I. Gampanella, Philosophia rationalis. i638, iii-4'9 P
M l'authenticité de l'ohganon. — CHâP. II. 2S
de la logique, on y reviendra plus tard; ici seulement, il convenait de Findiquer pour faire voir queUe influence cette signification, donnée vulgairement au mot organon , avait exercée.
Il est vrai que, dès le seizième siècle, des esprits moins prévenus et plus justes avaient fort bien compris Terreur commise par l'École; et le jugement exquis de Vives ' l'avait porté à soutenir formellement que la logique d'Aristote n'était point, comme on l'avait si souvent répété, un instrument pour les autres sciences. Mais ces protestations étaient rares, et en général on ne songeait point à en profiter. La logique d'Aristote était toujours opyavov ôpyoévcdv xal y(jàf vnç f iXodoçiaç.
Mais en reprenant l'expresion d'Aristote, dans le So** livre des Problèmes, question 5, et en Pezaminant de plus près, on peut trouver au mot ^pyatvov un sens tout autre, et qui paraît à la fois beaucoup plus juste et beaucoup plus profond. Ce n'est pas un instrument qu'Aristote a prétendu donner à la philosophie : il a seulement voulil traiter dans ses ouvrages logiques , dans la (xiOo^o; TMv Xo^oiy, de l'instrument de toute philosophie , du voêiç qui,comme il le dit lui-même, est l'instrument
de l'âme , oéi^'n (iièy x^^P^» ^^X^ ^^ ^^^^ * ^^^ Y^P ^ ^^^^ Tôv fu<TEt év TÔpv âarctf éfpyavov uirapj^wv *. Pris dans ce sens , le mot organon est parfaitement vrai. La
I . Vives 9 opéra , i565 , in-folio. De Canais oorrapt. art. , p. 375. a. É4K. Bdiker, p. 955, by 95.
logique s'occupe bien réellement de Tinstrument de toute connaissance , puisqu'elle s'occupe de Ja science de la pensée et de la forme sous laquelle la pensée se produit, le raisonnement. On peut donc fort bien admettre cette signification nouvelle du mot opyavov ; il est vrai qu'alors les interprètes grecs auraient dû intituler la logique entière, pour s'exprimer correctement : içt^X opyovou ; mais ils ont fait y sans s'en apercevoir, une métonymie , et il ne serait peut-être pas difficile de prouver que c'est par suite d'un trope de rhétorique, dont on ne s'est pas rendu compte , qu'une si longue et si complète erreur s'est accréditée sur la véritable nature de la logique.
Ce n'est pas , du reste, que cette erreur n'ait été dès long-temps entrevue , si elle n'a point été directement réfutée. Saint Thomas , qui toutefois semble pencher à croire , comme la plupart de ses devanciers, que la logique est un art d'application pratique , dit pourtant dans ses commentaires sur les Derniers Analytiques ^ : « Batio de suo actu
a rationari potest et haec est ars logica , id est
a rationalis scientia, quae non solùm raûonalis est (c ex hoc quod est secundum rationem , quod est a omnibus artibus commune , sed etiam in hoc a quod est circà ipsam artem rationis sicut circà ce propriam materiam. » Il est impossible de montrer plus nettement l'objet de la logique.
I. s. Thomas, opéra, édit. d*Anvera, i6i9 , în-foUo, t. i , p. 32*
BB l'authenticité DS L'OROANON. — CHAP. H. 25
Néanmoins, il &ut bien convenir que ce n'est pas là le sens où l'on a pris généralement le mot opyoevov , bien qu^on pût le dériver sans peine des expressions mêmes du maître. Si on a proposé id cette explication nouvelle , c'est pour rappeler ce que doit aujourd'hui signifier pour nous le mot Oi^anon; c^est pour faire en sorte qu'il soit comme un symbole qui donne à la fois la dénomination usuelle de la logique d'Aristote, et la valeur que son fondateur aurait pu attacher à cette dénomination s'il l'avait créée lui-même.