer, d'où cette formule : (c Reconnaissez-vous les uns les autres, » que nous lisons dans (luelques Liturgies. Aujourd'hui encore, les Grecs observent cet usage, et demandent le nom du comnuiniant s'ils ne le connaissent pas; lorsque le prêtre présente l'Eucharistie à quelqu'un, il exprime son nom en disant : « A'..., serviteur de Dieu, vous recevez le précieux et saint corps de Noire-Seigneur Jésus- Christ et son sang pour la rémission de vos péchés et la vie éternelle. )• Relativement au lieu où l'on communiait, le célébrant prenait les saintes espèces au milieu de l'autel, les autres prêtres les recevaient autour de ce même autel, les diacres un peu plus loin ; les sous-diacres et les clercs à l'entrée du sanctuaire ou dans le chœur, et les autres hors des cancelles. Les Grecs ne permettaient qu'à l'empereur de pénétrer dans le sanctuaire K Théodose s'était ainsi placé, d'après la coutume de l'Eghsc grecque, dans celle de Milan, mais saint Ambroise le fit sortir en lui disant que la pourpre l'avait fait empereur et non pas prêtre.
' Can. Trullan. 69.
Cet ordre fut longtemps observé dans l'Eglise romaine, ainsi qae le montrent ceux qui ont expliqué les usages des Latins, mais peu à peu il tomba en désuétude à Rome et dans les autres contrées. Le quatrième concile de Tolède, sous Honorius, veut i que le prêtre et le diacre communient devant l'autel, le clergé dans le chœur, et que les fidèles ne reçoivent la Communion qu'en dehors du chœur. Le concile de Dragues, sous Jean III, porte ce décret 2 : « Il nous a semblé qu'on ne devait point permettre aux laïques, hommes ou femmes, de pénétrer dans le sanctuaire où est l'autel, pour communier, mais que cela devait être réservé aux clercs seulement, ainsi que l'ont réglé les anciens Canons. » Sous le même pontife, eut lieu en France le second concile de Tours, dans lequel il est prescrit ^ aux laïques de ne point assister à la Messe à l'intérieur des cancelles, cependant on permet aux hommes et aux femmes de pénétrer dans le sanctuaire où est l'autel, pour y recevoir la sainte Communion. Par où l'on voit qu'à la même époque les diverses églises avaient à ce sujet des usages différents. Quant à l'attitude dans laquelle on recevait la sainte Communion, si l'on veut parler des Grecs, il n'y a nulle difficulté; ils recevaient la Communion debout, car c'est. ce que prescrivent leurs Rituels, et ce que nous ont appris les anciens Pères; toutefois saint Cyrille ^ et saint Jean Chrysostôme ^ avertissent d'incliner la tête et de baisser les yeux 6, Mais au sujet des Latins je n'ose rien affirmer, n'ayant sur ce point aucun témoignage des anciens auteurs pour confirmer ce que j'avancerais. Cependant j'observerai qu'encore aujourd'hui à Rome, dans la Messe solennelle célébrée par le pape, le diacre communie debout, et cela d'après la coutume antique. Je crois aussi qu'en cela, comme dans les autres observances, les deux Eglises durent
' Can. 17. — 2 Can. 31. — s Can.4. — * Gat., myst. 5. — s Qrat. in Encœnia. ~ ^ a Approchons de ce mystère étant debout, mais en tremblant et. avec crainte, les yeux baissés et notre âme élevée, gémissant dans le silence, et avec les cris et les désirs de notre cœur (Jean de Jérusalem, serm. 38, inter op. Chrysost.) » Le rite aujourd'hui en usage pour donner la Communion paraît remonter au XIII" siècle. Ce fut, suivant le Père Lebrun, vers cette époque que l'on commença à réciter le Conftteor avant la Communion.
avoir à l'origine des usages et des rites semblables. Maintenant le célébrant seul communie étant debout, et les autres reçoivent à genoux la communion de sa main. Le souverain Pontife, iorsqu jl célèbre solennellement, communie étant assis et de la manière suivante : après avoir donné la paix à l'évéque et aux deux diacres qui l'assistent, et qui le baisent au visage et sur la poitrine, il monte à son siège accompagné des évèques et des diacres. Alors le diacre qui a chanté l'Evangile, prenant respectueusement sur l'autel la patène sur laquelle est le sacrement, l élève à la hauteur de ses yeux, la tenant de ses deux mains recouverte d'une étoile d'or, où sont gravés les noms des douze Apôtres, et qui est destinée à empêcher la sainte hostie de tomber. 11 se tourne d'abord du côté de l'Epître, lentement et avec respect, puis se retournant vers le milieu de l'autel, il en fait autant du côté de l'Evangile; le sous-diacre est agenouillé de ce côté, il lui remet la patène avec l'hostie; ce dernier se lève, le diacre lléchit les genoux jusqu'à ce que le sous-diacre ait quitté 1 autel pour porter le sacrement au pontife qui, à son approche, fait une inclination profonde et l'adore respectueusement. Le sousdiacre, arrivé près du pontife, reste debout à sa gauche. Ensuite le diacre, prenant le calice que recouvre un voile de drap d'or, se tourne également des deux côtés de l'autel, comme lorsqu'il tenait la patène, puis, portant le calice, il se rend auprès du pontife et se place à sa droite. Ce dernier prend alors une portion de l'hostie, puis il divise l'autre en deux pour la Communion du diacre et du sous-diacre. Lorsqu'il a pris le corps du Seigneur, le cardinal-évèque assistant lui présente le chalumeau d'or, avec lequel il prend une partie du précieux sang, laissant le reste pour le diacre et le sous-diacre. Il communie ensuite le diacre, qui reste debout tenant le calice dans sa main droite et le chalumeau dans sa main gauche. Le diacre, après avoir reçu le corps de Jésus-Christ, embrasse le pontife et retourne à l'autel communier au sang du Seigneur, dont il prend une partie. Le pontife donne de la même manière la Communion au sous-diacre qui s'est agenouillé et qui lient la patène, celui-ci retourne
ensuite à l'autel, où il prend avec le chalumeau ce qui reste du précieux sang. L'un de ces deux ministres attire au bord du calice la parcelle de l'hostie qui y a été mise selon l'usage, et il la consomme. Ces détails sont tirés du Cérémonial de la chapelle du pape ; ils diffèrent en quelques points de ceux qu'indique l'ancien Ordo romain, ainsi que pourront s'en assurer ceux qui voudront les comparer ensemble.