Il n'est pas impossible » ^ Il est impossible
4. Il n'est pas nécessaire m II est nécessaire que ce ne soit pas.
5 . Il est possible qne ce ne soit pas. Il n'e^t pas possible »
6. Il est contingent » Il n*est pas contingent • 7* U n*est pas impossible » Il est impossible »» 8. Il n*est pas nécessaire » H est nécessaire ^ue ce soit.
ANàLTSS de L'ilfiUIKlIfiU. — - CHAP. III. 204
Avant d'aller plus loin j il convient d'expliquer, an moins brièvement^ quelquesHines de ces exprès» sions, et d'en montrer. les différences. On voit saps peine que, nécessaire est, ce qui est toujours;, impossible, ce qui n'est jamais; possible, ce qui peut é^lement être ou n'être pas , c'est ce qui n'est pas encore, mais peut être; contingent, au contraire, est ce qui est déjà , mais pouirrait ne pas être. Du reste, Aristote confond souvent le possible (iuvaTov) et le contingent (to èv^cyoptcvov); ou , pour mieux dire , il ne considère qu'une des deux faces du possible, parce que tout ce qui s'applique à l'un peut aussi s'appliquer à l'autre. Les com« mentateurs ont , en outre , remarqué , avec raison, que possible et impossible sçpartiennent au nonêtre , tandis que contingent et nécessaire appar» tiennent à l'être , à la réalité.
a2, a, 33.. Le possible et l'impossible se suivent contradictoirement , mais à l'inverse («vtif aTixûç [ùv, âvTe7pa[A|JLév»ç Jà); c'est-à-dire que l'affirmation de l'un suit laiiégation de l'autre ; et de plus , la contradiction est dans les modes eux* mêmes. Ainsi : il est impossible que ce soit, suit : il n'est pas possible que ce soit. Pour le nécessaire, il n'en est pas de même. La conséctition se fait par contraires, et non plus contradictoirement. Ainsi, impossible est opposé contrairement à nécessaire, (évavTiûiç), et il a la même .valeur que lui (to jpùto .• îrjvajjLcvov); c'est-à-dire la même forme. En effet, si une chose est impossible, il est nécessaire, non pas
202 pEDXdmB PARTIE. -•- SSCTlOtî 1,
qu'elle soit, mais^ au oontrairej qu'elle ne soit pas; (2a, b, 6)1 et s'il est impossil^le qu'elle ne ^oit pas, il est nécessaire qu'elle soit. £n un mot, pour qu'impossible et nécessaire se suivent , il ne faut pas, comme pour le possible et l'ipippssible, placer la négation au mode ; il faut , au contraire, la placer à la proposition sujet*
hsL discussion à laquelle se livre ici Ariitote semble indiquer, que ces consécutions des modales avaient été traitées avant lui , et que la série en avait été mal disposée par d'^iiutres logicien^.
aa, b, a^. On peut se demander çpmnient le possible est bien la suite du nécessaire; s'il ne le suit pas , ce serait alors sa contradictoire : pas possible j et si Ton dit que ce n'est pas la vraie contradictoire, ce sera donc: possible de ne pas être ; mais, pas possible d'être et possible de ne pas être sont tous deux faux , comme suite de nécessaire. Comment donc , encore une fois ^ possible suit<il nécessaire? Le voici ; c'est que le possible a deux sens : tout possible ne peut pas les les deux choses opposéeâ ( xà âvTMceijieva qù âuvofrai Tràv. ^uvaTov ). Pour certains possibles , ceci est vrai; pour d'autres, ce ne Test pas. D*abord, dans les possibles qui spnt dénués de raison (éViTûv {jL-yt xoçTa yiyw âuvaTôv), quelques-uns ne peuvent pas les contraires : ainsi, le feu, force irrationnelle et de nature , ne peut que brûler, qu'être chaud. Dans les forces douées de raison (al pTot Xoyou ^uvaptç) les contraires sont également possibles; et toutes
les forces r^ionnelles ont cette propriété, tandis que, parmi les forces irr âtionaelles , il n'y ena que quelques-unes qui la possèdent. Seulement, c» qu'on prétend établir ici, c-est que toute puissance n'est pas susceptible des apposés (Sv\, où 7çi(sa jiuvQC(JLiç Tûv (xvTuc€i(Afivcdv),non pas même toutes les puissances de même espèce (xarà to aùro eUoç), attendu que les puissances sont souvent homonymes (eviai ^è $uva(i.ei( ô(i.(&vu|i.oi eidtv). On peut comprendre ce qu'Aristote entend , ici , pai; puissance homonyme, si l'on se rappelle sa définition des homonymes, au début des Catégories; ce sont les puissances qui, sous un même nom, reçoivent cependant une définition différente , par suite de la différence même des effets qu'elles produisent.
C'est qu'il faut bien distinguer les. deux sens de possible; possible est ce qui est déjà en acte ( xat evepyEtav ov ) , quand on dit d'un homme qui marche, qu'il peut marcher; et ce qui pourrait être en acte, quand on dit d'un bomme valide, qu'il pourrait marcher. L'un des sens de possible s'applique seulement aux choses mobiles et passagères (xivyito;); l'autre s'applique en outre aux choses immobiles et constantes (xal âxiv>fTOK ) .
Ainsi donc, le possible, pris d'une manière absolue, le possible ne suit pas véritablement le nécessaire, mais l'un des deux possibles le suit; et de même que l'universel suit le particulier, de même aussi le possible, ou du moins « une partie
204 DEUXIÈUfe PAmiE, — ^^ SECTION I.
<c du' possible , suit le nécessaire (oâ^a, 17); le « nécessaire luinnême est peut-être la source («px^ « tGCdç) de tout ce qui est, comme le nofi-nécesa sàire, la source de ce qui n'est pas, et Pon tt pourrait commencer par le nécessaire les consé- . (i cutious présentées ci-dessus. C'est que le néce cessaire est en acte, en réalité , de sorte que si les <r choses éternelles^ sont antérieures, l'acte aussi <c serait antérieur à la puissance , et , parmi les <c choses ,' les unes sont actes (év^py^iai eiaiv aveu a ^uvafpL6(oç ), sans puissance, comme les premières ce substances ; d'autres sont actes avec puissance, ce et sont antérieures à la puissance, par nature, e£ «.postérieures par le temps; d'autres, enfin, ne « sont jamais des actes , et restent toujours de cc<:simp1es puissances ( ^uvaptç (te^vov ). d
En résumé , le possible et l'impossible se suivent contradictoirement , mais à l'inverse ( âvTiçaTixôç , âvTeç-païAiJbév&K ) ; l'impossible et le nécessaire se suivent par contraires (evavrio);); enfin, le nécessaire et le possible se suivent âvTtçaTwcôç hocrcitùç^ c'est-à dire avec double opposition au mode et au sujet, modo et verbo.
^ Ch. i4? 2^3, a, 27. Pour compléter cette théorie de l'opposition des propositions , une dernière question reste à éclaircir : c'est de savoir précisément, si l'affirmation est contraire à la négation; >ou bien, si l'affirmation est contraire à une affirmation contraire. Si, par exemple, à cette affirmation : Tout homme est juste, le contraire est :
ANàLTSK Di L'imCllÉirBlA.— CBAP* lU. 205
Atiinin homme n'est juste ; ou bien: Tout homme est injuste : quelle est, de ces deux dernières pro- . positions, la vraie contraire? Commela'parole n*est que la conséquence forcée de la pensée , cela re* Tient à demander, quelle est dans l'espriJt la proposition contraire : est-ce la proposition négative , ou celle qui affirme le contraire? (i7<$Tepov -fi rnç âiroffoicetù^ ^ 4 TO èvavTiov elvai ^oÇof^ouca). Si, par exemple , l'on dit que le bien est bien ; Topinion fsiusse affirmée: Le bien est mal, ne paraîtra point à l'esprit aussi cœitraire que Fopinion fausse négative : Le bien n'est pas bien. C'est donc à tort qu'on a dit que les propositions contraires sont les propositions des contraires: «Il ne faut point s'ar^ à réter aux propositions qui établissent que ce « qui n'est pas est, ou que ce qui est n'est pas, ce parce que la série des unes et des autres serait a infinie (airetpoi yip) ; il faut s'arrêter uniquement «à celles qui renferment l'erreur (tq àwaTYi), et ce « soi^t les propositions génératrices (eÇ m «î ^eve-* « <ret<). Les générations des choses viennent des op- « posés, et par suite les erreurs aussi. Si donc le bien a est, à la fois, bien et non-mal, et que la première « proposition soit en soi (xa8* iouto), et l'autre seulece ment accidentelle (jmltol (ju[i.êeS7ixo;) ; car ce n'est « qu'un accident du bien de n'être pas un mal; la ce proposition en soi est certainement,ou plus vraie, « ou plus fausse , par la même raison. Donc , cette et proposition que le bien n'est pas bien , est la procc position fausse de ce qui est en soi ; et la propo-
206 tvmÈiÊS pAÈttÈ. ^ sfienoii i.
a sition que le bieo est un mal, est la proposition « i^ussé de ce qui n'est qu'en accident; d'où il suit^ «que la proposition négative du bien est plus ce fausse, que k proposition affirmative du con« <^ traire. L'erreur la plus forte résulte de la propoce sition contraire ^ puisque les contraires sont les « deut points les plus opposés relativement à une «c même chose. » Il faut remarquer de plus que cette proposition fausse , que le bien est mal , est complexe ((tuiATr^itXeypvTi)^ et ne saurait se suffire à elle-même par conséquent) car, pour dire que le bien est mal , il a fallu prouver d'abord qu'il n'est pas un bien. De plus , quelquefois il n'y a pas de contraire qu'on puisse affirmer : et alors , il faut bien que la proposition fausse soit l'opposée de la vraie (i4 t^ â^Tiâet ôvTMutpLivTi).
23, b, 35. Mêmes observations, si l'on se donne cet|e proposition, que le non-bien n'est pas bien^ e^ qu'on se demande quelle est sa contraire? Ce ne sera certainement pas que le non-bien est un mal : car les deux propositions seraient vraies à la fois ; et jamais le vrai n'est contraire au vrai. Reste donc que lenon^-bien est bien. Mêmes observations^ si l'on joint aux propositions un signe d'universa* lité, au lieu de les laisser indéterminées.
Donc , toute proposition qui affirme une chose avec vérité, en a deux fausses qui lui sont opposées : l'une , qui nie que la chose soit ce qu'on affirme qu'elle est, l'autre, qui affirme que la chose est autre cho&e. Xja plus opposée ^ et par consé-
queût là contraire , est là première, (:'eàt4-dir^ , celle qjûi nie , et non la seconde , c^est-à-dire , celle qui affirme le contraire.
Ici finit le Traité dû lânga^^i; Voici lès sujets ({u^Âristôte y a traitée :
Après aVoir examiné, dans les Catégoriés^es Idées et les choses qu^expriment les mots simples , sans combinaison les tins avec les autres (aveu oujjiTrXoxYiç}, il étudie , dans Touvrage qui suit les Catégories ^ les lois de la combinaison des mots , en tant que cette combinaison produit une expression (âpjjLufveux) de la pensée. Ainsi ^ le Traité du langage est donc tout entier la théorie de la proposition : et quet- .ques commentateurs ont pu Fintituler, avec raison : (TTspi irporàdCtoç) de propositione logicâAAsXole analyse 4'âbord les éléments de la proposition : le nom et le verbe ; puis, s'attachant à la proposition significative du vrai et du faux (àiçoçovrixoç 'k&^j, il la considère successivement, dans sa qualité : négation et affirmation, etdans sa quantité: universalité et particularité ; il en recherche , avec un soin tout particulier, les lois sous le rapport de l'opposition , et se demande en quoi consiste la nature contradictoire, et contraire, des propositions. H passe ensuite aux propositions appelées modales, c'est-àdire, celles dont le sujet apparent est afFecté d'un signe particulier de nécessité , ou de simple possibiKté : et il étudie, dans ces propositions modales^ comme il Ta fait pour les propositions simples ,
âOS DBCXliUlB PA&TIB. — SECTIOU I^
leur opposition et leur équipollence : enfin , arrivant aux propositions, dont l'opposition est, non' .pli|s dans le sujet, mais dans l'attribut, il pose les principes , d'après lesquds se forme réeljbemexit cette opposition q'uelqi^fois difficile à discerner.
Il semblé qu'après cette analyse, on voit mieux fo place considérable que le Traité du langage tient dans FOrganon ; il est évidemment le lien indispensable des Catégories et de l'Analytique, puisque la proposition est*, elle-même , intermédiaire entre les notions simples qui la constituent, et le- syllogisme, qu'elle forme en se combinant dé diverses façons. En se plaçant à ce point de vue, qui nous parait de toute exactitude, on a peine à comprendre, comment Andronicus de Rhodes pouvait contester l'authenticité de ce traité entier, et Ammonius, celle de la cinquième partie. Il faut croire que, jii l'un, ni l'autre, n'ayant suffisamment approfondi les questions de l'ép- (Ai^veia , ils portaient leur sentence de condamnation avec un peu de légèreté. L'empreinte aristotélique nous y paraît tout aussi peu contestable que dans le reste de FOrganon. Seulement, la matière est plus difficile , et peut donner naissance à des doutes , comme Aristote lui-même en avertit ses lecteurs; mais répjjLvfv&ia appartient, sans aucune incertitude, au Stagirite, et ^ par son style, et par sa connexion intime avec tout ce qui la précède et tout ce qui la suit.
On voit sans peine, que cette théorie de la pro-
ANALYSE DE I'hERMÉNEIA. — GHAP. III, 209
position est absolument indispensable à celle du syllogisme, non pas seulement dans son ensemble, mais jusque dans ses d^ails. Sans la discussion de la quantité , de la qualité , et de l'opposition des propositions, il est tout-à-fait impossible de comprendre la conversion des propositions dans le syllogisme, et le mécanisme particulier du syllogisme par l'impossible. Sans la discussion des propositions modale^ , on ne saurait suivre toute la méthode des syllogismes, dans lesquels l'une des * propositions est ou contingente, ou nécessaire,' tandis que l'autre est catégorique et absolue.
On peut enfin remarquer que cette longue et délicate analyse de la contradiction, dans les futurs contingents, tient à la polémique philosophique contemporaine, et qu'avaient soulevée Antisthène , en niant qu'il pût y avoir une contradiction réeUe; Protagore, en soutenant que les deux membres de la contradiction étaient également vrais, etAnaxagore, qu'ils étaient également faux. Aristote se montre ici , comme dans tous ses autres ouvrages, l'adversaire de la doctrine du hasard qu'il a si souvent combattue , et qui révoltait son admiration profondément enthousiaste pour la sagesse et la prévoyance de la nature. (Voir notamment ù&w^ ppuov , liv. i , ch. i , page 64^ , a, lo.)
2\ DEUXIÈME PARTIE. — SËCTlOiil 'l.