LIVRE I, CHAPITRE XXXVI
même manière : le premier au moyen , et celui-ci au dernier; observation qui s'applique également à la négation; mais autant de significations peut avoir le verbe : Etre, et autant de significations vraies a cette expression : Telle chose est telle autre chose , autant en ont les expressions : Etre et n'être pas attribué. § 2. Par exemple, lorsqu'on dit : La notion des contraires est unique. Soit A la notion unique, et B les contraires ré-* ciproques; A est alors à B; mais on ne prétend pas dire par là que les contraires sont une seule notion ; on veut dire qu'on peut affirmer d'eux, avec vérité, que la notion qui les donne est unique. § 3. Tantôt il se peut que le premier soit attribué au moyen, et que le moyen ne puisse l'être au troisième. Par exemple , si : La sagesse est la science, et qu'il y ait : Sagesse du bien, la conclusion est qu'il y a : Science du bien. Mais le bien n'est pas du tout la science, c'est la sagesse. § 4* t*antôt le moyen
S 2. Voici d'abord un exemple pour Taf firmation : Quand on dit que la notion des contraires est unique , c'est-àr-dire que, par cela seul qu'on connaît Tun des contraires, on connaît Tautre au même instant, on représente, dans cette proposition, la notion unique par A , et les contraires par B , en mettant ces deux termes au nominatif. Mais dans la proposition mise en forme, ils ne peuvent être posés ainsi , car alors on aurait :
Les contraires sont une notion unique, tandis qu'on doitavoir au génitif : La notion des contraires est unique.
S 3. Après avoir appliqué la règle générale à une proposition isolée, il
faut rappliquer aux propositions dans le syllogisme.— Soit attribué, Il faut ne pas perdre de vue que dans tout ce chapitre, être attribué est pris elliptiquement pour : être attribué au nominatif et non pointa un cas oblique. Dans ce syllogisme : La sagesse est science; or il y a sagesse du bien, Donc il y a science du bien , la majeure est formée d'un attribut direct au nominatif; la mineure et la conclusion i^ont formées d'attributs obliques au génitif. Ainsi la conclusion n'est pas du tout dans ce cas :
La science est bien ; mais la majeure seule a cette forme : La sagesse est science.
S 4. Autre exemple d'un syllo-
162 PREMIERS ANALTTIQUES.
terme est attribue au troisième , sans que le premier lé soit au moyen. Par exemple , s'il y a : Science de tel objet quelconque ou de son contraire , et que le bien soit à la fois^ et un contraire, et tel objet quelconque, la conclu» sion est : Il y a science du bien. Mais le bien n'est pas du tout la science, et pas plus tel bien que son contraire; mais c'est le bien seul qui est tout cela. § 5. Parfois aussi il se peut que le premier ne soit pas attribue au moyen, ni celui-ci au troisième ; le premier, du reste, pouvant se dire et pouvant ne pas se dire du troisième. Par exemple ^ quand l'on dit : S'il y a science de telle chose, il y a aussi genre de cette chose; or, il y a science du bien, la conclusion est : Donc il y a genre du bien ; mais ici aucun terme n'est attribué à un autre. Soit encore : La chose dont il y a science est aussi genre ; or, il y a science du bien, la conclusion est : Donc le bien est aussi genre.
gisme qui diffère du précédent en ce que c'est la mineure , au lieu de la msgeure qui a un attribut direct; la majeure , et la conclusion sont obliques. Voici les deux syllogismes, selon qu'on prend le bien , soit absolument , soit comme contraire d'un autre terme , qui serait le mal, par exemple : Il y a science d'un objet quelconque; or le bien est un objet quelconque : Donc il y a science du bien. — Il y a science d'un contraire ; or le bien est un contraire : Donc il y a science du bien. — la conclti- $ion est : H y a science du bien , au génitif, et non pas au nominatif : Le bien est la science ; car c'est le bien seul avec : objet quelconque et : con^ traire , qui peut se mettre au nomi-
natif. — Est tout eela , c*est-à-dire :
objet quelconque et contraire, au nominatif.
$ 5. Autre exemple où la majeure et la mineure sont obliques; la conclusion , dans ce cas, est alors tantôt directe , tantôt oblique. Dans ce syllogisme , eUe est oblique : Il y a genre de la chose dont il y a science ; or il y a science du bien :
Donc il y a genre du bien. — Dans celui-ci elle est directe : La chose dont il y a science est aussi genre ; il y a science du bien : Donc le bien est genre. ^ Est attribué au der^ nier, c'est-à-Klire, le magenr est attribué au mineur, avec le nominatif, et non avec un cas oblique. Voir la remarque du 8 8.
IIYBII I, CHAPITRE KCXVI. t«3
Ainsi y U plumier teraie est attribué «u damier; iiiai« ilâ ne $Qnt pM attribués Tun à l'autre. § 6. 1) faut mÎAmioar 4^ I4 même manière pour la négation; et <}Uftii(i on dît que tdie cho$e n*e$t pas attribuée à telle autre» on no yeut pas toujours dire que telle choae n'est pas telle autre chose y mais on veut dire, tantôt que telle (^ose n'est pas de telle chose, ou qu'elle n'est pas à telle chose. § 7. far eiL^mple : Il n'y a ni mouvement de mouvement, ni production de production; mais il y a mouvement ot production du plaisir : donc Je plaisir n est ni production ni mouvement. Ou encore : U peut y avoir signe du rire, mais il n'y a pas signe du signe : donc le rire n'est pas figne. $ 8. £t de même pour tous lei autres cas où Ton réfute la conclusion en montrant que le genre lui est attribué d'une façon quelconque, § 9, Soif encore, pai?
8 6. Seconde partie de la règle»
pour la négation, Voir $ 1.
9 7. Syllogismes où les deux prémisses sont obliques et la conclusion directe : II n^y a pas mouvement de mouvement; il y a mouvement de plaisir : Donc le plaisir n'est pas mou- Tement. — U n'y a pas production de production; il y a production de plaisir : Donc le plaisir n'est pas production. — Il y a signe du rire ; il n'y a pas signe du signe : Donc le rire n'est pas signe.
^9. Où Von réfute la eonclusion, c'est-à-dire, où la conclusion est négative et l'attribut nié , dans la s^ conde figure. — En montrant 911e le genrcj Le genre signifie ici le terme moyen , qui , dans la seconde figure, est attribué aux deux termes et joue en quelque sorte « par rapport à eux,
le rôle du genre par rapport aux espèces. Alexandre va même jusqu'à croire qu'il y a ici une faute de la part des éditeurs, et il pense qu'il faudrait mettre : le moyen au lieu de : le genre. — D'une façon qwU conque^ c'est-à-dire, soit au nominatif, soit aux cas obliques.
% 9. Voici un syllogisme de la troisième figure, où les propositions sont obliques et la conclusion directe : Il n'y a pas pour la Divinité de temps opportun ; il y a occasion pour la Divinité : Donc l'occasion n'est pas le temps opportun. — Les termes sont ici, au nominatif, quand on les prend isolément; mais dans les propositions en forme, on les met aux cas divers que réclame la pensée, comme on peut le voir dans les exemples précédents.
164 PREHIEBS ANALYTIQUES.
exemple : L'occasion n'est pas le temps opportun; car l'occasion existe aussi pour Dieu, mais pour lui le temps ne peut être opportun, parce que la Divinité n'a jamais rien qui lui soit utile. Les termes sont ici : L'occasion , le temps opportun, et Dieu; mais la proposition doit être formée avec le cas convenable du nom.
§ 10. Nous disons donc, d'une manière générale et absolue, qu'il faut toujours mettre les termes à l'appellation directe des noms. Ainsi, l'homme, le bien,' les contraires ; et non pas : de l'homme , du bien , des contraires. Quant aux propositions, il faut y poser les divers cas qu'exige chaque mot. Ainsi, on dit: A cela, avec égal; de cela, avec double; cela, avec frappant ou voyant; ou même : Cet, avec homme, animal ; ou enfin, l'on prend telle autre tournure que le mot demande dans la proposition.
S 10. Hègle générale présentée plus explicitement. — Ou même :
cet , avec homms , animal. Le masculin au lieu du neutre , quand le mot est masculin au lieu d'être neure. En résumé, quand Tune des
prémisses est à un cas oblique , la conclusion est aussi à ce cas oblique; quand les deux sont obliques, la conclusion est tantôt directe, tantôt oblique. L*is termes isolés sont toujours au nominatif.