‹ De la logique d'Aristote (volume 3)Chapitre 202 sur 226 · LIVRE II, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXI

pas une expression qui ait une signification simple; d'une part , on peut entendre ici la science générale , et de l'autre, la science particulière. L'on sait donc, de science générale, que C vaut deux droits; mais on ne le sait pas de science particulière; et ainsi Ton ne possédera pas la science et Terreur contraires l'une à l'autre, § 7. C'est là, du reste, précisément le sens de la théorie soutenue dans le Ménon, que la science humaine n'est que réminiscence. Il n'est pas du tout possible qu'on sache à l'avance les cas particuHers; mais en même temps qu'a lieu l'induction, on acquiert la notion des choses particulières comme si l'on ne faisait que les reconnaître. C'est qu'il y a certaines choses que nous savons instantanément ; par exemple , que cette figure vaut deux angles droits, du moment que nous savons qu'elle est un triangle. Et de même pour tous les autres cas.

§ 8. Nous connais$on3 donc les cas particuliers de science générale, mais nous ne les savons pas de la science qui leur est propre; et c'est là ce qui fait que nous nous trompons sur eux , sans que ce soit , cependant,

8 7. Soutentie dans le Ménon , Voir la traduction de Platon de M. Cousin, tom. VÎ, pag. 190.— Qu*a lieu rinâwtion, Voir plus loin, ch. 23, la théorie de Tinduction.

L'induction est la connaissance de Puniversel par le particulier. Ainsi , en voyant un triangle, on sait à Tinstant que la figure ainsi faite a la somme de ses angles égale à deux angles droits. De plus , on a cette notion générale indépendamment de ce triangle particulier, de sorte que Ui notion particulière qui rentre dans

la notion générale ne semble être qu'un souvenir , parce que celle qui la contient lui est antérieure. L'esprit distingue les deux idées , et la seconde ne lui parait être qu'une répétition de la première, bien qu'elles soient toutes deux simultanées. Voir aussi, Derniers Analytiques, liv. 1 , ch. 1 , §§ i et suiv.

$. 8. D'une façon contraire à la science même, Voir plus haut, à la fin du S 6,— Indiqués plus haut, g§ 1,2, quand les moyens sont subordonnés ou ne le sont pas.

d'une façon contraire à la science même. Nous nous trompons en ce sens seulement, que nous possédons la science générale, et que nous errons dans la notion particulière. C'est précisément ce qui se passe dans les cas que nous avons indiqués plus haut; car l'erreur commise relativement au moyen n'est pas contraire à la science acquise par le syllogisme , non plus que la pensée qui s'adresse à l'un et à l'autre des deux moyens. § 9. Mais rien n'empêche que, sachant que A est à tout B et B à C, on pense que A n'est pas à C. Par exemple, on peut fort bien savoir que toute mule est stérile , savoir aussi que tel animal est une mule, et croire cependant que cette mule est pleine ; car on ne sait pas que A est à C, si l'on ne considère point à la fois les deux propositions. § 10. Ainsi il est évident que, si l'on sait l'un et qu'on ne sache pas

§ 9. Troisième espèce d'erreur :

On a toutes les notions nécessaires à la vérité : mais on les a disjointes les unes des autres; et on ne les réunit pas, au moment même où il faudrait les unir pour acquérir la notion vraie et complète. De là Terreur, bien qu'on possède tout ce qu'il faut pour Téviter.— Le syllogisme est ici en Darii : Toute mule B est stérile A : cet animal C est une mule B; Donc cet animal C est stérile A : or, on croit au contraire que cette mule est pleine, et voilà en quoi on se trompe. C'est qu'on n'a pas réuni , dans une seule notion , les deux prémisses dont on aurait tiré par le rapprochement même, une conclusion toute différente. — Çu« cette mule est pleine , L'expression d'Aristote n'est peut-être pas ici aussi régu-

lière que possible : et la pensée aurait été plus clairement rendue s'il eût dit : que cette mule n*est poi stérile, l'opposition aurait été plus évidente; d'une part la vérité, de l'autre l'erreur contraire. Pour être pleine , la mule doit d'abord n'être pas stérile , et c'est bien cette dernière proposition qui est la proposi* tion contraire : l'autre est la proposition du contraire, ainsi qu'Aristote lui-même l'a établi dans l'Hermèneia,ch. 14,812.

§ 10. Si , connaissant les deux propositions, on peut encore se tromper par cela seul qu'on ne les considère pas toutes les deux à la fois , à p)us forte raison peut-on se tromper quand on ne connaît que l'une des deux, soit la majeure comme dans le cas du $ 1, soit la mineure comme

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