‹ De la liturgieChapitre 8 sur 21 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Messe des fldèles. — Elle eommençHit le symbole. — Symbole transmis verbalement par les il^pôtres.

— Combien y a-t-il de symboles? — Quand a-t-on commencé à le chanter dans l'Église V — Offertoire, son rite. — L'usage d'offrir le pain et le vin est Tort ancien. — Offrandes diverses cfu'on y ajouta. — Calomnie de Photius au sujet de l'offrande d'un agneau. — Différence entre les dons et les offrandes.

— Que l'Église ne recevait point les dons de toutes sortes de personnes. — Deux, sortes de communion. — Xous ceux qui présentaient des offrandes ne communiaient pas toujours. — Qu'autreTois on récitait pul>Ii<|uement les noms de «?eux. c]ui apportaient des offrandes. — Quand a cessé la coutume de présenter des offrandes. — Chartes ou billets autrefois offerts sur l'autel.

Les catéchumènes, les pénitents et tous ceux auxquels il n'était point permis d'assister aux mystères, ayant été renvoyés après l'instruction, venait ensuite la Messe des Mêles qui, lorsqu'une discipline plus sévère était en vigueur, se célébrait les portes fermées ; on plaçait des ministres pour les garder, et pour interdire l'entrée du temple aux profanes. Nous avons traité ce point d'une manière spéciale dans le premier livre ^ Elle commence par le aymbole, qu'on a coutume de chanter tous les Dimanches et à certains jours de fôte. Ce symbole renferme les principaux dogmes de la foi catholique. Tertullien en parle en ces termes 2 : « La règle de foi nécessairement une, seule, immuable et irréformable est de croire en un seul Dieu toutpuissant, créateur du monde, et en son Fils Jésus-Christ, né de

< Ch. n. — ' De velantl. virgin.

la Vierge Marie, crucifié sous Ponce-Pilate, ressuscité le troisième jour, monté au ciel, assis maintenant à la droite du Père, et qui doit venir juger les vivants et les morts par la résurrection de la chair. )> « Nous suivons, dit-il ailleurs i, la règle que l'Eglise a reçue des Apôtres, les Apôtres de Jésus-Christ et Jésus-Christ de Dieu lui-même. » Il parle dans ces passages du Symbole, qu'avant de se disperser dans les diverses provinces, pour y prêcher l'Evangile, les Apôtres avaient composé pour être comme un signe, un mot d'ordre, qui servît à distinguer les véritables Mêles de ceux qui ne l'étaient pas. C'est ainsi que les Pères et la tradition constante de l'EgUse l'ont toujours enseigné. Pourquoi cet abrégé a-t-il reçu le nom de symbole ? nous l'avons expUqué assez longuement dans le traité de la divine Psalmodie 2. De môme que symbole chez les écrivains profanes signifie la môme chose que signe, mot d'ordre, abrégé, note, indice, ainsi la règle de foi de notre sainte religion est un signe, un abrégé de ce que nous devons croire, et comme un mot de guet par lequel les fidèles se reconnaissent sûrement. On trouve dans les œuvres ■ de saint Cyprien une exposition du symbole, que tous les savants reconnaissent être de Rufin, prêtre, de l'Aquilée, dans laquelle il est dit que les Apôtres ne le transmirent point par écrit,, mais seulement par parole et par tradition, de peur qu'il ne tombât entre les mains des infidèles, et qu'il ne vînt à être corrompu et falsifié jiar les mauvais chrétiens. C'est dans ce même sens que parle saint Jérôme ^. « Dans le symbole de notre foi et de notre espérance, que nous ont transmis les Apôtres, symbole qui ne doit point être écrit sur du papier et avec de l'encre, mais gravé au fond de nos cœurs, après la confession de l'auguste Trinité et l'unité de f Église, la liste des dogmes chrétiens se termine par la résurrection de la chair. » C'était donc verbalement que le symbole était transmis aux fidèles, afin qu'ils pussent, en toute sûreté, recevoir à leur communion ceux qui pourraient leur répéter par cœur ce signe de la profession du christianisme, comme un mot d'ordre secret et connu seulement des chrétiens.

' Prjjescrip., cap. 37. — '-' Chap. IG. — ^ Ad Pammach., cap. 9, Epist. 61,

Et, dans les premiers siècles de l'Eglise, cette loi du secret était si rigoureuse et si inviolablement observée, quil n'était point permis de l'écrire, même pour aider la mémoire des catéchumènes à le retenir. Aucun auteur, avant le règne de Constantin, n'avait osé l'insérer dans ses ouvrages, à l'exception de Tertullien, dans le passage que nous avons rapporté, encore n'en cite-t-il qu'un court abrégé, et passe-t-il à dessein plusieurs articles. Sozomènes, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, ne voulut point insérer dans son histoire le symbole de Nicée, parce qu'il craignait que sou livre ne tombât entre des mains profanes. Cependant saint Athanase, saint Basile^ saint Léon et d'autres Pères n'ont pas fait dilliculté de le citer dans leurs écrits, parce que la paix étant rendue à l'Eglise,/ on n'avait plus à redouter des embûches de la part des Juifs ou des païens. Pendant plus de trois cents ans l'Eglise n'eut que le symbole des Apôtres, jusqu'à ce que l'impie Arius eût vomi ses détestables erreurs ; le concile réuni à Nicée pour les condamner, composa pour les fidèles un nouveau signe, une nouvelle règle qui les distinguât des Ariens. C'est pour cela que saint Athanase, dans sa lettre aux évoques d'Afrique, appelle le concile de Nicée le trophée, la colonne de la foi, par laquelle toutes les hérésies sont signalées aux fidèles et terrassées. Saint Grégoire de Nazianze ^ dit que ce concile a renfermé la doctrine divine dans une formule fixe et déterminée. Nous lisons que lorsque ce symbole fut récité dans leconcil'^; tous les évêques s'écrièrent : « C'est la foi de tous les catholiques ; nous la croyons tous, nous y avons été baptisés, et c'est dans cette foi que nous baptisons les autres. » Toutes les éghses d'Orient le reçurent aussitôt qu'il eût été publié, et commandèrent de l'enseigner aux catéchumènes et aux fidèles, en sorte que Quiconque ne professait pas la doctrine de ce symbole, était regardé comme arien. En Occident, certaines églises le reçurent plus tôt, d'autres plus tard, suivant que l'arianisme essaya de s'y glisser ou plus tôt ou plus lard. De nouvelles hérésies ayant paru, un second concile œcuménique

' In Encom. Héron. Phil. Alexand.

se réunit à Constantinople ; des la première session, on y com-* posa un nouveau symbole, que Marc d'Ephèse assura, au concile de Florence, être, suivant l'opinion commune des Pères grecs, l'œuvre de saint Grégoire de Nazianze ; or, ces deux symboles de Constantinople et de Nicée furent toujours considérés comme n'en faisant qu'un seul, et bien que celui que nous chantons à la Messe soit celui de Constantinople, cependant le Maître des sentences ^ et les autres scolastiques l'ont toujours appelé symbole de Nicée. Les Pères les confondent également, parce que ce qui fut ajouté à celui de Constantinople était déjà virtuellement contenu dans celui de Nicée, et de même qu'il n'y a qu'une seule foi, ainsi n'y a-t-il qu'un seul symbole, quoique celui de Nicée ait ajouté à celui des Apôtres, et celui de Constantinople à celui de Nicée, quelques développements powr plus de clarté. Or, les anciens ont voulu qu'on chantât à la Messe celui de Constantinople de préférence à celui de Nicée, non parce qu'il s'adapte mieux au rythme musical, comme le pense avec assez peu de fondement Walfrid Strabon 2, mais parce qu'il exprime plus clairement les dogmes catholiques, et que les hérésies qui avaient paru jusque là, y sont réfutées d'une manière plus explicite.

On ignore quel fut celui qui le premier l'inséra dans la Liturgie, et prescrivit de le chanter à la Messe. Raoul de Tongres ^ dit que ce fut Marc, successeur de saint Sylvestre, qui ordonna de chanter à la Messe le symbole de Nicée. Mais Innocent 111 * et plusieurs autres auteurs écrivent que ce fut le pape Damase, qui le lit chantera l'imitation des Grecs. Néanmoins, tous s'accordent à dire que le chant public du symbole au saint Sacrifice, fut introduit dans les églises d'Orient contre les opinions perverses des sectaires et des hérétiques, et que plus tard, l'Occident leur emprunta cette louable coutume. Or, au temps du pape Damase, les Grecs n'observaient pas encore cet usage, car Théodore le Lecteur dit ^ que le patriarche Timothée, qui vivait en 510, éta-

' Lib. 1, dist. II. - 2 Cap. n, - ^ Prop. 23. ^ * De Myst. Miss., liber 2, cap. 'i9» — > Collect, lib. 2.

biit à Conslantinople que le symbole de la foi serait récité à toutes les assemblées, qui auraient lieu pour le saint Sacrifice, tandis qu'auparavant on ne le récitait qu'une seule fois l'année, le Vendredi-Saint, lorsque l'évéque instruisait les catéchumènes. Nicépliore Calliste 1 attribue l'institution de cet usage à Pierre Gnapliée; mais peut-être que ce dernier l'établit à Antioche et Timothée à Conslantinople. Les églises d'Espagne furent les premières en Occident qui adoptèrent ce rite ; on trouve à ce sujet un décret du troisième concile de Tolède, assemblé en 589, ainsi conçu 2 : « Par respect pour la très-sainte foi et pour fortifier contre les erreurs les esprits trop faibles, d'après le conseil de notre très-pieux et très-glorieux seigneur le roi Ueccarède, le saint concile a ordonné que dans toutes les églises d'Espagne et de Gallicie on réciterait, selon la pratique des églises d'Orient, le symbole du concile de Conslantinople, c'est-à-dire celui des cent cinquante évoques 3, et qu'avant l'Oraison dominicale, le peuple le chanterait à haute voix, afin de rendre nn témoignage manifeste à la vraie foi, et de purifier par cette même foi le cœur des fidèles, qui doivent participer au corps et au sang du Sauveur. » Ce canon exprime l'usage d'Espagne, qui subsiste encore dans le Missel mozarabe ; après la consécration et quelques courtes prières, le célébrant dit : « Que notre bouche redise la foi que nous croyons de cœur. )) 11 élève ensuite le corps du Sauveur de manière à ce qu'il soit aperçu du peuple, et le chœur chante le symbole : « Credinius in unum Deum Patrem omnipo- « tentem factorem cœli et terrae. Visibilium omnium et invisibi- « liuin conditorem. Et in unum Dominum nostrum Jesum Cliris- « tum FiUum Dei unigenitum. Et ex Pâtre natum ante omnia w sœcula. Deum ex Deo, lumen eœ lu mine, Deum verum eœ Dec « vero. Natum non factum, Omousion Patri; Iioc est ejusdem

' Lib 15, cap. 28. — - Can. 2. — ^ Le symbole de Nicéo était anciennement appelé Symbole des trois cent dix-huit Pères, et celui de Conslantinople des cent cinquante Évêques, à raison du nombre des évéques qui assistaient à ces conciles. Pourtant, Théodore-lc-Lectcur, dans le texte dont nous venons de parler, appelle celui de Conslantinople symbole des trois cent dix-huit Pères, sans doute parce que dès lors on considérait ces deux symboles comme n'en faisant (yi'un.

a cuiii Pâtre suhstantiœ . Per queiii omnia facta sunt, quse in « cœlo et qux in terra. Qui propter nos homines et propter nos- (( tram salutem descendit de cœiis. Et incarnatus est de Spiritii « sancto ex Maria Virgine et liomo factiis est. Passiis sub Pontio « Piiato, sepiiitus, tertiadie resurrexit. Ascendit ad cœlos. Sedet « ad dexteram Dei Patris omnipotenlis. Inde ventunis est judic( care vives et raortuos, cujus regni non erit Unis. Et in Spiri- « tum sanctiim Dominum vlvificatorem, et ex Pâtre et Filio pro- « cedentem, ciim Pâtre et i^'ilio adorandum et conglorificandum, « qui locutus est per Prophetas. Et unam sanctam catholicam et « apostolicam Ecclesiam. Gonflteor unum baptisma in remissio- « nem peccatorum. Expectamus resurrectionem mortuorum et « vitam venturi sseculi, Amen ^ « C'est ainsi qu'on chante le symbole dans cette Liturgie, ensuite on récite l'Oraison dominicale. Les églises de France et d'Allemagne imitèrent cet usage de l'église d'Espagne, un peu plus tard, sous le règne de Charlemagne, après la condamnation des erreurs de Félix d'Urgel, ainsi que l'atteste Walfrid Strabon 2. Baronius rapporte ^ une conférence sur le symbole tenue entre Léon III et les députés de Cliarlemagne ; voici à ([uclle occasion. Les Francs ayant obtenu de Léon lui-même la permission de chanter le symbole à l'église, ils y ajoutaient la particule Filloque, que, du consentement de saint Léon le Grand ^, les évoques dEspagne avaient ajoutée contre les Priscillanites. Or, au concile d'Aix-la-Chapelle, les Pères qui le composaient doutèrent, non pas que le Saint-Esprit ne procédât aussi du Fils, mais qu'on eût droit d'ajouter au symbole la particule Fllioque. En conséquence, l'empereur députa quelques clercs au pape Léon 111, qui eut avec eux la conférence dont parle Baronius. Toutefois ce même pontife, au rapport d'Anastase, fit placer dans la basilique de saint Pierre, près de la confession de l'Apôtre, deux tables d'argent pesant quatre-vingt-

' Nous l'avons transcrit en latin, afin qu'il fût plus facile de le comparer à celui de la Liturgie romaine. Il est évident que ces deux formules traduisent le même texte grec, et que les légères différences que nous avons soulignées tiennent à la traduction même. — - Gap. 22. — ^ Tom. 9, ad ann. oOy. — ' Baron., ad an, 447.

quatorze livres six onces ; le symbole fat gravé en latin sur Tune, et sur l'autre en grec, mais sans la particule Filioque, soit par respect pour l'antique usage, dont il fut un rigide observateur, soit parce qu'il ne jugea point nécessaire que tous les dogmes fussent exprimés dans le symbole. Dans la suite cependant, ainsi que le prouve Baronius ^, celte addition fut raliliée par un décret des souverains pontifes, afin de repousser l'opiniâtreté des schismatiques, qui s'obstinaient à attaquer le dogme catholique enseignant que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Nous apprenons de Bernon de Richenau, témoin oculaire, à quelle époque l'Eglise romaine commença à chanter le symbole, pendant le saint Sacrifice de la Messe, immédiatement après l'Evangile. « Les Romains, dit-il, ne l'ont point chanté jusqu'à ce lemps de notre pieux empereur Henri. Comme ce prince leur en demandait la raison, ils répondirent, en ma présence, que c'était parce (lue l'Eglise romaine n'avait jamais été souillée d'aucune hérésie, mais qu'elle était constamment demeurée ferme et inébranlable dans la foi calholi(|ue, suivant les enseignements de saint Pierre. C'est pourquoi la répétition fréquente et le chant du symbole est plus nécessaire aux églises, (|ui quelquefois ont été infectées de certaines hérésies. Néanmoins, l'empereur ne cessa point ses instances , (|u'il n'eut persuadé au seigneur Benoist, pape apostolique, de le faire désormais chanter à la Messe publique. «Ceci arriva vers l'année 1014; aussi est-ce à cette année que Baronius dans son histoire cite ce passage, après lequel il ajoute, avec cette haute raison qui le distingue : « Nous aimons cette condescendance, mais nous eussions mieux aimé qu'on fût resté fidèle à une respectable antiquité de mille ans, que d'introduire un rite nouveau. » Et certes, c'était une bonne raison que celle que donnaient à saint Henri les prêtres romains, pour laquelle le symbole à Rome n'était point chanté à la Messe. En effet, Rufin, prêtre d'Aquilée, célèbre antagoniste de saint Jérôme, dit, au commencement de son exposition sur le symbole, que dans diverses églises on y avait fait quelques addi-

' Ad ann. 88l

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lions , et il ajoute ; « Toutefois cela n'est point arrivé dans l'Eglise romaine, » et il en donne pour raison que c'est, « parce qu'aucune hérésie n'y a pris naissance et qu'elle garde toujours la coutume antique. )> Ce fut donc en l'an 1014 que, sur l'ordre de Benoist VllI, on commença à chanter le symbole à Rome. C'est pour cela que VOrdo romain, les anciens Sacramentaires, Alcuin, Amalaire, Raban, Rémi d'Auxerre et les autres écrivains, qui ont exposé l'ordre de la Messe romaine avant celte époque, ne font point mention du symbole, bien que longtemps auparavant ce fût l'usage de le chanter dans les églises d'Espagne et des Gaules. On le voit dans toutes les Liturgies des Grecs, dans celle des Maronites et dans toutes celles des églises d'Orient.

Après le symbole ou, lorsqu'on l'omet, après l'Evangile, le célébrant salue le peuple et l'exhorte à prier. Le chœur chante alors une antienne nommée Offertoire, parce que anciennement c'était pendant qu'on la chantait que le peuple présentait ses oiTrandes. Or, sous ce nom d'Offertoire ou d'offrande, Amalaire et avec lui tous les anciens liturgistes, comprennent tout ce que le célébrant et les ministres chantent ou récitent, depuis la salutation, dont nous venons de parler, jusqu'à ce que le prêtre, concluant l'oraison Secrète^ dise à haute voix : Per omnia sœcula sœculorum. Qui le premier a prescrit de chanter cette antienne ? C'est ce dont nous ne sommes pas certains. La plupart en attribuent l'institution à saint Grégoire, parce que, dans son Anliphonaire, il en assigne de particulières pour chaque Messe. Mais saint Augustin nous apprend, que cet usage existait de son temps en Afrique 1. Dans l'Antiphonaire grégorien, chaque Offertoire est composé de plusieurs versets et quelquefois d'un psaume -entier, q^u'on chantait en répétant une antienne après chaque verset, afin que le chant pût continuer pendant tout le temps nécessaire, pour que les fidèles présentassent leurs offrandes. Ainsi lorsqu'au trefois, dans l'Ancien Testament, le peuple offrait des holocaustes, les voix, les trompettes et les cymbales faisaient retentir les louanges du Très-Haut, pour inviter, par ces chants

' UetracU, lib. 2, cap, 11,

harmonieux, les fidèles à présenter au Seigneur leurs offrandes avec joie. C'était pour celte même raison, que les Chantres répétaient plusieurs fois les mêmes paroles, afin que le chant ne se terminât point avant les offrandes. Quelques auteurs récents ont donc eu tort de classer cette répétition parmi les abus introduits par la musique moderne, surtout si l'on se rappelle que nous en voyons plusieurs exemples dans l'Antiphonaire de saint Grégoire, comme dans l'Offertoire du Dimanche de la Quinquagésime, où l'on répète deux fois : Deneclictus es, Domine. Doce mejustl/îcationes tuas; dans celui du XXI' Dimanche après la Pentecôte, où l'on répète deux fois ces paroles du premier verset : Ulinam appenclerentur peccata mea, qulbus iram merui, et dans lequel ces mots : Kt calamitas, sont redits jusqu'à trois fois; également au IV^ Dimanche : Quomam non revertetur oeulus meus ut vAdeam hona, on répète trois fois : Quoniam, et neuf fois : Ut vic/eam bona. A malaire ^ rend raison de ces répétitions, mais dans un sens mystique, selon sa coutume. « L'auteur de cet office, écrit-il, pour nous rappeler plus vivement l'allliclion de Job, nous fait répéter plusieurs fois les mêmes paroles, suivant l'habitude de ceux qui soufirent. » Aujourd'hui tous ces versets do l'Offertoire ont été supprimés; mais lOffcrloire, débarrassé de ces additions, doit, comme le remarque Raoul de Tongres 2, être chanté plus lentement. L'église de Lyon a conservé dans quehiues Messes ces versets de l'Offertoire; l'Eglise romaine et les autres les ont totalement retranchés 3, soit parce (jue la coutume de présenter les offrandes, qui avait demandé que le chant de l'Offertoire fut plus long, avait elle-même cessé, soit à cause de l'introduction des orgues, car lorsqu'on touche cet instrument, on ne chante point l'Offertoire.

Ce fut un usage en vigueur dans l'ancienne Eghse, que ceux qui se rendaient au saint Sacrifice apportassent et otfrissent le pain et le vin ; nous l'avons prouvé ailleurs ^ par l'autorité des

' Lib. 3, cap. 39. — - Prop. 23. — ^ Excepté aux Messes des Morts, à YOffertoire desquelles on répète: Qunm ohm Abraham, etc. Une répétition du niém^ genre a lieu encore dans la Communinn de ces mêmes Messes. — ' Livre 1, chap. ^J.^.

conciles et des Pères. J'ajouterai ici le témoignage de saint Optât de Milève, qui i reproche aux Donaiistes d'avoir brisé les autels sur lesquels le peuple offrait ses dons, « sur lesquels notre Sauveur a ordonné de ne déposer que des offrandes de fraternité assaisonnées par la paix. » Il veut sans doute parler des offrandes ((ue l'on consacrait, car il ajoute : « Qu'est-ce que l'autel, sinon le trône du corps et du sang du Sauveur? » C'est à cause de ces offrandes que Tertullien 2 dit que tous les fidèles sont prêtres, non pas que tous aient le pouvoir de consacrer, ainsi que l'interprète faussement je ne sais quel auteur anonyme, que Petau a vigoureusement réfuté dans sa dissertation De potestate cotise- Grandi, mais parce que tous présentaient, ofiraient le pain et le vin à l'autel du Seigneur. Or, l'ancienne règle était de n'offrir que ce qui devait servir au Sacrifice; les autres objets ne pouvaient être présentés à Fautel, suivant le III^ Canon des Apôtres. 11 permet d'offrir l'huile pour les lampes, l'encens, les épis et les raisins nouveaux, dont on fait le pain et le vin, parce qu'ils sont les éléments propres de la matière du Sacrifice ; quant aux autres fruits, on les portera dans la demeure de l'évêque ou des prêtres, pour qu'ils les distribuent aux diacres et aux clercs. « Les .fruits, les légumes et autres choses du même genre, dit Zonaras dans l'explication de ce Canon, sont offerts à l'autel, non comme matière du Sacrifice, mais seulement comme prémices. On permet d'offrir de l'huile, afin qu'elle serve à nourrir la lumière, qu'on allume devant celui qui est la vraie lumière, et de l'encens pour être brûlé pendant le Sacrifice. Le concile In Trullo défendit dans la suite ^ d'offrir des raisins, à cause d'un abus qui s'était gUssé dans quelques églises, où les ministres, mêlant ces raisins au Sacrifice, les distribuaient au peuple conjointement avec l'Eucharistie. C'est pourquoi il décréta que le prêtre ne devait donner aux fidèles que l'offrande consacrée, que les raisins offerts comme prémices seraient bénis séparément, et qu'on les distribuerait cà ceux qui le demanderaient, pour rendre grâces à celui qui nous donne tous les fruits. Le même concile défendit "^ d'offrir

' Init. lil), (1, - -^ Dn exiiorf, castit., cap. 7. - " Can. 28. - -* Can. 57,

à l'autel du lait et du miel. Un concile de Carthage, tenu en 397, suivant le Codex de l'Eglise d'Afrique, indique plus clairement ces divers rites. Voici le texte i : « Que dans le sacrement du corps et du sang du Seigneur, rien ne soit oiïert, sinon ce que le Seigneur lui-même a prescrit, c'est-à-dire du pain et du vin mêlé d'eau; quant aux prémices, ou au lait et au miel, qu'on offre au jour si solennel du mystère de l'enfance, bien qu'ils soient sur l'autel, qu'ils aient leur bénédiction parliculière, ^fin qu'ils soient bien distincts du sacrement du corps et du sang du Seigneur ; qu'on ne présente plus désormais d'autres prémices que des raisins ou des épis de froment. » 11 n'assigne pas de jours déterminés pour ces dernières oifrantles ; relativement au lait et au miel, il ordonne de n'en oll'rir qu'une fois l'année, la veille de la fôte de Pâques, jour dans lequel on administrait solennellement le baptême, et où l'on avait coutume de distribuer aux nouveaux baptisés du lait et du miel, comme un pieux symbole. Nous avons parlé suffisamment de ce rite dans la première partie de cet ouvrage 2. Le peuple avait également coutume, au Jeudi-Saint, d'offrir, dans des ampoules, l'huile que l'évoque devait consacrer; c'est ce que nous apprennent le Sacramentaire de saint Grégoire, édité par Pauiélius, et \Ordo romain. En effet, l'usage de l'ancienne Eglise était de ne consacrer les sacrements, de ne bénir quoi que ce soit qui s'y rapportât, qu'en employant la matière offerte par la piété et la générosité des fidèles.

Parmi les calomnies contre l'Eglise romaine , que Photius écrivit au roi de Bulgarie, et que ce dernier transmit au pape Nicolas, on trouve la suivante, à savoir : Que cette Eglise, le jour de Pâques, bénissait un agneau à la manière des Juifs, et l'offrait sur l'autel conjointement avec le corps du Seigneur. Or, c'est là un impudent mensonge; car encore que l'Eglise romaine eût coutume de bénir la chair de cet agneau, toutefois on ne le plaçait point sur l'autel; il n'était ni béni, ni offert conjointement avec le corps de Noire-Seigneur Jésus-Christ. On lit dans

• Can. 37. — ^ Liv. 1; ilia|». 10>

l'Ordo romain le rite de la bénédiction de cet agneau le jour de Pâques' jour dans lequel les fidèles mangeaient sa chair sanctifiée par la bénédiction du prêtre, en l'honneur de Jésus-Christ, l'Agneau immaculé, qui a été immolé pour notre salut. Cette môme cérémonie avait autrefois, en 'figure de ce môme Sauveur, été recommandée aux Juifs par Moïse d'après les ordres de Dieu, et c'était la principale des cérémonies de la loi judaïque. Walfrid Strabon, emporté par un zèle exagéré, blâme cette pratique ^ comme superstitieuse et entachée d'erreur. Mais, à vrai dire, je ne vois pas pourquoi il s'élève avec tant d'aigreur contre une coutume fort ancienne, approuvée par l'Eglise et encore aujourd'hui en vigueur, puisqu'il convient iui-môme que cet agneau n'est point placé sur l'autel, ni au-dessous, ni môme auprès, et, à plus forte raison, ni consacré avec le corps du Sauveur, comme le prétendait méchamment Photius, mais qu'il est sanctifié par une bénéxliction particulière, bien différente de la consécration du corps de Jésus-Christ. Mais peut-être reprouvet-il en cela certains abus qu'il n'indique pas; peut-être aussi n'a-t-il voulu voir que le Canon du concile d'Afrique, qui n'énumère'point cet agneau parmi les choses qu'il est permis d'offrir. Sans m'occuper plus longtemps de Strabon, je ferai observer que, de môme qu'il n'était point permis d'oifrir à l'autel toutes sortes de choses indistinctement, de môme aussi les prêtres ne pouvaient recevoir les offrandes de toutes sortes de personnes. D'abord c'était l'usage de déposer avant la Messe tous les dojis dans un lieu désigné, qu'on nommait gazophylacium ou secretarium, et là le diacre, avant le Sacrifice, examinait soigneusement et ces dons et ceux qui les présentaient; ensuite, lorsqu'on avait retranché et séparé ceux qui ne devaient point en offrir, ceux qui restaient étaient présentés, avec les rites dont nous parlerons plus bas, pour être déposés sur l'autel par les mains des diacres. C'était également une antique coutume que ceux qui n'avaient pas le droit de communier, n'eussent pas non plus celui de présenter des oflrandes, comme on le voit par ce Canon

' Cap. 18. :

du concile d'Elvirè i : « Il nous a paru que 1 evêque ne devait point recevoir les présents de celui qui ne doit pas communier. » Or, tous ceux qui assistaient à la Messe, et qni devaient y communier, ofi raient le pain et le vin qu'on devait consacrer sur l'autel; c'est pour cette raison que le droit de présenter des offrandes était corrélatif du droit de communier. Les savants font surgir des disputes au sujet de l'interprétation de ce Canon ; mais elles peuvent facilement être apaisées, si l'on veut admettre et bien considérer la distinction de deux sortes de communions, et la différence des dons (muncra) et des otlrandes [ohlaiinnes). Pour ce qui est des dons, Baronius 2 établit cette diflérence entre eux et les offrandes, qu'on nommait dons ou présents les objets, qui, sans avoir égard h ceux qui les donnaient, étaient acceptés et conservés par l'Eglise , tandis que les oflrandcs étaient pn''sentées solennellement par les fidèles et reçues avec la même solennité, ce qui a fait dire à saint Irénée ^ : « Celui (jui ofire est honoré dans ce qu'il offre, si son offrande est acceptée. » Et le savant liistorien prouve que les dons étaient reçus, même de la part des infidèles, par ce que rapporte Anastasc dans la Vie d'IIormisdas, à savoir : Que Tbéodoric, roi d'Italie, (juoique arien, avait oHcrt au bienheureux saint Pierre deux chandeliers d'argent pesant soixante-dix livres. Toutefois, dans diverses cirsonstances , ceci ne fut pas toujours observé. En efiel, Eusèbe, eunuque de l'empereur arien Gonstanc*, ayant oHItI phisieurs présents à la basilique de Saint-Pierre, le pape Libère réprimanda vivement le gardien de celte église de les avoir laissé entrer dans la basilique, et il ordonna de les jeter dehors comme profanes et souillés. C'est saint Athanase qui raconte ce fait. dans sa Lettre aux solitaires. Bien plus, quelquefois si les hérétiques avaient fait quelques présents à l'église, avant de le devenir, on les leur rendait lorsqu'ils étaient tombés dans l'erreur. Tertullien nous l'apprend au sujet de Marcion '• : « Où était alors Marcion, dit-il, où était Valentin? car il est constant qu'ils professèrent d'abord la doctrine catholique, dans

' r.an, 28. - ^ Ad «np. bn. - » Lib. 4, <ai». 2 j, - ' De Prspscript., cap. 30.

l'Eglise romaine, sous le pontificat cVEleuthère, jusqu'à ce que leur curiosité inquiète, que redoutaient les frères, les eût fait chasser deux fois ; et Marcion fut même renvoyé avec deux cents sesterces qu'il avait apportés à l'église. Enfln, ainsi séparés pour jamais, ils répandirent au loin le venin de leurs erreurs. » L'Eglise avait donc eu tellement en horreur le présent de cet hérésiarque, qu'en le chassant^elle lui rendit ces deux cents ^sterces, qui, suivant le calcul de Budée, valaient cinq mille écus d'or et ne voulut rien en retenir. Cette" distinction entre les dons et les offrandes est ordinairement négligée, même par de bons auteurs; car quelles que soient les choses qu'on offre à Dieu, par testament ou par n'importe quelle forme de donation, soit des immeubles ou des objets mobiliers, soit qu'elles appartiennent au saint Sacrifice, ou qu'elles soient destinées à sustenter les pauvres, toujours elles sont nommées ofjmndes. Ulpien se sert de ce terme dans les Pandectes i, où il dit qu'un lieu devient sacré, si le mari le donne à sa femme pour en faire une offrande à Dieu. Les anciens, au rapport de Festus, les nommaient offeri" menta. 11 résulte de tout ceci que le nom ^'offrande a plusieurs sens , puisque d'abord il désigne lés présents qu'on offrait à l'église, non pas à l'autel, mais en dehors delà Messe; en second lieu, dans un sens plus précis, il signifie les dons qu'on apportait sur l'autel pendant la Messe, soit qu'ils eussent du rapport avec le saint Sacrifice, soit qu'ils lui fussent étrangers ; enfin, dans un sens plus restreint, le nom A' offrande est donné au saint Sacrifice lui-môme, signification dont nous avons dit quelques mots, en parlant des divers noms donnés au Sacrifice de la Messe.

Le mot de communion est également équivoque, et il est nécessaire que nous l'expliquions, afin de bien montrer de quelle communion nous parlons, quand nous disons qu'on ne recevait point les offrandes de ceux qui n'avaient pas le droit de communier. Il y avait donc deux sortes de communion : l'une était la participation avec les fidèles dans toutes les choses ordi-

' Lib. 24, Titul. 1, de Donation, int. vir. et uxor,, lib. 5, g \1,

naires, dans la conversation, la société et même dans les prières ; ceux qui avaient droit à cette communion pouvaient, en toutes circonstances, se réunir avec les fidèles, mais ils ne pouvaient participer avec eux à l'Eucharistie; l'autre, qui était la communion parfaite, donnait le droit de recevoir ce sacrement. Ceux qui ne jouissaient d'aucune de ces communions, étaient totalement retranchés de l'Egliscf comme le sont aujourd'hui les excommuniés, ceux-là, sans aucun doute, ne pouvaient présenter d'offrande à l'autel, puisque l'entrée môme de l'église leur était interdite, ainsi qu'aux pénitents de la première classe. Il en faut dire autant des catéchumènes, des pénitents du second et du troisième ordre, et des autres qui sortaient de l'église après l'instruction et ne pouvaient assister au saint Sacrilice. Quant aux pénitents du quatrième ordre et à ceux qui, pour quelques fautes légères, étaient seulement privés de la réception de l'Eucharistie, encore qu'ils pussent assister au saint Sacrifice, participer aux prières des fidèles et offrir des aumônes pour les pauvres, toutefois ils ne pouvaient rien présenter à l'autel. En effet, comme il ne leur était pas permis de recevoir le corps de Jésus-Christ, leurs offrandes étaient refusées, parce que l'Eglise alors considérait le droit d'offrir comme étroitement uni j à celui de communier au corps du Sauveur. On ne croyait pas ' qu'elles fussent agréables à Dieu, les hosties et les offrandes do celui qui devait s'abstenir de la réception des saints mystères. Cet usage est confirmé par l'Epi tre écrite au nom de saint Augustin à Boni face, officier illustre, contemporain du saint évoque d'Hippone, qui alors était révolté contre l'empire romain. On la trouve dans l'appendice du second volume, et Baronius ^ pense qu'elle /ut écrite par quelque évùque d'Afrique. On y lit : « J'ai défendu aux clercs de recevoir les offrandes de votre maison, et je vous interdis la communion, jusqu'à ce que vous ayez accompli la pénitence, que je vous ai imposée pour vos crimes et pour votre révolte, et que, après vous en étiv acquitté, vous puissiez alors, avec un cœur contrit et humilu.

' Ad anii. 427,

(îrir à Dieu un sacrifice (jui lui soit agréable. » Le concile 'Ancyre parle de ces deux sortes de communions, comme l'a îmarqué Baronius K En effet, il dit que ceux auxquels il était îulement permis de prier avec les fidèles, communiaient sans ffrande\ ceux qui pouvaient participer à la sainte Eucharistie, les appelle communiants avec offrande. Nous traiterons ailleurs e la communion laïque, ainsi que de la communion avec les trangers. Relativement aux énergumènes, le concile d'Evire 2 éfend môme de prononcer leur nom à l'autel pendant l'offrande, uant aux pénitents que la mort frappait subitement, le premier oncile de Valsons décide '^ qu'on recevra les ofirandes, et qu'on écitera leurs noms. Le second concile d'Arles ^ donne pour raion de ce décret, qu'ils ont honoré lapénitence. Le même usage ;it sanctionné par le onzième concile de Tolède ^. De là sans oute était venue la pratique superstitieuse de quelques fidèles 'Afrique, qui mettaient l'Eucharistie dans la bouche des péni- 3nts morts ainsi pendant leur pénitence, pour mieux montrer u'ils étaient rentrés dans la communion de l'ÉgUse, abus que ondamne le Codex de l'Église d'Afrique K Lorsque l'antique iscipline était observée dans toute sa -rigueur, les fidèles comnuniaient avec les morts comme s'ils eussent été vivants, li donc le défunt, pendant sa vie, avait été parmi les Pleurants^ es Ecoutants, les Prosternés ou les Consistants, il conservait ce nôme rang après sa mort ; son corps était placé dans l'église, au nôme endroit qu'il avait occupé pendant sa vie, et c'est de là lu'on l'emportait au lieu de sa sépulture. Pour ce qui est de ceux pii, sur le point de mourir, demandaient la pénitence, et mou- •aient avant d'avoir reçu l'absolution, voici ce que dit saint jéon " : « C'est une affaire que nous devons abandonner au jugenent de Die-u, qui n'a pas voulu que leur mort fut ditférée usqua ce qu'ils eussent reçu la communion. Quant à nous, lous ne pouvons aucunement communier, après leur décès, avec )eux que nous n'admettions point à notre communion pendant

' Tom. 2, ann. 314. - 2 Can. 29. - ^ Can. 2. - ^ Can. 12. - s Can. 12, - 6 Can. 18. - 7 Epist. 92, ad Rustic. Marbon.

loiir vie. » Or, il est manifeste que dans ce passage, le mot ilc communion est pris dans le sens d'absolution et de pardon ; c'est en ce même sens que les anciens Canons ordonnèrent que, même au moment de la mort, la communion ne serait point accordée à ceux qui s'étaient rendus coupables de certains crimes énormes, ce qu'il faut absolumeiil entendre delà réconciliation solennelle, et du rétablissement des rapports avec la communauté des fidèles. Dans la suite, on adoucit cette discipline] sévère, et on ne refusa plus le pardon à quiconque le demandait sérieusement et avec les dispositions nécessaires. Tellement que le second concile d'Orléans permit ' de recevoir les oli'randes, même de ceux qui étaient morts dans l'acte du crime, à l'exception, toutefois, de ceux qui s'étaient eux-méme> lionne la mort.

Mais je reviens aux oli'randes, et, comme j ai dit plus haut que l'on olfrait, ou que l on récitait aussi les noms de ceux qui avaient j)r('senté d(»s oli'randes, il nous faut maintenant n^clierclier de quelle manière avait lieu celte récitation. Ouelques-uns pensent (|u''>////r les noms n'était autre chose que prier pour ces personn(.'s, en faire mémoire dans les prières, soit publi(pie>, soit privées. Pourtant la vérité est ([u'of/rir le nom de quelqu'un était la même chose que réciter, énoncer son nom pendant le .saint Sacrifice; ce rite se déduit évidemment de la 10'' Épitre de saint Cyprien, dans la(|uelle il reprend les prêtres qui recevaient a la cemmiinion (W^ fidèles, avant (piils n'eussent faitpénit(;nce, ceux qui étaient tombés pendant la persécution, et les admettaient à l'oirrande et à la réception de l'Hucharistie. « On les reçoit à la communion, dit-il, on offre leurs 7wms, et ils n'ont pas encore fait pénitence, et ils n'ont pas encore accompli lK.ro molo(/ùse ; on leur donne l'Eucharistie avant ([ue l'évêijue et le clergé leur aient imposé les mains. » C'est également ce qu'enseigne Innocent l*"', dans la lettre où il répond aux consultations de Decenlius, évêijue d'Eugube. « Quant à I ollrande des noms, doit-elle avoir lieu avant la prière du prêtre, écrit-il, et

' Cun. ij.

avant qu'il ait recommandé à Dieu les offrandes de ceux dont il va réciter les noms ? Votre sagesse vous indique assez qu'il est peu convenable d'offrir les noms de ceux dont vous n'avez pas encore offert les offrandes, bien que rien n'échappe à la science de Dieu. 11 faut donc commencer par les offrandes, et ensuite réciter les noms de ceux qui ont présenté ces offrandes, de telle sorte qu'ils se trouvent nommés pendant les saints mystères, et non pendant les cérémonies qui précèdent, afin que nos prières leur ouvrent l'entrée des mystères qui vont s'accomplir. » Saint Gyprien, dans sa Lettre sur la rédemption des captifs ^, écrit aux évoques de Numidie qu'il leur envoie les noms de ceux qui ont concouru à cette bonne œuvre. Or, comme l'observe Rigault, ce n'était pas inutilement et pour une vaine formalité qu'il avait dressé cette liste, mais pour que les évoques pussent réciter les noms de ces bienfaiteurs pendant le saint Sacrifice. Cette récitation des noms était une des fonctions du diacre, au témoignage de saint Isidore 2. qui dit, en parlant du diacre : (( A lui appartient d'indiquer les prières et de réciter les noms. » — « Nous en voyons plusieurs, écrit saint Jérôme ^, qui oppriment leurs frères par leur puissance, qui commettent des vols et des rapines, pour accorder ensuite aux pauvres une faible .portion de leurs nombreux larcins, et se glorifier, pour ainsi dire, de leurs crimes, lorsque le diacre récite les noms. Un tel offre tant, un tel a promis tant, dit-on, et ils se complaisent dans ces applaudissements du peuple, malgré les remords de leur conscience. )) Par où nous voyons que la perversité des méchants avait fait dégénérer en misérable gloriole, un usage établi pour honorer Dieu ; c'est pourquoi le même saint dit encore ^ : «Maintenant, on récite publiquement les noms, et ce qui est donné pour racheter les péchés, devient un sujet de vanité. » Les Grecs récitent les' noms lorsqu'ils divisent le pain, qu'ils séparent et qu'ils offrent une particule distincte pour chaque personne morte ou vivante, la rendant ainsi participante du Sacrifice,

' Epist. GO. — 2 Epist., ad Luditredum. — ^ In Ezechiel, cap. 18. — '' In Je« remiam; lib. 2, cap. 2.

^ tu —

Chez les Latins, on fait mémoire des vivants et des morts dans le Canon, à des moments divers; autrefois, à ces endroits, on avait la coutume de réciter les poms de ceux qu'on recommandait. En ertét, d'après le texte de saint Innocent que nous venons de rapporter, il est constant que les noms étaient récités pendant les saints mystères, c'est-à-dire pendant le Canon, et après que les oiïrandes avaient été recommandées à Dieu. C'est ce que conlirme le concile de Mérida, tenu sous le pape saint Vitalien ; il ordonne : «■ Que dans chaque église, à la lète de laquelle un prêtre aura été placé, ce prêtre ait soin de faire ollrir chaque Dimanche le saint Sacrifice, et d'y faire réciter les noms de ceux ([ui ont fait construire ces églises, ou (jui leur ont fait quelque bienfait. S'ils sont encore vivants, que leurs noms soient récités devant l'autel pendant la Messe ; que s'ils ont quitté cette vie et (|u'ils soient morts, on en fera mention avec les fidèles défunts au lieu et dans l'ordre mar(|ué. » Or, ces noms étaient lus sur les Dupliques, dont nous parlerons, ainsi (jue des autres choses i[ui touchent à celte ollrande des noms, lors((ue nous exp!i(|uerons ces paroles du Canon: iVeokVi^j, Domine. Ici se rapportent deux observations de Slrabon au sujet des ollrandes ; je ne crois pas devoir les omettre. Voici la première : « Il est bon de savoir, écrit-il ', (jue ([uel(|ues-uns oIlrcMit d'une manière qui n'est point selon la règle ; consiilérant plutôt le nombre des ollrandes (|ue la vertu des sacrements, il présentent, comme en passant, leurs offrandres à des Messes aux([uelles ils négligent d'assister. Il est beaucoup plus convenable de présenter votre ollrande oii vous devez assister ta la Messe, afin qu'après avoir ollèrt à Dieu cette ollrande, vous lui olTriez également de pieuses supplications pour qu'il daigne l'agréer. Ce n'est pas en vain qu'on lit dans le Canon ces paroles : Qui tibi o/l'crunù, et non: Qui libi oblulerunt; elles nous apprennent que ceux qui ont présenté des ollrandes, doivent rester jusqu'à ce que ces ollrandes soient devenues ce pour ([uoi elles ont été olferles. » Cequi nous montre qu'au IX^ siècle, dans lequel vécut cet auteur, ceux qui présen-

' Cap. 22.

faient des offrandes ne communiaient pas toujours, et que, même quelquefois, ,1s quittaient l'église aussitôt que ces offrandes avaient ete présentées, abus contre lequel ils sëlève vertement 11 attaque encore une autre coutume. « C'est, dit-il, une grande erreur que celle des prêtres, qui prétendent ne pou;oir fafre une commémoration parfaite de ceux pour lesquels ils célèbrent à moms qu'on ne leur présente une offranL pour ch qi e ^r! onne; ou bien encore qu'on ne peut offrir en même temps pour les morts et pour les vivants. En effet, ne savons-nous pas avec certitude qu'un seul est mort pour tous, et qu'il n'y aqu'^ seu corps et qu un seul et même sang offert par l'Eglise universe le Que SI quelqu'un veut offrir une hostie pour Lque er^^ V qa .lie fasse su veut, par dévotion seulement, par un pieux desir démultiplier les prières, et non par s ite éel'Zl croyance qu'un seul Sacrifice offert à Dieu, ne puisse être un re mede suifisant. Celui-là fait preuve d'une foi peu claSe .ui - s imagine que le Seigne.r ne puisse connaître, lorsqu où î prS pour plusieurs à la fois, ce qui est nécessaire i chacun de ux pour esquels on le prie, ou qui pense qu'on lui manque de respect orsque dans le même Sacrifice, on le prie tantôt'pour l'un

ut vin ér-; '""P"'' ''"''°"' '~' ' ''^ '^évot'n et a la volonté de chaque prêtre le soin d'offrir un seul Sacrifice

SlSeTe^n::''"^''^ "" ^"'^ ''^^''^ personne. aÎ est la règle de notre époque, autres sont nos usages, et personne

n Ignore ce que le Siège apostolique a décidé sur ce sujet

La coutume de présenter des offrandes subsiste encore dans quelques églises, surtout dans les bourgs et dans les villages ha b tespar des gens de la campagne, qui, plus attachés que les autres aux anciensusages, ne les abandonnent que très-difflcilement lorsqu II survient quelque changement. ToLfois ce offrande^ ne servent plus au saint Sacrifice, mais le plu so ven el Ï ont pour e curé ou pour les pauvres, quelquefois mêm c' s d 1 argent qu'on présente â l'offrande. En effet iorsquMa chT n.e se fut refroidie dans les cœurs, et que le peup e u^sf dt communier, comme une seule particule de pain suffisait pour Ï

prêtre, el que ce pain, destiné au Sacrifice, devait être préparé par les clercs, le peuple prit l'iiabilude, dit Hunorius ^ d'oflVir des deniers au lieu de farine et de pain. C elail déjà lusage au lemps de Pierre Daniien, car il écrit 2, que pendant qu'il célébrait le saint Sacrifice, les épouses des princes lui avaient olFertdes Byzantins, c'était le nom qu'on donnait à une monnaie d'or frappée à Byzance. Je crois que cet usage cessa dans l'Eglise latine, lorsque le soin de préparer le pain azyme, qui devait servir au Sacrifice, eut été confié aux clercs eux-mêmes; car si après ce temps nous rencontrons encore quelques ofirandes, je pense i[u'elles n ont aucun rapport avec la matière du Sacrifice, mais qu'elles étaient destinées soit à l'entretien des clercs ou au soulagement des pauvres, soit à la construction des églises et des monastères. C'est dans ce sens que doivent être entendus tous les décrets des conciles, postérieurs i\ lan mil, qui prescrivent des otfrandes. « (Jue tout chn'tien, dit le concile de Home tenu sous (Irr^'oire Vil '\ ait soin d'ullrir quelque chose à Dieu pendant le saint Sacrifice. • Aliquid^ queh/ue chose, sans in(li(|uer du pain ou de vin, « et de se rappeler ce que Dieu a dit par la bouche de Moïse: Tu ne paraîtras point en ma présence les mains vides. En eflel, les écrits des anciens do( leurs nous montrent clairement (|ue tous les chrétiens doivent, d'après la pratique des anciens Pères, oiïrir quelque chose à Dieu. » Le concile d York, tenu sous Céleslin III, défend au prêtre de rien recevoir pour la Messe, sinon ce qui aura été olVert. Il y a d'autres dcH^reLs (jiiî défendent aux laïques de participer aux olfraudes faites à l'autel, ce qu'il faut sans doute entendre, non pas des offrandes qui devaient servir au saint Sacrifice, mais de celles qui étaient destinées à l'église ou aux pauvres, ollrandes qui furent longtemps en usage parmi les fidèles. Daronius en parle ^ au sujet de la Collecte commandée par saint Paul, et il prouvequ'elles furent en usiige par plusieurs témoignages de Tertullien, de saint Cyprien, de saint Justin et des autres Pères. Il revient encore

' (lemma aniffl., lib. 1, cap. CÔ. — ^ Lib. 5, Epist. 13. — ^ Cap. ulum. — ♦ Ann. 44, n. G8.

IJ

ailleurs sur ce même sujet i. C'est à ces offrandes que se rappor* tent les décrets des conciles de Gangres 2 et de Valsons ^, rapportés par Sirmond, ainsi que ceux de plusieurs autres conciles'^. A l'époque de Goffrid de Vendôme, qui vivait en 1 130, ces offrandes avaient lieu dans toutes les églises soumises au monastère, et leur produit était pour les religieux. Dans l'Eglise grecque, on prononçait cette formule en présentant les offrandes: Tua de tuis offerimus^ Domine. Les Latins disent dans le môme sens : Offerimus prœclarœ Majestati tux de tuis donis ac datis. En effet, tout ce que l'homme possède lui vient de Dieu ; en conséquence, quand il offre quelque chose à Dieu, il ne lui offre que ce qu'il en a reçu. Voici une autre formule d'offrande, qui se lit dans les Capitulaires de Charlemagne ^ : « Quiconque d'entre nous donne ses biens à l'Eglise, les donne et les consacre, non pas à l'autel, mais à Dieu et à ses saints, en agissant et en parlant de la manière qui suit: d'abord il écrit les divers objets qu'il veut offrir, et, tenant à la main le billet qu'il a écrit, il se place devant l'autel et dit aux prêtres et aux gardiens de l'église: J'offre à Dieu tout ce qui est contenu dans ce papier, et je le lui consacre pour la rémission de mes péchés^ de ceux de mes parents et de mes enfants, ou tout autre raison qu'il voudra, afin qu'il soit employé au saint Sacrifice, à la solennité des Messes^ au luminaire, à ï entretien des pauvres et des clercs et aux autres besoins du culte et de l'église. Si désormais quelqu'un osait, ce que je ne puis penser, en dérober quelque chose, que Dieu^ à qui je dédie et consacre ces biens, lui fasse sévèrement payer la peine de son sacrilège. » Ce fut une coutume religieusement observée des anciens, de placer sur l'autel les Chartes ou billets de donations, comme on le voit dans le livre des formules du moine Marculphe, qui vivait en 660, dont le premier Chapitre défend d'oser toucher à ce que des hommes pieux ont donné à Dieu, ou lui ont offert sur Tautel . Anastase nous apprend, dans la

• Ànn. 75, n. 72 et 167. — 2 Can. 7. - ^ Can. 8. — ♦ Arelatensis 2, cap. 28, Aurelianensis l, can. 14, Matisconensis, 1, can. 4, Engilenheimensis, can. 8. — i 5 Lib. 4, cap. 285.

Vie d^ Adrien /*', que la donation que Charlemagne avait faite à l'Église romaine, avait été mise parce prince sur lautel de saint Pierre. Grégoire de Tours confirme cet usage *, quand il raconte qu'un homme pieux avait offert, sur l'autel de l'église de saint Nazaire, un baudrier d'or, arlistement travaillé, avec tous ses accessoires. Bignonius, dans ses Notes sur Marciilphe, citeencore quchiues autres faits du même genre; la liste des dons laits aux églises et aux lieux saints par les rois, les princes ou par d'autres personnes, en fournirait également encore un grand nombre. Cette coutume était encore en vigueur au temps d'Innocent 111; car ce pontife, écrivant ii l'archevêque d'Odensée [Lundensis], ville de Danemark, et non de Lyon [Lugdunensis), comme le porte fautivement les Décrétales 5, dit qu'un signe de donation parfaite, c'est lorsque le donateur dépose sur l'autel un peu de terre prise dans la propriété qu'il offre à l'Église. C'est ainsi que la Uégle de saint Henoît '^ veut que les religieux qui, par la profession solennelle, consacrent à Dieu leurs personnes, placent sur l'autel le papier qui contient leur profession. La Règle du monastère d'Agaume ^, parlant de ceux qui renonçaient au siècle et se donnaient eux et leurs biens au monastère, dit : « Qu'une dévotion sincère anime jusqu'au bout leur offrande, et qu'ils la déposent sur l'autel. « La Règle du Maître s'exprime dans le même sens. On y lit ^ : « Si (juelqu'un veut entrer avec ce qu'il possède dans un monastère, qu'il fasse un billet ou une donation de ses biens à Dieu ou au monastère, et que cette donation soit placée sur l'autel par le donateur lui-même, (jui dira: Vnici, Scir/neu)\ que je mus rends et que je vous offre, avec mon âme et ma pnutrelè, tous les biens que vous in avez donnés ; je veux que mes biens soient là où vont être et mon cœur et mon dmr, sous la puissance du monastère et de Vabbé, qui pour moi^ Seigneur^ doit tenir désormais votre place. » Saint Grégoire le Grand semble faire allusion à cet usage, quand parlant des novices ^ : « Les promesses, dit-il, quils font en notre présence,

' De (iloiia Marlyr., lib. 1, (ap. G. — - Cap. ex Littcr. de consuelud. — *Capni ;;8. — * Cap. l. — * Cap. 80. — "^ Lil». i, in 1. Heguni, capii^ 4.

nous les offrons à Dieu, afin qu'il reçoive de nos mains ce qu'il désire vivement; et lorsque nous offrons à Dieu ces engagements des novices, c'est comme si nous lui donnions le billet qu'il nous entremis. » C'est-à-dire que l'abbé, en célébrant laiMesse, reçoit et offre à Dieu la charte de profession que le Novice a placée sur l'autel. Le même rite s'observait autrefois à l'égard des abbés eux-mêmes, lorsqu'après avoir reçu la bénédiction de l'évêque diocésain, ils lui promettaient obéissance et respect; la charte ou billet, dans lequel ils consignaient cette promesse, était déposée sur l'autel. C'est de cet usage que parle Innocent III i, quand il écrit à l'évêque de Burgos : « Lorsqu'il aura été béni par l'évêque, qu'il lui promette l'obéissance seulement dans les choses prescrites, et que cette promesse écrite soit offerte sur l'autel; y> paroles sur lesquelles François Bosquet a fait de savantes remarques. Honorius III cite également une formule du môme genre ^.

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