CHAPITRE ONZIEME
Plan de rorganon
En traitant de la composition de TOrganon, on a dit, en partie du moins, quel en éfait le plan; on a établi que Tordre vulgaire des diverses parties qui le forment ^ était aussi le meilleur; on a essayé» de plus« de prouver que» dans la pensée d*Aristote, annoncée p^r quelques passages d6 rOrganon lui-même» le système entier avait été conçu et développé tel que nous le possédons au* jourd hui.
Ces divers points appartiennent à la question que nous avons à traiter ici. Quelques autres encore, qui s*y rattachent également , ont été touchés dans l'analyse des traités spéciaux.
Ou a donc pu voir déjà » d'une manière asseE complète »*ce qu'était le plan de TOrganon. Pour achever de le faire connaître, on n'aura guères qu'à résumer les recherches antérieures , en les plaçant , pour plun de clarté , les unes auprès des autres.
Il nous semble d'abord que Tunité de TOrganon est incontestable; il forme un tout dont leB
68 DKUXliSME Pj#T1E. — SECTION IH.
parties sont jointes ensemble et se prêtent un indispensable appui. On a dit que les six traités de rOrganon se supposaient mutuellement; mais cette assertion, qui n'est pas absolument fausse, ne repose que sur des témoignages tout extérieurs : je veux dire, ces citations qui renvoient réciproquement des Analytiques aux Topiques, de telle sorte que si, d'une part, les Analytiques, citant les Topiques, doivent paraître composés après eux. d'un autre côié, les Topiques peuvent,à un titre égwl, revendiquer la postériorité. Il résulte des recherches faites |>lus haut (Tocn. i , pag. 4^, 8t2, 107), et dont la c* rtitude a été fréquemment démontrée, que le titre d'Analytiques, le seul que rappellent ces citations naturelles, est apocryphe. Il ne faut donc pas s'en tenir à cette autorité toute superficielle et si contestable. £n allant au fond des choses, il faut se demander si le sujet des Analytiques, par exemple, suppose les Catégories , ou réciproquement. Ijà question étant ainsi posée, elle est par cela seul résolue : le sujet des Analytiques ne |)eut point avoir été traité, sans que celui df s Catégories n'eût été médité antérieurement, et peut-être même écrit, par l'auteur. Même réponse pour les Topiques, les Réfutations des Sophistes, et le Traité du langage.
Ainsi donc , si les traités de l'Organon se siip* posent les uns les autres, ce n'est qu'en apparence, et par suite, fort probablement, de quelques interpolations, qui ne sont pas toujours adroites.
PLAN DE L*ORGANON. — ClfAF. XI. 69
Relativement à leur matière, ils ne se supposent pas le moins du nioncle; les Catégories doivent veniren premier lieu, le Traité du langage ensuite*, les deux Analytiques après,puis enfin les Topiques, et les Réfutations des Sophistes.
Je sais que de* récentes autorités, et entr autres, celle de Lucius, professeur d'Organon à Baie', sont contraires à cette disposition de TOrganon. Lucius a cru pouvoir placer les Topiques et les Réfutations des Sophistes après les Catégories et le Traité du langage, sous le prétexte, peu soutenable, que ces quatre ouvrages étaient exotériques, et que les deux Analytiques, au contraire, étaient acroamatiques. On sait que c'était à peu près Tavis des commentateurs ^ qui avaient voulu appeler Jes Catégories : rk Trpo tôv toitcov ; et cette disposuion ^ est conforme à la théorie de Ramus, sur Tordre * des deux parties de la Logique^: Invention et Jugement.
Mais ces autorités, tout imposantes qu'elles sont, ne paraissent point devoir l'empoMter sur les exigences de la Logique elle-même , qui veut impérieusement qtie Tordre de TOrganoif d«»meure tel qu'il est fixé depuis le temps d'Andionicus et d'Alexandre d'Aphrodise.
En partant de cette base assurée, voici donc quel en est le plan :
I. Voir son édition de VOrganon. Bàle, 1619, in*4*. a. Voir plus haut, Tout i, p. 98.
S.^Toir plut hmat , Tom. f ,p. i3t.
70 DBIJXlfcMB PàRTIB. — SECTION lit.
Les Catégories contiennent un exam'en des no« tions simples que l'esprit peut se former de lëtre, de ce qui est; ces notions simples, éléments de la connaissance , sont représentâmes par des mots isolés; elles viennent toutes se ranger sons dix classes principales. Âristote les passe donc successivement en revue, il les analyse en elles-mêmes et dans leurs propriétés , donnant surtout une grande attention aux quatre premières : substance , quantité, relation et qualité; et glissant plus rapidement sur les HUtres, moins importantes à ses yeux, et surtout moins difficiles à comprendre.
Il ne faut pas oublier ici qu'Aristote donne ses motifs, bons ou mauvais, pour être si'concis sur les derniers genres de Tétre. On ne peut donc snp* poser, ni que les Catégories aient été mutilées plus tard par les éditeurs et les copistes, ni même que, dans la pensée de l'auteur, elles fussent incom* pietés. On a vu pourtant que, selon toute proba* bilité, il avait traité spécialement de l'objet des derniere«^tégories dans des ouvrages spéciaux.
A ce plaifsi simple des Catégories, se rattachent, au début «ta la fin, deux annexes, d<int le premier surtout, bien qu'il semble, à première vue, détaché de l'ensemble, lui est cependant tout-à-fait indispensable. En effet, je le demande ^ sans ces explications préliminaires sur les homonymes, les synonymes et les paronymes, comment ser«it-fl possible de comprendre tant de passages où ces expressions sont employées?. L'appeudico^iù