‹ De la liturgieChapitre 4 sur 21 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Oi*i;;ii)e du eliaiit altern*'. — I>u Kyiuf. elkisox. — Qu'on l's» c'iiînité toiijoiif» et duiit^ touï^ les p»y»4. — I*<>ui"- <|uui le« LiUtiiiH (lisent, cette prlôrc en grec. — Hlnnlèi*e dont on la eliitntait tknti*efolt«. — l^oiifj^nea prît'res «prèis le Kyrie eleison. — Glohia i.n excelsis. — Qnel en e^t Puiiteur ; dlverset^ nd«liti(»ii»4 <|ni y Tui'ent luttes* — i%.uti*erol!4 letâ évê<iueH Heuls le réeltatient.

Apres lliitruit, le chœur implore la miséricorde divine par le chant alterné du Ki/ric eleison. Or, Socrale prétend 2 que le chant alterné fut introduit dans lEglise par saint Ignace, évèque d'Antioche, lequel, dans une vision céleste, avait vu les anges chanter en chœurs alternatils des hymnes de louange en Ihonneur de la très-sainte Trinité. Théodoret ^ en attrihue l'origine à Flavien et à Théodore, (jui vivaient à Anlioche sous le règne de Constance. Encore résulte-l-il du témoignage de cet auteur, qu'il s'agit seulement du chant des Psaumes à deux chœurs, et non des chants sacrés. Saint Basile le Grand "i, traitant de cette forme de psalmodie, atteste (lu'c.'lle était en usage en Egypte, en Lyhie, à Thèhes, en Palestine, chez les Arahes, les Phéniciens, les Syriens et chez les peuples qui hahitaient les bords de l'Euphrate. Si nous en croyons Socrate ^ et Sozomène ^, ce fut saint Jean Chrysostùme qui introduisit cet usage parmi les fidèles de Constantinopie. Cependant cette coutume ne pénétra que plus tard dans les monastères, car, même au temps de Gassien 7, nous voyons que les

' In Theoria rerum ecclesiast. — ^ Lib. 6, cap. 8. — ^ Lib. 2, cap 24. — * Kpisl. 63, ad clcruos Neocaîsaricnses. — ■• Lib. G. — '^ Lib. 8, cap. 8. — ' Lib. l, liislil., cap. 0, 8 et 10.

Psaumes étaient chantés par un seul religieux, tous les autreâ écoutant en silence. Que s'il est question de l'Eglise d'Occident, le diacre Paulin, dans la Vie de saint A mh mise, et saint Augustin, dans ses Confessions i, nous apprennent que ce fut ce même saint Ambroise, qui introduisit dans son église de Milan ce chant imité des Orientaux, et ce fut à l'imitation de cette église que les autres contrées d'Occident en firent usage. On assure aussi que ce fat le pape Damase qui, le premier, confirma de son autorité apostolique cette manière de chanter, et voulut qu'elle fût adoptée dans toute l'Eglise.

Mais, relativement au Kyrie eleison, il est clair que ce ne fut aucune institution humaine qui prescrivit cette prière; elle découle, pour ainsi dire, d'un instinct naturel. En effel, l'homme étant, par suite de l'héritage que lui a laissé la faute de ses premiers parents, sujet à beaucoup de misères, la nature même le porte à implorer le secours de celui, qui seul peut faire miséricorde à des misérables, et relever cette pauvre nature succombant sous le poids de tant de maux. Aussi rencontrons-nous' fréquemment dans l'Ancien Testament €ette prière : Domine miserere; Miserere meî Deus; Miserere nostrî Deus omnium. 11 y a plus, les païens eux-mêmes, privés des lumières de la foi, étaient sans doute guidés par la nature, quand ils se servaient de cette môme prière pour implorer le secours du Dieu suprême. « Nous invoquons Dieu, écrit Arrien ^, en lui adressant cette prière : Seigneur, ayez pitié de nous; Kyrie eleison. » En effet, comme l'observe Minucius Félix, les premiers principes sont communs à tous ceux qui jouissent de la raison. C'est ce que dit la conscience de tous, c'est le langage naturel du peuple, et non pas seulement la prière d'une âme chrétienne. Cette môme formule se rencontre dans les offices ecclésiastiques de tous les peuples. Elle est souvent répétée dans la Liturgie de saint Jacques et dans celle des Pères grecs. Les Syriens, les Arméniens et les autres chrétiens d'Orient, dont les rites remontent à la plus haute antiquité, la disent- dans leur langue. Mais on ignore

• Lib. 9, cap. 6 et 7. — - Lib. 2, Dissert. Epict., cap. 7,

quel est celui qui a fait passer celle formule grecque dans lEglise latine. Amalaire, Strabon, le Micrologue, et presque tous ceux ([ui ont traité des offices de l'Eglise, allirment que ce fut saint Grégoire le Grand. Mais il résulte d'un décret du second concile de Vaisons, tenu sous Félix IV, que l'usage de cette formule dans l'Eglise romaine est antérieure de plusieurs années à ce saint docteur. On y lit ^ : « Parce que tant à Rome que dans les églises d'Orient et d'Italie, s'est introduite la pieuse et bien salutaire coutume de répéter souvent, avec grande dévotion et componction de cœur, la \)rïcre Kij rie eleison, nous avons jugé convenable qu'un aussi saint usage fût observé, avec la grâce de Dieu, dans toutes nos églises, soit à Matines, soit à la Messe, soit aux Vêpres. » Bien plus, saint Grégoire lui-même 2. répondant aux plaintes de ceux qui lui reprocliaient de vouloir introduire les rites des Orientaux dans l'Eglise romaine, écrit : « Nous n'avons point dit, nous ne disons point le Kyrk eleison à la manière des Grecs; car parmi eux tous les fidèles le disent ensemble; chez nous, au contraire, les clercs le disent et le peuple le reprend ensuite; puis nous disons autant de (ois C/iriste eleison, ce qu'ils ne font jamais. » Aujourd'hui encore les Grecs disent tous ensemble le Kyrie eleison, comme l'alfirme saint Grégoire, car il est chanté par tout le peuple. 11 suit de ce ixissage qu'alors on répétait C/uiste eleison autant de fois qu'on avait dit Ki/rie, tandis (jue maintenant nous disons trois fois le Christc, et nous répétons six fois le Kyrie.

Pouniuoi dans l'Église latine dit-on cette prière en grec plutôt ([u'en latin ? Les auteurs qui ont expli(]ué les rites sacrés, en donnent plusieurs raisons, qu'il n'entre pas dans mon sujet d'examiner. Ils disent que l'Église latine chante en grec le Kyrie eleison, comme elle chante en hébreu : Amen, Alleluin, Sabaot/i, IJosanna, peut-être parce qu'il fut ainsi observé à l'origine de l'Église, soit pour montrer l'unité de l'Eglise composée d'Hébreux, de Grecs et de Latins, soit parce que dans ces trois langues lurent écrits les mystères de notre foi par les Apôtres, les

' Can. 3. — - Kpisl.. liF). 7, Kjnsl. Gi, ad Juan. Syraous.

Évangélistes et leurs successeurs immédiats, soit enfin parce que ces trois langues ont été pour ainsi dire consacrées, lorsqu'elles furent affichées au sommet de la croix. Mais quelle que soit la raison de cet usage, toujours est-il indubitable qu'il est fort 'ancien, car saint Augustin, dans son Epître 178^ qui contient sa dispute publique avec l'arien Pascent, témoigne que de môme que par ce mot : homousion, tous les fidèles croient l'unité de substance de la sainte Trinité; ainsi par ces paroles: Kyrie eleison^ Latins et Barbares supplient un seul et môme Dieu d'avoir pitié de leurs misères. Il ajoute ensuite qu'il est permis, non-seulement aux Barbares, mais aussi aux Romains, de dire : Sihora armen, paroles qui signifient : Seigneur, ayez pitié de nous, dans la langue gothique, que les Latins avaient apprise depuis que Rome était tombée au pouvoir d'Alaric.

J'ai rencontré dans cerlains cahiers manuscrits, dont on faisait usage au chœur dans quelques monastères, ce Kyrie entremêlé de différentes interpolations, qui me paraissent être l'œuvre de l'autorité privée de quelques supérieurs. Je me rappelle avoir lu, d^Lii^ h Chronique d'Angleterre^ attribuée à Jacques Bromton. abbé de Giteauxi,que saint Dunstan, pendant son sommeil, avait, dans une circonstance, entendu les anges chanter le Kyrie eleison. Les douces et suaves mélodies dont ils l'accompagnaient, ont été, ajoute l'auteur, conservées dans le trope, si célèbre en Angleterre, commençant par ces mots : Kyrie rex splendens, q\i' on a coutume de chanter aux grandes fêtes. Mais Bromton veut sans doute ici parler seulement de l'harmonie et non du trope, car au X^ siècle, époque à laquelle vécut saint Dunstan, je ne pense pas que ces tropes fussent en usage, et on n'en rencontre aucun vestige avant le XIll'' siècle. Ils sont généralement ridicules et n'ont pas un sens suivi. On en voit quelques-uns dans le Missel romain, édité à Lyon sous Paul 111 ; ils sont précédés de cette inscription : « Suivent certaines paroles pieuses sur le Kyrie eleison, le Sanctus, TAgnus Dei, mises ici pour 7iourrir la dévotion de quelques prêtres; bien quelles

' Inter. 10, Script, rerum Anpl,, p. 879.

ne soient pas dans l ordinaire de l'Église ro)nai7ie, iles^cepen-' dant permis de les dire à certaines Messes ci-dessous dcsi<jnt'es . » J'en citerai quelques exemples tirés de ce Missel, de Jod Glictovée ^ et d'un Missel manuscrit de la Dibliolhèque du Vatican :

Aux. Fêles solennelles.

Kl/rie, funs honilalis, à quo hoiia cuncla procedunt, eleison.

Kyrie, qui pati naluin inundi pro crimino. ipsum ut salvaret misisti, eleison.

Kyrie, qui sopliformis das dona Pneumatis, a quo cœluni et terra replenlur, eleison.

Chrisle, unice Dei Patris jrenite, quem de Virgine nascitiirum niirilicè sancli pravlixerunt Propheta', eleison.

Christe agie, cœli compos reiria», ciii mclos glôriac semper asians pro munere Angolorum décantât apex, eU'ison.

ChrLste, cœlilùs adsis nostris precihus, quem pronis menlihus in terris dévote colimus arl te, pie Jcsu, clamantes, eleison.

Kyrie, spiritus aime coluTrens palri Naloipie, unius usi;e consistondo, flans ah utroque, eleison.

Kyrie, qui haplizato in Jordanis undA Clirislo clfulgens spccie coluud)ina appannsti, eleison.

Kyrie, ignis divine, pectora nostra succende ut digni pariter proclamare possimus semper, cl€iso)i.

Aux Ft-'lt's (\o \ofrc-Seigneur JosiH-(Miri-i.

Kyrie cunctipolcns genilor Deus omnicreator, eleison. Fons et origine boni, pie, luxque perennis eleison. Salvillcet pietas tua nos, bonc reclor, eleison. Christe, Dei splendor, virlus, Palriscfue Sopliia, eleison. Plasmatis liumani salor, lapsi reparator, eleison. Ne tua damnetur, Jesu, factura, bénigne, eleison.

' l',|iiri(|;U. ccrlcsiast., III». ».

— ÔD —

Amborum sacrum spiramen, nexus amorque, eleison. Purgator culpae, veniae largitor opime, eleison. Offensas dele, sacro nos mimere reple, eleison.

Aux Fêtes de la bienheureuse Vierge Marie

Kyrie, virginîtatis amator, inclite Pater, et Creator Marise, eleison.

Kyrie, qui nasci Natum volens de Virgine, corpus eligisti Marise eleison.

Kyrie, qui septiformi repletum Pneumate pectus consecrasti Mariae, eleison.

Christe, unice de Maria genite, quem de Virgine nasciturum stirpis Davidicae sancti praedixerunt Prophetae, eleison.

Christe, usise gigas fortis geminae, qui pro homine homo sine virili semine prodisti de ventre Marise, eleison.

Chrisle, cœlitùs adsis nostris laudibus, quas pro viribus ore, corde, actuque psallimus, proies pie Jesu Marise, eleison.

Kyrie, Spiritus aime, amborum nexus amorque, cœlestis gratià rorem infudisti Marise, eleison.

Kyrie, qui, incarnate de Marise càrne Ghristo sub nostrâ specie, semper florem servas Marise, eleison.

Kyrie, semper simplex et summe, Ghrismate sacro nos reple, ut digno carminé decantemus laudes Marise, eleison.

Aux autres Fêtes.

Kyrie, rex genitor ingenite, vera essentia, eleison.

Kyrie, luminis fons, rerumque conditor, eleison.

Kyrie, qui nos tuse imaginis signasti specie, eleison.

Christe, Deus formse humanse particeps, eleison.

Christe, lux oriens, per quem sunt omnia, eleison.

Christe, qui perfecta es sapientia, eleison.

Kyrie, spiritus vivifiée, vitse vis, eleison.

Kyrie, utriusque vapor, in quo cuncta, eleison.

Kyrie, expurgator scelerum et largitor gratisc, qusesumus,

proptor no^lras ofTensas nt>li nos rclinquerc, consolator dolentis aniiiKL', eleison.

Aux jours (le (liinaïu'lie.

Orbis faclor, rex .nelernc, eleison.

Pictatis fons immense, eleison.

Noxas noslras, omnes pelle c/t'wo/j.

Clirlste, qui lux est mundi, dalor viUe, eleison.

Arte hesos diemonis inluere, eleison.

Conservans te credentes confirmansque, eleis^m.

Patrem, Nalum, te(|ue Flamen uirurumque, eleison.

Deum scimus unum adpie Irinuui esse, eleison.

Clcmens nobisadsis, Paraclite, ul vivamus in te, eleison.

Je passe sous silence beaucoup d'autres interpolai ions du mrme irenre, par lesquelles ces liommes simples s'imairinaient témuijrncr A Dieu plus de respect, cl lui rendre un culte plus a^Tcablc.

Apn>s le Kijrie eleisoti vient le Glorin in e.rcelsis, si on doit le clianler ; autrement, on salue le peuple par ces paroles : Dntninus robiseuïn, et on récite l'oraison ou Collecte, dont nous parlerons au chapitre suivant. Mais nous devons remanpicT ici qu'autrefois, lorsqu'on devait omettre le G/ztnVï in eo'eelsis, immédiatement après le Ki/rie, on chantait, pour les divers ordres de fidèles, de longues prières semblables à celles que les Grecs nomment paeififjucs^ et qu'au commencement de leur Lilur^rie le diacre chante alterualivement avec le chœur qui lui répond. Ce rite fut en vigueur dans l'Église latine jusqu'au IX' siècle, comme le remarque Hoar dans ses Notes sur la Messe de saint Jean Chrysostôme ', et "maintenant encore il est observé tous les dimanches du Carême dans l'église de Milan. En elTet, c'était, comme nous l'avons dit plus haut, la pratique de l'ancienni' Églisiî de faire concorder ensemble la Messe et l'ofïice ; c'est pourquoi les jours dans lescpiels on disait (\cri pri(Tes particuliè-

res à l'office, on devait à la Messe réciter des prières analogues. Saint Goloraban en parle dans sa Règle i, et, décrivant la psalmodie telle que l'avaient établie les anciens, il ajoute : « On y récite des versets pour la rémission de nos péchés, ensuite pour tout le peuple chrétien, pour les prêtres et les divers ordres de personnes consacrées à Dieu, pour ceux qui font des aumônes, pour la paix entre les princes, enfin pour nos ennemis, afin que le Seigneur ne leur impute point à péché les persécutions qu'ils nous font souffrir, et les calomnies qu'ils inventent, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font. » C'était ordinairement le diacre qui récitait à la Messe ces prières, adressées ainsi pour les divers besoins et pour les différentes classes de la communauté chrétienne; car, suivant ce qu'on lit dans le concile d'Aix-la-Chapelle 2, tenu sous le pape Etienne : « Les diacres, comme des hérauts, avertissent à haute voix les fidèles de prier, de fléchir les genoux, de psalmodier ou d'écouter les leçons. » L'auteur des Antiquités liturgiques ^rà^i^orte la formule suivante qu'il appelle Litanies de la Messe, et que Wicélius a transcrite sur un ancien manuscrit de la Bibliothèque de Fulde :

« Supplions de tout notre cœur,' de toute notre âme, le « Seigneur de nous exaucer, de nous faire miséricorde. ^

« Vous qui regardez la terre et dont le regard la fait trembler. « i*^. Seigneur, nous vous prions, daignez nous exaucer, ayez « pitié de nous.

« Afin que vous accordiez à nos jours une paix et une tran- « quillité profonde, i^. Nous vous prions. Seigneur.

c( Pour la sainte Eglise répandue sur toute la terre, i^. Nous « vous prions. Seigneur.

« Pour notre évoque, pour tous les évoques, les prêtres, les (c diacres et* tout le clergé, i^. Nous vous prions, Seigneur.

(( Pour cette province et ses habitants, f^. Nous vous prions, « Seigneur.

« Pour notre très-pieux empereur et pour ses armées. ^. Nous (( vous prions, Seigneur.

' Cap. 7. — » Cap. 7. - " Tom. 3, pag. 307.

« Pour tous ceux qui sont élevés eu dignité, pour les vierges, « pour les veuves et les orphelins, ^. Nous vous prions, « Seigneur.

(c Pour les pénitents et les catéchumènes. ^. Nous vous prions, « Seigneur.

« Pour ceux qui, dans la sainte Église, font des œuvres de « miséricorde, Seigneur, Dieu des vertus, exaucez nos prières. « ^. Nous vous prions. Seigneur.

« Nous nous rappelons le souvenir de vos Apôtres et de vos •• martyrs, afin quaidés de leurs prières, nous obtenions miséri- « corde. ^. Nous vous prions, Seigneur.

« Supplions le Seigneur de nous accorder une mort paisible et « chrétienne. iÇ. Daignez, Seigneur, daignez nous l'accorder.

« Supplions le Seigneur de conserver entre nous les liens de « la charité, i^. Daignez, Seigneur, daignez les conserver.

« Supplions le Seigneur qu'il nous fasse la grâce de garder la « sainteté et la pureté de la foi calholique. ii. Daignez, Seigneur, « daignez nous faire cette grâce.

(( Répétons tous ensemble : Seigneur, exaucez-nous, Seigneur, « ayez pitié de nous. »

Ce sont des prières du même genre qu'on récite encore aujourd'hui dans le rite ambrosien , le premier Dimanche de Carême, immédiatement avant la Collecte. Le diacre commence et le chœur lui répond. Voici ces prières :

«• Nous vous prions. Seigneur, de tout notre cœur et de toute <( notre àme , vous suppliant de nous accorder la paix et la « miséricorde, r^. Seigneur, ayez pitié de nous.

« Pour la sainte Eglise calholique répandue par toute la terre, « nous vous prions, Seigneur, i^. Seigneur, ayez pitié de nous.

« Pour notre souverain pontife N... , pour notre archevêque « N... , pour leur clergé, pour tous les prêtres et les clercs, « nous vous prions, Seigneur. î^. Seigneur, ayez pitié de nous.

(( Pour nos serviteurs, notre empereur N... , notre roi N... , (( notre duc et pour leurs armées, nous vous prions. Seigneur, « 1*$. Seigneur, ayez pitié de nous.

« Pour la paix de l'Eglise , la vocation des Gentils et la K tranquillité des peuples , nous vous prions , Seigneur. ^. :c Seigneur, ayez pitié de nous,

« Pour cette ville, pour sa conservation et celle de ses habite tants, nous vous prions, Seigneur. ^, Seigneur, ayez pitié de « nous.

« Pour la sérénité de l'air, pour la fécondité de la terre, nous X vous prions, Seigneur. ^. Seigneur, ayez pitié de nous.

« Pour les vierges, les veuves, les orphelins, les captifs et les :( péaitents, nous vous prions, Seigneur, i^. Seigneur, ayez pitié :( de nous.

« Pour ceux qui sont sur mer, pour les voyageurs, pour ceux :< qui sont dans les cachots, dans les" fers, dans les mines, pour i les exilés, nous vous prions. Seigneur. ^. Seigneur, ayez pitié i de nous.

« Pour ceux qui souffrent de diverses maladies, pour ceux qui ( sont tourmentés par les démons, nous vous prions. Seigneur. ( ^. Seigneur, ayez pitié de nous.

« Pour ceux qui, dans votre Eglise, font les œuvres de misérii corde, nous vous prions. Seigneur, .i^. Seigneur, ayez pitié de ( nous. "

« Nous vous supplions, Seigneur, de nous exaucer dans ( toutes nos prières et nos demandes. ^. Seigneur, ayez pitié de c nous.

(c Répétons tous : Seigneur, ayez pitié de nous. »

On trouve encore des prières analogues et presque semblables ians saint Clément ^ et dans les Liturgies des Grecs. Pour les lire, le diacre montait sur l'ambon, comme l'observe Goar 2, et yest ce qui se pratique encore chez les Grecs. Que s'il n'y a pas l'ambon, il se place au milieu de Féghse, et récite toutes les invocations qui lui sont assignées par le rubrique.

De l'hymne Gloria in excelsis.

Comme cette hymne commence par les paroles, que les anges

* Lib. 8, Coust apostol. — "^ In or. sacr. minist., not, 27,

chanteront à la naissance de notre Sauveur Jésus-Chrisl, elle aj reçu le nom d'/Jymne des Anges. C'est avec raison qu'on la ranpre au nombre des hymnes, parce qu'elle a tout ce qui constitue une hymne, c'est-à-dire qu'elle est un chant consacré a ja louange de Dieu. « Si vous dites les louages de Dieu, observe avec justesse saint Augustin ^ et que vous ne chantiez pas, ce n'est point une hymne ; si les louanges ne sont pas celles de Dieu, bien que vous les chantiez, ce ne sera point non plus une hymne. Une hymne contient donc essentielhMuent ces deux choses : \o chant et les louanges de Dieu. » Brde ajoute ^ une autre condition , c'est quelle soit cVrite en vers ; mais l'opinion desavants est que cette condition n'est point nécessaire. C'est C( qu'entre autres a démontré. Cœlius Rhodigin 3 par rexem[île de Platon, dont le Symposius et le Phèdre contiennent des hymnes qui sont on prose. Et, pour ne parler (jue de celle qui nous occupe, n'est-elle pas réelhnnent une hymne, puiscjue tous le- Pères l'ont désignée sous ce nom ? J'ai, dans le Traité de la Divine psalmodie '♦, réuni plusi(nirs témoignages des auleur> sacrés et profanes au sujet (\os hymnes et de leur usage. Or, entre toutes, il n'en est point de plus noble que celle qui nou> occupe, soit que nous considérions son auteur, son antiquité, son usage, l'excelh^nce et la beauté des louanges qu'on y adress< à Dieu. Car, pour n'en citer qu'un seul passage, (pioi de phibeau, de plus généreux que de dire à Dieu : Xous vous reïuinns grâces à carcse de votre grande gloire ? C'est comme si noudisions : Nous vous rendons grâces à cause de vous, non pa à cause du bien qui nous en revient, mais A cause de votre propre gloire, parce que cette gloire est notre sanctification, et notre justice ne doit tournerqu'à votre gloin^; parce (juen nous sanctifiant, vous nous rendez participants de cette même gloire dans notre exil el dans la patrie, c'est pour cela que nous sonunes heureux d'être les serviteurs d'un si grand el si glorieux Seigneur; nounous réjouissons donc de voir cette gloire partout répandue, di

' In IValm. 118. — - Prfrf. in Psalm. — ■ Lib. 7, anl. Lecl., rap. 5. * Cap. IG, 8 0.

penser que vous en jouissez bien plus que si c'était la nôtre, parce que vous seul êtes glorieux et cligne de louange, et qu'en dehors de vous il ne peut y avoir de véritable gloire.

Les premières paroles : Gloria in excelsis Deo^ et in terra paœ hominlbus honx voluntatis, nous ont été apportées du ciel par les Anges ; on ignore quel a été l'auteur des autres. Quelquesuns croient que ce furent les Apôtres, parce que cette hymne se lit tout entière dans les Constitutions Apostoliques i ; mais les gens instruits savent depuis longtemps ce qu'il faut penser de l'auteur et de l'antiquité de cet ouvrage. D'autres lattribuent au pape Télesphore, qui vivait vers l'an 150 de l'ère chrétienne, tels sont : Sigebert ^ et Innocent 111 ^. D'autres lattribuent à Symmaque qui vécut vers l'an 500. La plupart des auteurs modernes ont suivi Alcuin ^, Hugues de Saint- Victor 5, Rémi d'Auxerre^, Honorius ' et Jean Beleth ^, qui attestent qu'elle fut complétée par saint Hilaire de Poitiers ; mais ni dans la vie, ni dans les écrits du saint docteur, ni dans les écrivains des quatre siècles qui suivirent, on ne rencontre rien qui vienne confirmer cette assertion. De plus, je ferai observer que saint Athanase, contemporain de saint Hilaire, parle de cette hymne à la fm de son Traité de la Virginité en ces termes : « Dès le matin dites le psaume : Deus^ Deus^ meus^ ad te de luce viyilo. Lorsque le jour commencera à paraître, vous réciterez le cantique : Benedicite ornnia opéra Domini Domino ; et vous direz ensuite : Gloria in excelsis Deo^ et in terra pax^ in hominibus bona voluntas. Laudamus te : benedicimus te : adoramus te^ et le reste de l'hymne. » D'où il résulte que, dès cette époque, cette hymne était en usage et répandue dans diverses provinces. Les Pères du sixième concile de Tolède se sont exprimés avec plus de réserve, lorsqu'ils disent ^ : « Les autres paroles qui suivent celles que les Anges ont prononcées, ont été composées par les docteurs ecclésiastiques, » sans indiquer quels ont été ces

' Lib. 7, cap. 47. — 2 |n Chronico. '- ^ De mysteriis Missae, lib. 2, cap. 20. — * Cap. 40. — ^ De Div. offic, lib. 2, cap. 11. — ''In expositione Missae. — < 7 Gemma, lib. 1, cap. 8. — » De divinis off., cap. 36. - ^ Can. U,

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docteurs. L'auteur du Licre des pontifes dit, à propos du pape Télespliore, qu'il prescrivit de réciter lllymne des Anges, c'està-dire le Gloria in cxcclsis, avant le Sacrifice ; mais il ne dit pas que ce pontife ait ajouté quelque chose à cette hymne. Peut-être alors consistait-elle seulement dans les paroles de l'Evangile, telle que nous la voyons dans la liturgie de saint Jacques. Symmaque ordonna (ju'elle fût récitée tous les jours de Dimanche et aux fêtes des n)artyrs, car saint Télesphore, si nous en croyons Sigebert et Innocent lll, avait seulement recommandé de la chanter le jour de Noël à la Messe de la nuit. Le décret de Symmaque doit s'entendre de la récitation de l'hymne tout entière, car le témoignage de saint Athanase que nous venons de citer, montre qu'elle était dès lors complétée. L'évêquc Éthérius et le prêtre Béat nous apprennent ^ que. dans le rite mozarabe dont ils parlent, on la chantait les Dimanches et à certains jours de fête. Elle est appelée (tvande i/oxolngie par les Grecs, qui la récitent A loffice du matin -. Saint Valérien, évêque d'Arles, qui vivait en 550, et saint Tétrade, dans leurs Hegles, prescrivent également de la récitera Laudes pendant le temps pascal.

Anastase écrit, dans la Vie cl' Etienne IV, quece pontife ordonna « (pie les sept évêque.s-cardinaux, chargi's par semaine de la basilique de Saint - Sauveur , célébreraient la Messe chacpie Dimanche sur lautel de .^aint Pierre, et qu'ils y diraient le Gloria in excelsis. La raison de ce décret, c'est qu'autrefois les évêques seuls pouvaient dire cette hymne ; les prêtres ne devaient la réciter que le jour de PAques, ainsi qu'il est marqué au commencement du Sacramentaire de saint Grégoire ; non pas parce qu'il appartient principalement aux évêques de dire la Messe, comme l'explique Suarez =^ mais parce que tel était alors

' Liber I, advers Eitpand., archiop. Toictan. — - Cet offirc du malin, désigné sous le nom de Laudes dans les Eucologes, n'est nullement semblable à celui que les Lalins appellent de ce même nom. On y rérile qiicliiucs psaumes entremêlés de \'^rsets et de longues Oraisons; c'est à la fin que se récite le Clon'a in cxrehis, semblable, à part quehiues légères variantes, à celui de l'Éylise latine. (Voy. Goar, Eucbol. Grai'c., paç. .J4.) — ^ Tom. 3, in tert. part, disput. 83, scct. 1.

l'usage (le l'Eglise, et que les évèques seuls disaient cette hymne, de même que seuls ils saluent le peuple par ces paroles : Pax vobis^ les jours où l'on dit le Gloria in excelsis. Tant il est yrai, comme je l'ai souvent remarqué, qu'on ne doit point juger des anciennes coutumes de l'Eglise par ce qui s'observe de nos jours. « 11 a été ordonné, écrit Walfrid Strabon i, que cette hymne ne sçrait dite qu'aux fêtes principales et seulement par les évêques, comme nous le voyons au commencement du livre des Sacrements. » Dans la bibliothèque du Vatican, un manuscrit palatin fort ancien. N*' 495, contient un ordre de la Messe romaine, au commencement duquel on ht : « On dit le Gloria in excelsis, si le célébrant est évêquft, et seulement les jours de Dimanche et de fête. Les prêtres ne le disent que le jour de Pâques. » C'est donc sans raison que Bernon de Richenau s'efforce d'attaquer ce rite, quand il dit 2 : « Pourquoi ne serait-il pas permis aux prêtres de chanter, les Dimanches et les jours de fête, cette hymne que les Anges ont chanté à la naissance du Sauveur? Que si, d'après ce qui est dit en tête du Missel; il leur est permis de le chanter le jour de Pâques, je pense qu'ils ne feraient pas plus de mal en le chantant le jour de Noël, puisque c'est en ce jour que la terre a appris des Anges ce chant du ciel. Que ceux qui prétendent le contraire nous citent un passage montrant que les Pères, ou ,que le saint Pape Grégoire lui-même l'aient défendu, et si nous ne pouvons répondre à ce passage, nous conviendrons facilement que nous avons tort. » Ainsi parle cet auteur, dont le devoir était non pas de disputer^ mais d'obéir. Car saint Grégoire porte cette défense au commencement de son Missel, comme Bernon lui-môme en convient, et cela aurait dû lui suffire et l'empêcher de disputer. Maintenant cette défense n'existe pjus, et tous les prêtres peuvent chanter cette hymne, ce que je soupçonne s'être établi insensiblement peu de temps après Bernon, qui vécut en 1040.

Jod Glictovée ^ écrit que différentes interpolations furent faites au Gloria in excelsis d'après une constitution ecclésiastique,

' Cap. 22. — ■' Cap* % de rébus ad Missam spectantib, --> ^ Elucidatorium, lib. 3,

mais on ne sait quelle fut celle consLitulion. Je serais plus porte à croire que ces interpolalions furent l'œuvre de quelques particuliers ; que peu à peu elles obtinrent assez de crédit pour être insérées dans cerlains Missels. On rencontre fréquemment dans les livres à l'usage du chœur, tant manuscrits qu'inqirimés, les insertions suivantes concernant la sainte Vierge ; après Domine /m unigenile Jesus-Christe^ Spiritus et aime orpli^noruui Paraclile ; après Domine Deus acjnus Del /llius patris, prlmogenilus Mariiu virginis matris ; après Suscipe deprecationein nostram, ad Mariai gloriam ; — Et à la fin : Tu solus sanctus^ Mariam sanctilicans, (u solus Dominiis, Mariam gubernans, Tu solus allissimus^ Mariam coronans, Jesu-C/irisie cuïh sancto Spiritu^ etc. Paris de Crai-sis rapporte > (pie Nicolas V défendit de clianter ces insertions dans sa chapelle. Pamelius a transcrit, à la (in du tome 11^' de ses Liturgies, deux de ces hymnes ainsi interpolées. Voici la première, (|ui était chantée le jour de Noël :

<( Lauilamus tc^ laus tua resonet coram te, rex : ncnedicimus « /(?, qui venisli i)ropternos, rex angelorum Deus. Adoramus te « gloriosum rcgem Israël in llirono Palris lui. Cibnl/icamus te^ « veneranda Trinitas. Qui sedes ad dc.rtcrinn A///is, miserere « nobis^ in sede majeslalis liue. Quoniam lu solus sanclus, « Deus lorlis et immorlalis. Tu solus Do)ninus^ ca'lestium, « terri'Strorum el iiifernorum rex. Tu solus altissiimis^ rex « regum, regnuin Uiiiiii sohihiiii permanehit in ielernum. Jcsu « C/irisle^ etc. «

L'aulre est pour le jour d(î la Dédicace : «» (ilorld in crcrisis « Dco, (juem cives cwlesles sanclum clamanles laude fréquence tant. A7 in (erra pa.r, quem minislri Domini Verbo incarw natum terrenis promiseranl. Laudamus te, laudibus cujus « aslra malulina insislunt. Iknedicimus te, per cpiem omnc « sacrum et benedictioconceditur, atque augetur. Adoramus te, ce omnipotens, adorande, colende, tremende, venerande. Glorifi- « camus te, ut creatura creanlem, plasma plasmanlem, figulus « figmentum. Gratins agimus tibi propler ma(jnam gloriam

' |n caereiuoii. suinin. Puntif. inédit., cap. G7.

c( tuam, hynitium majestati, gratias autem pietati ferentes. (( Domine Deus rcx cœlestis, et ce qui suit jusqu'à : Suscipe « deprecatioïiem nostram. Quem quisquis adorât, in spiritu et ce veritate oportet adorare. Qui sedes ad deœteram Patris^ etc. , « jusqu'à AUissimus Jesu-Christe unigenite, qui est una cum « sancto Spiritu in gloria Dei Patris. Amen. »

Nous pourrions encore citer d'autres exemples, mais ceux-ci sont bien suffisants pour montrer que quelques-uns, par une hardiesse téméraire, ou plutôt par simplicité, par un zèle qui n'était point selon la science, osèrent insérer dans l'hymne des Anges des interpolations, qui ne rappellent en rien la majesté du style ecclésiastique, et qui déformaient, bien plus qu'elles n'embeUissaient, le culte divin.

CÎIAPITRE V.

ï>u DOMINUS voniscuM. — Origine et usage de cette salu-* tation. — t.es Grec» se servent de la Tormule pax OMNIBUS. — Que les évêques emploient quelque A>is une formule analogue. — I*ourq[uoî met-on devant la Collecte le mot oremus et parFois flectamus genua — Sens divers du nom de Collecte. — Quel est le premier auteur des Collectes ou Oraisons ? — Quelle doit être leur l'orme? — Explication de leur conclusion* — I^ourquoî étend-on les mains et les bras pendant qu'on les récite? — Oes suffrages qui autrefois se disaient après la Collecte.

Après la récitation de l'hymne des Anges, le prêtre salue le peuple en disant : Dominus vohiscum ; cette formule de salutation a passé de l'Ancien Testament dans l'Église. En effet, Booz, ainsi que nous le Voyons dans le livre de Ruth *, salue

' Cap. 2.

ses moissonneurs en leur disant : Le Seicjncur soit avec vous^ Dominus vobiscum^ et le prophète que Dieu envoie à Asa, roi de Juda, lorsqu'il revenait triomphant avec son armée, le salue par ces paroles ^ : Le Seigneur soit avec vous, parce qiie vous avez été avec lui. Mais il semble surtout que cette salutation tire sa force et son efficacité de ces paroles du Sauveur : Voici que je suis avec vous tous les jours^ jusqu'à Ui consommation des siècles. Et parce que l'on dit au pluriel: Dominus vobiscum^ les anciens avaient décrété que personne ne devait célébrer la Messe, s'il ne se trouvait au moins deux assistants, comme nous lavons observé plus haut -^ Or, dans la suite, ce décret tomba on désuétude, non pas parce que les Anges environnent le célébrant, comuie l'écrit pieusement Innocent 111 ^, qui semble inférer de là qu'ils ne manquent jamais d entourer le prêtre qui célèbre, mais parce que le ministre, bien qu'il soit seul, représente l'Eglise. Autrement celui (|ui récite seul l'olRce divin devrait y omettre celte salutation, ce ([ui serait absurde, ainsi que le niontre Pierre Damien, dans l'ouvrage qu'il écrit spécialement sur ce point, et auquel, pour cette raison, il donna le titre de Dominus vobiscum. En conséquence, non-seulement le célébrant, mais le servant lui-même remplissent une fonction publi(iue; et de même ([ue le prêtre salue l'Église, ainsi le juinislre lui répond au nom de l'Église. Cette salutation est particulière aux prêtres, et les Lecteurs en Afrique ayant osé s'en servir, le troisième concile de Carlhage '* leur fit défense de l'employer à l'avenir.

Les Grecs ne font pas usage de cette formule ; elle ne se trouve point dans leurs Liturgies. Une seule fois on rencontre dans la Liturgie de saint Marc ces paroles : Dominus sit semper cum omnibus nobis Lorsqu'ils saluent le peuple, ils disent: Fax omnibus, comme on le voit par les Liturgies de saint Basile et de saint Chrysostôme. C'est pounpioi, au rapport de Socrate ^, le peuple qui se pressait autour de saint Chrysostôme et se

' Lil). 'l, Pfli-alip., cap. 15. — '■ Livre 1", cliap. 13. — * De Myftleriis Missa\, lib. i, cap. 25. — ♦ Can, 4. — ^ Lib. 6, cap. 14.

réjouissait de son retour de l'exil, le suppliait de monter au trône épiscopal, et de souhaiter la paix aux fidèles suivant l'usage. Ce saint docteur lui-même dit i en parlant de ce rite : Dès que celui qui préside à l'église est entré, il dit : Pax omnibus ; lorsqu'il va prêcher et faire une instruction : Pax omnibus; lorsqu'il bénit : Pa^ o/7im6it5; quand il ordonne de se donner le baiser de paix : Pax omnibus ; à la fin du Sacrifice, il répète encore : Pax omnibus. » — « Jésus-Christ, écrit saint Cyrille 2, salue ses disciples par cette formule connue : Pax vobis, établissant pour ainsi dire une loi pour les enfants de l'Église. C'est pour cela que, surtout dans nos saintes réunions, au commencement des sacrés mystères, nous nous adressons mutuellement ces mêmes paroles. » Saint Athanase, dans sa Lettre àEusthatius, attaque certains évêques, qui excitaient des disputes et oppriniaient leurs frères, eux qui pourtant, au commencement du saint Sacrifice, adressaient aux fidèles ces belles et douces paroles : Pax vobis. Je pense que c'est de cette coutume des Grecs, qui elle-même s'appuie sur l'exemple et les enseignements de Jésus-Christ, que vient l'usage adopté par les évêques latins de dire : Pax vobis ^ la première fois qu'ils saluent le peuple, employant ainsi les propres paroles de celui dont ils sont les pontifes. « Toutefois, dit saint Optât de Milève ^ en parlant des Donatistes, vous n'avez pu retrancher ce qui était légitimement établi, vous avez continué à dire: Pax vo-biscum. Pourquoi ce salut d'une chose que vous navez pas? Pourquoi nommer ce que vous avez détruit? Quoi, vous souhaitez la paix, vous qui la détestez? Saint Ambroise fait également mention de cette salutation ^. Comme certains évêques se servaient exclusivement de cette formule, contrairement à l'usage de l'Eglise, et ne voulaient point se servir de l'autre dont les prêtres faisaient usage, le premier concile de Dragues porta le décret suivant ^ : « Nous avons voulu que les évêques ne saluassent point le peuple autrement que les prêtres, mais qu'ils

* Homil. 3, in Epist. ad Colos. — - Iii .Toannern, lib. il. — '' Liber 3» - ^' De dignit. sacerd., cap. 5, — ^ Can, 21,

disent également : Dominus sit vobiscum, tel qu'il est écrit au livre de Ruth, et que le peuple répondît : Et cwn spiritu tioo, ainsi que tout l'Orient l'a retenu de la tradition des Apôtres, et non tel que l'a introduit la perversité des Priscillianistes. » En effet, Priscillien, suivant la remarque de Garsias sur ce Canon, prétendait que les évéques devaient en saluant dire, non pas une fois seulement, comme c'est la coutume, mais toujours : Paœ vobis. Les savants ont depuis longtemps observé quune faute s'était glissée dc^ns ce décret, et qu'au lieu d'Orient on devait lire Occident, car les témoignages que nous avons rapportés montrent que l'usage de l'Église orientale était différent. Presque tous les auteurs modernes pensent que c'est à cette salutation que fait allusion saint Denys ', quand il parle d'une salutation divine; mais le contexte prouve qu'il s'agit du baiser de paix, dont il rend raison en ces termes : « En effet. Ils ne peuvent former un seul corps, participer à ce môme signe d'union paciliijue, ceux qui sont divisés entre eux. » Or, soit qu'on dise : Pax vobis ou Doininus vobiscum, cette salutation est un signe de communion mutuelle et de paix, qui réunit les lidèles dans la foi et dans la charité. C'est pour cette raison que Terlullien reproche aux hérétiques de saluer tout le monde sans distinction de personnes. Pacem, dit-Ll, cum omnibus miscent. Nous lisons que saint Polycarpe repoussa le salut de Marcion, qui était hors de la communion de l'Eglise. C'est pour ce même motif que dans les premiers siècles de l'Église les infidèles, les pénitents, les catéchumènes ne pouvaient assister au sermon, parce que l'évéque saluait le peuple avant de le commencer. L'évoque, dit saint Optât, ne parle pas au peuple avant de l'avoir salué au nom du Seigneur. Saint Athanase nous enseigne ^- que cette salutation amicale. Par omnibus , était dans la bouche de celui qui allait offrir ou prêcher. Michel Glycas, dans la quatrième partie de ses Annales, raconte d'après \ Hisloirc ceclcsiastique de P Jalon, qu'au temps des persécuteurs, il y eut un ecclésiastique que son évoque avait séparé de la

' Cap. 2, Rccl. Hicrarch.; ^ 8. — -i Tom. '2, edil. oommelitiana', pag. 245.

communion des fidèles. Or, il advint que cet excommunié fut arrêté par les païens et mis à mort pour la foi. Un temple fut construit au lieu de son martyre ; mais lorsque l'évoque venait y célébrer, au moment où il prononçait ces paroles : Fax omnibus, on voyait le martyr quitter l'église, ce qui se renouvela plusieurs fois, jusqu'à ce que l'évoque l'eût absous.

Lorsque les prêtres saluent par ces mots: Paxvohis, ou par ces autres : Dominus vobiscum, c'est Jésus-Christ qui nous salue en leur personne ; il désire demeurer en nous, nous unir à lui et nous rendre ces temples vivants par la réception de la sainte Eucharistie. C'est ainsi que l'ange dit à la sainte Vierge : Dominus tecum, avant que le Sauveur ne s'incarnât dans son sein. Le peuple répond : Et cum spiritu tuo, paroles qui semblent être tirées de la 2*" Épître à Timothée, dans laquelle saint Paul écrit ^ : Dominus Jésus Christus cum spiritu tuo. Cette réponse se voit dans les plus anciennes Liturgies. « Dans les redoutables mystères, dit saint Ghrysostôme 2, de même que le prêtre prie pour le peuple, ainsi le peuple prie pour le prêtre. Car ces paroles: Et cum spiritu tuo, ne signifient rien au chose. )) Jadis le peuple tout entier répondait au célébrant, comme nous l'apprennent les Liturgies et ceux qui les' ont expliquées. Le Micrologue dit qu'en Occident le concile d'Orléans avait ordonné que non-seulement les clercs, mais toute l'assistance devait répondre : Et cum spiritu tuo. xMaintenant les clercs ou les ministres répondent seuls, comme nous l'avons dit ailleurs 3. Le sens de cette réponse est ainsi expliqué par saint Isidore de Péluse ^ : « Ce que répond le peuple : Et cum^ spiritu tuo, veut dire : Vous nous avez donné la paix. Seigneur, c'est-à-dire la concorde, l'union entre nous; donnez-nous aussi cette paix, cette union- inséparable avec vous, afin qu'étant en paix avec votre esprit, rien ne puisse nous séparer de votre amour, que vous avez mis en nous «au jour de notre création 5. » Florus

' Cap. 4. — 2 Homil. 18, in 2 ad Corinth. — ^ Livre 1", ciiap. 25. — ^ Lib. 1, Epist. 122. — ^ Est-il nécessaire d'observer que ceUe explication de saint Isidore de Péluse s'applique à la formule des Grecs : Fax omnibus -, Et cum Spiritu tuo ' Voici celle que Rémi d'Auxerre donne du Dominus vobiscuyn et de la réponse des

Magisler écrit, dans son Exposition de la Messt% que l'Église ne trouve rien de plus précieux à souhaiter au prêtre, que ce que lui-même souhaite à l'Église, à savoir : que le môme Seigneur, qui daigne être avec son Église, daigne aussi être avec l'esprit du célébrant.

Après cette salutation, le célébrant excité l'assemblée et luimême à prier en disant : Prions, Orcmus. Autrefois, à cette monition tous les assistants priaient quelque temps en silence, et le prêtre, concluant pour ainsi dire celte prière de tous par une courte prière, récitait à haute voix la Collecte. Lorsque le prêtre disait ainsi : Orcmus, cela s'appelait anciennement, dans le style ecclésiastique, donner la prière, oradonem dare. Uranius, dans la Vie de saint Paulin, racontant la mort de saint Jean, évêque de Naples, s'exprime ainsi : « Il se rendit ta l'église ; étant monté à son trône, il salua le peuple comme à l'ordinaire; après que le peuple eut répondu à sa salutation, il donna la prière, et rendit l'Ame en récitant la Collecte. » La même phrase est employée par Anastase dans la Vie de Sergius IL II raconte que ce Pontife entra dans l'église avec Louis le Débonnaire, tous se prosternèrent pour prier près delà confession de saint Pierre, et que le Pontife, oijant donné la prière pour le peuple, sortit ensuite avec le prince. Egalement le concile romain, tenu sous Zacharie, décrète ^ : « Que l'évêquc ou le prêtre, qui est monté à l'autel pour célébrer, n'ait point la témérité de se retirer après avoir donné l'oraison, pour qu'un autre évêque ou prêtre continue la Messe, mais que celui qui a commencé doit continuer jusqu'à la tin. » Les Actes de sainte Suzanne emploient la même formule 2, et nous y voyons qu'on récitait des prières de ce genre, non-seulement dans les assemblées ecclésiastiques,

fidèles : L'assemblée, dit-il, touchée du souhait si avantageux (jue le prêtre lui a fait, hii rend le salut en priant, et prie en le rendant. Comme le piélre a souhaité aux fidèles (|ue le Seigneur soit avec eux, ils souhaitent qu'il soit aussi avec lui en disant: Kt avec votre esprit. On ne dit pas avec vous, mais avec votre esprit, pour faire entendre cpje l'office (pii va suivre doit être fait spiriluollement, avec l'altention d'une âme raisonnable, (jui a été créée capable de la lumière et de la grâce divine, (voy. le l*. Lebrun, tom. 1", p. 190). — ' Cap. li. — '-' Apud Baronium, ad ann. 2î)i, n. 10.

mais aussi dans les maisons particulières, lorsque les prêtres les visitaient, ou lorsqu'eux-mômes recevaient des visites. En effet, on y raconte que le prêtre Gabinius, à l'arrivée des autres fidèles, donna la prière en ces termes : Oremus. Ceux qui se trouvaient présents se prosternaient jusqu'à terre, il pria ainsi : Seigneur Dieu, qui rassemblez vos ouailles dispersées, et qui les gardez lorsqu'elles sont réunies, jetez ton regard de bonté sur V œuvre de vos mains; daignez éclairer ceux qui croient en vous, parce que vous êtes la véritable lumière dans les siècles des siècles. A cette prière tous répondirent : Amen. Egalement Caïus, arrivant dans la maison de Gabinius, donna ainsi la prière, pendant que tous étaient prosternés : Oremus. Seigneur Dieu, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, pour le salut et la vie éternelle de tous, avez envoyé Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin de nous arracher aux ténèbres de ce monde, daignez nous accorder, à nous qui sommes vos serviteurs, la constance dans la foi, vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Et tous répondirent : Amen. Quelquefois le prêtre, après avoir donné la prière par le mot Oremus, indiquait les personnes pour lesquelles on allait prier, par une formule du même genre que celles dont nous nous servons le Vendredi-Saint, lorsque nous faisons des prières pour toutes les classes d'hommes. Saint Augustin fait allusion à cet usage, dans son Epître i à Vital de Carthage, qui enseignait faussement qu'on ne devait point prier pour les infidèles: « Disputez, lui dit le saint docteur, disputez alors contre les prières de l'Eglise, et quand vous entendez le prêtre à l'autel avertir le peuple de prier pour les infidèles, afin que Dieu les convertisse à la foi ; pour les catéchumènes, afin qu'il leur inspire un vif désir du baptême, ou enfin pour les fidèles, afin qu'ils persévèrent dans la grâce qu'ils ont reçue, venez, si vous l'osez, siffler ces pieuses oraisons. » Dans YOrdo romain, manuscrit appartenant à la reine de Suède, dont nous avons souvent parlé, et qui remonte à plus de neuf cents ans, on trouve plusieurs de ces formules. J'en transcris une en faveur

r Epist. 107,

de ceux qui fournissent les Agapes : « Prinns, trh-chers frcres, le Dieu toiit'puissant pour notre frère N...^ qui, se souvenmit des préceptes divins, fournit du fruit de son travail, de ta. nourriture à ceux qui en manquent, afin que sa dévotion soit aussi agréable à Dieu qu'elle nous est nécessaire. » ImmcHlialcmont suit celle Collecte : 0 Dieu, qui, après le baptême, avez établi dans Vaumône un second moyen de racheter les péchés, regardez favorablement votre serviteur N..., pour les bonnes oeuvres duquel nous vous rendons grâces, et puisque vous lui avez accordé le don de jnété, ac€ordeZ'lui aussi la bienheureuse récompense. Par Notre-Seigiwùr , etc. Certains jours, lorsque le prêtre a dit : Oremus, le diacre ajoute : Fléchissons le genou. Le manuscrit que nous venons de citer décrit ainsi ce rite : « Le prêtre dit: /Vio?w, le diacre ajoute : Fléchissons les gemmjr, et après un court intervalle, il dit : Levez-vous. De cette rubrique, il résulte deux choses : la première, que ce n'était point le sousdiacre, comme cela se pratique aujourd'hui, mais \c diacre qui disait: Levez-vous; la seconde, qu'aj)rés l'admonition du diacre, les lidcles priaient quelque temps ii genoux. jus(ju*A ce qu'on I(îs avertît de se relever, et que c'était pendant qu'ils étaient debout (jue le prêtre récitait la Collecte. Saint Ha-^ile le Grand fait allusion à ce rite, quand il dit ' : '< Toutes les fois que nous lléchis.sons les genoux et (|ue nous nous relevons, nous témoignons par le fait même, qu'A cause de nos péchés nous sommes retombés vers la terre et que, par la seule mi.séricordc de celui qui nous a créés, nous avons recouvré nos espérances pour le ciel. » Saint Cé.saire d'Arles parle ainsi à son peuple sur ce même point ^ : « Je vous supplie, mes très-chers frères, toutes les fois que les clercs prient à l'autel, ou que le diacre avertit (|u'il faut prier, ayez .soin, non-seulement d'humilier votre esprit, mais au.'^si d'incliner votre corps. En observant, comme je le dois, ce qui se pas.^e, lhrs(jue le diacre dit : Flectamus genua, jeremanpic que la plupart restent droits eoumie des colonnes, ce (|ui ne convient point à des chrélieiis. » — « Ensuite, écrit

• |)c S|>iritu sanrlo, «ap. "27. — •' llom, 3i.

Jessé d'Amiens 1, que le diacre les avertisse en disant: Priet, peuple élu, fléchissez le genou, et lorsqu'ils auront prié, qu'il leur dise : Relevez-vous. » On lit dans le manuscrit de Reims, édité par Ménard : « Le diacre dit : Fléchissons les genoux, et le peuple reste en silence. » Et dans le manuscrit de Tillet, édité par le même auteur, on trouve, à l'office du Vendredi-Saint, ces paroles : « Que le diacre dise : Fléchissons les genoux, et qu'on prie fort longtemps ; )) parce que ce jour-là la prière était plus longue, et c'était après seulement qu'on disait : Relevez-vous, Mais aujourd'hui qu'il n'y a aucun intervalle entre \e Flectamus genua et le Levate, on a décidé que l'un serait dit par le diacre et l'autre parle sous-diacre. Que les fidèles soient restés debout pendant que le prêtre récitait la Collecte, c'est ce que semble confirmer Cassien, qui dit en parlant de la manière de prier 2 : « Lorsque celui qui doit réciter l'oraison s'est levé, tous se lèvent également, de telle sorte que personne ne doit s'agenouiller avant qu'il ne soit agenouillé, ou demeurer à genoux lorsqu'il s'est relevé. »

Le nom de Collecte, Collecta, a plusieurs significations. Quelquefois il désigne toute assemblée' d'hommes de quelque nature qu'elle soit. On le rencontre pri^ en ce sens dans les Capitulaircs de Charlemagne. On y lit en effet 3: « Si quelqu'un ose venir avec une assemblée [Collecta), et des armes contre l'envoyé du Seigneur » et ailleurs ^^: « Que personne n'ait la témérité de les attaquer avec une troupe » (collectam). Dans un sens plus restreint, il signifie une assemblée, une réunion des fidèles ayant pour objet la prière. Les anciens Pères et les historiens ecclésiastiques l'ont souvent employé dans cette acception; c'est -en .cessons qu'ils disent /"a^re la Collecte, se réunir ci la Collecte, assister â la Collecte : d'où il est arrivé que, sous ce même nom, on a désigné l'office divin et le saint Sacrifice de la Messe, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, en traitant des divers noms donnés au saint Sacrifice. Du reste, même dans l'Ancien Testament ^, les

* Epist. (le Bai)tismo. — 2 Institut., lib. 2, cap. 7. — ^ Lib. 3, cap. 74. — * Lib. 5, cap. 130, De Uinerantibus. — ^ Levit. 23, Deutéron. 16^ 2 lib. Parai., cap. 7.

assemblés religieuses et les jours solennels sont désignés sous le nom de Collectes. Saint Paul i emploie ce mc^me terme à propos des aumônes qu'on recueillait pour la nourriture des pauvres. « De collectis^ dit-il, quœ fiunt in sanctis sicut ordinavi ecclesiis Galatiœ^ ita et vos facile^ ut non cum venero tune collecta) fiant. » On lit, dans saint Chrysostôme, une belle oraison sur les aumônes et les Collectes. Saint Justin martyr 2, TertuUicn 3, saint Cyprien ^, et saint Léon le Grand ^ en font également mention. Ces sortes de Collectes étaient annoncées à la Messe, et ordinairement au moment de l'instruction, soit pour le soulagement des pauvres, soit pour le rachat des captifs, rite dont Ferraris a longuement traité <'•. Enfin, sous ce nom de Collecte, on désigne une courte oraison, que le prêtre récite après avoir salué le peuple. On lui a donné ce nom, soit parce qu'on la dit lorsque le peuple est rassemblé, réuni {collecto) ,' soil parce que le prêtre, en quekpie sorte ambassadeur de tous auprès de Dieu, réunit [collifjU) dans cette même prière les vœux de tous, soit parce que, encore qu'elle soit courte, elle est composée (colligitur) de paroles choisies dans l'Écriture et dans la langue de l'Eglise, soit enfin parce que tous, réunissant [collectis) leurs esprits, élèvent ensemble vers Dieu leurs soupirs et leurs cœurs. Claude Espencer " s'étend beaucoup sur ces diderentes notions. Innocent 111 «, et Jean Beleth •> veulent que ce nom de Collecta sappli(iu(» spécialement cà la prière, qu'on avait coutume de réciter autrefois sur le peuple lorsque, réuni avec le clergé dans une église, il était sur le point d'en sortir pour se rendre dans une autre, où devait avoir lieu la station. Alors, en effet, l'évêque ou le prêtre ayant réuni les fidèles, récitait sur eux une courte oraison ; il est donc possible que de là ce nom soit passé aux autres prières du même genre. De là aussi viennent les deux ^raisons qu'on trouve dans le Sacramentaire de saint Grégoire pour la fête de la Purification, dont l'une porte cette inscription :

' E|). 1, ad CorinUi. cap. IG. — ' Apol. 2. - "^ Apol. caput 39. - * Episl. 60, ad .laïuiarium. — ' In Scrmonibus de Collectis. — " Lib. 1, de riui sacr. concionum, cap. '20 — " Tractat. de CoIIeclis ecclesiasticis. — ** J)o Myslcriis Miss, cap. 27. — " Lib. de Divin nffic,, cap. 37.

pour la Collecte dans l'église de saint Adrien. C'était là en effet que se réunissait le peuple pour se rendre à Sainte-Marie-Majeure ; elle commence par ces mots : Erudi^ qusesumus, Domine, plebem tuam. L'autre se récite à la Messe et commence ainsi : Omnipotens sempiterne Deus^ majestatem tuam, etc.

Je trouve aussi qu'on désigna quelquefois les Collectes sous le nom de Bénédiction. Dans l'ordre du couronnement du roi Charles le Chauve, qui se trouve rapporté tout entier dans le Capitulaire de ce prince ^ les Collectes, que chaque évoque avait récitées sur le roi, sont indiquées sous cette rubrique : Bénédictions jorononcées sur le roi Charles, avant la Messe^ devant V autel de saint Etienne. Amalaire donne de ce nom l'explication suivante ^ : « L'évéque ou le prêtre dit : Oremus^ et récite ensuite la Bénédiction. L'oraison que prononce le prêtre s'appelle indifféremment Bénédiction ou oraison. C'est en faisant allusion au premier de ces noms que saint Paul dit : Si benedixeris Spiritu qui supplet locum id'iotœ, quomodo dicit : Amen super tuam benedictionem, quia nescit quid dicas. Ce que l'Apôtre nomme Bénédiction, saint Ambroise l'appelle oraison, quand il dit: L'ignorant qui écoute ce qu'il ne comprend pas, ne peut connaître la fin de l'Oraison, ni répondre Amen, c'est-àdire, cela est vrai, pour que la Bénédiction soit complète. » Ainsi s'exprime Amalaire, mais le passage qu'il attribue à saint Ambroise est d'Hilaire le Diacre, auteur, suivant quelques savants, des Commentaires sur saint Paul attribués à saint Ambroise. La Règle de saint Benoit ^ nous fournit entière une preuve du nom de Bénédiction donné à la Collecte. Dans la manière de faire les Vigiles des Dimanches, le saint y prescrit .qu'après le Te Deum laudamus, l'Abbé récite l'Evangile, et qu'après la Bénédiction qui suit, on commence l'office du matin. Or, cette Bénédiction n'est autre chose que la Collecte du jour, après laquelle on commençait Laudes. Enfin, avant tout ces auteurs, saint Augustin s'était lui-même servi de ce nom *. « Eh î quoi, dit-il, lorsque le prêtre dit en priant sur les fidèles : Ac-

' Pag. 48.G. - - Lib. 2, cap. 9. - ' Cap. II. - •* De Don. persever., cap. ^,

tordez-leur. Seigneur, de persévérer jusqu'à la fin, est-il quelqu'un qui ose le reprendre, non pas de vive voix, mais môme dans sa pensée, ou plutôt ne répond-il pas Amen de cœur et de bouche à cette Brnédiction ? » Il suit de ce passage de saint Augustin, de sa lettre à Vital, cilée plus haut, et des Actes de sainte Suzanyw, que l'usage des Collectes, sous quelque nom qu'on les ait désignées, était en vigueur dans l'Eglise avant les saints papes Gelase et Grégoire le Grand, auxquels cependant la plupart en attribuent l'institution.

Saint Célestin, dans une lettre sur la grAce adressée aux évoques des Gaules, en faveur de la doctrine de saint Prosper et de saint Hilaire, assure, en parlant de ce que nous demandons à Dieu dans les Collectes, que ces oraisons sont de tradition apostolique. « Considérons, dit-il ^ les mystères renfermés dans ces formules de prières sacerdotales, qui, établies par les ApOtres, sont répétées dans le monde entier d'une manière uniforme par toute l'Eglise catholique, en sorte que la règle de prier détermine la règle de croire. Lors donc que les pasteurs des peuples fidèles s'acquittent de leur fonction de médiateurs, ils plaident la cause du genre humain auprès de la miséricorde divine; avec l'Eglise entière qui supplie avec eux, ils demandent que les inlideles reçoivent le don de la foi, que les païens soient délivrés de leurs erreurs impies, que le voile qui recouvre les yeux des Juifs soit écarté et qu'ils voient la lumière, que les hérélicpies reviennent A la foi catholique , (jue les schismatiques reçoivent l'esprit de charité et d'union vivifiante, que les pécheurs reçoivent les remèdes salutaires de la pénitence, enfin que le palais de la miséricorde céleste soit ouvert aux catéchumènes par la régénération du Baptême. » .\insi s'exprime saint Célestin, dont les paroles ont été insérées dans l'ouvrage de Gennade sur les dogmes ecclésiastiques 2, par l'écrivain qui y a mis des interpolations. Génébrard ^ attribue aussi aux Apùtres l'institution des Collectes, mais sans produire aucun témoignage. Quant à moi, il me semble qu'on doit ici distinguer : si l'on veut

♦ Caj>. 11. - - Cap. Vd et 30. — ' De Lilurg. aposlol., rap. 20.

parler des Collectes aujoard'hiii en usage, je pense qu'il est trèsvrai qu'elles ont pour auteurs saint Gelase et saint Grégoire, puisque c'est le sentiment unanime des écrivains ecclésiastiques, et que du reste les anciens monuments le prouvent. Que si, sous le nom de Collectes, nous entendons des oraisons du même genre que celles du Missel grégorien, exprimant en peu de mots le précis des choses que l'on demande à Dieu, nul doute qu'elles ne soient antérieures à Gelase, et qu'elles n'aient été employées par les Apôtres et leurs successeurs immédiats dans les saintes assemblées. C'est ce qu'établissent les Actes de sainte Suzanne et les autres témoignages que nous avons rapportés. Nous pourrions môme ajouter à ces preuves le concile de iMilève ^ et le troisième de Carthage 2, qui prescrivent de ne point réciter à la Messe d'oraisons qui n'aient été approuvées en concile. En effet, comme la diversité et le nombre de ces oraisons allaient se multipliant suivant le caprice de chaque évoque, on dut mettre un frein à cette trop grande licence, afin qu'on ne récitât point dans l'église des choses contraires à la foi, ou peu conformes à la gravité ecclésiastique. Que saint Gelase ait composé des Collectes, c'est ce qu'atteste Anastase dans la Vie de ce pontife. « Il composa, dit-il, dans un style exact les Préfaces ^ des sacrements et des oraisons. » Saint Grégoire n'est point l'auteur de toutes celles qu'on lit dans son Sacramentaire, mais, ainsi que le dit le diacre Jean, son biographe ^ il réunit dans un seul volume le livre des Messes de Gelase^ retranchant plusieurs choses, en corrigeant un petit nombre et en ajoutant quelques-unes : « Saint Grégoire, dit Strabon 5, mit ses soins à réunir ce qu'il y avait de mieux, retranchant les longueurs ou ce qui semblait moins convenable ; .il composa ce que nous appelons son Sacramentaire. )> Je ferai

' Can. 12. — 2 Can. 23. — ^ Fecit sacranentorum prasfationes et orafiones cauto sermone. Don Gueranger traduit : « 11 composa des Préfaces, des Mystères et des Oraisons d'un style châtié. » Mais que faut-il entendre par Préfaces des sacrements, s'agit-il des Préfaces de la Messe ? C'est dans ce sens que l'auteur expliquera ces mots plus loin au sujet de la Préface. Faut-il entendre par là les prières que l'on récitait alors, et que nous récitions encore avant l'administration des divers sacrements. Ce dernier sens n'a rien d'invraisemblable. — * Lib. 2, cap. 17. - .5 Cap. 22.

aussi remarquer que, malgré la correction de saint Grégoire, le Missel de saint Gclase fut encore longtemps en usage, car, comme il a été dit ailleurs i, il y avait dans la bibliothèque de labbaye de saint Richer, en 831, trois Missels grégoriens et dix-neuf du pape Gelase, par où nous voyons que ces derniers étaient beaucoup plus nombreux que les premiers, et partant quils devaient ôlre d'un usage plus fréquent; aussi je ne doute pas que le Sacramenlairé de saint Gelase n existe encore aujourd'hui cache dans (juehjue bibliothèque. Bien plus, en parcourant lancien Ordo romain manuscrit, que la reine de Suéde a acheté du conseiller Petau, j'ai soupçonné que c'était \Qnlo du pape Gelase, tant il ma paru ditlerer du Missel grégorien, à moins pourtant que les deux n'y aient été mêlés On y rencontre plusieurs Collectes didérentes de celles du Sacramentaire de saint Grégoire, comme la suivante, pour le jour de l'Ascension. « Ikus qui ad declaranda luiv iniracula majeMatxs ^ post re^urrcctionem a nwrluis liodie in cœlos Apostolis adstantibus ascendisti^ concède nobis tiLX jnetatis auxUiuni , ut secunduni tuani proinissionem et tu nobiscum semper in terris^ et nos tecum in cœlo vivere mereainur 2. » Les Collectes du rite ambrosien, composées par saint Ambroise et par d autres saints évê(iues de l'église de Milan, .<ont également, à peu d'exceptions près, dilTérenles de celles du Missel grégorien. Dans le rite mozarabe, non-seulement elles sont totalenuMit dillérentes de celles de la Messe romaine, mais elles ditFerent même entre elles ; car il en est qui sont fort longues et qui se récitent avec diverses cérémonies. Par exemple, le premier dimanche de l'Avent, immédiatement après l'Introït, le célébrant dit à voix haute : Per omnla sœcula ScTculoruni, Le clergé répond : Amen. Le prêtre récite alors l'oraison suivante : Deus qui per angeliœs choros adventum Filii tui Doïnini nostri Jesu Christi annuntiare roluisti; qui per Angelorum prxconia Gloiia in excelsis Dco et in t4!rrapax

' Livre l", chap. '25, lom. , pag. 607. — ^ Le bienheureux Thommasi, inlinic ami du cardinal lUma, édila en elTel le manuscrit dont il s'agii, iiuehjues années après, sous le liU-e de Sacrammcntairc de Gclase, et dédia cet ouvrage Ù la reine Clirisline.

hominibus honse voluntatis adclamantibus demonsirasti, concède ut hujus Dominiez resurrectionis festivitaté paœ terris réédita convdlescat^ et fraternœ dilectionis charitate iimovata permaneat. Le clergé répond : Amen'. Le prêtre ajoute : Per misericordiam tuain^ Deus 7ioster^ qui es benedictus et vivis et omnia régis in sœcula sœculorum. Et lorsqu'on a répondu : Amen, il salue le peuple en disant : Dominus sit semper vobiscum. Encore qu'il se trouve dans les Liturgies grecques des oraisons de plusieurs sortes, il n'en est point cependant dont la forme ressemble à celle de la Collecte latine. Alcuin et l'abbé Grimold ont composé plusieurs Collectes, que Pamelius a rassemblées i. Au rapport de Gennade ^^ Musée, prêtre de Marseille, et Voconius, évêque de Mauritanie , en avaient aussi composé un grand nombre ; nous ne les connaissons point, car elles ont péri avec les écrits de ces auteurs. Il en est encore d'autres, qui sont l'œuvre d'auteurs plus modernes; elles sont faciles à reconnaître, si on les compare aux anciennes et à celles du Sacramentaire de saint Grégoire. En eflet, dans celles-ci brille l'esprit de l'ancienne Eglise ; dans les choses mêmes reluit une certaine gravité apostolique ; on trouve dans les paroles une admirable concision qui n'exclut point la clarté ; elles disent beaucoup de choses en peu de mots. D'abord on essaie d'attirer la bienveillance de Dieu, soit en rappelant quelques-uns de ses attributs, soit en réveillant le souvenir de quelque bienfait qu'il nous a accordé, soit en appuyant sur notre faiblesse et notre misère ; vient ensuite l'exposition de ce qu'on demande, suivie quelquefois d'un motif propre à disposer le Seigneur à nous accorder la grâce que nous' lui demandons. Leur charme est encore augmenté par la composition, qui n'est point vague et indéterminée, mais qui consiste dans certaines périodes ornées de diverses figures 3. Pierre Girvel ^ enseigne que dans la première Collecte

' Lilurgicor,, tom. 2. — "^ De viris illustribus. — ^ H ne sera pas sans intérêt de rapprocher de ces règles, tracées par l'auteur pour la composition des Collectes, la belle et gracieuse oraison j qu'il a lui-même composée pour la fête de sainte Rose de Lima, La voici : Bonorum omnium largitor, omnipotens Deus, qui heatam Rosam cœlcsUs gratiœ rore prœventam, virginitatis et patientiijç décore

on expose le sens moral de l'Introït, dans la Secrète celui de l'Offertoire, et dans la dernière celui de la Communion. Quoique ces observations puissent être vraies pour quelques offices, elles ne sauraient cependant s'appliquer à tous, sans faire violence au sens littéral, et le torturer pour en faire sortir un sens moral plus subtil que solide, comme il arrive souvent dans ces sortes d'explications.

Enfin, l'oraison se termine par l'obsécration au nom de Jésus- Christ, Per Christum, qui est notre médiateur et notre Rédempteur. La prière est adressée au Père, comme l'ordonne le troisième concile de Carthage; elle se termine au nom du Fils, suivant ce qu'il nous a enseigné lui-même quand il dit : Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom^ il vous raccordera. C'est pourquoi Tertullien & dit que les chrétiens adorent Dieu par le Christ. « Nous disons, écrit-il, nous redisons à qui veut l'entendre, nous proclamons, même au milieu des tortures que vous nous faites souffrir, que nous adorons Dieu par le Christ, que c'est par lui et en lui que Dieu veut être connu et adoré. » Saint Optât fait mention de ce même usage. « Vous appelez païen, dit-il ^\ celui qui prie devant l'autel Dieu le Père au nom de son Fils. » « Les prêtres de l'Eglise, dit Aimon, évêque d'Ilalberstad ", disent, lorsqu'ils célèbrent à l'autel : Recevez, Seigneur Père saint, les prières de votre peuple par Notre-Seigncur Jésus-Christ votre Fils, w Mais personne n'a plus longuement et plus élégamment expliqué cette conclusion que saint Fulgence de Uuspe, dans sa lettre au diacre Ferrand. On sait que dans cette épître cinq questions sont traitées. Or, voici la quatrième : « Nous croyons, dit-il, et nous confessons qu'il y a un seul royaume du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et qu'ensemble ces trois personnes gouvernent le monde créé. Pourquoi donc alors l'Eglise catholique, dans presque toutes les provinces d'Afrique, a-t-clle coutume d'employer dans la prière de ses

Indis florescere voluisti : da nobis famuh's tuis ut in odorem suavitatis cjus eurrcntcs, Cliristi bonus odor cffici mcreamur, qui tccum, etc. — ^ Exposit. Miss., édit. Compluti 1528. — ^ Apol., cap. 22. — <> Lib. 3. — ' In Epist. ad Heb., cap. 8.

"- — 8Î -«* prêtres cette formule : JesumChristumFilmm iumn Domirmni nostmrn, fjm'lœum"vmt 0( régnât inwnitate Spiritus Sanctieemnte si le Fils seul possédait son royaume avec le Père, dans limité. du Saint-Esprit, iqui alors semble rémir seulement les dflux personnes régnantes et «e pas régner avec elles' « L'autoir répond fort longuement à cette question, assurant que nous concluons.nos,oraisons^^ar hChrist, parce.. qu'il est notre médiateur ■ puis s'appuyant sur la doctrine de saint Augustin il ■ajoute^ que nous proclamons l'unité du Saint-Esprit avec le Père et- le Fils,, pour mieux montrer par ce mot d'unité-, qu^il n'y a qu'enc essence divine, qu'un seul royaume,, et dans ce royaume ^qu une' seule puissance, celle de la sainte Trinité, et qu'une seule et unique majesté; et cela, afm qu'on ne s'imagine- point quele hls et le Saint-Esprit, en tant que personnes divines régnent avfic lePere seulement comme un inférieur règne avec un supérieur. Cette unité duSaint-Esprit, qui est. l'union du Père et du his, en indiquant l'unité de la Divinité dans ce môme royaume montre encore qu'il y a une môme éternité d'empire, une mémè- |)iussance, une môme majesté, une môme souveraineté dans 1 adorable Trinité. « Ce n'est point une injure pour le Fils et le •Saint-Esprit, dit ailleurs le môme docteur <,,si la prièredu célébrant s'adresse à la personne du Père, puisque en réunissant à la fin les noms du Fils et du Saint-Esprit, on montre qu'il n'y a .w«ne,.différenee entre les trois personnes divines. En effet si , es. .paroles ^'adressent au Pèr^, la foi, par cette prière veut honorer, la.sainte Trinité tout entière, et, tandis que le célébrant ■par .cette prière s'adresse à la personne du Père, -par l'ofl'rande du..Sacril.ce il honore les trois personnes divines, auxquelles ce ■bacrilice s'offre également., ,. Presque toutes- les Collectes sont .dono adressées au Père, quelques-unes auFils-.il n:en est point ■<ïui s adresse au Saint-Esprit, mon pas parce que cette dernière personne est un don, et que l'on ne demande pas un don à un ^^Mre don; a dono donum non pelUur, ainsi que quelques auteurs l'expliquent à, 4a suitçUe .Durand dans Ion hUo,mL-

' Ad Monimum, lib. 2, chap. 5.

mais parce que la Messe est la représentation du Sacrilicc dans lequel Jésus-Christ s'oiïrit à son Père; telle est la raison pour laquelle les prières liturgiques s'adressent surtout à la personne du Père. Or, par tous les témoignages que nous avons rapportes, on peut voir combien est ancienne cette forme de conclusion. (]'est ce que conlirme aussi Tertullien ', qui ne veut pas qu'on adresse à d'autres (ju'à Dieu et à Jésus-Christ ces paroles : /runas œonuni, c'est-à-dire les siècles des siècles. Egalement saint Irénée 2, réfutant l'erreur absurde de 1 hérésiarque Valentin au sujet des trente éons et des différentes sortes d'éons, raconte que queUpies disciples de ce sectaire avaient essayé de glisser cette erreur parmi les catholiques, parce que ceux-ci disaient dans leurs oraisons : œonas œonum^ c'est-à-tlire les siècles des siècles.

Après la Collecte, toute l'assemblée répond : Amen. L'Apôtre ^ nous apprend que ce mot était dés lors prononcé après la prière, w Les prières clanl terminées, écrit saint Justin '*, chacun des assistants répond : A}tien. » Saint Jérôme raconte ^ que, dans les églises de Home, Y Amen, répété par un peuple nombreu.x, retentissait comme le bruit du tonnerre. « Lorsque l'évéque est seul dans l'intérieur du .sanctuaire, dit saint Augustin ''•, le peuple prie avec lui, et souscrit aux paroles qu'il prononce, en répondant : A)nen. » « Votre Amen, dit-il ailleurs 7, c'est votre consentement, votre souscription, votre adhésion. •> Saint Denys d'Alexandrie, dans sa lettre à .saint Sixte rapportée par Eusèbe ", s'exprime ainsi : « Souvent il entendit les actions de grâces et répondit : Amen avec les autres. » « Non-seulement le prêtre qui récite les paroles, écrit Théodoret ''•^, offre une prière à Dieu, mais aussi celui qui répond /1??î('/i y participe avec lui. » Saint Cyrille ^^ dit que la pricre était close par le mot Amen. Enlin, ce même mot terminait autrefois les Epîtres, qu'on désignait sous le

' Lib. (le spcctacnlis, cap. 1b. — * Lib. i, cap, 1. — '^ Ep. ad Corinih., cap. 14. - ♦ Apol., 2. - 5 prapf lib. 2, in Epist. ad Gaiat. - « Lib. 2, conl. Epist. Parmeniani, cap. 7. - " In fragment, scrm. ad popul. cont. Pclagianos. — -" Hislor. lib. 7, cap. 9. — ^ In Epist. 2, ad Corinlh., cap. 1. — '" Catech., mvgt. 5.

nom de Formatœ K Nous avons, au livre de la divine Psalmodie donné dzvers autres détails au sujet de ce mot 2.

Relativement au nombre des Collectes, quelques auteurs modernes prétendent que , dès les temps apostoliques l'Eglise romame avait coutume de réciter trois oraisons; mais ils ne citent aucune autorité à l'appui de cette assertion • il v a plus i Ordo romain et les anciens Sacramentaires semblent la contredire, car Ils n'assignent jamais qu'une Collecte pour chaque liesse. Et qu on n'invoque pas, pour l'étayer, le concile de Laodicee, décrétant f qu'on devait dire au saint Sacrifice trois oraisons, l'une pour les catéchumènes, l'autre pour les pénitents et la dernière pour les fidèles, rite que semble insinuer également saint Chrysostôme *. Nous avons déjà dit que l'usage des Collectes chez les Grecs était tout différent de celui des Latins et le concile, ainsi que saint Jean Chrysostôme, ne parle point des oraisons, que nous avons coutume de réciter après l'Introït mais de celles qu'autrefois on disait après l'Evangile sur les catéchumènes et les pénitents, avant de les congédier, et aussi de celle quon récitait sur les fidèles qui restaient à l'église. Je pense que 1 usage de multiplier les oraisons dans la Messe latine prit naissance chez les religieux. J'en trouve la preuve dans le concile de Maçon qui, suivant Sirmond, se tint en 627. Un moine do Luxeu.l nommé Agrestin , esprit brouillon et orgueilleux v déclama contre la règle de saint Colomban, l'accusant de tendances superstitieuses, et reprochant, entre autres choses au amt fondateur, d'avoir abandonné l'ancienne coutume de I Kghse , et augmenté le nombre des oraisons ou Collectes quon devait réciter au saint Sacrifice de la Messe. Eustache,' abbedu même monastère, se chargea de lui répondre- il dit que cette- augmentation du nombre des oraisons était utile à toutes les églises, parce que plus on demande à Dieu plus on obtient, plus on sollicite avec de nombreuses et fréquentes supplications, plus tôt aussi sa bonté nous exauce. Cette dispute est

' Ferraris, de antiq. génère epist. ecclesiast., cap. 5. - 2 Cao 16 8 17 ' ' Can. 19. . Homil. 72, in Mauhaxa,, ^ Oap. 16, g 17. -

longuement racontée dans la Tiède ce-méme Eusiacho/ composée par Jonas d'Orléans. Nous pouvons encore invocpioT à r-a|)ipjui de notr^^ assçrlioB, ce que- MaUWew Paris raconte- dans la..K^'^ i(/6'5 aL\ljès^dio, mouastère de- Saint-'Alban^ à sav-oir, "que Jean^. l'un d'entreoux, avait- défendu- qu'à la Met^se on récitât plus.tle sept Collectes. iMais ce n'élait pas sciilementà la M€8se et aux , ofllGesi canoniquCvS, qu'on- récitait -autrefois des oraisons dje,ce. genre,; toutes les .fois, que les cterc«, ou les religieux-ge réuDissaiçnt.pour pri<3r, celui qui présidait récitait ordinairement uno courte Collecte avantdo congédier l'assemblée. Walfrid Slrabon.atieste cettp pratique ^v. Selon lui, les plus vénérables par^ii. les, anciens.. Pères avaient coutumede terminer parime courte, oraison y nop-se^dement le saint Sacrifice de. la Messe, mais toutes les antres réunions- et mêHieies conférences: « C'est, diX-ii^ ce que ^ou.^ apprend l'exemple des anciens Pères', qni, par.respecl^ s^'-r^'iivoviiient. le.8 uns aux autres l'honneur de lérilcr la prière (jui .devait terunner; prière analogue aux Collectes /|ue ilisent encore aujourd hni les |>r(Mres. à la fin -des olficqs, «oit du jour, soit de la ngit. Kn eilét, ixirmi les Collectes, il (}n est qui ne peuvjCttt être dites qu'aii saint Sacrifjee, ' avec Lequel, ellcç ont au, rapportydautres qui peuvent être récitées cl i)eudi]Lnt la -messe ct.dansd'anlres circonstances. » C'est ce (jue confirme la iti'f/le^éii Maih'G?, qui,^racontant la prière faite par toute la communauté pour un Frère d!uno vocation chance- Jante, ajoute que, lorsqu oneut longtemps prié, tous se levèrent e.t (|iie. l.abbé termina l'exercice par une oraison. Du restevd n'est, paî? inutile de remarquer ici que ce Mai Ire, quel qu'ilsoit', ne.se.serl pointv pour désigner les oraisons, du nomde Collecte, mais (|uil eniploic.ce.mot l^rbare : /^(x/us Dei, ainsi (pion le >oil fréquciuuii'rii dans sa Règle. On y Ut en olltU ^ : « Outre los l^eçons,, le vorset.ei le /^(V/it5 /^<i?i. t> ^illeursi'» : « En tout temps op doit, rçcj ter si.x, psaume^s à Malinos, un ■Réix)n*,.un Verset, nne Leçon das Epîtresxt des. Evangiles toujours dits par l'abbéi, et le Rogus Dci. » Plus bas : « Après elle le Rngus Dei. y> Enfin,

> Capl 11. -' 2 p. 15. - " Cap. 33. - - <-;.p. .>>,

ailleurs encore ^ : « On dit trois psaumes à Gomplies, uri Répons, une Leçon de l'Apôtre, des Evangiles, après laquelle' l'abBé'dit toujours le Rogus Dei:etle Verset cfûi termine' r6ffie:'»L'e"côm- •mentateur d'e cett'e'Rèèle pense que le 'Rogtik Z)(3^"'ii'eBt'autre'que •le Ky-ne elmon, mais il est manifeste', et par rbrcïre'dë roffice'ët par l'usage des monastères, 't[il*ir s'agit ici' dfe la 'Collecte: A pi^fe ■<3ette'C0urte digression revenons • à' notre sujetv Saint Grégoii^c % Grand établit également' F usage des Collectes ërr dehorà' des offices '2. Eli' effet, parlant d'un mort que 'les pdêl-és' d'iirî ielî-' gieux avait ressuscité, il di^t : « Lorsqu'ils (le i'elîgieui *el le sous-diacrè Quadragésime) eurent Idrigtemps' prié',' le sérvî'téiïr de Dieu dit à Quadragésime dé terminer" la ptière. Ensttit'6*ll ramasse de la poussière au pied de raùtel, et s'avance avec le s'ous-diacre à l'endroit où gisait le corps du' défunt;' il se iliet 'de nouveau en prières; après avoir' Idnglëmps 'prié, te sàïiit liortinie ne 'charge plus Quadragésime de dire la dernierè oraison, mais il récite lui-même' la béhédiction (c'est-à-dire là' "Collecte, à laquelle on donnait ce nom ^ comiïie nous Tàvbns observé plus hau't), et aussitôt le inort ressuscita. ))"0r, ces' orâisôris qu'oii disait {)oiir tei^miner lés prières, étâie'nt; le plus souvent semblables ciùx Collectes que notis lisoiis à la Messe,' ainsi que M' anciennes Coutumes des monastères en font Toi.' Chez les 'Gr^cs, les oraisons se terminent par différentes foïmulés, qiii toutes ont â peu près le même sens. En voici quelques-unes': Ouid cbnvènïï Ubibmnis blorià, honor et adoratio Patri et Filio et sancto Spiritui , nunc et semper et in sœcula s.œculorum. Amen. Quia tua est potentia^ tuum est regnum^ virtus et gloria Patris^ et Filii et Spiritus sancti,^ wijnc et semper et in^ sœpula ScTculorum. Amen. QuiaUv es rex pacis et sftlvator animarum, et tibi referimus Patri et Filio et Spiritm^ sançtq^ ,nunQ etjemper et in s^cula sœculorum. Dyname, dans la Vie de saisit Maxime, évoque de Riez,. nous apprend que ce saint évéque .terminait ainsi Koraison : « 11 termina, dit41, l'office par ce^ paroles :

* Cap. 37. - 2 Dial., lib. 3,

SU rjhria Dei bcnedicta in œternum et in ScTcula ScTculorum. Tous répondirent : /l//ien. »

On récite la Collecte en élevant les mains et en étendant les bras, c'est-à-dire, dans une posture que les fidèles de l'Ancien et du Nouveau Testament observaient religieusement quand ils priaient. En effet, David la rappellesouvent : Dum extollo manus meas ad temptum sanctum tuum . In nominetuo levabo manus meas. Expandi mamis meas ad te. Car, comme Adam, lorsqu'il viola le précepte de Dieu, étendit la main pour cueillir du fruit ilétcndu ; ainsi croyons-nous que dans son repentir, il éleva ses mains vers Dieu, lorscpiil le conjura par ses prières de lui pardonner sa prévarication, et (|u'il transmit ce rite à descendants. C'est pour cela, suivant saint Grégoire de Nazianze, que Jésus- Christ sur la croix étendit ses mains divines, pour remédiera la faute de nos premiers parents, auxquels la concupiscence avait fait étendre les mains. • Kn conséquence, dit ce Père ^ bois contre bois, mains contre mains ; les unes généreusement étendues pour réparer le crime de celles que la concupiscence avait fait étendre, celles-là percées et attachées par des clous pour remédiera la trop grande liberté de celles-ci; les premiî'res, embrassant l'univers entier, opposées à celles qui firent chasser Adam du paradis. » J'imagine que ce fut à cause de ce double mystère, que les chrétiens adoptèrent ce rite, c'est-à-dire pour rappeler et la transgression d'Adam, et la satisfaction de Noire- Seigneur Jésus-Christ, étendu sur la croix et payant pour nous. On rencontre ça et là, dans les cryptes et dans les anciens cimetières Tle Home, des peintures fort anciennes représentant des hommes et des femmes, qui prient ainsi les bras étendus et les mains levées vers le ciel. Bosius en donne la gravure dans sa Borne souterraine. L'apOtre ne veut point indiquer autre chose quand il écrit à Timothée : « Je veux que les hommes prient en tout lieu^ levant vers le ciel des moins pures. » Dans ce senparlent les anciens Pères: « C'est encore le signe de la croix qu'on rappelle, dit Municius Félix, Iors(iue l'homme élevé se-

« Oral, 1,

mains en suppliant Dieu avec un cœur pur. » « Pour nous, dit Tertullien i, nous prions toujours les mains élevées, parce qu'elles sont innocentes, la tête découverte, parce que nous n'avons pas à rougir. « Et ailleurs ^ : « Nous ne nous contentons pas, dit-il, d'élever nos mains, mais nous les ouvrons à l'imitation du Christ sur la croix. Christ que nous confessons dans nos prières. » L'auteur de la Vie de saint Pacôme nous apprend que telle était la manière dont priait ce saint religieux. « Il avait coutume, écrit-il, pendant sa prière, de rester debout en élevant les mains, et souvent il restait des heures entières sans les abaisser, » Dans son poëme sur saint Fructueux et ses compagnons, saint Prudence dit que les liens, qui enchaînaient leurs mains, se brisèrent au milieu des flammes, afin que ces saints martyrs pussent élever leur mains et leurs bras vers le ciel :

Non ausa est cohibere pœna palmas, In morem crucis ad Patrem levandas, Solvit brachia quae Deum precentur.

Du reste, la nature avait inspiré aux païens eux-mêmes de prendre cette posture en priant, ainsi que nous l'apprend Apulée : « La manière de prier, dit-il 3. c'est de prier en élevant les mains vers le ciel. » Le docte Brissoniusa rassemblé sur ce point une foule de passages ^.

Nous ne devons pas oublier, en terminant ce Chapitre, de parler d'un rite, qui s'observait autrefois dans l'Église romaine à la Messe solennelle, immédiatement après la Collecte. Il a été minutieusement décrit dans le Cérémonial manuscrit du camérier Cencius, alors maître des cérémonies, et depuis souverain pontife sous le nom d'Honorius III. Les cardinaux, diacres et sous-diacres, les autres ordres du clergé, avec les secrétaires et autres clercs de la maison du pape, faisaient des suffrages pour le souverain Pontife, immédiatement après la Collecte, de la manière suivante. L'archidiacre avec les diacres et les sous-

' Apologet. caj)., 30. — ^ De Orat., cap. 11. — ^ Liber de mundo. — ^ De formul., lib. 1,

diacres debout près de l'autel, eommençaU à'haule voix : Christ, ea-aiùco fwus^. Lesr clercs ùu palais, debout dans le- chœur • et- re«vôtus de chapes^ 'répondaient: • Acconki- longue ''^ie à m^iro Seif/neur le Pape, ce qu'on répétait trois fois. Ensuite l'arcludiacro disait également trois fois: Sauveur du nwnde ;à chu(iuo fois on répondait: Asaùlez-le. Siijvaioiit alors les Litanies: SamU ]\Jariv^,assi^k'z4ey saint Miehel, assislez^k\ olc; Enfin l'archi-r diacre leniinait on' disant : Kyrie eleison' C/iri'Sie eloisorty' Kyrk eleison ; ce que ré^xHaient éiraleinent les clercs du palais. Puis le sous-diacre lisait rKpitro. Aujourd'hui ces sortes de s u/frag os oni encore lieu pres<[ue de la inênie manière , mais seulement It) jour du couronnement du -pape. Celait encore lu sapfO do foiro -de semblables acclamalions i)our les iMniJcreiu's, et s'ils notaient pas présents, on tes faisait devant leurs images. C'(3«t ce que nous apprend une lettre de saint Grégoire le Grand ^ : « On apporta, y est-il dit, à Rome, les images do Phocas, empereur, et de Léonce, sa fenmie, et dc.^ acclamât ibhs furent faile.^ devant ces images dans la basilique de Lalran par tout le clergé et le sénat. On s'écriait : C/irisf, exaueez-nous -^ açeonlez longue lie à l'epiperçur Phocas et fi liinpèratriee l^èonee. » Les, empereurs , grecs ayant été çxcoinmuniés pour çertaiue.s hérésies, oi^ cessa de fajre l)our eux ces su//'ragçs^ mais dans la suitjC ils fi>rent repris, pour Charlemagne, lorsipie ce prince eut été couronné empereur, pa^le pape Léon 2. On trouve dans Goklast^ des sull'rages et litanies de ce genre, qu'on récitait avant lEpilrç dans presque toute.'j les églises d'Allefuagno, au temps de Nicolas 1''. « Après avoir fécjté la Collecte, nui suit le Gbria inejçcvlsis, le célébrant dit trois l'ois: « Le Christ triomphe, le Christ règne, |e Christ coni- ,jnande ; » le clergé répèlç également ciUte exclamation. « Çlirist, exaucez-nous, » dit le prêtre, et le, clergé répond: « Accordez longue vie à Nicolas, pontife souverain, pape ^universel. « Suivent )es litanies; Sauveur du, monde, a,ssislt^z-le ; saint I^Merre, « saiiU Paul, snint André, saint, Cléinent, snlnf Xi>tp, sainf

' Inilio lil». 11. K|»ist. ■- ' llonr. Canisii «nlir. Lcrl., tom. 3, el auclias srri|ii. Uist. Kraiirorum Andrc.T Duclicsnc, loui. '2. • Tom. 2, pars '2, Uor. AUciiki'

«'. Cyriaque-^ « et à chaque invocation, on 'répand : « Assistez4e. ». Ensuite on contiûvie :.«• Christ, e;i.aiiGezHQ0'US. -Accordez la via ot «.la victoire à, Louis^ couronné de Dieu, toi grand -et' pacifiquo. « Rédempteur dH monde,, assistez-l-e. Saint Michel, saint Gabriel-, « saint Raphaël, saint Jean, saint Etienne, saint; Théodulei, ete ; ;» à chaque invocation on répond de même: « Assistez-le. » Le célébrant ajoute : « Christ, exaucez-nous. Accordez longue vie à notre reine Ilemma. Sainte Félicité, assistez-la. )> On invoque ainsi sainte Perpétue, sainte Pétronille, sainte Lucie, sainte Agnès, sainte Cécile. Le prêtre repète' de nouveau : « Christ, exaucezc( nous. Accordez longue vie à la noble famille royale ; saint Syl- (( -vestre; assistez-la; saint Latent, saint Nazairer, saint Pancrace-, «''sainte Anastàsie, sainte Geneviève, saint Colombe. etc..\ » A chaque invocation, on répond: « Assistez-la ;))'«' Christ, èxaucez-nous, » reprend" le célébrant. « Donnez longue' vie et victoire 'ti tous les juges, à l'armée des Francs et dés 'Alle- « mahcls ; saint Hilaire, assistez-les ;, saint Martin, saint Maurice, «saint Denys, saint Alban, saint Crépin, saint .Crépinien, saint « Géréon, assistez-les.,)) Le .célébrant répète: « La Christ .triomphe, le Christ règne, le Christ commande. )) Puis il acclame les différents attributs de Notre-Seigneur et,; à chacun de ces, 'attributs, le clergé répond: «Le Christ triomphe, le Christ règne, etc. « Roi des rois, le Christ triomphe, etc.,. notre, Roi, notre « Espérance notre Gloire, notre Miséricorde, notre Secours, « notre Force, notre Délivrance et notre Rédemption, notre Vic- « toire, notreArmure invulnérable,' notre Rempart inexpugnable « notre Défense et notre Triomphe, notre Lumière, notre Voie et « 'notre Vie ; le Christ triomphe', etc. )v Enfin, le prêtre ajoute: '«' A lui seul gloire et puissance dàhs lés siècles des siècles. » le clergé répond : Amen. « A lui seul honneur, louange et jubi- « latibh dans lés siècles des siècles! » Amen.\( X ïui seul verlu', '« 'force et victoire dans les siècles des siècles. ^^ Amen. « Christ « exaiicez-nous, » trois fois; ^^ Kme eleison, )) trois fois. « Qi^i'heureusement, )) trois fois ; « Vous ayez des jours prospères. )) trois fois ; « Pendant plusieurs années, » tr^is fois. Tels

Sont les suffrages que Goldast a transcrits d'après un manuscrit du monastère de saint Gall. J'ignore à quelle époque on a cessé de faire à toutes les Messes ces sortes de suffrages pour les papes. Jean Lucius assure * que de son temps ils étaient encore en usage dans la Dalmatie.

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