CHAPITRE TROISIÈME
Analyse du Traité da langrge.
A la suite des Catégories , vient le Traité du langage; et pour sentir combien cet ordre est légitime , il suffit de se rappeler ce qu'Aristote luimême a dit plus haut: dans les Catégories, il ne considérait qjie les mots sans combinaison entre eux (£veu <ju(iLiE%o)c^ç. Voir plus haut , page i44)- Ici, au contraire, ce sont les mots combinée (xaToc ouiAir^oxiQv ) qu'il se propose d^étudier. Bien que ce lien des Catégories à TépitTfveia, ne soit point formellement indiqué par Tauteur, il doit être pour nous de toute évidence, d'après ses exprès» sions mêmes.
Le Traité du langage a été diversement divisé par les commentateurs. Ammonius le partageait en cinq parties , dont la dernière , comme on l'a dit plus haut (pag. 54), lui semblait apocryphe; mais cette division n'a point été généralement adoptée. Il ne paraît pas non plus qu'aucune autre l'ait été r^ulièrement, comme pour les Catégories. C'est qu'ici , le traité lui-même se prête moins à cette division. 11 forme un sujet continu , sans interruption, dont toutes les parties s enchaînent fort étroitement, et qu'il serait difficile de séparer les unes des autres.
On a essayé plus haut (page loi) d'expliquer
le sens du mot ép^veia; c'est, dans Tacception la plus large, toute expression de la pensée, mais surtout, expression par la parole. L'expression articulée de la pensée peut, du reste, être simple où combinée, significative ou non significative, comme jugement complet, et proposition régulière. Le jugement énonciatif (Xoyo; âTTOçavTixoç), c'est-à-dire celui où il peut y avoir erreur ou vérité (Iv (o to àV/iÔeueiv vi ^guSecGat), est l'objet unique de ce traité. Aristote en examine d'gbord les éléments simples ; il considère le jugement dans ses deux formes principales de négation et d'affirmation, en un seul mot, de contradiction; il analyse ensuite le jugement dans les énonciations simples ou multiples , dans les énonciations mpdales, et enfin dans les énouciations opposées par rapport à leurs attributs. Il serait difficile, comme on voit, dans un sujet aussi bien lié de distinguer les parties. On ne l'essaiera donc point ici, et l'on regardera le Traité du langage, d'ailleurs assez court, comme ne formant qu'un seul tout, qu'il est inutile de décomposer autrement que par une analyse qui s'applique à l'ensemble.
Aristote s'occupe en premier lieu des éléments de renonciation. La parole est la représentation des modifications de l'âme , comme l'écriture est une image des modifications de la voix. Les modifications de l'âme, ainsi que les choses qui les provoquent, et sur lesquelles elles se modèlent
ANALYSE DE L'HERUÉNEIA. — ^HAP. lU. 4 fô
(6ptto(;LaTa) , sont identiques pour tous les hommes; mais la parole, non plus que Técriture y ne Fest pas. (i6, a, 6.) De même qu'il n'y a point d'acte de la pensée ( vo7i{i.a ) sans vérité ou erreur, de même pour la parole, dans laquelle c'est la combinaison , ou la division des choses (ouvôeaiç ^ ^txipsatç), qui constitue l'erreur ou la vérité. Aristote ne s'arrête point, du reste , à ces rapports de la pensée et de la parole, et il renvoie à son Traité de l'âme, où cette matière est plus spécialement traitée. ( Voir plus haut , page 53.^
Aristote n'étudie également que les deux éléments fondamentaux de renonciation ou jugement: le nom et le verbe,
Ch. a, 16, a, ig. Le nom elt un mot dont la signification, toute de convention, n'embrasse pas l'idée de temps, et dont aucune partie, prise isolément, n'a de sens(ovo|x.a (iièv ouv èç-i çcov^ CTijxav- TtX'o JCaTO cuvÔYfxviv aveu jj^povou, -nç (JLTjSèv (JLepoç Ici c7i|jLavTtxov x65^<dpi<j{j(.evov). On pourrait croire, mais ce serait à tort, que, dans les noms composés, une partie prise toute seule pourrait signifier quelque chose d'identique à l'ensemble. Si Ton dit que la signification des noms est toute conventionnelle , c'est que, naturellement, ils n'existent pas, et n'acquièrent une existence , qu'au moment où ils sont pris comme représentation. ( orav y^vTiTai
La négation mise devant le nom : par exemple, non homme, oùx, ayôp(x>7roc^ ne constitue pa3 un
nom, à proprement parler : c'est un nom indéterminé (flSoptçovéïvofjia), s'appliquant aussi bien k Tétre qu'au non «être. Ijes génitifs, les datifs (comme ^iXcovoç, çiXcovt), ne sont pas non plus des noms proprement dits ; ce ne sont que des cas de liotn ; et ce qui sert à les distinguer , c*est que, joints au verbe être, ils n'expriment encore ni erreur, ni vérité, tandis que le nom (au nominatif) exprime toujours Tune ou Tautre.
Ch. 3.^16, b, 6. Le verbe est un mot qui comprend ridée de temps. Aucune de ses parties, prise à part, n'a de sens, et il est toujours la marque de l'attribut. (f^(Jt.a 8é éçt to ^rpodOYipLaivov ](^povov, ou [iilpoç où^èv <ry}[i(.aivei Ycopiç , xat Sçim âei tûv xaô' érepoii leyofiilvcûv '«mixeiov). Même remarque que ci-dessus, pour le verbe précéilé de la négation : c'est un verbe indéterminé (âopiçov f^fxa), et tous les temps autres que le présent, c'est-à-dire le passé et le futur, ne sont que des cas du verbe
(iTTcâffetç ^/(xaToç ).
Ch. 4» ï6, b, a6. Le discours Çkoyoç) que composent le nom et lô verbe, n'a également de sens que par convention ; mais chacune de ses parties a une signification spéciale <, au moins comme simple énondation ((bç (pacnç), si ce n'est comme affirmation et négation.
Tout discours , tout jugement énoncé a un sens, non point en lui-même, et par sa virtualité propre ( oùx û; opyavov ) , mais par convention. Mais tout discours n'est pas énoncialif , parce que tout
ANALTSa B« I.'HBHlfÉIIBlA« — CHAr. HX. A È7
discours n'cKprime pas vérité ou erreur: une exclamation 9 une prière , par exemple , est bien une expresâon de pensée; mais elle n'est ni vraie, ni fausse. On ne considérera ici que le discours énonciatif (o ^' âicofavTiJciç Tfiç vuv Oec^pto^) ; les autres espèces de discours appartiennent plutôt à la rhétorique et à la poétique ;^t c'est pourquoi il convient de les laisser de côté ( âf etaOcixrav ).
Ch. 5. 17, a, 8. Après avoir ainsi étudié les éléments de renonciation , Aristote passe aux deux formes principales qu'elle revêt, l'affirmation (xarafaoriç) et la négation (âxofaaç). Au moyçn du nom et du verbe , le discours énonciatif est un (eîç ), c'est-à-dire qu'il forme un tout complet, et n'exprime qu'une seule chose, soil simple, soit composée. S'il exprime plusieurs choses, il n'est plus unique; il y à plusieurs jugements séparés
17, a, ^5. L'affirmation est renonciation qui attribue une chose à une autre (tvvoç xara tivck) ; la négation est celle qui sépare une chose d'une autre (tivoç âiro tivo;). A toute affirmation, il y a une négation opposée ( âvTixsijxivT) ] ; k toute négation, une affirmation; c'est ce qui constitue la contradiction (âvrifacriç). Il faut bien entendre ici l'oppoâition d'une chose à cejtte même chose ( Tou aÙTpu xarà Toiî aù'vou ) , et non point une opposition de sin pie homonymie ( o(Jt.(i>vu(A6>c ) , comme le font souvent les sophistes, dont Aristote
4 88 DEUXIKMB PARTUB. «- SBCTION I.
a du reste démasqué les ruses (âcicep rpo<j^iopt^d(te6a irpàç ykç Goçiçvxà; svojjX^'ceiç. Voir plus haut , p. 79). Ch. 7, 17, a^SS. La théorie des prij{)ositions , selon leur quantité , est une des plus importantes de ce traité. Voici comment Aristote Taborde :
Les choses sont universelles (xaôciXou ) , ou particulières (xaô* exaçxiv); universelles, quand elles peuvent être attribuées a plusieurs choses (TrXetovcov xaT>iyoper<y6av ) ; particulières, quand elles ne s'ap* pliquent qu'à une seule. Ainsi , homme est une chose universelle; Callias est une chose particulière. Ce n'est donc que ces deux ordres de choses que renonciation peut employer. Elle peut également , en énonçant les choses gérales , leur d9nner ou non , leur signe propre d'universalité : dans le premier cas , les éuonciations opposées par affirmation et négation sont contraires (èvavTiai); dans le second » elles ne le sont pas, mais les choses qu'elles expriment le sont; ainsi, Tout homme est blanc. Aucun homme n'est blanc, ce sont là des propositions contraires, s'appliquant à des choses universelles, marquées du signe d'universalité. L'homme est blanc ou l'homme n'est pas blanc , ce sont là des propositions exprimant des choses contraires , universelles, mais dénuées du signe d'universalité. Il faut bien remarquer que le mot Tout (ira;) n'indique pas que la chose soit univerîÉUe; il indique seulement qu'on la prend universellemenr.
ANALYSE DE t'HERHENBIA. — CHAP. III. -1 S9
On ne saurait, du reste, attribuer l'universel à l'universel; par exemple: Tout homme est tout animal , marqués tous deux du signe d'universalité.
L'opposition des propositions est contradictoire (âvTiçaTtxwç), quand on affirme et qu'on nie pour une même chose l'universel: ainsi, Tout homme est blanc; Tout homme n'est pas blanc.
Elle est contraire (èvovTtw;), quand d'une part on affirme , et que de l'autre on nie le général luimême : tout homme est blanc, aucun homme n'est blanc.
Les propositions contraires ne peuvent jfimais être toutes deux vraies à la fois : les contradictoires
avec signe d'universalité doivent- toujours être l'une vraie et l'autre fausse; les contradictoires particulières également. Dans les contradictoires de choses universelles , mais dénuées du ^ignô d'universalité , l'une n'est pas nécessairement vraie, et l'autre nécessairement fausse; les deux peuvent être vraies à la fois : ainsi , L'homme est blanc, L'homme n'est pas blanc.
A une seule affirmation, il n'y a donc de réellement opposé qu'tme seule négation contradictoire; mais il faut toujours que l'une et l'autre s'appliquent au même objet; autrement , ce ne sont plus des propositions opposées, ce sont des propositions différentes. ^
On a conservé ici avec soin la terminologie
d*Ar»tote, bien qu'elle soit peut-être un peu embarrassée et obscure : certainement, on aurait été beaucoup plus clair «n parlant de la quantité et de la qualité des propositions; mais cette distinction, qui rend la théorie des oppositions sisimple, n'appartient point au Stagirite. Elle a été dérivée de sa doctrine pour Téclaircir; elle ne se trouve , pour la première fois, que dans Alexandre d'Aphro*dise 9 comme on peut s'en convaincre par la lecture de son commentaire sur le premier livre des Premiers Analytiques.
Ch. 8, i8, a, 17. L'affirmation et la négation sont simples (pa), quand elle^ expriment une seule chose d'une seule chose (Iv xoô' évoç); multiples^ quand elles expriment plusieurs choses, même par un seul mot [h ^uoîv ev ovo[4>a xeirai).
Ch. 9, 18, a, 28. Pour les choses actuelles ou passées, il y a nécessité que l'affirmation, ou la négation opposée, soit vraie ou fausse. En effet, pour le passé ou pour le présent, l'acte est accompli, ou s'accomplit sous nos yeux. C'est à notre pensée, et à Texpression que nous lui donnons, de se modeler sur lui, et d'acquérir ainsi vérité ou erreur, selon qu'elle lui est ou ne lui est pas conforme. Pour les faits qui doivent être , et ne sont pas encore, ou pour ceux qui, devant être, ne sont pas d'action éternelle, iln'y a rien de pjjireil. Pour ces (jsiits-là , l'affirmation et la négation opposées sont également vraies , également fausses ; et îl est
ANAiTSE DB t'miUliiaaA. — CHAP. in. 491
impossible de préciser laquelle des deux sera la vraie i parce que l'avenir est impénétrable aux yeux humains :
« Pour les choses qui sont ou qui ont été , dit a Aristote, il faut nécessairement que la négation <K ou Taffirmation soit vraie ou fausse; mais pour « les choses à venir, il n'en est pas de même; et a Ton arrive à une foule d'absurdités, si Ton sup- « pose que, dans toute affirmation ou négation, « pour les choses universelles exprimées sous a forme universelle, ou pour les choses particu* « lières, il y a toujours nécessité que l'une des a deux propositions soit vraie, l'autre fausse; car a Ton suppose qu'il n'y a rien d'arbitraire ni d'in* ce certain dans ce qui arrive, mais que tout est^ et a arrive de toute nécessité. Il ne serait plus besoin a alors, ni de réflexion , ni d'activité, comme dans « le cas où l'on suppose que, faisant telle chose, « telle chose sera, et que, ne faisant pas telle chose , a telle chose ne sera pas» Bien n'empêche, en « effet, que l'un ne renvoie son affirmation , l'autre « sa négation, à dix mille ans, de sorte que, quoi
« que Ton disedans le moment actuel, l'une desdeux a choses sera nécessairement un jour. Mais alors, « il vaut mieux ne pas faire de contradiction; car ce il est 'évident que les choses n'en seront pas « moins ce qu'elles sont, quand bien même l'un « n'aurait pas nié, ni l'autre affirmé. Ce n'est pas^ « en effet, parce qu'on aura affirmé ou nié la € chose y qu'elW sera ou ne sera pas, dans dii^
4 92 BfiOXlÈMB PARTIS. — 5SCTI0N 1.
ce mille ans, plus qu'à tout autre moment donné* « S'il était bien certain que, dans Féteudue entiA'e « du temps 9 Tune des assertions dût être vraie , il <c était donc nécessaire que la chose fût, et tout ce « qui arrive devait nécessairement arriver de tout « temps, de la façon qu'il est arrivé; car si Ton « disait, avec vérité, que la chose serait, il n'était <c pas possible qu'elle ne fût pas ; et il était vrai , ton* « jours, de dire que la chose arrivée serait un jour. « Mais que ce soit là des suppositions imposer sibles , c'est ce que l'expérience nous prouve « assez : ce qui arrive est causé sous nos yeux par « une résolution , par un acte antérieur; et nous « voyons bien que, dans les choses qui ne sont pas « éternellement en acte , il est également possible « qu'elles soient, ou ne soient pas. L'être et le nonce être appartiennent tous deux à ces choses, da • « même qu'elles peuvent aussi bien avoir été que « n'avoir pas été. Nous rencontrons sans cesse dans a la vie une foule de choses de ce genre. Ce man- « teau, par exemple, peut être coupé; et cependant «c il ne le sera pas ; il sera usé auparavant ; et de « même , il peut aussi bien n'être pas coupé ; car ce s'il a eu la possibilité d'être usé auparavant , « c'est qu'évidemment il pouvait ne pas être « coupéce Il est donc de toute évidence que les choses « ne Sont, ni n'arrivent, de toute nécessité; mais « que les unes sont entièrement arbitraires , et que « pour elles l'affirmation n'est pas plus vraie que la
ANALTSli BB l'fiERlotoBIA. «— CBAP. lU. 49$
a pégation; et que les autres sont plus habituelle- « ment de telle façon que de telle autre , mais que a cependant celle-ci peut tout aussi bien être que « celle-là.
«c Donc 9 que ce qui est soit quand il est , que ce ^ ce qui n'est pas ne soit pas quand il n*est pas , il y a « là nécessité : mais il n'y a pas nécessité que tout a ce qui est soit , ni que tout ce qui n'est pas ne ce soit pas : car ce n'est pas la même chose de dire, « que tout ce qui est est nécessairement quand il ce est,. et de dire, d'une manière absolue, qu'il est « nécessairement : et de même , pour ce qui n'est « pas. Ce raisonnement s'applique à la contradic^ «c tion. Il est certainement nécessaire que tout soit, ce ou ne soit pas, dans le temps actuel aussi bien ic que dans l'avenir : mais il est impossible de dire a précisément que tel des deux est nécessaire, ce Ainsi, par exemple, il y a nécessité que demain « il y ait ou n'y ait pas, de combat naval; et pour* « tant, il n'est pas nécessaire qu'il y ait demain « combat naval , ni qu'il n'y en ait pas ; il £aut ce seulement qu'il y en ait , ou n'y en ait pas; et, « comme les assertions sont aussi vraies que le « sont les choses, il est évident que, dans les choses « arbitraires et qui reçoivent les contraires, il £aiut a nécessairement que la contradiction les suive a et leur ressemble ; c'est ce qui arrive dans les a choses qui ne sont pas éternelles , ou qui ne sont «.pas toujours dans le non-être. Il faut nécessaire* « ment, pour ces choses, que l'une des parties de la I. i3
m namdktioo soit tt» , el Tautre partie fruiie ; m ttak ce n'est m oeile-ci m C!elle4à, c'est Fonedes « deoK ao hanid: Fane ist peut-être plus 'vraie « <pie Fautre, sans qoe cependant Tune on Fautre m aoit dqà imde on frosse.
« n n'est donc pas nécessaire qoe ^ dans tonte a affirmation et n^tkm of^Misées» l'nnesoit irraie m et Fantre firasse ; car il n'en est point de ce qui a n'eit pas» mais qui pourrait être on ne pas étre^ « comme de ce qui est. »
Ch* lOj pu 194 hy 5. La négatiim petit, comme on Fa To » s'appliqaer soit an Tnbe^ soit au nom : appliquée an nom » eUe forme les noms indéter* minés y cxmime noD-homtne (oija «vtfwKfiç)» qai tie dérigne rien prédsément, et qui» par cela même, désigne tout, Fétre comme le non-être. Diverses comlnnaisons peuvent donc se présmter id , en prenant les propositions dans leurs formes les moins composées, c'est'^à'^re, formées d*un nom et d'un Teribe uniquement, éléments indispensables, sans lesquels il ne saurait y avoir, ni négation, ni affirmation. Ces combinaisons, les voici : le nom peut én^e déterminé ou indéterminé, le verbe ansii^ de sorte qu'on aura d*abord : Fhomme est, Fhomme n'est pas , première contradiction : le nob-homme est, lenon-hotaime n*estpas, seconde eontradietion } et ensuite , tout homme' est , tout homme n'est pa^ : tout non-'homme est, tout nonhomme n'eM; pas» troisième e% quatrième contra^
dkdoDs; il en est de même pour les temps en dehors 4u présent (xal eitl râv Ut^ç 8i }^pova>v i cdmç ^oyoç). Ici^ comme l'on voit , le ^erbe substantif est pris seul ^ et sans aucun autre attribut» C'est ce que les Scholastiques ont appelé Iç verbe secundi adjecti. M^is , continue Aristote , quand le verbe être est attribué en troisième lieu (tertii adjectif orav to içx Tf itov irpoffxaTyiyopviTai) y les contradictions sont doublées (^ix^ç ^i^îï ^yovTai). Il y aura quatre propositions au lieu de deux. Ainsi, l'homme est juste; la négation est : l'homme n'est pas juste. — L'homme est odn juste , l'homme n'est pas non juste, a Telle a est l'ordre de ces contradictions , ainsi qu'on l'a <r fait voir dans les Analytiques. »
Cette ci^tion des Analytiques doit paraître d'autant moins exacte , que cette théorie des op* positions n'est pas traitée positivement dans les Analytiques : elle n'y est que rappelée; et c'est dans le Traité du Langage, qu'elle est vraiment exposée , comme on le voit déjà, et comme on le verra mieux encore , par ce qui va suivre. Il faut se rappeler ici ce qu'on a dit plus haut (page io&), sur le titre d'Analytiques , qui n'est très probablement pas du Stagirite.
Aristote poursuit , en remarquant que ce mode de contradiction s'applique aussi bien, aux propositions marquées du signe d'universalité, qu'aux propositions où le verbe être est remplacé par un tout autre verbe. (i9,b, 35, et ao,a, 5.) Seulement, il faut Élire attention, dans les propositions mar*
-1 95 DElTXtkMË PARTIE. -^ SECTIOIf I. ^
quées du signe d'universalité, que, sî l'on veut rendre la proposition indéterminée, il £Eiut mettre la négation au sujet , et non point au signe même d'universalité, et dire: tout non-hommê (wàç oxhl av6p6)77o;), au lieu de :• non tout homme (ou ttoç avOp(t>77oç).
ao, a, i6. Les oppositions par contraires ne peuvent, comme on Ta vu, être vraies toutes les deux à la fois; ainsi : Tout homme est juste, Aucun homme n'est juste, sont deux propositions contraires ; et il faut nécessairement que l'une des deux seulement soit vraie. Pour les propositions simplement opposées , elles peuvent quelquefois être vraies toutes deuij en même temps; ainsi: Tout être n'est pas juste; Certain êtge est jiiste« Ces deux propositions en effet se suivent (âno^- Oouciv auTai); mais il faut ajouter que, pour les sujets universels , la négation , donnée pour réponse , s'adresse au verbe, et non pas à lattribut de la question primitive.
ao, a, 3i. Pour bien comprendre cette théorie, il ne faut pas perdre de vue que les termes indéterminés , noms ou verbes , ne sont pas de vraies négations, malgré leur apparence (^o^eiev av). La négation, en effet, doit toujours être fausse ou vraie; mais quand on dit: nonhomme, loin de dire plus que par : homme, on exprime, au contraire, moins de vérité ou d'erreur, si Von n'ajoute rien à cette expression tout indéterminée.
.ANALYSE 0K t'iUmiÉMSU.i—- CUAP. 111. 497
Il £Eiut remarquer, en outre, que , dans toutes ces combinaisons, le déplacement des termes ( (/^«ti- 6e(&eva ovopcTa) i^'a absolument aucune influence. Cette observation d'Aristote se rapporte à la faculté d'inversion que possède la langue grecque, mais que n'a pas la notre. Ainsi, ici Xeuxoç av- Opcdiroç , est absolument la même chose , pour le sens, que Sçtv œvOpoMro^ ^euxo;. Autrement, il y aurait plusieurs négations pour une seule et même afiQrmation, ce qui est impossible (è^e^eucTo on (tia
iÇh. Il, ao, b, i3. Un soin également important, c'est de bien distinguer les propositions simples des propositions multiples: quand une seule chose est dite d'une seule chose, ou quand plusieurs sont dites d'une seule. Cette distinction est particulièrement utile dans les interrogations dialectiques; car, avec des propositions multiples, il y a, non plus une réponse unique, mais des réponses nombreuses, et il faut bien connaître ce piège, signalé même dans les Topiques.
Cette citation des Topiques parait exacte, et peut se rapporter au liv. j , ch. lo, p. io4*
ao, b, 3i. Mais, ici, se présente la question de savoir, si des attributs , étant vrais pour une même chose, quand ils sont séparés, ils le sont encore quand on les réunit; et réciproquement, d'attributs, vrais quand ils sont unis, peut-on conclure la vérité de ces mêmes attributs quand as sont séparés? Ainsi: de l'homme , on peut dire ,
498 BCirXIÈllB PARTIB. — SSCTIOV I.
en isolant les attributs , qu'il est animal, qu'il est bipède ; et l'on peut dire , avec non moins de vérité , en les réunissant ^ qu'il est animal bipède; mais supposons un autre cas: que tel homme soit bon, qu'il soit cordonnier, on ne peut en oonclure , par composition ( «bç iy ) , qu'il soit bon cordonnier, ai, a, 5. Voici les règles pour les deux cas . supposés : on ne peut avec vérité réunir les attributs que, quand , pris ensemble, ils forment un tout unique (eçat 2v); par conséquent, on ne le peut, quand ils sont de genres différents ; on jxe le peut pas non plus, quand ils sont tous deux des accidents du sujet ( <TU{x.êeêY]3coTa yàp a[iLfû> t^ aÙT£>), ni quand les deux attributs sont accidents l'un de l'autre, ni quand l'un des attributs est sujet de l'autre. En second lieu , la division des attributs ne peut être vraie, si, dans les attributs , il y a quelque contradiction au sujet lui-même; ainsi, d'un homme mort, on ne peut dire qu'il est homme; on ne le peut pas davantage, lorsque, même sans contradiction, l'un des attributs n'est qu'accidentel, au lieu d'être essentiel ; ainsi , de la proposition : Homère est poète, on ne peut passer avec vérité à cette autre assertion : Homère est ; car la qualité d'être n'est ajoutée à Homère qu'accidentellement, et non en soi. C'est seulement en tant qu'il est poète que l'existence lui est attribuée (ori ykç iTO^YiTT^'ç içiVjûtXVo'Jxaô'aÙTOjXaTnyopeÎTat xaTàtoQfÔfi'npou
to 2ç(vj. Ainsi, on peut diviser les attributs avec
vérité, dès qu'il n'y a pas de contradiction , en exceptant toujours de l'affirmation le non<»étre, qui n'çst qu'un êtr^ d^ raison ( ^Q^açov), ^t qui n'e«t pa$, à proprement parler, quçlque chose i puisque la pensée qu'on s'en forme , est, non pa^ qu'il ^ti, inais au contraire f qu'il n'est pa4«
Ch« l^^^if a, 34f Aristpte abords ensuit^ la théorie des propositions modales , qui , conune il le dit lui-même j olfre des di£&cultés ( iyi$i y^ ^''
fioLç Tivaç ); et c'est pçut-être ff dans l'Organôn, on
des sujets qui ont le plus généralement causé d'embarras. Il se propose d'examiner, d'abord, les oppositions, par négation et par affirmation, des modales , qu'il borne à quatre ; possible et non possible, contingent et non contingent, (ev^e^ofievov im p.7) 6v^exo{Aeyov ) , impossible, et enfin nécessair?. Le premier point , ç'^st de savoir où doit être ici placée la négation* Dans les propositions catégoriques examinées jusqu'à présent, elle l'a toujours été au verbe ; et la négation d^ : l'homme est, a été, non pas : le npn-homme estp mais {l'homme n'est pas. En suivant cette méthode, qui s'applique à tout autre verbe que le verbe substantif, car marcher, par exemple , est la même chose qu'être marchant, il s'ensuivrait que la négation de : possible d'être , serait t possible de ne pas être, en mettant la négation au verbe ^ malfes alors, il en résulte que les propositions opposées sont vraies pour le méin^ sujet ( KaToc tou outoS oXiQÔeusGOai toç ccvTixciptivaç faaes); car une chose possible peut également
20O PEUXIÈME PARTH. — ' SECTION I.
être ou n'être pas. Or, il a été démontré plus haut, que les deux membres d'une opposition complète ne peuvent être vrais à la fois. Il faut donc dondure, que la négation de: possible dëtre, n'est pas: possible de ne pas être; mais qu'elle est : pas possible d*être; c'est-à-dire, que, dans les modales, la négation doit être placée au mode et non point au verbe; et, comme le disent les Scholastiques , dicto non verbo. Même remarque pour les autres modes, du contingent, de l'impossible, et du nécessaire.
ai,b, 29, etaîi, a, 10. C'est qu'ici le verbe être, ou ne pas être, devient sujet, et que le mode est l'attribut (IvTaOOa to [xàv elvai xal }j/h elvaiàçvTroxeijievov yivcTai). Ainsi, pouvoir, et être contingent, sont •les vrais attributs ( irpotrôfoeiç Jtopi^ouffai). Les oppositions réelles sont donc les suivantes : possible, pas possible; contingent, pas contingent; impossible, pas impossible; nécessaire, pas nécessaire ; vrai, pas vrai.
Cb. i3 , ai, a, iS.*^ C'est ainsi qu'on peut arriver, sans peine , à la série rationnelle de ces modales ( âxo>.ou67)(7eiç xaToc Xdyov ).
Ën^ voici un tableau :
1 . n est possible que ce soit. H n'est pas possible qae ce soit.