‹ De la logique d'Aristote (volume 4)Chapitre 78 sur 98 · ANALYSE D£S CATÉGORIES. — CUAP. II · texte numérisé non relu

ANALYSE D£S CATÉGORIES. — CUAP. II

verses, d'affections morales, peuvent changer les couleurs; la honte,, la peur, font rougir et pâlir. Par.une modification analogue à celle qui survient dans ces diverses circonstances, la nature peut donner une couleur pareille, mais stable et permanente. Ce seront alors des qualités affectives ; mais quand, au contraire, la modification est fortuite et passagère , ce n'est qu'une affection , mais point une qualité. D'un homme qui pâlit ou qui rougit ^ dans une circonstance douaée , on ne dira point • qu'il est pâle , qu'il est rouge, on dira qu'il éprouve quelque chose qui le fait rougir ou pâlir. De même aussi , pour les affections et les qualités de l'âme : on pe dira poiQt d'un homme qu'il est colère, parce que dans tel cas il se sera mis en colère : ce ne sera là qu'une affection (TuàOoç), ce ne sera point une qualité de son âme (irotorrjç). Pour qu'il y ait qualité, il faut que les modifications, presque immuables, datent de la naissance même ^iv t^ yt^àécu

lo, a, 1 1. 1^ dernière espèce de la qualité, c'est la figure , et la forme extérieure essentielle de chaque chose (crjj^^jjLa Te xal ^ rspi âcaç-av ùivxp^oucra jjLopçY)) : ainsi la courbure , la droiiesse d'ime chose. Dense et rare, uni et rude, seraient plutôt de la position que de la qualité : car dense et rare, uni et rude, ne concernent guère que la position des parties , à l'égard les unes des autres.

Les quatre espèces de qualités qu'on vient d'énumérer sont les principales : mai^ on n'affirme

!70 DBUXlèUE PARTIE. — SBCtlO» I.

pas qu'il n'y en ait point encore d'autres (mtcoç (xiv o'jv xal oX'Xo; ov tiç çovch TpoTroç) .

On appelle qualitatifs (ri iroià) tout ce qut*est dit par dérivation, ou autrement, des qualités (7rap(avti(xcoç ^ ôttûxtouv iX^toç) : ainsi, blanc venant de blancheur est un qualitatif. Parfois, la qualité même dont le qualitatif est tiré, n'a pas de ndm spécial : ainsi , on dit d'un homme qu'il serait bon lutteur, bon coureur (iuuxtixôç , ^po(i.ixoç) ; et il n'y a pas de mot pour la •qualité qui le fait dire tel, , bien qu'il y en ait pour les sciences dont l'exercice * le fendrait bon lutteur, bon coureur. Parfois il y ji un nom, mais le qualitatif n*en est pas dérivé: ainsi , «jT^ou^aioç est le qualitatif d'apeTiî , bien qu'il n'en dérive point pàronymiquement.

La qualité a trois propriétés : d'abord, elle reçoit les contraires, (lo, b, i^); ainsi, le noir est le contraire du blanc : et les qualitatifs dérivés les reçoivent également. Pourtant cette propriété n'appartient pas à toute la qualité , puisque les couleurs moyennes, le roux, le pâle, n'ont point de contraires. Il faut remarquer ici que , quand l'un des eofttraîfe estqualitatif, l'autre l'est aussi. Il suffit, en effet, pour s'en convaincre, de parcourir les autres catégories. Ainsi,la justice est le contraire dé l'injustice : or, la justice est de la catégorie de la qualité; l'injustice en sera donc aussi; car évîdemment aucune autre catégorie ne peut lui convenir.

lo, b, a6. La seconde propriété de la qualité.

AJVALYSE DES CATÉGOBIBS. — GHAP. II. 474

c'est qu'elle reçoit le plus et le moins : ainsi on est plus ou inoiiis juste y plu^ou moins sain. Mais la quatrième espèce de la qualité , la figure ^ ne reçoit pas cette propriété. Un triangle n'est ni plus ni moins triangle qu'un autre » etc. C'est qu'en général , pour qu'il y ait rapport de plus et de moins entre deux objets , il faut que tous deux reçoivent la définition de la qualité en question ; ainsi , un quadrilatère n'est pas plus cercle qu'un isocèle.

1 19 a^ i5. La propriété spéciale de la qualité , c'est que les idées de similitude et de dissemblance ne s'appliquent qu'à elle seule; puisqu'une chose ne peut être dite semblable à une autre que par ce qui la qualifie (xaT iWo où^àv ri xaÔ' ô zoiov içv*).

On peut objecter ici qu'on a compris des rela* tifs dans la catégorie de la qualité. La remarque est vraie; c'est que souvent le genre fait partie de la catégorie du relatif, sans qu'aucune de ses espèces en puisse être : ainsi, la science est du. relatif , et la grammaire, qui est une espèce de la science, est de la qualité, ainsi que toutes les sciences spéciales : si on les prend pour des relatifs aussi, ce ne peut jamais être que sous la notion de leur genre (xaTaTo y8vo;), mais non individuel* lement (ouj^ al x«6' îxaçot).

On doit donc conclure qu'il y a des choses qui sont à la fois dans les deux genres, et qui appartiennent simultanément à la catégorie de la qualité et à celle de la relation.

•172 DECXIEME PARTIS. — SECTION I.

Telle est l'analyse fidèle des quatre premières catégories;. et nous croyons n'avoir çmis ici aucun des points importants de la doctrine d*Aristote. Les autres catégories sont traitées avec beaucoup moin^ d'étendue; et le philosophe s'y arrête peu, parce qu'il les trouve suffisamment claires par elles-mêmes (^tà Ta irpoçav^ elvai) : il s'en réfère dune à ce qu'il a dit au début , et se contente de fair-e remarquer, que l'action et la passion reçoivent les contraires (échauffer, refroidir, être échauffé, être refroidi), et le plus et le moins (échauffer plus ou moins, être échauffé plus ou moins ).

C'est ici que commence THypothéorie, ou appendice aux Catégories, renfer niant l'explication de plusieurs termes employés dans la discussion précédente, et qui certainement, sont d'une importance presque égale dans l'ensemble du système. C'est l'examen des quatre idées suivantes : i** opposition; îi® priorité; 3® simultanéité; 4^ mouvement. Aristpte n'a point indiqué non plus ici le hen de cette partie de son ouvrage aux parties antérieures ; mais ce n'est point un motif suffisant pour la rejeter, avec Andronicus, com^me apocryphe. L'empreinte d'Aristote n'y est pas moins évidente que dans tout le reste.

L'opposition (rà âvTi)cei[jL£va) peut être de quatre espèces. Il y a : i** celle des relatifs; a^ celle des contraires ; 3** celle de la privation et de la posses-

AlVALTSE DES CATÉGORTES. — CHAP. II. ^5

sion (çéofiaiç xal ?^tç); 4^ enfin celle de laffirmation et de la négation. Relatifs : double, moitié; — contraires : bien , mal : — privation , possession : aveuglement, vue; — affirmation, négation: il est assis , il n'est pas assis.

1 1, b, Î24' Les opposés comme relatifs, sont dits réciproquement l'un par rapport à l'autre, quel que soit, du reste , leur rapport ( oiroxx^TfiroTe

I i,b, 35. Ce rapport n'existe point du tout entre les opposés comme contraires (IvavTta): ils sont seulement dits contraires les uns des autres. Ainsi le bien n'est pas le bien du mal ; mais le contraire du mal. Les contraires peuvent avoir ou n'avoir pas de termes moyens ^tI âvà (i.é<yov);il n'y a pas de moyen, quand Tun des deux contraires est de toute iiécessité aux objets naturellement propres à les recevoir, ou auxquels ils sont attribués; ainsi, pas de terme moyen entre la santé et la maladie; car l'un des deux doit être au corps de toute nécessité. Mais il y a tçrme moyen eptre les contraires, quand l'un des deux n'est pas nécessaire : par exemple, entre blanc et noir, car il n'y a pas nécessité que tout corps soit l'un ou l'autre. Parfois ce terme moyen n'a pas d'appellation propre, et ne se détermine qi^ par la négation des deux extrêmes.

12, a, afi. L'opposition par possession et privation a ceci de pr<tpre, que l'une et l'autre se trouvent dans le même sujet, sont dites d'un méioè sujet (irepi taùtov Ti); mais il faut que ce su-

474 DBUXIEUE PARTIE. — SECTION I.

jet doive, par les lois mêmes de la nature, avoir ou n'avoir pas cette qualité dont il est {)rivé, ou qu'il possède; il faut, en outre, que la privation et la possession soient considérées dans le temps raême où la nature les place toutes deux. Ainsi, l'on ne dit pas d'un être qu'il est édenlé, par cela seul qu'il n'a pas de dente, ou qu'il est aveugle, par cela seul qu'il n'a pas la vue; il faut encore que ce soit un sujet qui doive naturellement avoir 'ou des dents ou la vue 5 il faut, enfin, que ce soit dans le temps marqué par la nature ; certains animaux , en effet, au moment de leur naissance, n'ont ni dents, ni vue, et pourtant l'on ne saurait dire qu'ils sont édentés et aveugles.

Il faut^distinguer, au reste, avec soin, être privé et posséder, de privation et possession ; ces deux premières expressions sont opposées comme les deux secondes , mais ne leur sont cependant pas identiques. C'est ainsi que ce qui est placé sous la négation et l'affirmation n'est cependant pas affirmation et négation. (12, b, 6.) Ainsi, sous ces deux expressions affirmatives et négatives : il est assis , il n'est pas assis , il y a ces deux autres : être assis , n'être pas assis , qui ne sont pas cependant dé la négation et de l'affirmation.

Aristote, sans le dire formellement, veut sans doute distinguer ici les termes abstraits: vue, aveuglement , des termes concrets : voir , être aveugle.

Il ajoute encore deux observations sur les op-

ANAtTSE D^ CATÉGOWBS. — CHAF. U. -tT.vJ

posés par privation et possession : d'abord ces opposés ne le sont pas comme relatifs , car Tinj n'est pas dit par rapport à son opposé , et il ny a point d'attribution réciproque (où 'jupoç âvTtçpeçovTqt Xéyexai). On ne saurait dire, en effet, que l'aveuglement est l'aveuglement de la vue; on dit qu'il es|; la privation de la vue. La vue n'est pas davantage la yue de l'aveuglement. En second lieu , les opposés par possession et privation, ne le sont pas comme les contraires. ( 12 , b, 26.J Us n'ont point 9 en effet, ce caractère de nécessité qui fait que, dans les contraires naturels saps intermédiaires , l'un des deux est au sujet qui les peut recevoir (to ^êxtixov). Ils ne sont pas non plus entre eux comme les contraires médiats, à intermédiaires : car il faut que l'un des deux , privation ou possession, soit nécessairement, dans un certain temps, au sujet qui les reçoit, l!un ou l'autre indifféremment ( ÔTroTepov ïvjje^ ) , et non point l'un plutôt que l'autre , d'une manière déterminée (â<pct)pi<y(jLévo)(;). Or, ceci n'a point lieu dans les contraires médiats. Enfin les contraires, (i 3, a, 18), sauf le cas de nécessité naturelle, peiiVent se changer l'un dans l'autre (eîç oXXviXa jjL£Ta6o>.:nv ytvfiffOai); mais jamais la privation ne se change en possession, bien que la possession puisse se changer quelquefois en privation.

i3, a, 37. Reste le quatrième mode d'opposition: l'affirmation et la négation, tout différent des modes qui précèdent. C'est en effet le seul qui

porte le caractère de vérité , c'est-à-dire , où il faille que l'un des deux membres soit vrai, et l'autre faux. C'est que , dans'les autres modes d'opposition, il n'y a pas combinaison des mots (aveu guil^ nlo-KTiç). Il faut ajouter qu'ici, ce caractère de vérité est immuable (âel) , tandis que, même dans les contraires où l'on fait une simple combinaison de mots, les deux membres de l'opposition peuvent être faux à la fois. Ainsi , dans ces deux contraires: îSocrate est malade, Socrate est bien portant, où les mots sont cependant combinés, l'un comme l'autre peut être faux, si, par exemple, Socrate n*existe pas. Mais dans les opposés par négation et par affirmation : Socrate esl malade, Socrate n'est pas malade, l'un des deux est toujours vrai, l'autre toujours faux, que Socrate d'ailleurs existe ou qu'il n'existe pas.

Cette théorie des oppositions joue un grand rôle dans le système d'Aristote; et la dernière partie, surtout celle qui regarde l'affirmation et la négation , va recevoir bientôt une application directe dans le Trailé du Langage, dans répfiTffveia, qui se fonde complètement sur elle.

Ch. 1 1 , i3, b, 36. Aristote revient ici sur quelques propriétés générales d?s contraires, qui sembleraient mieux placées dans le chapitre précédent, à la section où il examinait l'opposition par contraires. Quoi qu'il en soit , il donne quatre nouveaux caractères des contraires : i*' le mal e^t nécessairement le contraire du bien ; on peut s'en

àNALTSE des CATEGORIES. — CHAP. H. -177

convaincre par Finduction ; le contraire d'un mal peut être, tantôt un bien, et tantôt un mal; le milieu [ri paoTYiç) , le tierme moyen , est contrstire aux deux extrêmes,- et il est un bien (ouaa ûêyaOov). On reconnaît ici la théorie des vertus. a° Entre les contraires, il n'y a pas réciprocité d'existence : Tun peut être, sans que l'autre soit nécessairement; 3^ les contraires ne s'appliquent évidemment qu'à des choses de même espèce ou de même genre (TaÙTQv yj eï8e\,y\ yevet); la justice et l'injustice sont toutes deux dans le coeur de l'homme ; 4° enfin , les contraires doivent de toute nécessité , ou bien être dans le même genre, ou dans des genres con* traires , ou bien constituer eux-mêmes un genre : ainsi, blanc et noir sont dans le même genre; justice et injustice, dans des genres contraires; la vertu et le vice , bien et mal, sont des genres contraires. i4, a, aS. Après l'idée d'opposition, Aristote passe à l'idée de priorité ; il en reconnaît cinq espèces diverses, bien que d*abord il n'en annonce que quatre. La première et la principale, s'applique au temps (xopicoTa-ra xarà j^povov). La seconde a lieu pour celle des deux choses qui ne rend pas à l'autre la réciprocité d'existence successive ((jLvi âvTiç-péçov jcaTa ttIv ToCf eïvat âxoXouÔYicrtv); ainsi, un est antérieur à deux , parce que de deux suit aussitôt l'existence de un , tandis que de un , ne suit pas nécessairement deux. La chose donc qui ne rend pas la succession d'existence, pajraît antérieure. En troisième lieu, antérieur et postérieur peuvent I. ta

419 DBUXTklIB IPARTIX. — BRCHON t.

^entendre d'un certain ordre, comme dans les sciences de démonstration, dans la géométrie, les« éléments précèdent en ordre les tracés des figures; comme dans la grammaire, les lettres précèdent les syllabes , et dans la rhétorique , Fexorde précède la narration. Premier, antérieur, peuvent se rapporter encore à la supériorité^ à la considération (to ^IXtiov, to Ti|At(oT£pov )• Tels sont les quatre principaux modes de priorité : on pourfait toutefois en ajouter un cinquième; et dans les choses qui se rendent réciproquement Texistence, considérer comme antérieure celle* qui, d'ime façon quelconque, est cause d'existence pour Pautre. Mais je laisse parler Aristote , dont la théorie touche ici un point de haute importance, puisque c'est Iç rapport même de la pensée à l'être, du langage aux choses : « Outre ces quatre ce m^des de priorité indiqués plus haut, on pource rait en distinguer encore un cinquième. Dans les « choses, en effet, qui se rendent la réciprocité a d'existence, celle qui d'une façon quelconque setf rait cause d'existence pour l'autre, semblerait , k «juste titre, pouvoir être naturellement appelée a antérieure. On peut voir sans peine qu'il y a « des choses qui sont dans ce cas. Par exemple, fi quand on dit : l'homme existe , il y a rapport ré* <c ciproque entre l'existence de l'homme, et le ju- V gement vrai qu'on porte sur cette existence. En « effet, si l'homme existe, le jugement par lequel ff nous déclarons qu'il existe, est vrai; et récipro*

ANAiTSC D£S CATÉGOftlES. — CHAP. U. A70

cr quement, si ce jugement, par lequel nous décla- « rons que Thomme existe, est vrai,rhomme existe a aussi réfllement* Mais un jugement, quelque « vrai qu'il puisse être , n'est pas cause qu'une ce chose soit; c'est la chose qui semble, au contraire, c être en quelque sorte la cause de la venté du « jugement, puisque, en effft , c'est selon que la « chose est ou n'est pas, que le jugement est faux « ou vrai. »

i4, b, 24- A. l'idée de priorité succède, pour Aristote, celle de simultanéité. Il en distingue deux espèces : l'une est supérieure et absolue dans le temps (Iv t^ aùrô XP^^^) 5 l'autre est de nature {i\LOL n (pu<T6t), et s'applique aux choses qui se rendent la succession d'existence , sans que l'une pourtant soit cause de l'autre; ainsi, le double et la moitié, dont il a déjà traité dans la catégorie des relatifs, sont des simultanés de nature/ On peut dire encore, que les divisions analogues d'un même genre ont cette simultanéité (rk ix, ^ou olItou YevouçovTi^tTipyijjLevaa^XTÎXotç). Ainsi, terrestre, aquatique , volatile, sont des divisions analogues, relativement à un même genre, qui est celui d'animal, et ^ sont simultanées de nature. Du reste, on pour rai t> dans les divisions, faire des subdivisions, qui jouiraient de la même propriété. Mais les genres restent toujours antérieurs aux espèces; car, du moment qu'il y a terrestre, aquatique, il y a nécessairement animal ; mais il peut fort bien y avoir anittial^ sans qu'il y ait du tout terrestre, aqua-

tique 9 etc. En résumé, et d'une manière absolue, la simultanéité s'applique aux choses dont la naissance, la production, a lieu dans le même moment

(wV il y£V£<7tÇ èv TCO aÙTw X?^"*^)*

i5, a, 1 3. Le mouvement se partage en six espèces , opposées deux à deux : la naissance ou production, la destruction; Taccroîssement, la diminution ; l'altération et le déplacement (ylve<jiç çOopa, a3^v)(7iç (jLetwai; , iXkoitàaiç -^ /.oltol tottov (JLeTaêoXvî). Il est facile de voir la différence de toutes ces espèces dé mouvement. La seule qui pourrait offrir quelque difficulté, et qui semblerait se confondre avec les au très , c'est l'altération : en y regardant de près, cependant, on se Convaincra que ce mouvement n'est pas moins' distinct; car bien des choses subissent une altération, sans avoir aucun des autres mouvements, et vice versa.

Ces mouvements, en outre, sont contraires les uns aux autres en particulier, comme le repos est en général contraire au mouvement : mais pour le déplacement, son contraire est le déplacement dans un lieu contraire : de bas en haut , de droite à gauche, etc.; et pour l'altération, c'est le chan* gement en la qualité contraire : du blanc au noir, par exemple.

Aristote termine cet appendice des Catégories, par quelques remarques sur les différentes significations du verbe ej^Etv. (i5, b, 17.) Ceci encore semblerait devoir être déplacé, et reporté plus haut, chapitre IX, à la catégorie spéciale d'lx.€iv.

aNÀ|.TSE DES CATÉGORIES* — CUAP. II. ^81

C'est ce qu'ont fait quelq^iefoisles commentateurs, et Zabarella entre autres. Ils n'ont peut-être pas eu tort; mais il convient aussi de faire observer que , dans ce dernier chapitre , iyivi est toujours pris dans le sens^ctif , tandis que plus haut il était pris dans le sens réfléchi. Quoi qu'il en soit , Aristote distingue huit significations principales d'e/eiv : avoir une qualité, avoir une quantité , avoir autour du corps, comme un manteau , une tunique : ce sens rentre davantage dans celui de la catégorie d'I^eiv \ avoir dans une partie de son corps , comme un anneau au doigt , avoir comme partie de son corps : pied ou main , avoir dans Je sens de contenir : le tonneau a du vin ( l^eiv &; év ocYyeicd ), avoir dans le sens de posséder : avoir une maison (eXÉiv &ç x'rtji.a). Enfin, le sens le plus éloigné, est celui dans lequel on dit qu'une femme a un mari, et un mari une femme.

Telle est l'analyse fidèle des Catégories , un peu longue peut-être, mais qui peut servir à faire mieux comprendre l'importance fondamentale du traité qui ouvre la logique d'Aristote. Il est évident que, là, sont jetées les bases générales de toute la doctrine qui va suivre , et que, sans les Catégories , elle serait incomplète ; et, comme le disent les commentateurs, elle serait âx^çaXoç, sans tête.

Voyons, en effet, ce qui vient d'y être exposé : d'abord, les rapports divers des choses entre elles, comme sujets et comme attributs; puis ensuite,

^ 92 D^UXIBMB PARTIS. •— SKCTIOH I.

Texamen des mots qui représentent les choses , leur classification en dix ordres généraux ^ et par cela même 9 la classification des choses, en tant qu'elles sont par elles-mêmes, et qu'elles se produisent à la pensée; viennent ensuite, l'analyse profonde et complète des quatre ordres principaux, et, en particulier, de celui de substance, qui sert de base et de point de départ à tous les autres; l'énumération des propriétés spéciales et communes de ces différents genres ; et enfin , pour compléter cette revue, l'explication de quelques termes peu usités qui y ont été employés, et qui doivent se reproduire constamment dans la suite, termes qui représentent eux*mémes des idées indispensables à tout le reste de la méthode.

En métaphysique, les catégories sont les dix genres de l'Être, et c'est ainsi seulement quePlotiu les a considérées. La catégorie de la substance

s'applique à l'Etre en soi; c'est elle qui en donne l'essence, el qui l'étudié dans ce qui proprement le constitue , indépendamment de toutes relations extérieures; les autres catégories sont les accidents de l'Eire, fortuits, passagers, qui l'affectent de diverses manières , mais ne le font pas étie ce qu'il est, dans l'essence propre qui le détermine:

Eu logique, les catégories descendent de cette hauteur suprême, pour devenir les éléments possibles d'une définition complète.

ANAiTse Vf VnMBMÈmu. — au*, m. -185

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