‹ De la logique d'Aristote (volume 5)Chapitre 47 sur 83 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

De la transmiBsion de l'OrganoD depnia AiiÉMe juqn'i Androniens.

Aucun témoignage direct de l'authenticité de l'Oi^aooD , ou de quelques-unes de ses parties, ne se rencontre avant l'âge de Cicéroo, qui est aussi celui d'Andronicus de Rhodes. Mais comment les ouvrages d'Aristote sont-ils parvenus jusqu'à eux, et que savons-nous de positif sur cet objet ' ? C'est ici que viennent se placer les récits de Strabon et de Plutarque , qui ont joui si longtemps d'une complète autorité , mais dont la critique et la philologie ont récemment combattu l'exactitude , avec toute apparence de raison , sans pouvoir cependant lever toutes les difficultés.

On avait conclu des passages de Strabon et de Plutarque, que les ouvrages du Stagirite , enfouis en terre pendant près de deux cents ans, étaient restés inconnus durant ce long espace de temps, et qu'ils n'avaient été rendus publics que par les soins de deux péripatéticiens , l^rannîon et Aodronicus de Rhodes, au siècle de Sylla et de Gcéron. Cet oubU paraissait en soi certainement peu probable, si Ton pensait au rôle brillant

1.- Cette DiuerMlion inr U tnnnuuùiil des onfngta d'ArietoM ■ Uia paru du» U Pri&oc à U tndnctioB de la poUtiqoe.

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te puonjov fuvm.

qu'Aristote jouait k Athènes , à la multitude de ses disciples , k la succession constante de son Ecole : pourtant le récit du biographe et de rbistoriea avait été admis généralement comme fort authentique.

Ce qui semblait surtout le confirmer, c'est , qu'aucune autorité directe ne vient témoigner de \ e:Xistençe des écrits d'Aristote pendant ces deux siècles où, disait-on, ils avaient été ignorés- Mais on ne songeait point que tous les monuments de cette période ont été détruits, et que par suite qans doute de l'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie, sous César, presque aucun des ouvrages grecs écrits de 3oo au règne d'Auguste n'est parvenu jusqu'à nous.

La philologie ' a démontré, d'une manière irrécusable, que les ouvrages d'Aristote et les ouvrages logiques en particulier, se trouvaient à Alexandrie', long-temps avant que Sylla ne les apportât à Rome par suite de la prise d'Athènes.

Slrabon et Ptutarque sont cependant deux auteurs dont te témoignage ne peut être légèrement révoqué en doute. Strabon surtout est connu par $on exactitude scrupuleuse ; de plus il parait avoir appris sur tes lieux mêmes le fait qu'il raconte. U est (liffirile de croire qvec l'auteur cité par le Jour-

I. Stihr, Ariilotilia ; lonls U premi^ parti* da McMid lol. , 1. Voir plq» bft)l. PH** 3ï, î» a il.

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in L'AUTHurnart n L'oMAmut. — cbap. ix. S7 nal des Savants, de 1717 *, que Sirabon se soit laissé prendre à une fiible ioTeDtée par les péripatéticiens, jaloux, dit-on , d'expliquer ainsi le long abandon où l'opinioB pubUqne avait laissé leur maître , pour adopter le« systÈnes de l'Académie et du Portique.

Il connent d'abord de reprendre ici textuellement les récits de Strabon^ de PlutarquAt et le récit contradictoire d'Athénée, pour voir si l'on n'en a pas tiré des conséquences qu'ils ne donnent point d'eux-mêmes.

Voici d'abord le récit de Straboo * :

« C'est encOTe de Scepsts qu'étaient les deux

■ philosophes socratiques Eraste et Coriscus , et m le fils de ce dernier, Nélée, qui fut à la fois di»- <( ciple d'Aristote et de Tbéophraste. Nélée hérita € de k bibliothèque ( ^;ê>.ioQi;k7iv ) de Tbéophraste « où se trouvait aussi celle d'Aristote. Aristote Ta- M Tait léguée k Tbéophraste, comme il lui confia « la direction de son école : et Aristote, à notre a connaissance, est le premier qui ait rassemblé « des livres (^tëkia); c'est hii qui apprit aux rois

■ d'Egypte k composer une bibliothèque. Théo- « phraste transmit sa bibliothèque à Nélée qui la c fit porter à Scepsis , et la laissa à ses successeurs^

■ gens sans instruction , qui gardèrent les livres « renfermés sous clé , et n'y donnèrent aucun solo.

I. lontiul du Sim», 1717,10». Si ,p. 55-59. a, hnbn.lÏT. i3,'|K Sot,

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« plus tard, quaod on sut avec quel empressement « les rois descendants d'Attale et maîtres de Scop- « sis, disaient rechercher des livres (ptêiia) pour « former leur bibliothèque de Pergame , les héri-

■ tiers de Nélée eufouireot les leurs dans un sou-

■ terrain. L'humidité et les vers les y avaient < gâtés, lorsque plus tard la famille de Kélée ven- « dit , à . un prix fort élevé , tous les livres d' Aris- « tote et de Tbéôphraste à Apellicon de Téos. « Mais Apellicon, plus bibliomaneque philosophe, c fit faire des copies nouvelles pour réparer totis

■ les dommages que ces livres avaient soufiferts : « les restaurations qu'il tenta ne furent pas beua reuses (tàv ypaçTiv Kvau^npûv owx tù), et ses édi-

■ tions furent remplies de fautes. Aussi les anciens

■ péripatéticiens, successeurs de Tbéôphraste, « n'ayant absolument que quelques-uns de ces ou- « vrages (rà ^tSXtct), et principalement les "Exoté- <t riques, ne purent travailler sérieusement, et se « bornèrent à des déclamations philosophiques. K l«s péripatéticiens postérieurs à la publication « de ces ouvrages furent à même de mieux étudier a la philosophie et les idées d'Aristote; mais la a multitude de fautes dont les livres étaient remtc plis les força souvent ^e s'en tenir à des con- «jectures. Rome contribua beaucoup encore k « multiplier ces fautes. Aussitôt après la mort « d'Apellicon, Sylla,vainqueur d'Athènes, s'empara a de sa bibliothèque , et la fit transporter à Rome « où le grammairien Tyrannion , admirateur

us 1 ADTBEirnctn R b oiaumii. — <aAP, ix. 8f « d^Aristote et ami du bibliothécaire , pot en &îre

■ nsjgCt ainsi, que quelques libraires, qui etn- * ployèrent de mauvais co|Hstes et ne collation- « lièrent pas les textes , début ordinaire de tant « d'antres livres qu'on fait transcrire , soit'à Rome,

■ MHt à Alexandrie, pour les livrer au comcmerce. »

Une premi^ et importante Remarque fpt'on doit &ire sur ce passage de Strabon , c'est qu'il • coolbnd sous un même mot, ^tëXrâ, les livres et la ouvrages d'Aristole, les volumes qu'il ai^t réanis pour sa bibliothèque, et ceux qu'il avait composés lui-même. Cette confusion est évidente. D'abord pi€xû exprime cette collection qn'Arislote avait Ëiite le premier sous forme de bibHotbéque, et qui servit de modèle à celle d'Alexandrie: on ne saurait id se tromper. £a second beu , PitUa. signifie évidemment les ouvrages d'Aristote, puisque ce sont ces livres, ces ^têXuc, qui ioDt connaître sa véritable <loctrine aux péripatélidens, jusque-là réduits à coiisuller seulement les ouvrées aristotéliques les muios importants, et i &ire des hypothèses vaines et déclamatoires sur le reste.

Ainsi, Strabon ne dit pas du tout, comme on Fa cm et répété si souvent , que tous les ouvrages d'Aristote eussent été enfouis à Scepsis : il dit , au contraire, formellement qu'on en connaissait géo^lement quelques-uns , de peu d'importance, il est vrai , mais qui suffisaient du moins à alimenter

t PiSTB.

les études de l'école péripatéticienne. Rien non plus dans le récit-de Strabon n'autorise à croire qu'il s'agisse ici des autographes d'Aristote et de Tfaéo|^niste, comme l'avance M.Miclielet '. Cest une conjecture qu'il est pennis à la critique d'en tirer : mais Strabon ne dit ii cet égard rien de formel. On pourrait même penser qu'implicitement il dit tout le contraire : <t Apellicon , dit-il , ^ « fit faire des copies nouvelles^ ayriypwpa xatvet. » Q p'avait donc p^ les autographes ; car alors Stral>on se serait borné à dire acvrtYpafa, et n'aurait pas cru deT<iir ajouter que ces <{vTÎYf)a^, ces copies étaient nouvelles, c'est-à-dire fei^es sur d'autres copies.

Le récit de plutarque est emprunté évidemment de c^î de Strabon ; mais il offre quelques particularités de plus.

«S;lla,ditI1utarque*, parti d'Éphèse ^«borda « trtHS jours après au Pirée, et d'après des rensei- « gnements qu'on lui donna ( [AunOet; peut .avoir a aussi ce sens), il fît enlever pour son propre « usage la bibliothèque d'Apellicon de Téos; die « renfermait la plupart des livres ( PtêXwt) d'Aris- « tote et de Théophraste, qui généralement n'é- ■ taient pas encore bien connus. Cette biblio- « thèqne iiit transportée à Rome, où, dit-<m , le r grammairien Tyraiinion mit en ordre presque

. I. Hlehalit, bnUD cilti<]ae de 1* M^tapfaynqiM i p. g. >. nntai^e,S7U«,<di.*S.

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DB h'àVTBKmicwi DB ^.'oaaAaos. — caip. ix. 9\ K tous ces livres (ivciuuxta^n tk itàkià)^ et en « laissa prendra des copies à AndroDÎcus de ■ Rboftes qui les publia («ù {«^o» fiuvw), et com- « posa les tables dont on se sert aujourd'hui (tobc « vSv f ep o(uvMi4 TivoMc). Les anciens péripatéticieiis « ont été certainement fort éclairés et fort éru' « dits ; mais ils semblent n'avoir étudié les our vrages (y^B^i.^'mv) d'Àristote et de Tbéopfarast* c qu'en petit nombre et avec peu d'exactitude* « parce que l'héritage de Nélée de Scepsis, à qiii « Théophraste avait légué ces livres ( t» ^i€Xût ) * « était tombé dans les mains de gens peu instruits « incapables de l'apprécier, a

La circonstance la plus remarquable de ce récit est celle qui concerne Ândronicus de Rhodes et son travail. Le reste est emprunté à Strabon dont les expressions mêmes sont quelquefois reproduites. Plutarque confond -^çoi^iuen, les ouvrages, les écrits , et ^i&Sa , lee livres ; et il ne parle pas plus que Strabon des autographes.

Suidas, aux sixième et septième siècle,df>nDe un extrait du résumé de Plutarque, mais sans antres détails; seulement, il dit d'une manière un peu frius formelle que c'est depuis la translation de la bibliothèque d'Apellicon à Borne , que le» ouvrages d'Aiislote et de Théophraste ont étë généralement cMinus. Suidas , comme ses devan* ciers, se tait sur les autographes.

Ces deux passages de Plutarque et de Suidas n'ajoutent rien à l'autorité de Strabon , puisque

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M puufeM pUTn.

c'est là qu'ils ont puisé tous deux ; mus ib prouvent du moins que le récit du géographe passait pour exact, et qu'il était adopté par tous les hommes éclairés.

Cependant Athénée, à la fin du second siède, paraît l'avoir ignoré'. En parlant des grandes cot lections de livres faites depuis Polycrate de Samos et Pisistrate d'Athènes, il parte de celle qu'avait composée Aristote, et dont hérita Nélée; puis il ajoute que Ptolémée Philadelphe acheta tous ces livres à Nélée, et les transporta dans la lùbliothèque d'Alexandrie avec tant d'autres qu'il avait fait recueillir à Athènes et à Rhodes '. Ce passage d'Athénée, selon l'opinion des philologues^ porte des traces certahies d'in^iactitude, puisque Aristote seul y est nommé, et que le contexte exige grammaticalement deux noms au lieu d'un seul, le second étant très probablement celui de Théophraste. Ainsi , suivant Athénée ou son abréviateur comme l'ontpensé quelques critiques^ les livres, piSii'ot, d' Aristote auraient été portés à Alexandrie dès le temps de Ptolémée Philadelphe ; mais il se contredit lui-même dans un autre endroit, et en parlant' d'Apellicoo de Téos, cél^re par sa passion pour les livres et les raretés, il ajoute a qu'ApeJlicon recueilUt avec ardeur les « ouvrages de l'école péripatéticienne, la biblio-

I. Atbciiée, Pdpaoaoph., liv, i , ch, s 1. Stahr, Aiiitoldi*, Ut. a, p. 3i,

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DI LAITTBÈS-ttCITi DE L'oBGANOH. — COAP. B. 9$

«thèqned'Aristote et tant d'autres' .>CettesecoDde version est tont-à-fait d'accord avec te récit de Strabon , de Plutarque , de Suidas, «t tout porte à croireqbec'eatvéritablementceUe-Là qu'il conviait d'attribuer à Athénée. L'altération du texte dans la première version est démontrée, et l'on peut cruire que l'abréviatear aura, dans cet endroit, attribué à Nélée de Scepsis ce que son auteur rapportait seulement aux collections dePisistrato, de Polycrate, d'Euripide, etc.

Ainsi le témoignage même d'Athénée, qu'on a si souvent opposé à celui de Strabon , loin de le combattre, le confirme, et l'on peut dès lors le regarder comme parËiitement exact. Athénée ne parle non plus que de la bibliothèque; il ne dit rien des autographes, et il en avait cependant l'occasipn , puisqu'il raconte que la manie d'Apetlicon le i^oussa jusqu'à se procurer par un larcin les décrets autographes conservés dans leMétrooo à Athènes. Certes , û le bibliomane de Téoa ei^ possédé des autographes aussi précieux que ceux du Stagirite, Athénée n'aurait point négligé de lui en Mre honneur. On a donc tort de penser que Mêlée et ses successeurs les poss^ssent plus qu'Apetticon. Rien, dans les textes rapportés cidessus , n'autorise cette conjecture , et tout semble étabhr le contraire.

Ce qui paraît encore devoir la réfuter, c'est que

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