LIVRE I, CHAPITRE XLVI
ont une signification identique ou diflerente : par escem« pie, s'il y a identité ou différence entre : IS'etre pas blanc, et : Être non blanc. § a. En effet, ces expressions n'oni pas un sens absolument pareil; et la négation d'être blanc n'est pas : Etre non blanc ; mais c'est : N'être pas blanc. § 3. En voici la raison : cette proposition : Il peut marcher, est à celle-ci : Il peut ne pas marcher, dans le même rapport que : II est blanc, est à : Il est non blanc; et cette proposition : Il sait le bien, à celle-ci : Il sait le non bien. Enfin, cette locution : Il sait le bien, et celleci : Il est sachant le bien, ne diffèrent en rien, non plus qu« : Il peut marcher, ne diffère de : Il est pouvant marcher. Et de même pour les oppositions : Il ne peut pas marcher, il n'est pas pouvant marcher. Si donc cette proposition : Il n'est pas pouvant marcher^ exprime la même chose que : Il est pouvant ne pas marcher, ou : Ne marcher pas , ces deux choses seront à la fois au même objet; car le même individu peut, et marcher, et ne
^a.VoirrHerménpia,chap. 10, §5.
9 3. Pour prouver que ces deux ptopofiilions : Ceci o*est pas blanc , et ceci est non blanc , ne sont pas identiques, Aristote substitue à blanc et non blanc, des exemples [4us clairs ; marcber, ne pas marcher ; bien, non bien. Ces propositions nouvelles reçoivent d'ailleurs une forme tout à fait analogue, c'est-àdire que, comme dans les premières, la négation est mise devant TaUribot. Or, il est évident que : Il peut ne pas marcber, peut se dire d'un homme en même temps que : U peut marcher : donc ces deux propositions ne sont pas contradictoires ;
car les contradictoires ne sont jamais vraies à la. fois d'un seul et même objet. Herméneia, ch. 7, g 9.
— Parmi des choses en proportion, mot à mot : analogues. Par exemple :
si marcher est à ne pas marcher, et bien à non bien , comme blanc est à non blanc, et que marcher et ne pas marcber diffèrent entre eux, il est bien clair que la même' différence se reproduira entre blanc et non blanc : donc ces deux propositions ne sont pas du tout identiques :
Ceci n'est pas blanc et ceci est non blanc, pas plus que : Il peut marcher, .
il peut ne pas marcher, ne sont identiques entre elles.
marcher pas ; et il sait le bien et le non bien. Mais Taffirmation et la négation opposées ne peuvent être à la fois vraies de la même chose. Donc, tout comme ce n*est pas une seule et même chose de ne pas savoir le bien, et de savoir le non bien ; de même , ce n'est pas chose identique non plus d'être non bon , et de ne pas être bon; car si, parmi des choses en proportion, les unes sont différentes, les autres doivent letre aussi. § 4. Ce n'est pas non plus la même chose d'être non égal, et de n'être pas égal; car, d'une part, on subordonne quelque chose à ce qui est non égal , et ce quelque chose c'est l'inégal; mais, de l'autre part, on ne subordonne rien. C'est qu'en effet tout n'est pas égal ou inégal ; mais tout est , ou égal , ou non égal. § 5. Ainsi encore : Il y a du bois non blanc, et : Il n'y a pas de bois blanc, sont deux assertions qui ne peuvent exister à la fois ; car, s'il
§ 4. Voici la nuance de la pensée que la langue française ne peut pas ici très-bien rendre , et qui d'ailleurs est fort délicate : quand on dit d'une chose qu'elle est non égale, on sous-entend par là même qu'elle existe , et qu'elle est inégale à une autre; mais quand on dit qu'elle n'est pas égale, on ne sous-entend ni son existence ni son inégalité; car, si la chose n'existe pas, on peut tout aussi bien lui appliquer l'attribut d^égale que tout autre attribut. Cest qu'en effet tout n*est pas égal ou inégal. Il n'y a que les quantités qui aient cette propriété ; voir les Catégories, ch. 6, S 26 : mais tout est égal ou non égal, c'est-à-dire que du moment qu'une chose est , on
peut la qualifier d'égal , si elle est une quantité, ou de non égal, si elle n'est pas une quantité. La distinction, du reste, que fait ici Aristote, peut paraître subtile, bien qu'elle soit vraie.
g 5. Troisième argument pour prouver que les deux assertions du S 1 : Ceci n'est pas blanc, ceci est non blanc, ne sont pas identiques.
Pour sentir la force de ce nouvel argument, il suffit de joindre un sujet aux deux propositions nouvelles, par exemple : La pierre est du bois nonblanc, la pierre n'est pas du bois blanc. La seconde assertion est vraie, la première est évidemment fausse; donc évidemment aussi elles ne sont pas identiques.