CHAPITRE III
l>e l'inlroït ; hou orif^^ine. — Que vc'^ut «llr*- U- mot Antienne. — I/liyiiiiic (ii.oiUA P.vTni o«t «le lrn<litloii aipoHf 4»li(|iie« — '^■"ouiA lefi iiitroïtH, naiif <1«*> nnrt^H exeeptioiiH, H<»iit tiréM de» I^Mniiaies. — Qiio (|uelcfiiefoiM 011 y ojoiitii <1«»« Trop**^». — Kxi'^niplen. —
A^IK'ic^lllK* Vi-I*Hioil (K'H I^HItlimOH, «Ic'^hI^IK'"**^ H4»IIM 1«;
nom 4l*It3tli<|ii«'4 employée»^ «IttiiH le MlHHel. — Qii^ellc oi»t eneore c*^!! iiHti^e «litiii» eertitliies é^lieen p<»ui* I*4»f1ii*e <li\ in. — I>«<'iix iiiti'oîtt» étiez le» Cjîreets*
Tandis que le célébrant s'avance vers lautel, le chœur chante une antienne qui, dans le rite romain, s'appelle Inlro'U^ et Inyressa dans le rite ambrosien, parce qu'on la chante pendant que le prêtre c/ifrc dans le sanctuaire, vers l'autel. Presque tous les iiturgistes font remonter son origine au pape saint Célestin. En eilet, l'auteur du Livre des Pontifes s'exprime ainsi au sujet de ce dernier : « Celui-ci ordonna que les cent cincjuante Psaumes de David fussent alternativement psalmodiés avant le
' Lib. advcr. ConMantium.
saint Sacrifice, ce qui n'avait pas lieu auparavant; on récitait seulement les Épîtres de saint Paul, le saint Évangile, et ensuite avait lieu la Messe. « Mais comment faut-il entendre cette Psalmodie? S'agit-il de quelques versets seulement et quels étaient ces versets? Veut-il parler de quelque psaume récité en entier, et qui variait suivant les divers offices, ou d'une antienne tirée des Psaumes ? C'est ce qui n'est pas clair. Amalaire *, après avoir dit que cette partie fut ajoutée à la Messe par saint Célestin, ajoute : « Ce que nous entendons en ce sens, qu'il prit dans les Psaumes quelques antiennes qui devaient être chantées à la Messe. Auparavant le saint Sacrifice commençait par des Leçons, ce qui s'observe encore aux Vigiles » de Pâques et de la Pentecôte. Valfrid Stabon 2 écrit dans le même sens : « Le pape Célestin introduisit l'usage de chanter une antienne au commencement, comme on le voit dans les Actes des Pontifes romains, Jusqu'à lui on lisait seulement une Leçon des Apôtres et une autre des Évangiles. » Le Micrologue ^ et l'abbé Bernon ^ souscrivent à ce sentiment ; mais voici ce que dit à ce sujet Honorius ^: « Le pape Célestin, dit-il, établit l'usage de chanter des Psaumes au commencement de la Messe. Dans la suite, saint Grégoire en tira des Antiennes, dont il composa le chant pour le commencement de la Messe. » Encore qu'Honorius soit moins ancien, cependant son opinion me va mieux que celle d 'Amalaire. En effet, l'ancien auteur de la Vie des Papes dit que Célestin établit que les Psaumes seraient chantés alternativement. Or, qu'est-ce que chanter alternativement {antiphonaUm) ^ sinon en chœurs alternés ? Quoique Vossius compte cette locution parmi celles qui sont vicieuses 6, il n'ose pourtant la .qualifier de barbare ; car il a été permis d'inventer un terme nouveau'pour désigner une chose nouvelle. « Le mot Antienne, Antiphona, dit saint Isidore ^, signifie parole échangée réciproquement, c'est-à-dire entre deux chœurs qui se répondent alternativement. » Célestin donc ordonna de chanter alternati-
* Lib. 3, cap. 5. - '^ Cap. Tl. — •' Cap. 1. - * Cap. I. — ■> Gemma Animjp, lib. 1, cap. 87. - c Lib. k, cap. 31. - ^ Origin., lib. 6, cap, 19.
vement des psaumes avant la Messe, et dans la suite saint Grégoire tira de ces psaumes une antienne pour servir d'Introït, et d'autres qui furent les Répons, l'Otlertoire et la Communion ; il les réunit, en forma un seul volume qu'il ^^i^eh Antlphonairc. D'autres ont donné à ce recueil le nom de Graduel, parce que quel((ucs-unes de ces antiennes sont chantées après l'Épître, dans un lieu plus élevé sur lequel les chantres montaient par des degrés {g rad us). Bien que l'Introït et tous les autres morceaux contenus dans ce livre soient réellement des antiennes, cependant l'Introït seul a conservé ce nom dans l'ouvrage de saint Grégoire. Autrefois, après l'Introït on chantait le psaume tout entier. Saint Augustin, contemporain du pape Céleslin, nous assure ^ que de son temps avait commencé, dans l'Église de Carthage, l'usage de chanter à l'autel un canli(iue tiré du Psautier, soit pendant l'otVrande, soit lorsqu'on distribuait au peuple ce qui avait été oiïert. Vn certain Ililaire, ancien tribun, s'étant élevé fortement contre cette pratique, déclarani qu'elle devait être abolie, le saint docteur écrivit contre lui un livre pour la justifier et la défendre. Ce traité est indiqué dans VIndictdus de Po.ssidius sous ce titre : Contra llilarium de Canticis ad allure liber unus. Plût à Dieu que ce traité ne fût pas perdu ; il nous eût sans doute fourni pour cet ouvrage des documents précieux. Génébrard ^ prétend que ceux-là se trompent grossièrement, qui attribuent à Gélestin l'établissement du chant des psaumes au commencement de la Messe; il assure que ce rite est plus ancien, ainsi qu'on le voit par ce passage de saint Denys ^ : « Le Pontife, devant célébrer le saint Sacrifice à l'autel de Dieu, commence par encenser cet autel ; il parcourt toute l'étendue du chœur, et lorsqu'il revient à l'autel, on entend la mélodie des psaumes; tout l'ordre ecclésiastique prend part au chant de ces cantiques sacrés. » Ici Génébrard suppose comme certain ce qu'ailleurs nous avons montn'^ être fort douteux, A savoir : que ces ouvrages soient de saint Denys l'Aréopagile,
' Lib. '2, Relract., rap. 11. — - De Liturg. aposlol., cap. 17. — ' De Eccles. Hicrarch., rap. 3, (J 2.
converti à la foi par les prédications de saint Paul. Et d'ailleurs, quand même nous lui accorderions ce point, il ne s'ensuivrait cependant point que les anciens écrivains, qui ont attribué cette institution au pape Célestin, se fussent trompés. Nous le savons, différents ont été les usages des Grecs et ceux des Latins, et peut-être que Célestin n'a fait que transporter aux églises d'Occident, un usage qui existait depuis longtemps en Orient. Certains auteurs modernes, qui ne sont pas sans mérite, assurent qu'au temps de Cassien on chantait des psaumes à la Messe, dans les monastères d'Egypte. Voici, en effet, ce que dit cet auteur i : « Le Dimanche, il n'y a qu'une seule Messe avant le dîner, dans laquelle les religieux, se livrant avec plus de ferveur et de solennité au chant des psaumes, des prières et des Leçons, par respect pour la Collecte et la Communion du Seigneur, unissent Tierce et Sexte, et ne sortent point que ces Heures ne soient terminées. » Or, dans ce passage, le mot Messe ne désigne pas le saint Sacrifice, mais la réunion des moines pour la récitation de l'office, bien que dans cette réunion on. célébrât aussi les divins mystères. Le sens de ces paroles est donc que, tandis que les autres jours on récitait Tierce et Sexte à des heures séparées, et qu'il y avait deux renvois des religieux, le Dimanche ils se réunissaient une seule fois à l'église, et que dans cette réunion on récitait Tierce, qui suivait l'oblation du saint Sacrifice ; puis on disait Sexte, et après la récitation de cette Heure, tous sortaient, en sorte qu'il n'y avait qu'une seule Messe ou renvoi.
J'ai dit qu'autrefois, après l'Introït, on chantait le psaume tout entier ; maintenant on chante seulement un verset suivi du Gloria Patri, que les anciens Pères appellent Hymne de glorification. -Nicéphore 2 dit qu'elle a pour auteur Flavien, moine d'Antioche. D'autres assurent qu'elle fut composée par le concile de Nicée ; mais, au Traité de la Divine Psalmodie 3, nous avons longuement prouvé, par le témoignage de saint Athanase et de saint Basile, que cette doxologie est plus ancienne et qu'elle est
2 Institut., lib. 3, cap. 2. - ^ Hist. Eccl., lib. 9, cap. 24. - ^ Chap. 16, g 6,
de tradition apostolique. Dès. l'origine de lEglise, les fldèles, baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, apprirent à répéter cette hymne à la gloire des trois personnes divines. Le premier qui osa la modifier fut Aélius, diacre de l'église d'Antioche, inventeur de l'arianisme. 11 voulut qu'on chantât : Gloire au Père par le Tils clans le Saint-Esprit^ îonnu]e dont, malgré son sens orthodoxe, les Ariens s'emparèrent d'une manière cauteleuse, pour mieux cacher leur impiété sous l'équivoque des paroles. Saint Léon s'en sert dans un sens catholique, quand il dit ^ : (( Très-chers frères, rendons grâces à Dieu le Père par son Fils dans le Saint-Ksprit. » Mais saint Basile, ayant termine une de ses instructions au peuple par cette formule, choqua quelques catholiques. Pour la défendre, il écrivit un Traité qu'il intitula : De Spiritic saneto ad Amp/nlnehion. Ce livre lui-même ne satisfit pas les plus exigeants. Tant il est vrai de dire qu'un docteur catholique doit être irrépréhensible, et éviter les locutions, qui passent pour suspectes et ofiensent les oreilles pieuses, bien qu'elles soient vraies et orthodoxes dans le sens que l'écrivain ou le prédicateur a en vue. C'est pour cela que l'Apôtre recommande A Timolhée de garder le dépôt, et de fuir lesprofanes nouveautés de langage. Mais il n'entre pas dans mon sujet de m'arréter plus longuement sur ce point, lîaronius 2 pense que le Sicut erat in principio fut ajouté à la doxologie par un décret du concile de Nicée contre les Ariens, qui disaient subtilement en parlant du Fils: // était r/uand il n'était pas. D'autres croient que cette addition est beaucoup plus ancienne et que Tertullien y fait allusion quelque part'"^.
Tous les Introïts contenus dans l'Antiphonaire grégorien sont tirés du livre des Psaumes, suivant l'ancien usage. Un très-petit nombre doit être excepté. Durand appelle ces derniers irréguliers ^, tels que: Piu'r natics est à la Messe de Noël, Viri Ga lilœi SiU '\our de l'Ascension, Spiritus Domini au jour de la Pentecôte, Nunc scio verè à la fête de saint Pierre, et quelques-
* Serin. 1. «h» Nativitale. — ' Ad ann. 325, num. 173. - ' De sperlanil,, cap. '25. — * Hational., lih. 1, cap. 5,
uns encore tirés de difîérents livres des Écritures. Il en est d'autres, qui ne sont point puisés dans l'Écriture, tels que : Salve sancla parem ; Gaudeamus omnes in Domino ; Benedicta sit sancta Trinitas ; mais on ne les trouve pas dans l'Antiphonairo de saint Grégoire. Lorsqu'on a chanté le Gloria Patri^ on reprend Y Introït \ certaines églises, aux fêtes solennelles, le répètent jusqu'à trois fois. Dans le rite ambrosien, YIngressa ne se repète point, sinon aux Messes des morts; mais dès que cette antienne est terminée; sans y ajouter ni psaume, ni Gloria, le célébrant dit : Dominus vobiscum, et récite immédiatement le Gloria in excelsis, s'il doit être dit; autrement, il récite l'oraison. Le mozarabe reprend seulement la dernière partie, à peu près comme on reprend les Répons dans le rite romain. Voici pour la Messe de Noël: Benediclus qui venit, Alléluia. In nomine Domini, alléluia, alléluia, j^. Deus Dominus et illuœitnobis. In nomine Domini. Gloria et honor Patri et Filio et ■Spiritui Sancto in sxcula sseculorum. Amen. In nomine Domini. Jean Beleth i et Guillaume Durand attestent que, de leur temps, c'était l'usage, dans quelques églises, de chanter des tropes avant l'Introït aux jours de fêtes solennelles, afin de mieux témoigner sa joie. Trope veut dire circuit, parce que, dit Beleth, on fait pour ainsi dire ûes circuits, c'est-à-dire des paraphrases autour du texte. Pamélius assure 2 que ces tropes, répondent à ce que les Grecs appellent troparia 3. Je n'ai rencontré aucune trace de ces tropes dans les auteurs ecclésiastiques antérieurs à l'an mil. C'est pourquoi Durand mérite peu de confiance, quand il en attribue l'établissement à saint Grégoire. Également il ne faut pas ajouter foi à Jean Pierre Ferrier de Ravenne, auteur d'ailleurs instruit, mais qui a copié Durand sur ce point *. Quelquefois
' De Divinis officiis, cap. 35. — 2 Liturg., tom. 2, iii Prœfat. — ^ Troparion Tpoiraptov est un nom générique qui désigne chez les Grecs, tout morceau de chant ecclésiastique du genre des Répons et des Traits. On lui assigne diverses étymologies. Goar, après les avoir rapportées, pense qu'il vient de xpzrcoi, tourner, parce ([u'en chantant ces tropes, la voix varie, fait des inflexions, tourne, pour ainsi dire, autour des paroles. Il le traduit par modulas, qui, chez les auteurs latins, signifie air, mode musical. (Eucolog. Grœcum, P. 32 et 431.) — * De mirif. verb. libamine, qui exstat Mss. in Bibliotheca Vatican.
le trope est placé avant i'Introït : Puer natus est de la fête de Noël est précédé de ce trope : Ecce adest de quo Prophetx cecinerunt dicentes : Pl'er natus est, etc. D'autres fois il est entremêlé à cette antienne, en sorte qu'une partie du chœur chante le trope, et l'autre l'introït, comme on le voit dans les anciens Missels des monastères. Je crois que ces additions tirent leur origine des monastères, de l'aulorilé privée de quelques abbés, qui, suivant un abus en usage dans ces temps, se permirent d'interpoler non-seulement l'Introït, mais aussi les autres prières de la liturgie, comme j'aurai occasion de le démontrer plus loin.
Voici (juehjues exemples de ces Introïts ainsi interpolés :
Iiitroil (lu jour de la Poiilecôlo.
IJodic Spiritus Sancti <jratla rcpleantur corda nostra; dicite eïa. Spiritus Domini, Mlssusa sedc PotrLs, Replevit orbem terrarum, alléluia, igncis linguis. Et hoc quod continet, pcnelralia intuendo o\\m\'à\ omnipotcntia Patrl alquc Filio œr/ualis^ scientiam habet vocis. Quoddies (cstatur prœsens et fiddibus etincrcduHs. Alléluia, alléluia, alléluia.
J'ajouterai que quelquefois ces tropes étaient composés de vers he.xauièlres, comme dans les Iniroïls suivants :
Introïi do la fête de saint Etienne.
Etenimsederunt principes et adversum me loquebantur. NuUi nxmquàm nociU, /icquc leguni jura rcsolvL Et iniqui persecuti sunt me. Christetuus fueram tantkm quia rite rninisler. Adjuva me. Domine. Aï' tuus in duhin franqar certnmine miles. Quia servus tuus exercebatur in tuis justificationibus.
Introït du dimanche des Rameaux.
Israël eqregius psaltes clarusque poeta^ sic quondam Christo David cantaverat almo. Domine ne longe facias miserationes tuas a me. Scd celercm m lia confcr ope ta, rcx inclilc caii. Ad
defensioneni meam aspice, libéra me de ore leonis, Qui cupit insontem morsu lacerare ferino^ Et a cornibus unicornium humilitatem meam.
Nous ne devons pas oublier de rappeler ici que, bien que les Introïts soient pour la plupart composés de versets des psaumes, cependant saint Grégoire, qui en est l'auteur, ne s'est pas servi de la version employée aujourd'hui par toutes les églises dans les offices divins. Celle dont il fit usage est une ancienne version, dont on se servait avant saint Jérôme, et que les anciens Pères désignent sous le nom de Vulgaie et à' Italique; il l'employa également dans les Répons, les Traits, les Offertoires et les Communions. Ce point n'étant pas sans quelque obscurité, nous allons tâcher de l'éclaircir; beaucoup en effet ignorent quelle était cette version, et d'où elle tirait son origine. Or, pour y mettre plus de clarté, reprenons les choses de plus haut. Tous, même les moins érudits, savent de quelle autorité jouissait, avant et après la venue de Notre- Seigneur, la version des soixantedouze interprètes, qui traduisirent la Bible de l'hébreu dans la langue grecque. Les Juifs eux-mêmes s'en- servaient dans leurs synagogues, au rapport de Tertullien qui, parlant de cette version, dit 1 : « Les Juifs la lisent publiquement. » Les savants Juifs Philon et Joseph s'en sont servis, comme il appert par leurs ouvrages. A l'origine de rEghse, les Apôtres et les fidèles la lisaient publiquement dans leurs assemblées, ainsi que nous l'apprend saint Cyrille de Jérusalem 2 qui, parlant de ces interprètes et de leur autorité, dit : « C'est leur version que vous devez méditer, version que nous lisons avec sécurité dans l'église. Les Apôtres, les anciens évêques de l'Eglise, qui nous font transmise, étaient beaucoup plus sages que nous. » Saint Irénée assure la même chose ^. Après avoir raconté l'histoire de ces interprètes, il ajoute : « Les Apôtres s'accordent avec cette version, et cette version est d'accord avec la tradition des Apôtres. En effet, saint Pierre, saint Jean, saint Matthieu, saint Paul et ceux qui les ont suivis, ainsi que leurs disciples, citent les
' Apolog., ca|). 18. — 2 Catech. 4. — * Lib. 3, cap. 25,
prophéties telles quelles sont contenues dans cette .version. » C'est pour cette raison que cette traduction fut toujours en jurande vénération parmi les fidfles. Mais dans la suite des fautes s'y étant glissées par lignorance des copistes, comme saint Justin *, saint Augustin '^- et saint Jérôme ^ s'en sont plaints, elle fut corrigée d'abord par Origene, ensuite par le martyr saint Lucien, puis par Hésichius, et enfin par saint Jérôme. Origéne a-t-il vu l'original que TertuUien, à l'endroit cité, allirmait exister de son temps dans la bibliotlieque d'Alexandrie? Quand cet original a-t-il péri? Questions auxquelles on ne saurait donner de réponse certaine. D'ailleurs je n'ai ni l'intention, ni le temps de m'arrèter sur ce poifil. Comme cette version jouissait d'une si grande autorité, ce fut sur elle et non sur l'hébreu, (jue furent faites toutes les versions latines, en usage dans les pri'miers siècles, jusqu'au temps de saint Jérôuie. Ces versions furent innondmibles, car, observe saint Augustin '», quiconque s'imaginait savoir assez bien le grec et le latin, entreprenait aussitôt une nouvelle version. Or, la meilleure de toutes, celle qui partout fut admise, avait re(;u le nom dltali(|ue, c'est ce {|ue nous atteste saint Augustin^. « L'Itali([ue, dit-il, est préférable k toutes les autres, elle est plus fidèle et plus claire. » Puisque, dès le temps de saint Jérôme, elle avait reçu les noms de YuUjate et iVanciennc, il est naturel de croire qu'elle était plus ancienne, et jouissait d'une plus grande autorité cjue les autres. On la désigne encore sous le nom de romaine, parce que l'Kglise romaine l'avait adoptée dès son origine. Peut-être est-ce la première version latine faite sur le texte grec par (juchpie disciple des Apôtres, revue et approuvée par les fondateurs des églises, par eux transuiise à leurs successeurs, conjointement avec le dépôt de la foi, et dont non-seulement IKglise romaine, (|ui toujours eut une version latine, mais encore toutes les Eglises d'Occident firent usage; bien que, soit par la témérité ou l'ignorance des copistes, soit par une licence abusive des évoques, qui en auraient accommodé le langage aux
' In Dial. cum Tryphone. — * De civil Dei, lib. 15, cap. 13. — Kpist. 108» «— * De (ioctrin. rlirislian., lih. î, cap. 11. — ' Ibitl., cap. lô.
idiotismes de leurs contrées, il s'y soit glissé quelques changements et quelques variations. Cette version n'existe plus tout entière; il n'en reste que les psaumes et les cantiques qu'on récite dans les offices de l'Eglise. On en rencontre encore quelques fragments cités dans les écrits des Pères. Or, la version de saint Jérôme étant, au rapport de saint Isidore ^, considérée comme plus fidèle, et reproduisant plus exactement le sens de l'hébreu, on .l'adopta dans les églises; elle fut citée dans les conciles, expliquée dans les commentaires, tellement que l'ancienne Italique^ désormais inutile, tomba en désuétude, jusqu'à ce qu'enfin elle périt avec tant d'autres ouvrages, et fut ensevelie dans un éternel oubli. Je pense que ceci arriva environ deux cents ans après saint Jérôme; car, à l'époque de saint Grégoire le Grand, on se servait encore indifféremment des deux. Luimême nous l'apprend, dans la dédicace de son Commentaire sur Job, adressé à l'évèque saint Léandre : il dit qu'il explique la version nouvelle, c'est-à-dire celle de saint Jérôme, et que lorsque besoia est, il a recours tantôt à l'une, tantôt à l'autre, « afin que, écrit-il, de même que toutes deux sont employées par le siège apostolique, sur lequel je suis élevé, ainsi mes ouvrages et mes études s'appuient sur l'autorité de l'une et l'autre. » Le Psautier fut donc le seul débris de cette antique version, dont s'était nourrie l'Eglise d'Occident à son origine, qui échappa à ce déplorable naufrage. Les fidèles, s'en servant pour chanter les offices divins, l'avaient par un long usage gravé dans leur mémoire, et il fut impossible d'obtenir d'eux qu'ils adoptassent la nouvelle version, en oubliant l'ancienne à laquelle ils étaient accoutumés. Ce fut dans ce Psautier, à l'occasion duquel j'ai fait Cette digression, que saint Grégoire puisa les Introïts et Tes autres antiennes que contient son Antiplionaire. Saint Jérôme, d'après l'ordre du pape Damase, corrigea les principales fautes qui s'étaient glissées dans cette version; il y changea certaines locutions trop familières et trop vulgaires usitées en Italie seulement, sans toucher au reste du texte, dont il admi-
' Orig., lib. .6, cap. 3.
rail la clarté. C'est ce Psautier ainsi corrigé qui se trouve dans les bréviaires et dans nos bibles modernes. 11 ne ditlere de l'ancienne Italique que dans les passages corrigés par le saint docteur. Or, comme cette version ainsi corrigée dilîerait encore en beaucoup d'endroits du texte hébreu, il en lit une autre qui se trouve dans ses œuvres. Cette dernière, ayant été faite sur l'hébreu lui-même, ditlere en plusieurs passages, tant dans les mots que dans le sens, et de l'Italique, et de laVulgate corrigée qui avaient été faites sur la traduction des Septante. On peut facilement s'en assurer en les collalionnant ensemble. Elle ne fut point reçue dans l'Eglise, parce que les deux premières étant en usage dans les offices, on ne pouvait leur en substituer une autre, sans que ce changement apportât du trouble dans la récitation de l'office. Autrefois toutes les églises d'Occident, et surtout l'Eglise romaine et les églises suburbicaires se servaient de l'ancienne Vulgate, telle qu'elle était avant les corrections de saint Jérôme. C'est ce que démontrent les commentaires des anciens Pères sur les Psaumes. Ceci dura jusqu'à ce que cette même version, avec les corrections du saint docteur, eût été admise, je ne sais à (pielle époque, d'abord dans les Gaules, d'où lui vint le nom de Gallicane, et enfin dans les autres contrées. Toutes les églises de la villo de Rome gardèrent l'ancienne Italique jusqu'à saint Pie V, (pii la fit changer et la Conserva seulement dans la basili(jue du Vatican, (pii la religieusement gardée juscprà ce jour. Tout récemment, on a corrigé les quelques fautes qui s'y étaient glissées, et on en a rétabli le texte dans son intégrité primitive.
Ceux (lui suivent le rite ambrosien se servent encore aujourd'hui de cette version suivant l'ancien usage, bien que les exemplaires qu'ils emploient, aient quelques légères diflerences avec ceux dont on se sert à Rome. Ce même Psautier existe aussi dans l'ancien Bréviaire espagnol, composé suivant la règle de saint Isidore et nommé mozarabe, dont se servent les clercs que Ximénès établit à Tolède. Je pense qu'il y a environ six cents ans qu'elle tomba en désuétude en Italie, à l'exception des dio-
cèses de Rome et de Milan. En eiïet, saint Bruno d'Asti, qui d'abbé du Mont-Gassin devint évéque de Segni et mourut en 1125, s'exprime ainsi en commençant l'exposition du Psautier : « Lorsque j'étais jeune, j'ai commenté le Psautier, mais d'après une autre version, tellement différente de celle dont se sert l'Eglise romaine, que ce commentaire ne saurait s'appliquer à cette version. La première a eu plusieurs commentateurs; quant à la dernière, je ne sais si elle a été expliquée. » 11 commente ensuite l'ancienne Italique, dont se servait à cette époque l'Eglise romaine, et dentelle fit usage jusqu'à saint Pie V. D'où il résulte que Rome seulement avait conservé cette version, et que le reste de l'Italie avait adopté celle qu'il avait expliquée dans sa jeunesse, et qui, étant d'un usage général, comptait dès lors plusieurs commentateurs. Une constitution d'Alexandre IV, placée la sixième dans le BuUaire des ermites de Saint-Augustin, prescrit au procureur-général et aux autres religieux habitant la Toscane, de réciter l'office suivant le rite romain, à l'exception du Psautier, parce que, dès cette époque, il n'était, suivi que par . les églises du diocèse de Rome. Mais j'admire que saint Bruno dise qu'il ignore si l'ancienne version a eu des commentateurs; car c'était son texte qu'avait expliqué Gassiodore, dont le * beau commentaire devait être connu à cette époque. Saint Augustin, dans son Exposition^ avait également suivi cette version qui lui paraissait préférable aux autres. Saint Grégoire le Grand lui emprunte également tous les passages des psaumes, qu'il cite dans ses écrits, comme on le voit dans la collection de saint Patère. C'est pour cela que j'ai toujours douté que l'explication des sept Psaumes de la Pénitence, dans laquelle on se sert de la version corrigée par saint Jérôme, fût de ce saint docteur. En effet, encore que le siège apostolique se servît de la nouvelle et de l'ancienne version, comme nous l'apprenons d'un passage de ce môme pontife, que nous avons cité plus haut; il faut cependant en excepter le Psautier, pour lequel Rome conserva toujours l'ancienne version italique. Joignez à cela les raisons tirées de cette explication elle-même, qui ne rappelle ni le style, ni la manière
de saint Grégoire. Toutefois, c'est une remarque sur lacjucllejc ne veux point insister, et que j'abandonne à l'examen des savants. On voit dans la bibliothèque Barberine un bréviaire manuscrit conforme à l'ancien Psautier. Cette mcMne version se retrouve dans plusieurs bréviaires, également manuscrits, de la bibliothèque du cardinal Chisius, qui ont été à l'usage des églises et des couvents du diocèse de Rome. Or, ces manuscrits remontent à peu près à l'an mil. Dans ceux qui furent écrits postérieurement à cette époque, nous trouvons la nouvelle version, ce qui confirme notre assertion, à savoir : qu'en Italie, k l'exception de Rome, l'ancienne version italique était tombée en désuétude il y a environ six cents ans. Et plût à Dieu que les auteurs de ce changement eussent considéré la chose de plus près, et consulté des hommes versés dans la science des rites et de l'antiquité ecclésiasti(|ue, ils n'eussent pas si facilement abandonné ce qu'avait sagement établi saint Grégoire le Grand ! En elfet, les saints Pères, qui, sous l'inspiration de Dieu, réglèrent les offices divins, mirent une scrupuleuse attention i\ ce qu'il y eût uniformité entre ce (pie les lideles récitaient à I ollice et ce qu'ils chantaient à la iMesse, et à ce que le Rréviaire et le iMissel concordassent en tout. C'est ce qu'ont observé avec soin saint Isidore et saint Ambroise, ou les auteurs des liturgies mozarabe et ambrosienne, quels qu'ils soient. C'est pour celle même raison que l'Eglise romaine garda l'ancien Psautier, puisque c'était de cette version qu'étaient tirés les Introïts et tous les passages des Psaumes insérés dans le Missel. On jugea, et avec raison, qu'il était peu convenable que le même psaume et le même cantique fussent chantés dans des termes didérents à la Messe et à l'ofïice, dissonnance qui, depuis la désuétude de l'ancien Psautier, se rencontre aujourd'hui assez fréquemment. Du reste, nous avons placé ici ces observations, non dans l'intention de censurer personne, mais pour faire mieux connaître l'antique discipline de l'Eglise.
Chez les Grecs, il y a deux Introils ou entrées à 1 autel : l'une, celle qu'ils appel lentV<^?^7^, lorsque le diacre porte à l'autel le
livre des Evangiles que lui a reuiis le prêtre; l'autre, nommée grande entrée, lorsque le prêtre porte solennellement les oblals de la prothèse au saint autel. Voici le cérémonial de la première : Le diacre demande la bénédiction à un prêtre, qui la lui donne en ces termes : Benedictum regnum Patris et Filii et Spiritus Sancti nunc et semper et in sxcula sœculorum. Alors le diacre récite à voix haute les prières qu'ils nomment pacifiques, parce qu'elles commencent par une oraison pour la paix. A ces prières enjoint trois antiennes ou cantiques, suivant la solennité du jour. Ceci terminé, le prêtre remet au diacre le livre des Evangiles; ce dernier sort de la prothèse, et, tenant le livre élevé à la hauteur de son front, il s'avance dans l'église, précédé de flambeaux et suivi des prêtres et du célébrant, qui chantent : Venlte adoremus Christuni. Le diacre, élevant et montrant le saint Evangile, dit : Sapientia : Recti, avertissant par là les fidèles de garder la sagesse enseignée dans l'Evangile et de se lever par respect. Tous vénèrent le livre sacré par une inclination profonde, et, après qu'on a chanté quelques versets, il est déposé sur l'autel. La grande entrée a lieu après le renvoi des catéchumènes; elle se fait avec grand appareil, surtout si c'est l'évêque qui doit célébrer. Des clercs avec des cierges attendent les* diacres à la porte de la prothèse, et lorsqu'ils sortent, ils les précèdent en formant une longue procession dans l'église. Les diacres eux-mêmes agitent des encensoirs fumants; puis vient un prêtre portant le pain placé sur le disque et recouvert d'un voile; un autre porte devant sa poitrine le calice également recouvert; suivent ensuite les prêtres qui doivent célébrer ensemble, suivant l'usage de leur église; ils tiennent les instruments sacrés : la lance, l'éponge, le Missel et les saintes reliques. Pendant cette procession, -on ohàniQ Y hymne des chérubins^, jusqu'à ce que les offrandes aient été déposées sur l'autel. Tels sont les deux Introïts des Grecs dont Cabasilas 2, Siméon de Thessalonique 3 et
' On donne ce nom à une sorte d'Antienne qui commence par ces mots : Qui Chenihim mysticè representamus, etc. (Vid Goar., pag. 106.) — 2 in exposilione Liturgiae. — - De templo.
saint Germain ^ nous ont laissé de longues et intéressantes descriptions.