CHAPITRE DIXIEME
De l'objet de la connaissance.
Aristote a distingué profondément les notioni pures de l'entendement et celles que nous fournissent les sens ; il ne sépare pas moins complètement les objets de la connaissance ; et partout il divise la matière en deux espèces différentes , ayant Tune et l'autre une égale réalité : d'une part
la matière sensible ', de l'antre, la matière intellectuelle. Ceci prouve encore, comme toutes les discussions antérieures, que le sensualisme a eu tort de regîirder quelquefois Aristote comme son fondateurou l'un de ses adhérents. Cette distinction seule de la matière, quoique un peu équivoque, suffirait à montrer l'erreur que l'école sensualiste ' a commise sur le système du Stagirite.
L'être est également double : il se présente à l'esprit sous deux formes ^ : l'être en soi et l'être accidentel. Le premier est l'objet de la science proprement diie; l'autre ne peut occuper que la science qui se contente du probable, et qui mérite à peine le nom de science.
Il ne faut pas non plus entendre l'être et le non-être, comme l'entend le vulgaire^ , pour qui l'être est tout ce qui peut être senti, et ncm être, ce qui ne peut tomber sous les sens. Être et non être ont comme la matière une double signification qu'il faut soigneusement conserver. Être et non être s'appliquent tout aussi bien aux notions de l'entendement qu'à celles de la sensibilité. Mais l'être proprement dit n'appartient qu'à la substance^; et si on l'attribue aussi aux autres catégories, ce n'est pas d'une manière absolue , c'est seule*
1. MéUphjt.y IW. 6, ch. lo, fo36, a, 9,—et Iît. iI| fo37t • , 4 , €l patiim.
a. Pliys. , liv. 9 , ch. 5 , 196 , 14.