‹ De la logique d'Aristote (volume 2)Chapitre 75 sur 87 · ANALYSE DES CATEGORIES. — CHAP. II. ^6Ï · texte numérisé non relu

ANALYSE DES CATEGORIES. — CHAP. II. ^6Ï

relatifs communs et les relatifs propres, il y a tout cet intervalle d^une simple appellation à la réalité, secundum diciy secundum esse^ dVn mot à une chose , du fait à la pensée.

Catégorie de la Qualité^ KaT»yopiaT^çiçoioT»Toç.

8, b, !25. La qualité est ce qui fait qu'on dit des êtres qu'ils sont de telle ou telle façon (woio^TiTa îi Xlyw xaô' h ^roiot Tiveç ^eyovTai). La qualité est un mot à plusieurs sens (tôv ir^.eova^^ôç \eyo[iLev(i)v) : elle peu! être d« quatre espèces diverses.

La pr^îère espèce de la qualité , c'est la capa* cité et la disposition (eÇiç xai Jtafleciç). La différence de lume à Vautre , c'est que la ïÇiç est beaucoup plus durable, beaucoup plus stable que la ^làOeaK. La science et la vertu sont donc des l^fiK , des capacités ; car elles sont quelque chose de permanent , de peu facilement ébraulable (tûv i7apa(jLovi(Ji(i>v xai ^uQciysfTcov); les dispositions, au contraire, sont aisément et rapidement muables (eùxivYira xai 'zccfh lUTaêoXXovra). Par exemple, la chaleur, le refroidissement , la maladie, la santé , etc., toutes choses variables et passant sans peine de l'un à l'autre , du chaud au froid, de la santé à la maladie, etc. Les capacités sont donc aussi des dispositions; mais les dispositions ne sont pas nécessairement des capacités.

9, a, 14. 1-a puissance et Tirapuissance naturelle forment la seconde espèce de la qualité, d'après

laquelle on dit que les êtres sont susceptibles de faire, ou de souffrir, certaines choses , avec plus ou moins de facilité. Ainsi, l'on dit d'un homme qu'il est sain ou valétudinaire (uyteivoç rj vocjw&^'ç), selon qu'il a la faculté naturelle de ne pas souffrir, ou de souffrir aisément, des mille accidents qui menacent la santé de l'homme (utuo twv TupvTwv). C'est encore ainsi, qu'on dit des choses qu'elles sont molles ou dures , selon qu'elles ont cette puissance ou cette impuissance d'être aisément divisées (pa^icdç ^latpetffÔai).

9, a, a8. La troisième espèce de qualité comprend les qualités affectives et les affectifs (iraôi)- Tixal iroioTviTeç xal waOYi); par exemple, laaouceuFi l'amertume, etc., la chaleur, le froid, la blancheur, etc. Ce sont évidemment là des qualités, puisque les objets qui les reçoivent (t^ ^eSeyjjieva) tirent une appellation de ces qualités mêmes, he miel est appelé doux parce qu'il a de la douceur. Les qualités affectives se distinguent des affections par cela même : les qualités affectives sont ainsi nommées, parce qu'elles causent une affection au dehors, et non point parce que le sujet qui les possède , est lui-même affecté. Ainsi la douceur affecte le goût, la chaleur impressionne le tou-^ cher : mais la blancheur et les autres couleurs , en général, ne sont pas qualités affectives de la même façon : elles sont dites ainsi, parce qu'elles viennent elles-mêmes d'une affection, d'une impression sensible (oto toôouç). Une foule d'affections di-

ANAI.T8B XaSS CATEGORIBS. «^ CHAP, II. 469

venes, d'affections morales, peuvent changer les couleurs; Isi^bonte, la peur, font rougir et pâlir. Par une modification ana|[|gue à celle qui survient dans ces diverses circonstances, la nature peut donner une couleur pareille, mais stable et permanente. Ce seront alors des qualités affectives ; mais • quand, au contraire, la modification est fortuite et passagère , ce n'est qu'une affection ,«m'ais point une qualité. D'un homme qui pâlit ou qui rougit dans une circonstance donnée , on ne dira point qu'il est pâle , qu'il est rouge, on dira qu'il éprouve quelque chose qui le fait rougir ou pâlir. De même aussi , pour les affections et les qualités de l'âme : on ne dira point d'un homme qu'il est colère , parce que dans tel cas il se sera mis en colère : ce ne sera là qu'une affection (TraOoç), ce ne sera point one qualité de son âme (miovriç). Pour qu'il y ail qualité , il faut que les modifications, presque immuables, datent de la naissance même (ev v^ yev^aei

10, a, II. La dernière espèce de la qualité, c'est la figure , et la forme extérieure essentielle de chaque chose (ox^p.» tc xal tq wepl sxaçov uTcxp^oufra ppfiQ : ainsi la courbure , la droUesse d'une chose. Dense et rare , tini et rude , seraient plutôt de la position. que de la qualité : car dense et rare, uni et rude, ne concernent guère que la position des , parties , à l'égard les unes des autres.

Les quatre espèces de qualités qu'on vient d'énumérer sont les principales : mais on n'affirme

-170 ftEUXïèME PARTIE. — SECTION ï.

pas qu'il n'y en ait point encore (l'autres (îccùç

(/.ev buv xai SXkoç av ttç (paveiYi TpoTTo;) . •

On appelle qualiiatiflP(Tot Troià) tout ce qui est dit par dérivation, ou autrement, des qualités (irapct)Vu[x.(ùç ii ÔTtwcjoiïv oEXXco;) : ainsi, blanc venant de blancheur est un qualitatif. Parfois, là qualité même dont le qualitatif est tiré , n'a pas de nom spécial : ainsi , on dit d'un homme qu'il serait bon lutteur, bon coureur (TuuxTaoç , 5ûû(jlixoç) ; et il tt*y a pas de mot pont la qualité qui le fait dire tel , bien qu'il y en ait pour \eh sciences dont l'exercice le rendrait bon lutteur, bon coureui'. Parfois II y a Un notn, mais le qualitatif n'en est pas détïvè: ainsi, ^TCbD^aîô; est le qualitatif d'ap6T*i , bien qu^il n*en dérive point pafonymiquement

La qualité a trbis propriétés : d'abord^ elle reçoit les contraires, (i6, b, i a); ainsi, le noir est le contraire du blanc : et les qualitatifs dérivés les reçoivent également. Pourtant cette propriété n'appartient pas à toute la qualité , puisque les couleurs moyennes, le roux, le pâle, n'ont point de contraires. Il faut remarquer ici que , quand l'un des Contraires est qualitatif, l'autre l'est aussi, il suffit, en effet, pour s'en convaincre, de parcourir les autres catégories. Ainsi , la justice est l6 contraire de l'injustice : or, la justice est de la catégorie de la qualité', TinjUstice en sfei-a donc aussi; cat* évidemment aucune autre catégorie ne peut lui convenir.

lo, b, a6. Là seconde propriété de k qualité,

AlfALTSS DfiS CATBGOMBS. — * Cl^AP. H. 474

c'est qu'elle reçoit le plus et le moins : ainsi on est plus ou moins juste y plus ou moins sain. Mais la quatrième espèce de la qualité , la .figure , ne reçoit pas oetre propriété. Un triangle n'est ni plus ni moine triangle qu'un autre ^ etc. C'est qu'en géné^ rai, pour qu'il y ait rapport de plus et de moins entre deux objets , il faut que tous deux reçoivent la définition de la qualité en question ; aiiisi , un qoadrilatère n'est pas plus cercle qu'un isocèle.

1 1 , a , 1 5* La propriété spéciale de la qualité ^ c'est que les idées de similitude et de dissemblance ne s'appliquent qu'à elle seule; puisqu'une chose fie peut être dite semblable à une autre que par ce qui la qualifie (xar a^o où^èv ^ xaô' ô wotov èçDf).

On peut objecter ici qu'on a compris des relatif dans la catégorie de là qualités Lft remarque est vraiej c'est que souvent le genre fait partie de la catégorie du relatif , sans qu'aucune de ses es** pèees en puisse être : ainsi, la scietice est du rela* tif, et la grammaire, qui est une espèce tle la science, est de la qualité» ainsi que toutes les sciences spéciales : si on les prend pour des relatifs aussi, ce ne peut jamais être que ftous la notion de leur genre (jmlxol ^ yEvoç) , mais non individuel* lement (où^ dtl k^^' faôcça).

On doit donc conclure qu'il y a des choses qui sont à la fois dans les deux genres, et qui appartiennent simultanément à la catégorie de la qualité et à celle de la relation.

■172 I^BUICIÈUS PARTIE. •*- SBCTION Z.

Telle est l'analyse fidèle des quatre premières catégories; et nous croyons n'avoir omis ici aucun des points importants de la doctrine d'Aristotç. Les autres catégories sont traitées avec beaucoup moins d'étendue; et le philosophe s'y arrête peu y parce qu'il les trouve suffisamment claires par elles-mêmes (Jià to TupoçavYi eïvai) : il s'en réfère donc à jce qu'il a dit au début, et se contente de faire remarquer, que l'action et la passion reçoivent les contraires (échauffer, refroidir, être échauffé, être refroidi), et le plus et le moins (.échauffer plus on moins, être échauffé plus ou moins).

C'est ici que commence l'Hypothéorie , ou appendice aux Catégories , renfermant l'explication de plusieurs termes employés dans la discussion précédente, et qui certainement, sont d'une importance presque égale dans l'ensemble du système. C'est l'examen des quatre idées suivantes : i° opposition; a® priorité; 3*^ simultanéité; 4® mouvement. Aristote n'a point indiqué non plus ici le lien de cette partie de son ouvrage aux parties antérieures : mais ce n'est point un motif suffisant pour la rejeter, avec Andronicus, comme apocryphe. L'empreinte d'Aristote n'y est pas moins évidente que dans tout le reste.

L'opposition (toc âvxtxsijteva) peut être de quatre espèces. Il y a : i*^ celle des relatifs ; a? celle des contraires ; 3^ celle de la privation et de la posses-

JNAinE DES CATÉGORISS. «— CHAJP. II. 47d

sion (ç£p7i9K xal S^iç); 4^ enfin celle dei'afBrmation et de la négation. Relatifs : double, moitié*;—* contraires : bien , mal : — privation , possession ; aveuglement, vue; — affirmation, négation: il est assis , il n'est pas assis.

ii,b, a4- Les opposés comme relatifs, sont dits réciproquement l'un par rapport à l'autre, quel que soit, du reste , leur rapport ( àiçiùcè-^mre Xf% aXX-q>a >iy8Tai).

1 1 ,b, 35 . Ce rapport n'existe point du tout entre les opposés comme contraires (IvàvTia) : ils sont seulement dits contraires les uns des autres. Ainsi le bien n'est pas le bien du mal ; mais le contraire du mal. Les contraires peuvent avoir ou n'avoir pas de termes moyens (ti ôvà {iL6(7ov);iln'y a pas de moyen, quand l'un des deux contraires est de toute nécessitéauxobjets naturellement propres aies recevoir, ou auxquels ils sont attribués; ainsi, pas de ternie moyen entre la santé et la maladie ; car l'un des deux doit être au corps de toute nécessité. Mais il y a terme moyen entre les contraires , quand l'un des deux n'est pas nécessaire : par exemple , entre blanc et noir, car il n'y a pas nécessité que tout corps soit l'un ou l'autre. Parfois ce terme moyen n'a pas d'appellation propre, et ne se détermine qne par la négation |^es deux e^ftrémës.

i^, a, a6. L'opposition par possession et privation a ceci de propre, que l'une et l'autre se trouvent dans le même sujet, sont dites d'un même sujet (ivepl TaOrov tv) ; mais il faut que ce su-

jet doive, pat les lois mêmes de la nature, avoir ou n'avoir pa^ cette qualité dont il est privé , ou qu'il po£)Sède; il faut, en outre, que la privation et la possession ftoie^t considérées dans le temps même où la nature les place toutes deux. Ainsi, Von ne dit pa$ d'wn être qu'il est édeplé, par cela seul qu'il n'si pas de dents, ou qu'il est aveugle, par cela seul qu'il n'a pas la vuef il £»nt encore que ce soit un sujet qui doive naturellement avoir ou de& dents ou la vue ; il faut, enfin, que ce soit dans le temps marqué par la nature ; certains animaux , en efiet , au moment de leur naissance, n'ont ni dents, ni vue , et pourtant l'on ne saurait dire qu'il3 sont édentés et aveugles.

Il faut distinguer, au reste , avec soin, être privé et posséder, de privation et possession ; ces deux premières expressions sont opposées comme les deux secondes , mais ne leur sont cependant pas identiques. C'est ainsi que ce qui est placé sous la négation et l'affirmation n'est cependant pas affirmation et négation. (la, b, 6.) Ainsi, sous ces deux expressions affirmatives et négatives : il est assis , il n'est pas assis , il y a ces deux autres ; être assis , n'être pas assis , qui ne sont pas cependant de la négation et de l'affirmation,

Aristote, sans ie dire fprpiellement, veut sans douté distinguer ici les termes abs traita^: vue, aveuglement , des termes concrets : voir ^ être aveugle.

Il ajoute encore deux observations sur lès op

ANALT8E DES CATÉGORIES, t— CHAP. II. 475

posés par privation et possession : d'abord ces opposés ne le sont pas comme relatifs , car l'uii nest pas dit par rapport à son opposé, et i\ ny a point d^attribution réciproque (où irpoç âvTvçoéçovTa WycToi). On ne saurait dire, en effet, que l'aveuglement est l'aveuglement de la vue; on dit qu'il est la privation de la vue. La vue n'est pas davantage la vue de l'aveuglement. En second lieu , les opposés par possession et privation, ne le sont pas comme les contraires. ( 12 , b, a6.) Ils n'ont point, en effet, ce caractère de nécessité qui fait que, dans les contraires naturels sans intermé* diaires , l'un des deux est au sujet qui les peut recevoir (to iexTixgv). Ils ne sont pas non plus entre eux comme les contraires médiats, à intermédiaires : car il faut que l'un des deux , privation ou possession, soit nécessairemetit, dans un certain temps, au sujet qui les reçoit, l'un ou Fautre indifféremment (ÔTroTepov eTuj^ev), et non point l'un plutôt, que l'autre , d'une manière déterminée (âçwpidjjtévwç). Or, ceci n'a point lieu dans les contraires médiats. Enfin les contraires, (iS? a, 18), sauf le cas de nécessité naturelle, peuvent se changer l'un dans l'autre (eiç îk'krikoL {AETaêo^Yjv YiveoOau) ; mais jamais la privation ne se change en possession , bien que la possession puisse se changer quelquefois en privation.

i3, a, 37. Reste le quatrième mode d'opposition: l'affirmation et la négation, tout différent des modes qui précèdent. C'est en effet le seul qui

•176 DKJXIÈME PARTIE. — SECTION 1.

porte le caractère de vérité , c'est-à-dire , où il faille que l'un des deux membres soit vrai, et l'autre faux. C'est que , dans les autres modes d'opposi* tion , il n'y a pas combinaison des mots ( aveu gu^liç)^o3c^$). Il faut ajouter qu'ici, ce caractère de vérité est immuable (âei) , tandis que , même dans les contraires où l'on fait une simple combinaison de mots, les deux membres de l'opposition peuvent être faux à la fois. Ainsi , dans ces deux contraires: Socrate est malade, Socrate est bien portant,où les mots sont cependant combinés , l'un comme l'autre peut être faux, si, par exemple, Socrate n'existe pas. Mais dans les opposés par négation et par affirmation : Socrate est malade, Socrate n'est pas malade, l'un des deux est toujours vrai> l'autre toujours faux, que- Socrate d'ailleurs existe ou qu'il n'existe pas.

Cette théorie des oppositions joue un grand rôle dans le système d'Aristote; et la dernière partie, surtout celle qui regardé l'affirmation et la négation , va recevoir, bientôt une application directe dans le Traité du Langage, dans rép{jLirfveia, qui se fonde complètement sur elle.

Ch. Il, i3, b, 36. Aristote revient ici sur quelques propriétés générales des contraires , qui sem* bleraient mieux placées dans le chapitre précédent, à la section où il examinait l'opposition par contraîfes. Quoi qu'il en soit , il donne quatre nouveaux caractères des contraires : i°* le mal est nécessairement le contraire du bien ; on peut 8'en

ANAlTSE DES CATÉGORIES. -^ CHAP. II. -177

conv«iincre par Tinduction; le contraire d'un mal peut être, tantôt un bien , et tantôt un mal; le milieu {-h fuaoTnç) , le terme moyen , est contraire aux deux extrêmes , et il est un bien (oudoc âyaOov}. On reconnaît ici la théorie des vertus, o? Entre les contraires, il n'y a pas réciprocité d'existence : l'un peut être, sans que l'autre soit nécessairement; 3^ les contraires ne s'appliquent évidemment qu'à des choses de même espèce ou de même genre (Toùriv îi EÏJet ri yeva) ; la justice et l'injustice sont toutes deux dans le cœur de l'homme ; 4° enfin , les contraires doivent de toute nécessité , ou bien être dans le même genre, ou dans des genres contraires , ou bien constituer eux-mêmes un genre : ainsi, blanc et noir sont dans le même genre; justice et injustice, dans des genres contraires; la vertu et le vice , bien et mal , sont des genres contraires. i4> a, a5. Après l'idée d'opposition, Aristote passe à l'idée de priorité ; il en reconnaît cinq espèces diverses, bien que d'abord il n'en annonce que quatre, La première et la principale, s'applique au temps (xuptwTaTa xarà xp^'^^^)- La seconde a lieu pour celle des deux choses qui ne rend pas à l'autre la réciprocité d'existence successive [p-iï ovTiçpEcpov xarà 'rijv tou elvat âxoXouSTjaiv); ainsi, un est antérieur à deux , parce que de deux suit aussitôt l'existence de un , tandis que de im , ne suit pas nécessairement deux. La chose donc qui ne rend pas la succession d'existence, paraît antérieure. En troisième lieu, antérieur et postérieur peuvent I. ^^

-17$ DifJ^UÈJIE PAI^TIB. — SECTION I.

s*entendre d'un certain ordre, comme dans les sciences de démonstration, dans la géométrie, les éléments précèdent en ordre les tracés des figures; comme dans la grammaire, les lettres précèdent les syllabes , et dans la rhétoriq^ue | Fexorde précède la narration. Premier, antérieur, peuvent se rapporter encore à la supériorité , à la Considération (to péXTiov, to TtpLicoTepov ). Tels sont les (juatre principaux modes de priorité: on, pourrait toutefois en ajouter un cinquième; et daps les choses qui se rendent réciproquement l'existence^ considérer comme antérieure celle qui, d'une façon quelconque, est cause d'existence pour l'autre. Mais je laisse parler Àristote , dont la théorie touche ici un point de haute importance, puisque c'est le rapport même de la pensée à l'être, du langage aux choses : a Outre ces quatre « modes de priorité indiqués plus haut^ on pource rait eu distinguer encore un cinquième. Dans les « choses, en effet, qui se rendent la réciprocité a d'existence, celle qui d'une façon quelconque se- « rait cause d'existence pour l'au'tre , semblerait , à «juste titre, pouvoir être naturellement appelée « antérieure. On peut voir sans peine quMl y a « des choses qui sont dans ce cas. Par exemple , « quand on dit : l'homme existe , il y a rapport ré- « ciproque entre l'existence de l'homme, et le jud gement vrai qu'on porte sur cette existence. En « effet, si l'homme existe, le jugement par lequel « nous déclarons qu'il existe, est vrai; et réciprp-*

▲HALTSB DBS GATÉGORICS. — CNAP. II. 479

ir quement, si ce jugement, par lequel nous décla- « rons que l'homme existe, est vrai, l'homme existe s aussi réfilement. Mais un jugement, quelque « vrai qu'il puisse être , n'est pas cause qu'une « chose soit; c'est la chose qui semble, au contraire, < être en quelque sorte la cause de la vérité du «jugement, puisque, en effet, c'est selon que la « chose est ou n'est pas, que le jugement est faux « ou v4||. »

i4>b, 24. A l'idée de priorité succède, pour Aristote , celle de simultanéité. II en distingue deux espèces : l'une est supérieure et absolue dans le temps (ev rco aùrw xpovw); l'autre est de nature (afwt cr çuffci), et s'applique aux choses qui se rendent la succession d'existence, sans que l'une pourtant soit cause de l'autre; ainsi, le double et la moitié, dont il a déjà traité dans la catégorie des relatifs, sont des simultanés de nature. On peut dire encore, que les divisions analogues d'un même genre ont cette simultanéité (rà Ix toU aiToS 76f«>;avTi^iYipyi(ji^vaaXXTfXoiç). Ainsi, terrestre, aqua« tique , volatile, sont des divisions analogues, relativement à un même genre, qui est celui d'animal, et sont simultanées de nature. Du reste, on pourrait, dans les divisions, faire des subdivisions, qui jouiraient de la même propriété. Mais les genres restent toujours antérieurs aux espèces; car, du moment qu'il y a terrestre, aquatique, il y a nécessairement animal ; mais il peut fort bien y avoir tnimal, sans qu'il y ait du tout terrestre, aqua-

•1^ DEUXIÈME PARTIE. *^ SEGTIOli I.

tique, etc. En résumé, et d'une manière absolue, la simultanéité s'applique aux choses dont la naissance, la production, a lieu dans le même moment

i5, a, i3. Le inouvement se partage en $îx espèces , opposées deux à deux : la naissance ou production, la destruction; l'accroissement, la diminution ; l'altération et le déplacement (yévectç çûopa, au^Yldtç [iieiaxTt; , oiXkoi<ùGiç -^ xara tottov (jlstS^yi), Il est facile de voir la différence de toutes ces eS" pèces de mouvement. La seule qui pourrait offrir quelque difficulté, et qui semblerait se confondre avec les autres, c'est l'altération : en y regardant de près, cependant, on se convaincra que ce mouvement n'est pas moins distinct; car bien des choses subissent une altération, sans avoir aucun des autres mouvements, el vice versa.

Ces mouvements, en outre, sont contraires les uns aux autres en particulier, comme le repos est en général contraire au mouvement : mais pour le déplacement, son contraire est le déplacement dans un lieu contraire: de bas en haut, de droite à gauche, etc.; et pour l'altération, c'est le changement en la qualité contraire: du blanc au noir, par exemple.

Aristote termine cet appendice des Catégories , par quelques remarques sur les différentes significations du verbe e^eiv. (i5, b, 17.) Ceci encore semblerait devoir être déplacé, et reporté plus haut, chapitre IX, à la catégorie spéciale d'i^^iv.

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