‹ De la logique d'Aristote (volume 2)Chapitre 6 sur 87 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Dn nom de l'Organon.

D'où vient d'abord ce nom d'Organon ? qui l'a donné à la logique d'Aristote, et que signifie-t-il en lui-mêoie? '

En jNnemier Ueu , il est certain que ce n'est point

f4 TtCÊUàSiûs pJââTtt*

le Sfftgîrite qui a créé ce mot , pùnt sîgirîftef Fen^ 9eiiâ)le de des out^rages logiquies. Rien n^indique qu'il hs dit jamais réunis lui-même en un seul Wtpé y et e'esl en vain qu'on a essayé de retrouve^ dans les œuvres d'Aristote des traces de cette Sigmiàcati^h ^ înot Organon ; comme on sait , il M veuf rien dire atitre chose qvL instrument Vxm des derniers philologues qui se soient occupés dé cette question, trop peu débattue du reste, M. Biese * , a pensé qu'on pouvait retrouver Forîgine de ce mot dans une phrase dix 3o* Uvré des Problèmes , 5« question, où Aristote prétend , par une comparaison fort ingénieuse, que Dieu a donné à l'homme deux instruments qui lui sont tout personnels et à l'aide desquels il emploie les instruments extérieurs : c'est la main pour le corps, c'estrintelligence pour l'âme; puis il ajoute:^ «La «science est en effet l'instrument, opyavov, de Fintel- « ligence« » Déjà Charpentier ^ avait indiqué ce passage dans le même sens , et en outre il en rapprochait un autre du Traité de l'âme ^ , liv. 3 , ch. 8, où l'âme est comparée à la «nain qui est elle-même l'instrument desinftruments : xal yàp -h

j^elp opyavov eçiv dpyavcov. *

Deux autres passages dans la logique même

X. Biese, Exposition de la phil. d^Aristote, yol, I. B«rUii| l835y

a. Edit. de Bekker , p. gSS , b , 37.

. 3. CtipeâtarliM 1 Aristot. an dÎMoraidi , x 5 78 , Itt^^i», diai U ptéfiice . 4. Eiiit. de Bekker , p. 43a, a, x et 2.

DS L^AIJTHBlfTIOiM M fl*MlMllOlf. — CHAP. U. IS

(f Arblôle préftentenl; le mot d'^dcvoM dans m aem qui, bien que fort éloigné, lient cependant fdi» i(iie les précédents à cêkn qne depùig on M a domé. Le premier et le monas formel d0 ces pin* sages est au 8^ Hyre des Topiques (eh. i4y p* 1^9 b, 1 1 ). « C'est un ntile secours (eu pjxp^ ^tfvov) c pour 1» science et la réflexion yraimest pliilo» « sopiiiques que de pouToir discerner^ mr4Mdiamp «onparlii médilHition, lepour et lecontredechaqnê «question. 3» Le seceud passage^un peu plus précis^ est au premier livre des Topiques (ch. i3, p. io5^ a, di). cLes moyens (tk jpYova) de nous procurer « des Syllogismes et des inductions sont au nombre « de quatre: le premier, de choisir des proposi* « tions, ele. » Ainsi ^ovov èàns ces deux passages n*a pas un sens bien spécial ; c'est toujours k peu près la signification habituelle, appliquée seul»* SKnt à la dialectique.

Tous ces passages sont, comme Ton rçit, fort pen conduants , et ne se rattachent qtie de bien loin à Faoception nouvelle qu*a reçue le mot jfpyctvot. On doit donc regarder comme un point incontestable qu'Aristote ne s^en est jamais servii Déjà phisieurs commentateurs Ft^vaient reeonoru, et pour n'en citer qu'un seul , Hildenius ' , dans ses questions sur l'Organon, a établi que ce mot ft'appartenaii ni à Aristole ni à ses successeurs.

I. IfiUcB. QoKstîooiim in Oiignion Aria. fMfft prima. BMéUBi I iSSé ,

H vksmAkb PAwtak

mais qu'il avait été créé beaucoup plus tard, mcentiorum bonoconsilio.

Mélanchthon, dans sa Dialectique , et au chapitre intitulé : Dicdectices officia y semble crmre, sans discuter d'ailleurs cette question , que le mot d'Organon vient d'Aristote lui-même : « Organi noce men fecit (dil-il)quodesset omnibus de rébus rite «etordinedicendi instrumentum. » Cett^ opinion, très vaguement exprimée, n^aurait pjôint mérité d'être relevée si elle neyenait d'un personnage aussi important que Mélanchthon '> dont l'influence a été considérable dans les écoles protestantes , et qui tient une grande place dans l'histoire du péripatétisme. Cette assertion de Mélanchthon a depuis été souvent répétée sur sa parcde.

On a pensé aussi que ce mot d'Organon, s'il n'appartenait pas à Âristote et à ses premiers successeurs , remontait au moins jusqu'à Ândronicus de Rhodes. Cette conjecture déjà émise par J. Leroux ^ (Rubus), semble avoir été adoptée par M. Michelet , dans son Mémoire sur la Métaphy* sique ^ ; mais M. MicUelet s'occupe plutôt de la division faite par Andronicus dans les ouvrages d'Aristote que du mot même d'Organon« Lucius 4

t. Voir la troiiiiiike partie de oe Mémoire, chap. xi. . 1. Aristot. Orgaaoïi, înteiprote J. Rnbo Hannonio^ x5649 in«^4*» pré&oe.

S. Michelet , Examen critiqne de la Métaphys., p. 17, Pkris , x836, dics Mprokki*.

4. Arisf. OrgapoD tUsatrit. à liacio. BAle^ 1619, in>4M p^ ^<» •

DE l'authenticité DE L OR6ANON. — CHAP. U. -17

qai a fait un commentaire des plus complets sur la logique j s'est contenté de rapporter, d'une manière générale , ce mot d'Organon aux péripatétidens. Rien ne prouve directement qu'il vienne d'Andronicus : et quant à l'assertion de Lucius ^ elle est vraie , mais elle est trop peu précise.

On peut affirmer que le mot d'opyovov pris dans le sens particulier où nous le comprenons aujourd*hui, ne se trouve point dans les interprètes grecs : il serait impossible de le rencontrer ni dans Alexandre , ni dans Ammonius , ni dans Simplicius, ni dans Philopon, ni dans aucun autre. Jusqu'au temps de PseUus, de Gipgoire Anéponyme , de Nicéphore Blemmidfts , la logique d'Aristote est toujours appelée i Xoytxin, lî^oyoc^i c«içif|iiiy iQ XoytxiQ i:fay^TeioL : jamais elle n'est nommée opy^^^v.

Il ne Êiut pas nier cependant que ce mot appartienne à l'école péripatéticienne. L'une des questions les plus controversées parmi les interprètes, et Tune de celles qu'ils traitent toujours en première ligne , c'est de savoir si la logique est une partie réelle , (iépo<; , de la philosophie , ou si elle en est seulement l'instrument, opyavov. Les stoïciens avaient adopté la première opinion ; les péripatéticiens la seconde ; et les partisans de l'Académie, dés long-temps fidèles à l'esprit d'éclectisme, qui plus tard devint leur caractère particulier, reconnaissaient dans la logique une partie à la fois et un instrument de la philosophie, selon qu'on Tétu; I. a

•18 PREMlInE PARTIE.

diait en elle-même ou qu'on l'appliquait. On peut voir au début des commentaires d'Alexandre , f* i (Florence, i5ai), et de Philopon, i^ 4 recto et verso (Venise, 1 536), sur les Premiers Analytiques, cette question longuement débattue. Diogène Laërce % liv. 5, section 28, dit, en parlant de l'importance qu'Âristote sut donner à la logique, qu'il en fit un instrument précis et acéré, opyavov icpû(n]xptêa>(iLévov ; et Hésychius l'a répété après lui.

Dans les classifications abrégées qu'Anuno-* nius ^ et Simplicius ^ donnent de tous les ouvrages d'Âristote, ils font l'un et l'autre une série spéciale des oi^vrages de logique qu'ils appellent ^oyixoe >i opyavtxflS On peut voir ces deux classifications rapprochées et mises en tableau, mais à autre intention^ dans les AristoteliadeM.Stahr^. On peut ajouter à ces deux premières celle de David l'Arménien, qui y est presque en tout conforme ^. David était contemporain des deux autres commentateurs. Il est ici un peu plus positif, et il dit que les ouvrages d'Aristote se partagent, comme la philosophie même, en théorique et pratique, mais que de plus il faut y ajouter une troisième division , celle du Tè^oyixov ^i dpyovixov.

Tout porte à croire que ces classifications, si

X. Diog. Laërce, édit. de Ménage-Meibomiiu. Amsterd. 169a. ui>4.

a. Ammonitu in categor., p. 6, B, aldina cdit, ï546.

3. Simplicins in categor., p. i , B, Isingr. edit , iS5i. . 4. Stahr. Aristot. Tom. a, p. a54 et suît. Halle, 1 83a. ;5. David prolegom. Sitt- les catégories, ch. a. Mannscrit 1939.

DB L^ACTHBNTIClTé BB t'ORGARON.* — CHAP. U. 49

parSsiitement semblables dans les iiiterprètes de la fin du cinquième siècle et du commencement du nxième , ne leur a]3partiennent pas ; elles doivent remonter, selon toute apparence, jusqu'à Ândronicus de Rhodes, oU au moins jusqu'à Adraste d'Aphrodise, qui, comme on sait, avait fait un livre sur Tordre des livres d'Aristote ' , mfi xd^t^ Tûv 'Apiçtrr. ouy^paiApLarcov ; ces classifications ac« quièrent par là d'autant plus d'importance. Quoi qu'il en puisse être, un fait constant, c'est que, dès le commencement du sixième siècle , la logique était appelée dans l'école péripatéticienne t4 6p- Yovut^ {^^oç) de la philosophie aristotélique. Enfin un passage d*Ammonius , plus formel qu'aucun des précédents , prouve qu'à cette époque déjà le mot d'Organon était près de recevoir la signification toute spéciale que nous lui attachons aujourd'hui. Ammonius , dans son commentaire sur l'Introduction de Porphyre , dit que cet ouvrage ^ « inA TO Xoyixiv étpyovov âvayerai , est compris dans «l'Organon logique. » Il ne pardt pas, d'après les autorités citées plus haut, que le mot seul d'SpYovov d' Ammonius ait été dès lors adopté pour exprimer l'ensemble de la logique d'Aristote ; et ce n'est guère que parmi les commentateurs latins du quinzième siècle que l'usage en devint habituel. Mais on voit sans peine comment, sorti d'une dis-

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