‹ De la logique d'Aristote (volume 3)Chapitre 203 sur 226 · LIVRE II, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXI

l'autre, on pourra se tromper. Et c'est précisément là le rapport des notions générales aux notions particulières; en effet, nous ne pouvons connaître aucune des choses sensibles , ^n dehors même de notre sensation, les eussions-nous , d'ailleurs , antérieurement perçues , si ce n'est en ce sens que nous en avons bien une connaissance générale et propre, mais sansen avoir une connaissance actuelle. Savoir, en effet , a trois significations distinctes : on peut savoir de science générale , ou de science propre et spéciale , ou de science actuelle ; et, par conséquent , Ton peut se tromper d'autant de façons. § ii. Rien n'empêche donc que Ton puisse savoir et se tromper relativement à un même objet; mais non pas, pourtant,

dans le cas du § 2.^5t Von sait Vun et qu'on ne sache pas Vautre, g§ 1 et 2. On peut connaître le genre, sans connaître Tespèce; et réciproquement, connaître Tespèce sans connaître le genre. Enfin on peut les connaître tous les deux , sans appliquer ces notions à l'individu qui frappe actuellement nos sens.

$ 11. Mais non pas pourtant par cotUraire , c'est-à-dire , comme plus haut, § 6, que Terreur qu'on commet, n'est pas absolument contraire à la science que l'on possède; car on aurait alors les deux contraires sur une seule et même chose; ce qui n'est pas possible. Seulement on a la science générale, et même la science spéciale, sans avoir la science actuelle , c'est-à-dire, celle de l'individu. Ici , par exemple, on sait de science générale , que toute mule est stérile, on sait de plus, de science spéciale , que l'animal qu'on a sous

les yeux, est une mule; et cependant on peut la croire pleine, c'està-dire , non stérile , parce qu'on ne réunit pas actuellement les notions fournies par les deux propositions , par tes prémisses , de manière à en tirer la conclusion juste , relative-:

ment à l'individu donné.— Qtr Verreur contraire à la proposition universelle , l'erreur contraire à cette proposition universelle : Toute mule est stérile, serait un syllogisme ou conclusion également universelle et négative : Aucune mule n'est stérile.

Or, l'erreur ne se produit pas du tout ici sous cette forme, et, par conséquent, elle n'est pas contraire à la science.— C'c«f un syllogisme, l'expression d'Aristote est ici trop concise ; il aurait dû dire : c'est un syllogisme universel et de forme contraire; ou, en d'autres termes, une proposition de même quantité et de qualité différente.

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par contraire. Or, c'est ce qui arrive à celui qui sait par les deux propositions, mais qui nen a pas antérieurement vu le rapport. Ainsi, en supposant que cette mule est pleine, il n'a pas la science actuelle; mais, pourtant, par cette pensée même, il n'a pas non plus l'erreur contraire à la science; car l'erreur contraire à la la proposition universelle, c'est un syllogisme.

§ 1 2. Mais quand on pense que ce qui est bien est mal, on pense alors qu'une même chose est bien et mal à la fois. En effet, soit le bien A, le mal B, et le bien encore C; si donc l'on pense que B et C soient la même chose , l'on pensera aussi que C est B; et, de même encore, que A est B; de sorte que C aussi est A. En effet, quand il était vrai que B est dit de ce a quoi est C, et que A est dit de ce à quoi est B, il était vrai aussi que A est dit de C; donc, il en doit être absolument de même pour le

g 12. Le raisonnement dans ce g est difficile à suivre; le voici en termes plus clairs : A ia théorie qui précède, on peut faire cette objection, que c'est dans les prémisses qu'on peut avoir les deux pensées contraires, et non plus dans la conclusion comparée aux deux propositions dont on la tire. Ainsi, l'on pense que le mal B est le bien A ; or, l'on pense aussi que le bien C est le mai B ; donc l'on pense que le bien est le bien. Or, la forme de ce syllogisme est régulière; car, si au verbe penser , on substitue la locn^ tion : l\ est vrai , ou si on laisse le verbe: Être, sous sa forme absolue, on obtiendra des conclusions comme

our le verbe : Penser : donc on peut

fort bien admettre, pour ce verbe, la forme de conclusion qu'on a admise et pour : Être , et pour : Être vrai. La conclusion est, sans doute, régulièrement obtenue; mais l'erreur est dans les prémisses , et elles sont à peine supposables; car le bien n'est mal , et le mal n'est bien que par accident, comme Aristote le remarque au § suivant. Le bien en soi est toujours bien : le mal en soi est toujours mal, sans que jamais l'un puisse devenir l'autre. Ainsi , quoique parfois le bien puisse être mal, et le mal être bien, on ne peut pas du tout en conclure qu'on puisse penser les contraires d'une seule et même chose ; en d'autres termes, détruire le principe de contradiction.

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